En suède, à l’école des enfants sans sexe

26 mai 2012 | Tags: , , , ,

A l’école des enfants sans sexe / © Mychele Daniau / AFP

Si l’initiative est jugée naïve par un certain nombre de spécialistes, et manque de repères pour d’autres, si de toutes parts on insiste sur le fait que de tels changements de mentalité prennent des années, voire des siècles, il faut bien admettre que la réflexion sur le genre est dans l’air du temps.

Exit le “il” et le “elle”, certains établissements suédois ont désormais recours à l’éducation indifférenciée.

Polémique.


Dans la salle de classe, le coin dînette et les petites voitures ont laissé place à une grande malle où les jouets cohabitent désormais. Dans les rayons de la bibliothèque, point de Cendrillon et de Belle au bois dormant, mais des histoires de papas crocodiles qui décident d’adopter un petit. Les filles ne jouent plus nécessairement à la poupée, les petits garçons ont arrêté de se prendre pour Spiderman. Bienvenue à Egalia, une crèche située dans le quartier bobo de Södermalm, en plein centre de Stockholm.

Ici, comme dans quelques autres écoles de la capitale suédoise, l’enfant reçoit une éducation indifférenciée. Entendez par là qu’on n’incite pas systématiquement les filles à faire de la danse classique ou de la gym et les garçons à jouer au football. Nier le genre dès le plus jeune âge ? “Attention, nous ne nions pas le sexe physique”, précise Lotta Rajalin, directrice de l’établissement. Ce serait une aberration. Nous refusons le sexe social, c’est tout.” C’est peut-être “tout”, mais c’est en tout cas bien suffisant pour créer la polémique et semer le trouble dans toute l’Europe. Articles incendiaires, mobilisation d’associations de parents d’élèves, avis réprobateur des pédopsychiatres… Lotta Rajalin ne pensait pas être fustigée à ce point et recevoir des menaces d’une telle violence.

L’enfant neutre

Au départ, il s’agissait surtout de préserver les enfants des stéréotypes de genre qui pourraient les enfermer dans un rôle et les empêcher de s’exprimer tels qu’ils sont vraiment. Quitte à ne plus utiliser les pronoms “il” ou “elle”, mais la forme neutre “hen” qui se rapprocherait plus du terme “ami”. Le pas de trop ? On savait la Suède très avancée sur les questions de parité et d’égalité des sexes, mais de là à rendre l’enfant neutre… Pour expliquer ces changements, la Suède s’appuie sur une série d’études sur le harcèlement des élèves homosexuels. Non pas en raison de leur orientation sexuelle, mais tout simplement parce que leur comportement ne se conforme pas aux stéréotypes inculqués en classe.

Pour Françoise Héritier, anthropologue au Collège de France et spécialiste du genre, il s’agit sinon d’un faux procès du moins d’une terrible erreur. “On laisse l’enfant seul, on le laisse choisir. Or, un enfant n’a pas la capacité de faire un tel tri. Il peut éventuellement se poser des questions. Mais à quoi bon s’il ne possède pas les clés pour y répondre ?” Si l’initiative est jugée naïve par un certain nombre de spécialistes, et manque de repères pour d’autres, si de toutes parts on insiste sur le fait que de tels changements de mentalité prennent des années, voire des siècles, il faut bien admettre que la réflexion sur le genre est dans l’air du temps. Et ne cesse d’interroger.

Gender studies

Il n’y a qu’à voir le succès des gender studies de l’Américaine Judith Butler pour s’en assurer. Depuis les années 1930, cette branche des sciences sociales prône la déconstruction de la théorie du genre et la distinction radicale entre sexe et genre. Au sexe biologique se greffe donc un sexe social que chaque individu est parfaitement libre de choisir.

À Science Po Paris, un programme consacré à la question du genre a même ouvert ses portes à la rentrée 2011. Et la rue d’Ulm ne cesse d’organiser colloques et conférences sur le sujet. Comment devient-on un homme ou une femme ? Comment perçoit-on l’autre au-delà des modèles véhiculés depuis des millénaires ? Quelles que soient les réponses apportées, le débat déchaîne les passions. “Je ne vois pas un seul modèle au monde dans lequel les enfants sont élevés indifféremment qu’ils soient un garçon ou une fille”, constate Françoise Héritier.

Déjà en 2011, le couple canadien Kathy Witterick et David Stocker avait horrifié la planète en décrétant que leur petit Storm serait élevé “no sex” et pourrait ainsi décider seul s’il voulait être considéré comme un garçon ou comme une fille. Traiter les enfants comme des individus, et non en fonction de leur sexe, soutient Lotta Rajalin.

Reste à savoir ce qu’en pensent les enfants, qui, à coup sûr, sont bien les derniers à se soucier du problème…

(Victoria Gairin)

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1 response to En suède, à l’école des enfants sans sexe

  1. AlexMec a écrit le 19 septembre 2013

    Pour Françoise Héritier, anthropologue au Collège de France et spécialiste du genre, il s’agit sinon d’un faux procès du moins d’une terrible erreur. “On laisse l’enfant seul, on le laisse choisir. Or, un enfant n’a pas la capacité de faire un tel tri. Il peut éventuellement se poser des questions. Mais à quoi bon s’il ne possède pas les clés pour y répondre ?”

    On le laisse choisir quoi, exactement? Un enfant – une personne – ne choisit ni son sexe ni son genre. Un petit garçon cis ne choisira pas plus de devenir une fille trans, qu’un petit garçon trans ne peut choisir d’être cis. Les enfants – les personnes – sont ce qu’illes sont: cis ou trans, garçon fille ou autre, homo ou hétéro ou bi ou autre, et ainsi de suite… Et cela, quelle que soit la façon dont on les éduque!

    Mais au moins, avec ce genre d’éducation, une petite fille cis n’aurait pas besoin de choisir entre être une fille et jouer à être Batman, et une petite fille trans ne serait pas regardée de travers si elle choisit de jouer à la dînette plutôt qu’au garage auto. Quelle épouvantable horreur, c’est sûr!

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