Transidentité – Intervenir tôt pour limiter les difficultés

16 juin 2012 | Tags: , , , , , , , , ,

Dylan a 20 ans. Déjà, on a du mal à deviner qu’il est né dans un corps de fille. Sa voix a une tonalité masculine. Depuis quelque temps, il a commencé à prendre des hormones, pour à terme subir une ablation des seins. À ses côtés, Michelle a 59 ans. Elle vient également d’entamer une hormonothérapie, après avoir vécu dans un corps d’homme, partagé sa vie avec une femme durant plusieurs décennies et être devenue père de deux enfants.

Nous nous sommes rencontrés à l’occasion d’une réunion du réseau Aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec, à Montréal.

Leurs histoires respectives démontrent combien la situation des transgenres a évolué au Québec au cours des dernières décennies. En fait, elle n’est plus celle de l’époque décrite dans le dernier film de Xavier Dolan, Laurence Anyways, qui se déroule dans les années 1990.

À l’Hôpital général pour enfants de Montréal, le Dr Shuvo Ghosh suit depuis une dizaine d’années des enfants présentant des troubles identitaires liés au genre. Selon lui, la majorité des transgenres décident désormais d’entreprendre leur transformation tôt dans leur vie, soit à la sortie de l’adolescence, avant d’avoir entamé une vie de couple sous leur première identité.

Car les symptômes de la transidentité peuvent se manifester très tôt dans la vie d’un enfant. À l’âge préscolaire, de 0 à 6 ans. « Il faut distinguer l’identité de l’orientation sexuelle, qui, elle, s’affirme plus tard, à la puberté », explique le Dr Ghosh.

« Il y a des parents et des professeurs qui m’appellent parce qu’ils ont un enfant qui refuse de se faire appeler d’un nom de garçon, par exemple, ou qui refuse de porter un pantalon », raconte Marie-Marcelle Godbout, fondatrice du Réseau d’aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec. Lorsque ces symptômes persistent au-delà d’un an, explique le Dr Ghosh, ils peuvent être un indicateur de transidentité.

« Quand j’étais enfant, mes soeurs jouaient à la poupée et moi, je faisais la poupée, se souvient Monica Bastien, transgenre éducatrice spécialisée en psychiatrie. J’adorais ça, et je pleurais quand ma mère m’imposait d’arrêter. » Attirée par les femmes depuis toujours, Monica n’a pas changé d’orientation sexuelle après son opération.

« L’identité n’est pas quelque chose de modifiable par des médicaments ou des convulsions électriques », explique le Dr Ghosh, qui estime que de 1 à 2 % de la population vit ainsi des problèmes de transidentité. Alors que le corps, lui, peut se modifier.

Toilettes des garçons

Lorsqu’il était à l’école, Dylan Blanchette s’est un jour risqué dans les toilettes des garçons. « Non, ce n’était pas pour provoquer […], mais parce que je [m’y] sentais bien », insiste-t-il, dans une vidéo tournée pour la fondation Jasmin Roy. Lorsque quatre garçons sont entrés dans les toilettes et l’ont vu, Dylan s’est fait insulter, tabasser, déshabiller, souiller. « Ils m’ont dit :“T’es pas un gars, la petite.” Ça va me rester marqué à vie. […] J’ai toujours peur qu’on me prenne encore pour une fille », dit-il. C’est après cet incident qu’il est entré en contact avec le réseau d’aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec.

À l’Hôpital pour enfants de Montréal, les jeunes patients qui présentent des symptômes de transidentité doivent d’abord se soumettre à une évaluation psychosociale, qui prend en compte différents aspects de leur milieu.

« On vérifie si l’enfant n’est pas tout simplement en réaction à des pressions de son entourage, par exemple », explique le Dr Ghosh. Lorsque l’enfant approche de l’âge de la puberté, si son malaise identitaire persiste, l’équipe de l’Hôpital pour enfants discutera avec lui et sa famille de l’opportunité d’avoir recours aux bloqueurs d’hormones, qui retarderont l’apparition des signes de la puberté : la barbe ou la mue de la voix chez les garçons, par exemple, l’apparition des menstruations et de la poitrine chez les filles.

« Parce qu’après la puberté, c’est très difficile de changer une poitrine de femme pour une poitrine d’homme sans avoir recours à la chirurgie », explique le Dr Ghosh. On veut ainsi donner un peu plus de temps au jeune pour réfléchir à son avenir. Si jamais l’adolescent choisit de ne pas changer de sexe en fin de compte, « c’est plus facile de recommencer la puberté », dit le Dr Ghosh.

Si l’adolescent choisit de poursuivre la démarche, on aura ensuite recours à la testostérone pour les filles qui veulent devenir des garçons et l’oestrogène pour les garçons qui veulent devenir des filles. Les jeunes ne peuvent avoir recours à la chirurgie finale que passé le cap des 18 ans.

Et cette décision n’est pas facile à prendre. De façon générale, les transgenres ont une vie sexuelle moins active que la moyenne des gens, estime le Dr Ghosh. « Certains sont asexués. D’autres restent gênés de leur corps et ont de la difficulté à se trouver des compagnons de vie. » Si la médecine peut aller très loin dans la transformation du corps, elle ne fera pas d’eux des personnes dont le sexe a correspondu à l’identité à la naissance, dit-il. Et en général, estime-t-il, les hommes qui deviennent des femmes auront des organes génitaux plus « fonctionnels » que les femmes qui deviennent des hommes.

Il n’est cependant pas exclu pour les transgenres de mener une vie affective équilibrée.

À cet égard, Marie-Marcelle Godbout est un bon exemple. En couple depuis quarante avec un homme, elle a un fils de 36 ans, qu’elle a adopté alors qu’il était encore bébé.

« Si j’ai trouvé [un conjoint] à l’époque, d’autres sont capables de trouver aujourd’hui », dit-elle.

Dans sa vie passée, Marie-Marcelle Godbout a été infirmier à Louis-Hippolyte Lafontaine. Elle se souvient avoir dû faire subir des électrochocs à des personnes qui se disaient de sexe opposé. C’était dans les années 1960, il n’y a pas si longtemps.

Aujourd’hui, les transgenres ont des droits. Ils peuvent contester en cour, si, comme c’est le cas de Laurence dans le film de Dolan, ils en viennent à perdre leur emploi à cause de leur transidentité.

« Il y a dans notre groupe de rencontres des ingénieurs, des médecins, des travailleurs communautaires, des éducatrices spécialisées », dit Marie-Marcelle Godbout. « Mais il y a encore beaucoup de discrimination. On en voit, des gens qui perdent leur emploi à cause de leur transidentité », ajoute Monica Bastien.

Chemin semé d’embûches, la transidentité assumée permet à ceux qui la vivent de se rapprocher d’eux-mêmes. Et le courage que cette démarche demande est un indicateur de la puissance avec laquelle elle se manifeste chez ceux qui la subissent.

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