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Etre un mensonge

8 janvier 2012 | Tags: , , , , , , , ,

Le titre suffit à décrire ce que probablement toute personne transsexuelle ressent.

Comment ne pas avoir ce ressenti lorsque dès le plus jeune âge on se force à jouer au petit garçon alors l’on se sent petite fille? Comment ne pas être troublé par ce décalage entre cette vérité que l’on a en soi et celle de la norme extérieure? Comment ne pas être en désaccord avec le monde extérieur et le besoin de se vivre dans le genre désiré qui brûle en nous?

Ce petit manège dure toute sa vie, à moins que l’on ne prenne cette décision grave qu’est un traitement hormonal. Et là, enfin, on se sent en accord avec soi même… dans le privé. Car, affronter le monde extérieur reste un combat de tous les jours.

Avec le traitement hormonal j’ai enfin la joie d’être en adéquation avec mon corps. C’est un soulagement qui va bien au-delà de toute les espérances… Cependant… Cependant, même si l’on arrive enfin à ne plus jouer la comédie dans son intimité, on continue de la jouer à l’extérieur. Ou en tout cas c’est ce que l’on ressent! Et pour ma part, c’est souvent.

La première euphorie passée, celle où l’on se décide enfin à franchir ce cap tellement difficile de sortir en fille en plein jour, on se retrouve avec ce doute constant: suis-je assez féminine? Est-ce que je passe suffisamment bien? Est-ce que je suis suffisamment crédible dans ce rôle de femme? Et bien oui, voilà que l’on joue encore la comédie. Il ne suffit plus de paraître femme à ses propres yeux et à son esprit… il faut aussi paraître femme aux yeux du monde, de manière naturelle. Et le doute est permanent.

Je suis convaincue qu’aucune transsexuelle ne doute jamais, même pas une fraction de seconde sur l’impression qu’elle peut donner. On doit tricher avec notre biologie, l’acquis et les réflexes d’une première vie, alors comment ne pas avoir l’impression de ne pas encore devoir jouer la comédie?

Voilà, en somme, l’impression qui me martèle et me traque à l’heure actuelle, jour après jour, seconde après seconde. Avoir été un mensonge toute cette vie et malgré mon combat acharné et ma volonté d’être en accord avec moi même, j’ai toujours l’impression d’être ce mensonge, un garçon déguisé en fille, une fille qui ment sur sa nature et sa réalité biologique. Cette impression douloureuse de ne jamais arriver à accéder au naturel féminin de manière crédible et d’être contrainte de toujours enfiler un costume dès que je franchirai la porte de mon appartement.

Je n’ai pas encore une image féminine de moi. Lorsque je vais faire mes courses et que la caissière me dit bonjour madame, j’ai envie de lui dire qu’elle peut se permettre de m’appeler monsieur puisque c’est bien ce qu’elle voit… J’ai l’impression de vivre dans une mascarade ambiante, de n’être qu’un gros mensonge que tout le monde feint de ne pas reconnaitre… Un secret de polichinelle.

Le simple fait de devoir franchir la porte de mon appartement m’est une épreuve redoutable. Si aller au travail m’est tellement pesant, ça n’est pas à cause du travail en soi, mais bel et bien parce qu’il faut que je le fasse en garçon, et la encore je suis dans le mensonge: quelle attitude adopter pour ne pas révéler mon secret trop tôt, tout en sachant que petit à petit mon apparence et mes codes vestimentaires changent (j’entends maintenant des rumeurs d’homosexualité à mon sujet, et je laisse cette rumeur se propager…): encore un mensonge! La franchir veut dire affronter le monde extérieur, jouer la mascarade et redevenir un mensonge. Je ne suis bien que lorsque je suis seule.

J’ai la sensation de toujours renvoyer une image fausse et contradictoire et c’est épuisant. Je regrette parfois ce temps ou j’étais un garçon “normal”, libre de tout traitement hormonal. Je passais inaperçu, je pouvais m’exprimer spontanément sans avoir peur de l’effet de ma voix, déambuler dans les rues sans être une bête curieuse. Aujourd’hui, je ne peux pas dissimuler ma pomme Adam et moduler ma voix en public m’est une épreuve insurmontable.

Parfois je perds espoir car je me demande, la première année de traitement écoulée, ce qui va encore pouvoir évoluer dans mon apparence, car je reste encore tellement masculine… Je me décourage lorsque je vois l’ampleur du travail encore à fournir…

C’est vrai, je regrette parfois ce temps ou je n’étais pas sous hormones, mais ce regret s’estompe bien rapidement. L’ampleur du bien-être que j’éprouve depuis que je prends le traitement n’a rien de comparable. Le mal-être s’est déplacé c’est tout. Aujourd’hui je suis mal en public, avant j’étais mal avec moi-même. Je ne sais pas si c’est plus facile, ce qui est le moins fatiguant. Peut-être bien ni l’un ni l’autre. La différence majeure aujourd’hui, c’est l’espoir. L’espoir d’une vie sur-mesure, ou tout du moins, une vie moins en décalage avec la perception de mon moi!

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