Les transgenres Pakistanais dans une catégorie qui leur est propre

5 septembre 2012 | Tags: , , , , , , ,

Malaika, 19 ans, se fait maquiller par une amie chez elle. Du fait de la discrimination de ses camarades de classe liée à son identité Transgenre, elle a abandonné ses études. Et maintenant, elle danse dans les mariages et différentes fêtes pour gagner sa vie.


(traduit librement par Julie)

La rue Pakistanaise agresse vos sens : enchevêtrements de trafic; pop pakistanais en concurrence avec l’appel de la mosquée à la prière, épices piquantes dans un air torride. Et puis il y a les travestis.

Aux feux de signalisation, vous croisez des personnes drapées dans des vêtements rose et rouge élégant, avec un maquillage scintillant. Ils tapotent leurs ongles peints sur la fenêtre de votre voiture, pour demander de l’argent. Et c’est là que vous remarquez le chaume sur le menton.

«La mendicité ici dans le trafic est juste un emploi à temps partiel», explique Mina Mehvish, 32 ans. «Je veux vraiment être une danseuse.”

Mehvish est un hijra, le terme Asie du Sud pour une femme transgenre. La trace de leur présence remonte au moins au 16ème siècle, quand les eunuques servaient en tant qu’artistes et gardes devant les tribunaux Mogul. Le mot signifie “quitter sa propre tribu” – ou dans ce cas le groupe de son sexe de naissance, – dans les langues de plusieurs pays d’Asie et du Moyen-Orient.

Au Pakistan, les femmes transgenres ont longtemps été considérés comme portant bonne chance pour les nouveau-nés et les jeunes mariés – et participent aussi bien aux douches des bébés et aux mariages. Malgré cela, elles continuent à subir des discriminations dans ce pays par ailleurs musulman et conservateur.

Cette année, les hijras ont gagné une bataille juridique essentielle : celle d’avoir une option de “troisième genre” sur les cartes d’identité nationales. Environ 50.000 Pakistanaises sont classées comme des hijras comme Mehvish. Cette catégorie comprend les auto-déclarées, les hommes et les femmes transgenres, ainsi que les travestis, les hermaphrodites et les eunuques.

“Je ne suis ni un homme ni une femme,” dit Mehvish. “On ne peut pas se marier, on ne peut pas procréer. Voilà donc comment nous menons nos vies”.

Mehvish née de sexe masculin, mais identifiée maintenant comme une femme – et non en tant que gay, qu’elle considère comme un péché dans l’islam.

«J’ai juste un petit ami, je n’ai pas de petite amie. Donc je ne suis pas homosexuelle”, dit-elle.

La professeur Fatimah Ihsan sur les Études du Genre nous dit que les Pakistanais ont des identités de genre plus fluides que nous pourrions le penser. Une partie de cela, dit-elle, est liée à la forte ségrégation entre les hommes et les femmes – qui crée très relations très proches et amitiés entre personnes du même sexe. Il n’est pas rare de voir des hommes se tenir la main dans la rue.

“Cela peut ressembler à des relations homosexuelles mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils vont avoir une relation sexuelle. Ça fait partie de notre culture», a dit Ihsan. “En Occident, je pense que tout a été encadré de manière stricte.”

Même ainsi, une grave discrimination envers les hijras existe – par exemple, des histoires de viols commis par des policiers qui sont censés les protéger. Mais leur nouveau statut permet une lente progression.

L’an dernier, le film ayant obtenu le plus grand succès pakistanais était Bol, qui signifie «parole» en ourdou. Le méchant est un père qui tue son fils pour avoir voulu porter des vêtements de femmes.

Almas Bobby, le chef de la communauté transgenre du Pakistan, a fait une apparition dans le film.

«Comme j’ai vu beaucoup de discrimination, j’ai décidé de faire quelque chose pour ma communauté. Parce qu’il n’y avait pas de plate-forme. Ils ont le sentiment que c’est une situation embarrassante, sujet sensible», dit-elle.

Bobby a livré la bataille sur les cartes d’identité devant la Cour suprême du Pakistan et elle a gagné. Elle a également organisé une manifestation récemment – les femmes transgenres contre les attaques de drones américains dans les zones tribales du Pakistan. “La visibilité politique a permis cette manifestation”, dit-elle.

“Maintenant, les gens réalisent que nous sommes aussi la création de Dieu, et nous avons nos droits que Dieu nous a envoyé -. Mais pas dans les zones tribales», dit-elle en riant.

Il y a certains quartiers conservateurs où les hijras sont pas les bienvenues. À Rawalpindi, banlieue proche de Islamabad, dans une ruelle sombre en face d’une mosquée, un groupe de chanteuses de mariage transgenres préfère répéter en secret …

Tout en faisant son maquillage, une artiste de 22 ans prénommée Sameeha nous dit qu’elle rêvait d’être médecin. Mais elle est devenue une hijra pendant son adolescence, et face à la discrimination elle a du quitter son école.

«Il y a des allégations selon lesquelles nous sommes impliquées dans le sexe et la drogue, mais nous sommes des gens qui craignent Dieu», dit-elle. «Pourquoi les gens ne s’inquiètent pas des vrais problèmes de la société, au lieu de nous ?”


Photo prise en mars dernier à Rawalpindi, banlieue d’Islamabad, au Pakistan. Une femme transgenre supplie l’aumône des automobilistes devant un feu rouge.


Almas Bobby, cheftaine de la communauté transgenre du Pakistan. Elle a mené la bataille juridique contre la Cour suprême qui a finalement donné aux personnes transgenres le droit légal à l’option de troisième sexe – ni mâle ni femelle – sur leurs cartes nationales d’identité.


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3 responses to Les transgenres Pakistanais dans une catégorie qui leur est propre

  1. Kaya a écrit le 5 septembre 2012

    A l’ instar de l’ Iran, le Pakistan ultra conservateur, ouvre tout de même une porte au 3ème genre, certes petit entre-baillement. Peut-être aussi pour mieux discriminer… Le mieux serai pourtant qu’ il n’ y ai aucune différenciation de genre, de couleur de peau, etc, et que l’ Humain avec un p### de H devienne une fois pour toute sur cette foutue planète de taré, le genre unique.

  2. paloma a écrit le 16 août 2013

    SAMEDI 16 FÉVRIER 2013 À 18H35 – 24/05/13
    0commentaire(s) Envoyer à un ami
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    De Gwenlaouen Le Gouil et Lucie Peytermann – ARTE GEIE / Cargo Culte – France 2013

    Au Pakistan, la révolution des eunuques est en marche. Les 800 000 “hijras”, véritables parias de cette société conservatrice, voient, pour la première fois depuis la création du pays en 1947, leur existence officiellement reconnue.

    Ces hommes qui ont fait le choix, – ou pas -, de vivre dans des corps de femmes – travestis, transexuels et hermaphrodites – peuvent désormais obtenir une carte d’identité de “3ème genre”. Une sorte de “permis de vie” qui les autorise à voter, devenir propriétaires, ouvrir un compte en banque ou tout simplement travailler, pour enfin quitter la rue et la prostitution.

    Pourtant, ce bout de papier ne change pas les mentalités. Les hijras subissent au quotidien l’opprobre des 180 millions de Pakistanais et sont régulièrement battues, violées, torturées. Haïes par la plupart des religieux, elles doivent se battre pour exister.

    Certaines d’entre elles ont accepté de nous ouvrir les portes de leurs communautés. Elles nous font découvrir un monde caché avec ses coutumes, ses codes, ses lois, un univers tabou qui renvoie au pays son image de société machiste et conservatrice où les femmes sont encore victimes de crimes d’honneur.

    De Karachi, ville tentaculaire de 18 millions d’habitants, à Islamabad, la capitale, l’équipe d’ARTE Reportage a suivi le combat de ces hijras, la longue et difficile lutte pour leurs droits et la quête d’une certaine normalité

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