La transition, une notion multidimensionnelle

27 mai 2012 | Tags: , , ,

Cube © Metropolitan FilmExport

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Je ne parlerai pas du cocon familial incluant le/la conjoint-e et les enfants, le sujet étant très vaste et très complexe. Il dépasse très largement ce que je souhaite aborder au travers de cet article. Il s’agit bien entendu d’une dimension de la transition, mais du fait de sa complexité et de ses implications, il ne m’est tout simplement pas possible d’en parler ici sans tenter de tenir compte de chaque cas particulier, d’autant que tou-te-s les trans’ ne sont pas forcément en couple et n’ont pas forcément d’enfant.

Première dimension : Nous-même

Nous transitons, finissons notre transition et sommes d’une certaine manière “lâchées dans le grand bain” définitivement. Cette transition est interne et externe à la fois. Notre physique se stabilisant avec le temps, notre voix évoluant, nous prenons de plus en plus d’assurance dans la vie de tous les jours. Lorsque nous atteignons le stade où nous n’avons plus la sensation d’être perçues selon notre passé, on peut considérer que la transition est terminée.

Deuxième dimension : Nos proches

Les parents

Pour nos parents, l’exercice est bien plus difficile. Nos parents ont été baigné depuis notre naissance dans l’idée du genre qui nous a été assigné à notre sortie du ventre de notre mère, voire maintenant avec le genre qui nous a même été assigné à la lueur des échographies. L’assignation du genre est déterminé de plus en plus précocement et cette course à la maîtrise des naissances n’est pas prête de s’interrompre. De ce fait, nos parents, surtout dans ma génération, nous ont connu-e-s durant nombre d’années dans le genre d’assignation de naissance, n’envisageant pas un seul instant que nous puissions être de l’autre genre. Lorsque nous leur avons annoncé, plusieurs réactions ont pu se produire, mais la réaction la plus fréquente a été le rejet de l’information donnée avec plus ou moins de virulence.

Le rejet total

C’est la situation que j’ai vécue. En ce qui me concerne, la virulence du rejet a été telle qu’elle s’est soldée par un harcèlement continuel, des tentatives répétées de me nuire, des menaces allant jusqu’à des menaces de mort voilées sous forme écrite, mais bien réelles sous forme verbale. J’ai dû très fortement me blinder, me consolider pour ne pas céder à tous les chantages dont j’ai fait l’objet durant de nombreux mois. J’ai survécu non sans mal, mais j’ai survécu et j’ai grandi. Je me trouve actuellement dans un cas de rejet complet mais j’ai à nouveau gagné ma tranquillité dans le sens où ils m’ont d’un coup oubliée.

Il n’existe pas vraiment de recette pour gérer ce genre de situation. La meilleure à mon sens peut consister à se faire oublier d’eux et espérer qu’un jour les choses changeront. C’est cette recette que j’ai appliquée, qui pour le moment me permet de vivre normalement, et je suppose que de leur côté, n’ayant plus de mes nouvelles eux aussi vivent normalement.

“Tu resteras toujours mon fils/ma fille”

On peut très bien aussi ne pas être rejetée mais tout de même pas accepté-e dans le genre qui est le nôtre. Là, chaque cas est différent. Cette non-acceptation peut-elle avoir une incidence sur notre vécu à l’extérieur ? Peut-on être mis-e en échec du fait de la manière dont nos parents parleront de nous en public ? Ce public existe-t-il ? Tant de questions à se poser pour pouvoir prendre une décision quant à la manière de gérer ce type de comportement de nos parents. Là encore, il n’existe pas de recette. Mais, ne nous détrompons pas, nous n’avons là aussi, tout comme dans le cas précédent, aucune maîtrise du comportement de nos parents vis-à-vis de nous. Certain-e-s décideront de rester en contact, estimant pouvoir endurer à vie ce rejet de leur genre, alors que d’autres préfèreront couper les ponts.

Il est clair que cette attitude des parents a un pouvoir traumatisant. C’est la violence du traumatisme moral qui décidera du maintien ou non des relations.

“Laisse-moi le temps de m’adapter”

Une des positions qui commencent à être plus confortable. Les parents décident de faire l’effort d’adaptation. Si vos parents sont dans cet état d’esprit, alors vous avez une chance inouïe. A vous de jouer pour les maintenir dans leur zone de confort de vie tout en admettant de plus en plus au fil du temps votre genre. Autant vos parents ont décidé de faire un travail pour vous comprendre, autant vous aurez un travail à faire pour les aider. Votre action est essentielle, et ne doit surtout pas être sous-estimée.

Acceptation sans condition

Le cas le plus simple et le plus facile à vivre. Vous avez tout simplement une chance immense. Prenez-en bien la dimension.

Le reste de la famille

Ce que j’ai écrit pour les parents vaut pratiquement pour le reste de la famille, plus particulièrement pour les frères et sœurs.

On est plus ou moins proche de ses frères et sœurs, plus ou moins proche de ses cousines et cousins, de ses oncles et tantes, de ses grands-parents, de ses arrières-grands-parents. De là résultera le maintien ou non de la relation avec chacun de ces proches.

Je suis moi-même fille unique. De l’ensemble de ma famille, plus d’une dizaine d’oncles et tantes, plus d’une quarantaine de cousins et cousines directs, nos relations avec l’ensemble de la famille a été minutieusement brisée au fil du temps par mon père qui a tout fait pour nous isoler du reste de la famille pour des raisons que je n’ai pas encore totalement assimilées. Depuis nombre d’années, je n’avais plus du tout de relation avec aucun des autres membres de la famille. L’éloignement est tel désormais que je n’espère plus jamais avoir de reprise des relations avec aucun d’eux, et le temps ayant fait son œuvre j’ai même du mal à me rappeler désormais qui ils sont, ce qu’ils sont devenus. Une seule cousine fait exception à cette règle avec qui j’avais repris contact un an et demi avant ma transition. J’avais ensuite perdu à nouveau le contact du fait de la vie et lorsque j’ai débuté ma transition à l’époque, j’ai décidé de reprendre contact avec elle. J’ai eu avec elle une surprise de taille ! Elle m’avait toujours considérée comme sa cousine dès le plus jeune âge et n’a donc pas du tout été surprise de ce que je lui ai annoncé. Elle m’a acceptée immédiatement pour qui je suis. On peut dire qu’elle a transité largement plus vite que moi. Elle se situe donc dans l’acceptation sans condition. Elle fait finalement un contre-poids énorme par rapport à mes parents. C’est la seule famille de sang qu’il me reste.

Les couples et les enfants

Comme je l’ai dit, je sujet est tellement vaste que je ne peux l’aborder ici. Beaucoup de choses ont déjà été écrites à ce sujet. Les couples et les enfants sont intégrés dans nos proches.

Troisième dimension : Notre environnement professionnel

Deux cas majeurs se présentent. Nous travaillons en entreprise ou à notre compte. Dans le premier cas, nous allons dépendre fortement de la perception de la transidentité au sein de l’entreprise. Autant, certains collègues proches peuvent nous accepter sans condition, autant pour les autres cela peut ne pas être évident, voire impossible. Si nous sommes à notre compte, tout dépendra de la perception de nos clients actuels.

La transition de l’environnement professionnel est totalement indépendante de notre propre transition dans le sens où elle dépend de l’ouverture d’esprit des personnes de cet entourage.

Quatrième dimension : L’entourage moins proche

Cet entourage comporte nos ami-e-s, nos copines et copains, et les relations établies dans les associations (qui peuvent être d’ailleurs pour certains des ami-e-s…)

Les transitions de chacune des personnes composant ce groupe vont d’immédiate à jamais. La transition de certains peut d’ailleurs passer par un éloignement temporaire. Je n’emploierai pas le mot “définitif’ car dans la vie rien n’est vraiment définitif. Je l’ai appris en ce mois de mai 2012 où deux amis dont je n’avais plus de nouvelles pour l’un depuis 3 ans, pour l’autre depuis près de 20 ans, que j’ai tenté de recontacter ont répondu plus que favorablement, forcément surpris, mais pas étonnés non plus, comprenant bien des choses d’un coup. Je peux dire qu’eux deux ont transité en une journée… Après ma propre transition !

Cinquième dimension : Les autres

Les autres recouvrent les personnes que vous croisez dans la rue. On ne peut pas parler en réalité de transition, mais de manière dont ceux-ci vous perçoivent. Quoi que vous fassiez, il y aura toujours un risque même minime que quelqu’un vous perçoive dans votre genre de départ. Cette “transition” n’est donc jamais totalement terminée.

Alors finalement, quoi ?

La transition n’est pas que la vôtre. Elle est aussi l’affaire de tous les autres autour de vous.

Elle vous obligera à être humble et à ne pas tenir pour acquis que vous êtes “de l’autre côté, enfin !”. Vous devez toujours garder à l’esprit que parfois vous vous retrouverez confronté-e-s à des personnes qui ne vous percevrons pas forcément comme vous vous percevez et tels que la très grande majorité de votre entourage et des gens vous perçoivent. Il peut en résulter des désagréments. Quelle est la meilleure solution dans ce cas ? Si vous en avez le moyen, éloignez-vous de la personne avant que la nuisance risque de vous causer des soucis. Dans le cas particulier de votre famille, il se peut que vous mainteniez tout de même le contact. Ces choix sont les vôtres. Ne vous laissez influencer par personne. Gardez le plus possible votre libre-arbitre.

Sauf à constater un souci vous concernant, ne vous laissez pas aller à douter de vous, c’est le risque majeur. Vous êtes en transition, poursuivez votre route. Vous n’êtes plus en transition… poursuivez votre route !

Bon courage à toutes et tous qui vivez cette expérience !

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