A la découverte de Nath-Sakura

10 juillet 2012 | Tags: , , , , , ,

L'autoportrait officiel de Nath-Sakura

L’autoportrait officiel de Nath-Sakura

« Rien ne nous est donné une fois pour toutes. Rien n’est inévitable. Nous n’avons ni à subir ni à faire subir ce que nous sommes. Notre rôle consiste à montrer qu’il existe des passages, entre les sexes, entre les identités, entre les existences. »

Née en novembre 1973 à Gérone près de Barcelone (Espagne), Nathalie Balsan-Duverneuil, dite Nath-Sakura, est devenue photographe “car elle ne savait pas peindre”.

Nath-Sakura

Nath-Sakura

Née de parents inconnus et confiée à un orphelinat, Nath-Sakura, devient d’abord docteur en philosophie politique avant de se tourner vers une carrière de journaliste professionnelle et de changer de sexe.

C’est de ce passage entre les genres que traite principalement son œuvre, qui raconte en filigrane la “sauvagerie métaphysique” de cette renaissance.

Aujourd’hui installée dans le Midi de la France, près de Montpellier, elle collabore en tant que photo-reporter avec un grand nombre de journaux et d’hebdomadaires généralistes.

La démarche artistique de Nath-Sakura est caractérisée par trois éléments essentiels. La question de l’identité, notamment de l’identité sexuelle, intimement liée à une réflexion sur le regard, vis-à-vis d’autrui et de soi-même et à la question des passages, notamment dans le cadre du transsexualisme.

Nath-Sakura a un site officiel : http://www.nath-sakura.fr ainsi qu’une page facebook : https://www.facebook.com/nathsakuraofficial



L’œuvre de Nath-Sakura ne commence à prendre toute sa dimension qu’à partir de septembre 2004, date à laquelle elle entame son changement de sexe.

Elle utilise les métamorphoses chirurgicale et physiologique pour étudier le changement graduel de son regard d’artiste.

Ainsi, ce n’est pas tant son œuvre photographique qui est importante, que les métamorphoses que son travail a subi au fur et à mesure de ses opérations chirurgicales, de son parcours de réassignation de genre, et de son changement hormonal.


On notera ainsi de sévères transformations dans les colorimétries, les thèmes abordés et leur mise en scène, les techniques utilisées, au fur et à mesure des changements hormonaux de la jeune femme.

L’artiste note ainsi, depuis ses débuts, ses indices de testostérone libre puis de progestérone dans le sang, sur chacune de ses photographies, servant ainsi de vivante expérience sur le regard et les genres sexuels.




LES SANGLOTS ARDENTS DE NATH SAKURA par Jean-Paul Gavard-Perret

Nath Sakura sait que l’oeuvre n’est que le résultat d’un travail. C’est pourquoi, renonçant à la peinture pour laquelle elle ne se sentait pas prête, l’artiste est devenue photographe. L’érotisme de son travail s’élève contre tout effet de simplification. Certes il n’existe pas de coercition dans ses monstrations. Pour autant tout n’est pas donné à voir.

La Barcelonaise rapproche son travail d’un certain art nippon à la fois dans sa contextualisation que dans son raffinement. Le désir “enfermé” n’en devient que plus cuisant tant pas les poses, les couleurs et les mises en scène. Le (relatif) peu de nudité offerte crée une autre “étendue”. L’œil s’éprend du corps de la femme qui devient à la fois rosier, seringa, palmier, hortensias, plantes d’été. Mais le regard n’en vient pas à bout. Les arrangements instaurés par Nath Sakura font de chaque création photographique un volontaire inaccomplissement, un contre-chant par l’intensité voulue mais retenue et le rythme des formes afin de créer des variations. Elles participent au monde rêvé.

Mais rêver n’est pas jouer. Le corps qui emporte le regard n’est plus celui de la béatitude exaltante. Un rien « bariolé » le corps féminin apprend à se méfier de sa propre séduction. C’est plus par une vue de l’esprit que par la simple perception que l’artiste le suggère. Le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’origine, de la « nuit sexuelle » qui tente, tant que faire se peut, de se respirer ailleurs que par ce qui est suggéré.

Eden

Eden par Nath-Sakura

Comme le rien nous échappons donc au corps tout en n’étant rien sans lui. Il est notre rien d’autre. Il reste notre insondable priorité d’origine même s’il reste un ailleurs exotique ou d’exil. Son impossible approche atteste l’absolu du rien. Mais en même temps il le nie. Et c’est bien là toute la force des photographies de Nath Sakura. Elles deviennent à ce titre et parfaitement « Les sanglots ardents » dont parlait Baudelaire.

Un lien existe entre le sujet vu et celui qui le regarde. Mais cette connexion ne se prête à une lecture immédiate. La photographe ménage des errements ou des « oublis », des intransigeances ou des omissions. Le corps photographié est sans doute désirable néanmoins aucune offensive n’est possible face à lui. C’est d’ailleurs ce dont Barthes rêvait pour la photographie érotique. En elle et selon lui le désir a nécessairement un objet mais il convient à un artiste de ne pas en faire un objet.

Cela n’est pas simple. Toutefois Nath Sakura réussit à trouver une sidération insécable de la désideration. Il en va ainsi du désir de l’œuvre que le désir ouvre en son travail. Il n’en signifie par l’arrête mais l’ouverture de l’ouverture : nudité offerte, étendue non consommée où l’histoire apparaît, ressuscite une nouvelle mémoire. Si bien qu’on se demande s’il ne faut pas chercher l’ombre du miroir sous la photographie…

Celle-ci abrite un vide dont l’écho la suit. La photographie devient le miroir brisé du simulacre. Elle est la vision remisée et l’aveu contrarié. C’est pourquoi on recouvre parfois les miroirs comme l’artiste voile les corps : afin que le temps ne glisse plus dessus, qu’il se retienne comme un désir. Plus besoin de tourner le dos : comme un fantôme lui-même gagne sa fuite.



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