Fragile

A la lumière d’un vécu récent dans mon parcours de vie si particulier, j’ai (re)découvert que j’étais une personne fragile comme le sont la plupart si ce n’est la totalité d’entre nous. Et pourtant la société dans laquelle nous vivons, notre chemin d’existence et plus généralement notre environnement requièrent que nous nous montrions fort-e en toute situation. Sacré paradoxe que voilà.

La vérité est que nous ne voulons pas être fragile au point de ne pas pouvoir supporter les turpitudes de l’existence, nous souhaitons juste que la vie et les gens nous acceptent tel-le-s que nous sommes. Nous ne savons pas toujours à quel point nous sommes fragiles, mais connaissant ce paradoxe, nous devrions nous souvenir que cette fragilité vit en chacun-e de nous.

Pour se montrer fort-e en toute situation, protéger notre coeur et notre âme, il nous faut nous montrer sous un masque, voir construire un mur. Et cela peut être vite épuisant. Et bien que abrité-e derrière ce rempart, le pire arrive parfois à se faufiler alors que nous sommes entrain de baisser la garde et que notre fragilité est exposée au regard des autres.

Qui n’a pas ressenti ce sentiment de peine lorsqu’un ami s’éloigne volontairement de nous, lorsque quelqu’un dit une méchanceté à notre sujet ou lorsque un inconnu nous rejette du fait de notre différence ? Se sentir atteinte dans son coeur ou dans son âme, alors que nous souhaiterions être fort-e.

Mais quel serait donc ce problème à être fragile ?

Les personnes trop fragiles ont tendance à prendre les choses personnellement, bien plus personnellement que nécessaire. Et cela peut nous conduire jusqu’à craindre d’établir une nouvelle relation. Ou pire, à devenir cynique avec nos nouvelles connaissances. La peur d’être rejeté-e ou méprisé-e, la peur que l’autre nous mente ou pire, nous blesse émotionnellement en nous jugeant, cette peur peut se loger alors profondément en nous. Comme un feutre indélébile.

Et pourtant, la plupart du temps les autres personnes n’ont aucune idée de à quel point nous pouvons être fragile ni n’ont encore moins la volonté d’utiliser cette faiblesse contre nous-même – la principale exception à cette généralisation étant de croiser le chemin d’un pervers narcissique manipulateur.

Alors nous vivons notre existence abrité-e derrière notre mur, oubliant jusqu’à nous dire bonjour et au revoir, oubliant de nous sourire ou d’avoir une petite attention, un petit mot gentil, oubliant alors que notre geste, si futile soit-il, sera peut être la seule intention amicale que recevra l’autre dans sa journée. Nous ne connaissons pas grand chose de l’autre, de ses problèmes, de sa vie. Mais n’oublions pas d’être humain avec lui !

Nous participons souvent, parfois involontairement, à colporter des rumeurs, à juger l’autre, à le stéréotyper, à le discriminer sur sa différence. Et nous le faisons parce que nous sommes nous même fragile, nous mettant alors en valeur au détriment de l’autre. Ou pire, nous le faisons parce que nous refusons de voir la fragilité qui existe en chacun-e d’entre nous.

Dans l’état du monde actuel, je crois qu’il est plus que temps pour nous d’assumer notre fragilité tout en prenant aussi nos responsabilités face à la fragilité des personnes qui nous entourent. Sinon, comment pourrions-nous appartenir à l’Humanité ?

— Julie

A propos Julie Mazens 14 Articles
Co-fondatrice du site, Militante (2012-2014), Auteure, Conteuse.

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