Chemin unique

Je voudrais vous parler de quelque chose d’essentiel que j’ai vraiment compris juste avant de me décider à faire ma transition en mai 2013.

Quelque chose qui m’a vraiment aidé à avancer dans mon questionnement et à prendre ma décision de vie. Quelque chose qui m’a aidé à me concentrer sur moi-même.

Pendant deux longues années de questionnements (début 2011 à mi-2013), j’ai rencontré des centaines de personnes qui m’ont expliqué comment devrait être mon parcours, ce qui serait bon pour moi, ce qui serait mauvais, ce qui me rendrait plus féminine, les privilèges que j’allais perdre, les discriminations que j’allais subir, la nécessité de la réassignation pour être une vraie femme, …

Et puis j’ai compris une vérité essentielle pour grandir et m’épanouir enfin, pour laisser exprimer mon identité profonde.

Cette vérité est que chaque chemin est unique, que nos chemins ne sont pas parallèles et que personne ne va dans la même direction.

Et que mon chemin devait commencer par cette prise de conscience, que j’étais la chose la plus importante pour moi-même, que je devais commencer par prendre soin de moi.

Je pensais être sur le même chemin que toutes ces personnes en transition, mais en réalité aucune d’entre elles n’a traversé ce que j’ai traversé. Aucune d’entre elles n’a vécu mes expériences et je n’ai pas vécu non plus les leurs.

En réalité, nos vies sont comme des données aléatoires, il n’y a aucune corrélation entre elles, même si quelques unes de ces données sont typiques d’une transition.

Mon parcours est unique et le seul point commun entre nous, c’est que nous sommes chacun-e sur notre propre chemin et que chacun-e d’entre nous essaye de faire ce qui est au mieux pour sa vie.

Cela n’a donc aucun sens de nous comparer ou de nous juger, ni sur la route que nous suivons, ni sur la destination que nous souhaitons atteindre.

Et aujourd’hui en écrivant ce texte, je réalise que cette vérité essentielle s’applique plus largement à chaque être humain.

Julie with love

A propos Julie Mazens 11 Articles
Co-fondatrice du site, Militante (2012-2014), Auteure, Conteuse.

6 Commentaires

  1. je suis tout à fait d’accord avec toi.Tes mots sont juste. Bien souvent lors des échanges avec d’autres trans, elles trouvent que je devrais tout envoyer basculer et aller plus vite. Chacune à son parcours est mon leitmotiv. Oui je vais doucement, j’ai mon épouse qui jusqu’à maintenant accepte mon parcours et je ne désire pas me séparer. Souvent; les trans qui sont plus loin dans leurs parcours me trouvent idiote ou ne pas être assez femme.
    Ton texte doit être partagé, tout est dit.

    Il n y a pas 2 chemins identiques. L’historique, la construction de chacune lui est propre. Nous avons déjà toutes des complications avec l’extérieur, alors un peu de solidarité et d empathie envers NOS SŒURS ne nuit pas.

  2. Chaque transition est unique et le sera. Je me suis toujours posée la question pourquoi la mienne est si différente. Cela tient beaucoup de ma personne, de mon environnement et de mes attentes. Beaucoup de personnes trans ne le comprennent pas et j’ai eu le droit à des insultes transphobes d’une extrême violence de leur part. J’ai fait ma transition toute seule et je la finirai, si il reste des choses à finir, seule.

  3. D’accord 100% avec Julie, je n’ai rien trouvé de plus saoulant dans les premiers mois/années de ma transition que des trans d’associations qui me disaient « il FAUT faire comme ci ou comme ça »… Certaines personnes trans sont militaires alors c’est leur métier d’être autoritaire, mais il faut aussi savoir déconnecter et essayer de se mettre à la place des autres… Bon, il y a toujours quelque chose d’instructif à retirer des expériences négatives… de toute façon, j’ai su depuis le début que je ferai ma transition à mon rythme et selon mes choix, j’ai commencé par exemple à imaginer mon style du futur, qui est bien loin du modèle jupe + cheveux longs + talons hauts, même si je suis très féminine en pantalon… voilà, voilà…

  4. « chacun-e d’entre nous essaye de faire ce qui est au mieux pour sa vie »… mais je ne suis pas sûre d’en être capable, ni même de savoir ce qui est le mieux… ou le moins pire. Je la regarde filer, en spectatrice impuissante et désabusée…
    Mais, parfois, j’aime bien rire aussi.

    • Peut-on savoir ce qui est le mieux pour nous ou autrui ? En est-on capable ?
      Qu’importe la réponse que l’on peut se faire. Ce qui compte c’est d’essayer, ne jamais renoncer, croire en soi encore et encore, et continuer d’avancer. Aucun pas n’est petit, au final le plus insignifiant d’entre-eux fera souvent la différence.
      Bonne continuation…
      Bises
      Gisèle

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