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Myriam, transsexuelle et prostituée

13 juin 2012 | Tags: , ,

Si je suis entrée dans la prostitution, c’est parce que je suis transsexuelle. On m’avait dit que c’était le seul endroit où je pourrais rencontrer des trans. Je n’avais pas de famille, personne. J’avais 14 ans et je voulais me procurer des hormones.

On m’a envoyée dans un foyer d’urgence pour les mineurs. J’en suis partie. Je dormais à la rue, je vivais chez les uns et chez les autres. J’ai commencé la prostitution au Bois de Boulogne. Je n’ai pas trouvé ça spécialement dur. Après tout ce que j’avais vécu, après toute la violence… Je ne voyais que mon but : me transformer. J’ai commencé les piqûres à 14 ans. Ce n’est pas douloureux mais il y a des effets secondaires.

Je faisais un ou deux clients pour pouvoir manger. Mais ce que je voulais surtout, c’était avoir un lien avec les autres filles. La prostitution, c’était un cocon, une famille. Mais une famille qui me détruisait. Ce que je voulais, c’était être entourée, rencontrer des jeunes, rigoler, boire un coup. On a sa souffrance et on est seul. À qui en parler ?

À 14 ans, j’ai été rejetée par ma famille. Je trouvais des hommes avec qui je passais des soirées, et puis il y avait l’acte et je me retrouvais seule. D’un coup, il n’y avait plus rien. Juste l’impression d’être une pute. Je cherchais de la compagnie. J’ai limité le nombre des clients, juste deux ou trois pour vivre ; j’aurais voulu quelqu’un avec qui me poser.

J’ai eu des fausses joies, des amours, j’avais l’impression que tout était beau. J’espérais toujours et puis je tombais. C’est ça qui m’a détruite. Une fois que c’était fait, je n’avais même plus un message, rien. Je n’en ai gardé que le dégoût de moi-même. En neuf ans, je n’ai jamais eu une relation qui dure au-delà d’une soirée. Les clients, ils se sont servis de ma faiblesse et ils en ont joué. Pour moi, c’est comme une trahison.

La prostitution, c’était un monde ambigu, le monde de la nuit, l’alcool. J’ai tout connu, l’alcool et la drogue. J’ai eu l’impression de ne plus être moi ; de ne plus être qu’un objet sexuel ; de la viande. L’impression de n’être qu’une pute.

Il y a eu les agressions aussi. Deux fois. J’avais des copines qui volaient. Je le faisais aussi pour être acceptée par elles. Un jour, j’ai volé un portable à un client. Il est revenu mais il s’était teint la barbe en gris, il avait mis un costume, très classe, je ne l’ai pas reconnu.

Il m’a emmenée dans un parking, m’a filé du fric et puis il s’est jeté sur moi : il m’a frappé la tête sur le sol, j’ai cru que j’allais mourir. J’étais en sang, j’avais les taches bleues des graviers dans la peau. Il m’a dit qu’il allait prendre un couteau et me les couper. J’ai réussi à m’enfuir je ne sais pas comment ; l’instinct de survie.

La prostitution, ce n’est pas un avenir, ce n’est pas un métier comme les autres. Quand on est trans, on va dans la prostitution pour pouvoir s’offrir la chirurgie et puis après on s’habitue et on y reste.

Le regard des autres est dur, c’est vrai, mais il n’y a pas que ça. Il y a les clients. Les clients, c’est des chiens. Ils sont mariés, ils ont des sièges bébé, ils ont des problèmes de couple, ils viennent chercher de la détente.

Ils disent qu’ils sont hétéros. Ils se mentent à eux-mêmes, ils sont bi. Ils ont une attirance pour le côté homme mais ils ne veulent pas l’admettre. Ils vont voir des trans, ils n’iront pas voir un homme. Je trouve que les clients deviennent de plus en plus bisexuels. On a normalisé tout ça, on a banalisé et en même temps c’est resté très tabou.

Aujourd’hui, je suis à cran. Ce que je veux, c’est me faire opérer et trouver un travail. Il y a des protocoles à respecter et un suivi de deux ans avant l’opération. Je sais que ça ne va pas être facile. J’ai arrêté la prostitution. J’ai droit à la Cotorep, allocation handicapé, en tant que transsexuelle, et à une APL. En gros, je touche1000€. J’ai du mal à y arriver. Hier j’avais 4oo€, aujourd’hui il m’en reste 150. J’ai acheté un sac, j’ai payé une bouteille de champagne dans une boîte. Je n’ai pas la notion de l’argent.

Ce qui m’a toujours fait souffrir, c’est la discrimination. À l’école, déjà, c’étaient les moqueries. Je n’ai eu que des zéros. Et quand j’ai été placée à la DDASS, je me suis retrouvée dans des foyers de garçons ! Alors à 14 ans, j’ai tiré un trait sur tout ça Mais c’était pour tomber dans un cercle vicieux. Là, je vais faire une formation avec d’autres gens de la Cotorep, donc il n’y aura pas de discriminations.

Si vous êtes trans mais que vous êtes féminine et belle, il n’y a pas de problème. Mais si vous faites 1,80m et que vous êtes balèze, ça ne passe pas. Avant, j’étais très homme et puis avec les hormones, je me suis féminisée. Et je suis beaucoup mieux acceptée. Pourquoi ? Je suis restée la même personne.
Il faut être comme ça sinon c’est les moqueries. Moi, des trans, j’en connais qui sortent très peu. Elles restent enfermées, elles invitent chez elles, elles se renferment, elles ne veulent pas avoir l’air de clowns qui se promènent. C’est dur.

Il y a une chose que je voudrais dire aux trans : surtout qu’ils n’aillent pas dans la prostitution ! Qu’ils aillent voir une association ! Je voudrais leur éviter le parcours que j’ai connu. Il faut leur dire qu’ils peuvent aller voir un psychiatre et faire un dossier Cotorep. Moi je ne le savais pas, je ne l’ai fait que tout récemment. Maintenant j’ai envie de prendre un nouveau départ, de couper avec l’ancien cocon.

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2 responses to Myriam, transsexuelle et prostituée

  1. Kate a écrit le 5 août 2012

    Bonjour Lisa,

    Je voudrais d’abord te dire que tu as beaucoup de courage d’avoir écrit un tel article.
    La prostitution et le monde du sexe ont en effet un rapport pervers avec le transsexualisme assez rarement évoqué, rapport qui pourtant à mes yeux mériterait d’être décrypté pour mieux le juguler.

    Je n’ai pas moi-même connu la prostitution, mais j’y ai souvent réfléchi et c’est pourquoi j’aimerais fait part de quelques réflexions que j’ai eues.

    A. Le rapport pervers entre le transsexualisme et le monde du sexe.

    On remarque que nos pays de l’ouest se prétendant développés (au point de ne plus supporter la contestation de leur modèle) ont un rapport difficile avec les questions de genre.

    On remarque ainsi que la question de la transsexualité est souvent associée au mouvement de revendication des homosexuels, qui n’a ainsi pas entendu soutenir que la question des TS évolueraient une fois que la « question du mariage gay serait réglée ».

    Et pourtant, fondamentalement, difficile de voir le lien entre l’homosexualité et la transsexualité dans la mesure où cette dernière est une revendication assez simple qui pourrait être vue assez primitivement comme le désir d’appartenir à l’autre sexe, ce qui ne remet pas en cause les structures sociales.
    On remarque d’ailleurs que le transsexualisme est plutôt bien accepté dans certains pays traditionnalistes (comme l’Iran) alors que l’homosexualité y est perçue comme un pêché létal.

    Intellectuellement cependant, on peut comprendre la convergence LGBT par le fait que l’homosexualité peut être perçue, de même que la transition comme un choix (certes imposé par nous même) en opposition avec la morale et les valeurs traditionnalistes. Un choix qui fondamentalement s’oppose à une vision biologique et darwinienne de l’Homme. Mais comme ce n’est pas exactement le sujet, je vais éviter de digresser trop sur la question !

    On peut se demander pourquoi ces sociétés traditionnalistes voient d’un meilleur œil que nos sociétés « développées ».
    A mes yeux, cette raison est simplement une différence de conceptualisation du phénomène due au fait que le transsexualisme est abordé dans une optique plus naturelle par les sociétés traditionnelles (une personne qui veut appartenir à l’autre sexe) alors que nous la voyons ici comme une transgression des codes sociaux, car en réalité nous ne jugeons pas le procédé en temps que tel, mais l’image médiatique nous en avons.
    Cette image, dans nos sociétés, est modelée par les fantasmes masculins qui trouvent leur concrétisation économique dans la pornographie et la prostitution.

    De sorte qu’au final, ce qui est vu comme amoral dans notre société ce n’est pas tant le fait de dévoiler la femme ou l’homme que nous avons au fond de nous, mais d’être associée à cette image de femme à pénis que l’on voit dans les vidéos pornographiques.
    Dés lors, il y a implicitement dans la société une association entre notre souhait de devenir nous même et cette débauche.

    Forme de débauche qui aux yeux de la société est d’autant plus condamnable parce que monsieur tous le monde sent bien que le fait d’être excité par la vue d’une femme à pénis ou de payer pou avoir des relations avec elle est bien moins « normal » qu’une vidéo x hétérosexuelle classique.
    En effet, l’homme lambda remarquera que ces pratiques sont malsaines dans la mesure où le fait de contempler un tel être peut être une forme d’homosexualité mal assumée, ainsi que bien d’autres choses qu’il soupçonne, entrevoit, ou conçoit plus ou moins précisément…

    Dés lors on condamne moralement autant la personne qui s’affiche que celui qui la regarde, ce qui ne manque pas d’accroître le blâme vis-à-vis du transsexualisme qui sous forme de X révèlent certains autres « penchants » que la société condamne.

    Au final, je viens de démontrer – assez maladroitement – que le monde du X est avant tout l’élément qui fait que nos sociétés condamnent la transition, dans la mesure où les sociétés traditionnelle où de telles débauches ne sont pas tolérées voient d’un meilleur œil la transition.
    Je me suis également attachée à montrer pourquoi l’image pornographique du transsexualisme lui est nuisible, de façon directe et indirecte.
    Mais pourquoi diable notre catégorie sociale est elle davantage touchée par le domaine de la prostitution que d’autres ?

    B. Les éléments qui favorisent la prostitution au sein de la communauté trans.

    a. Les éléments économiques.

    On le sait, et ton témoignage en est une nouvelle preuve, beaucoup de TS sont livrés à eux même, sans diplôme (leur coming out ayant lieu justement au début de leurs études).

    La prostitution offre des revenus assez facilement (voir témoignage) et sans nécessiter réellement des qualifications particulières.

    b. Les éléments psychologiques

    Comme cela a été dit dans le témoignage, il y a parfois cette volonté de se resocialiser de « rencontrer des gens » ou des femmes à même d’aider.

    Il y a aussi le fait que la transition et notamment le rejet sociétal nous ait amené à voir d’un autre œil la morale populaire et à comprendre que ce que l’opinion réprouve n’est pas forcément mauvais.
    Dés lors puisque le repoussoir principal est souvent moral (au delà de la peur de la violence), les TS en manque d’argent peuvent être des proies plus faciles… A fortiori puisqu’elles n’ont souvent plus aucun soutien de qui que ce soit.

    Enfin, de nombreux MTF ressentent le besoin de se venger de leur corps d’homme et de se lancer dans une forme d’autodestruction et la prostitution peut être ainsi un moyen qui plus est rémunérateur d’arriver à ses dessins.
    Puisqu’il n’y a rien de mieux pour dévaloriser son ancien corps en se dévalorisant soi-même…

    Au final, il y a donc de nombreux éléments qui peuvent mener vers la prostitution… Prostitution qui ne fait qu’alimenter l’image négative de la transsexualité et compliquer les transitions, provoquant des rejets etc…

    C’est ainsi une sorte de cycle malsain… Qu’il faudrait interrompre à tous prix.

  2. Aurore a écrit le 5 août 2012

    Mais il est beaucoup plus dur d’arreter un cycle que de le mettre en route. Du a sa propre inertie.

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