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Chroniques de Barbara N°1

13 septembre 2012 | Tags: , , , , , ,

Il était une fois… et non ce n’est pas un conte de fée mais plutôt une naissance bizarre, celle d’un enfant de sexe masculin avec un esprit féminin. En ce jour ensoleillé du printemps 1969 arrive au monde le 11 juin à 15h45 un enfant né de l’amour de ses deux parents.

L’éducation à suivre sera bien sûr celle d’un petit garçon dans toute sa normalité avec des prénoms bien masculins qui ne portent à aucune ambiguïté, ni confusion. Les années s’écoulent dans le plus grand des bonheurs pour la famille et arrivent une nouvelle naissance, celle de ma petite sœur à l’âge de mes quatre ans. La tendresse s’installe de la manière la plus normale avec ma sœur jusqu’au jour où…

Ce petit garçon se réveille un matin, il faut beau de hors, le soleil passe à travers la fenêtre. J’ai 5 ans environ et je marche pieds nus dans ma chambre. Je rentre à petits pas dans la chambre de mes parents entrain de dormir et je réalise que je suis la seule personne consciente de l’appartement. Mon regard s’arrête sur les chaussures de ma mère aux pieds d’une chaise sur laquelle repose ses vêtements. L’idée qui me passe par la tête à ce moment là, n’évoque à cet âge là rien de significatif mais juste une envie de m’amuser.

J’approche doucement des vêtements de ma mère, en saisit le chemisier et l’enfile doucement puis mes petits pieds se glissent dans les chaussures à talons dans lesquels mes pieds d’enfant se perdent, je me dirige enfin vers le lit et là, je commence tranquillement à réveiller mes parents qui au premier abord pas encore bien réveillés reconnaissent juste ma voix et ils ouvrent les yeux en souriant et rient en me regardant ainsi déguisé. La blague étant destiné de courte durée, j’enlève donc le chemisier et les chaussure empruntés et file donc innocemment continuer ma journée d’enfant.

On peut trouver ça drôle en tant que parent de voir son petit garçon se déguiser de la sorte pour nous réveiller et ne se poser aucune question dérangeante comme: “Mais que s’est il passé dans la tête de notre fils pour qu’il ait l’idée de faire ça?” Ou même en tant qu’enfant se demander pourquoi mais tout se passe le plus naturellement du monde et la vie de famille continue.

Le malaise se précise dans la tête de ce petit garçon que j’étais quand l’expérience se reproduit au cours de l’enfance et évolue de manière à utiliser en cachette le maquillage en m’enfermant dans la salle de bain et me transformant à l’aide des vêtements de ma mère qui étaient dans le bac à linge sale et enfilait les collants qui me donnait une sensation bizarre sur mes petites jambes. Je prenais les vêtement laissés et commençais ma transformation devant le miroir, je me rappelle le plaisir qui était le mien, de me voir me transformer à chaque coup de crayon et de pinceau maladroit sur mon visage et enfin me découvrir une fois pour moi tout le travail achevé.

Il n’y avait jamais aucune sensation perverse pendant ces instants volés que je percevais hors du temps, c’était une escapade de mon esprit dans la féminité que je ne comprenais pas encore et qui pourtant était déjà là grandissante. J’avais environ l’âge de 11 ans à ces moments et je savais que ce que je faisais n’était pas normal pour un petit garçon mais c’était plus fort que moi et je sentais le besoin de recommencer.

Le conflit s’est installé petit à petit en moi et je me posai de plus en plus de questions quand à ma virilité. Je regardais les autres garçons de mon âge dans les vestiaires des salles de sport où j’allais, se regarder le pénis en comparant les longueurs et en rigolant des pénis plus petits des autres dont je faisais partie. J’écoutais les voix de mes copains muer et devenir plus graves quand la mienne muait aussi mais s’affirmait plus fluette proche de la voix féminine et bien sûr supporter les railleries d’enfant disant que j’avais une voix de fille.

Forcément en tant que petit garçon, je ne pouvais pas supporter les moqueries et pour les faire cesser la violence est passée par là et des bagarres très violentes ont éclatés. Ma réputation de “Mec” s’est affirmée au sein du groupe d’enfants dont je faisais partie à l’école comme dans les salles de sport et les railleries se sont vite arrêtées. En tous cas, elles ne venaient plus à mes oreilles ou que très rarement et quand un bruit commençait à courir, je m’occupais rapidement de le faire cesser par l’usage de la force.

A cet époque là, je pratiquai le judo et je commençai à participer à des compétitions, les combats était éprouvants et nôtre professeur nous avait conseiller de faire des sports d’assouplissement en plus de celui que nous pratiquions déjà et les choix se sont portés sur la gymnastique et la danse classique.

Rien de plus normal, un petit garçon faisant du judo ou même de la gymnastique mais qu’en est-il d’un garçon perdu en collant et t-shirt parmi tant de filles dans une salle de danse classique? Ma réaction à cette époque là était de m’affirmer en tant que “Petit coq de la basse-cour” et je prenais les cours au sérieux et une fois au vestiaire, je ne manquai pas d’aller taquiner les filles du vestiaire d’à côté qui étaient si nombreuses tandis que le vestiaire de garçons ressemblait plus à un placard ou nous n’étions que deux à nous changer

Quel bonheur pour deux garçons en pleine puberté de se retrouver parmi tant de filles toutes plus jolies les unes que les autres et qui elles aussi étaient entrain de nous regarder. Les couples n’ont pas  tardés à se former et se défaire. Tout ça paraît bien normal mais que dire aux copains de la cité et de l’école avec qui nous faisions les pires bêtises quand je devais me rendre au conservatoire? J’étais juste pas libre et je devais sortir, je reviens plus tard… Diverses raisons pour ne pas aborder le sujet sur un sport considéré pour les filles.

La période des spectacles de fin d’année du conservatoire arrive et bien sûr toute l’ébullition que cela apporte. Les coulisses de la salle des fêtes de la mairie étaient pleine de petites filles en costumes, maquillées ou entrain de se faire maquiller et ce petit garçon que j’étais en train de courir se cacher pour ne pas être maquillé par la maquilleuse du spectacle. Une situation plutôt drôle quand on pense que je passai du temps à le faire moi-même en cachette mais là, je devais monter sur scène et danser devant un public et me montrer au grand jour.

Mon esprit de petit garçon faisait l’amalgame entre le fait que je savais faire une chose hors norme, de me maquiller dans la salle de bain et le fait de devoir se maquiller pour un spectacle et que là personne n’y voyait aucun inconvénient et trouvait ça même émouvant. Je me laisse donc aller au jeu du spectacle et monte sur scène faire ce pour quoi, je me suis entrainé tout au long de l’année aussi sûrement que je m’étais entrainé pour ma compétition de judo. Je suis un garçon et j’ai du courage donc allons y !

Je découvre dans ces années d’adolescence suite à des exclusions répétées des écoles que je fréquentai où je déclenchai quotidiennement des bagarres et y faisait les pires bêtises, la pension.

Cette arrivée en pension m’a plongé dans un groupe de garçons tous aussi fortes têtes et bagarreurs que moi et les conflits n’ont pas mis longtemps à se mettre en place et les bagarres éclater. Tous ces petits fauves perdus, marquant leur territoire et faisant leur propres lois se retrouvaient réunis et se sont accordés au rythme des combats de cour de récréation.

Que ressent un garçon entre quatorze et seize ans en pension parmi d’autres garçons et fait face au partage de l’intimité, la vie en groupe? Et bien tout simplement, il se retrouve confronté à l’homosexualité de certains et découvre la vie sexuelle tant désirée. Une découverte qui m’a beaucoup troublé et une relation que j’ai partagée et appréciée avec un garçon un peu plus vieux que moi de deux ans pendant la fin de mes quatorze ans. Une semaine avant mes quinze ans, je me retrouve sous une tente et dans le même duvet qu’une femme plus âgée que moi et là un nouveau choc se créé, j’apprécie la relation et comme tout bon garçon de cet âge là et je remets le couvert à la cadence d’un lapin.

Homosexuel? Hétérosexuel? Quel est mon attirance? Je suis un garçon, on m’a toujours dit que je dois aimer les filles et me mettre en couple avec pour avoir une famille et des enfants. Et bien non, voilà je découvre en l’espace d’une semaine que j’aime autant les femmes que les hommes et ma vie sexuelle se développe en multipliant les expériences dans les deux sexes.

La période de la pension est finie et me voilà de retour dans l’univers scolaire régulier et j’ai seize ans, un adolescent vigoureux et toujours aussi rebelle. Ma personnalité me mets vite à l’écart du groupe et je me retrouve isolé du reste de la classe très rapidement. Mon allure androgyne et la violence qui bouillonne en moi ne font pas bon ménage et à nouveau le décalage fait son apparition et je me retrouve seul parmi cinquante deux élèves dont un seul ose s’approcher de moi pour créer une amitié qui dure encore à ce jour.

Pendant cette année scolaire de mes seize ans, je regarde ma pilosité qui s’est affirmée et mon esprit rejette tous ces poils qui apparaissent sur mon corps qui en était vierge. Je sais que c’est l’évolution normale d’un corps de garçon et la plupart de mes amis en avait déjà depuis un moment mais je ne m’y faisais pas à l’idée et même la rejetait, jusqu’au jour où l’idée m’est venue de les raser.

Mon esprit féminin refaisait  son apparition en force après une légère période de sommeil, après le rasage de mes poils, je découvre les crèmes dépilatoires et tous les différents moyens de gommer cette pilosité qui était typiquement masculine. Seul petit hic, cette petite moustache qui avait pris possession de ma lèvre supérieure et ses petits poils éparses qui poussaient sur mon menton. Là encore je sentais clairement le conflit et le rejet de l’évolution de mon corps et de mon esprit et je ne le comprenais toujours pas.

Je me suis donc mis à la recherche de moi-même et j’ai expérimenté de manière plus intense le travestissement. J’ai commencé à m’acheter des collant, des bas, de la lingerie et du maquillage et les séjours dans la salle de bain se multipliaient. Les premières remarques de ma mère, comme de ma sœur au sujet de mes yeux mal démaquillés ont commencées à tomber et j’esquivai maladroitement leurs questions par un “Mais non, n’importe quoi!” et je partais tout rouge me regarder dans le miroir et finir de démaquiller mes yeux et revenir les voir pour dire “Mais non, il n’y a rien!” mais je sentais leur regard dubitatif peser sur moi et sûrement aussi leur tendresse qui ne les faisaient pas poursuivre un harcèlement qui n’aurait eu que pour unique conséquence de créer une grosse montée de voix de ma part et l’enfermement dans un mutisme.

Les années se passent et ma double vie féminine s’est déjà bien confirmée et je sais que je suis un travesti à ce que je connais des choses de la vie. J’ai dix neuf ans et l’appel sous les drapeaux arrive dans la boîte aux lettres. Je me retrouve encore dans un milieu totalement masculin pendant un an à servir pour l’armée française en Allemagne.

Mon fort caractère me fait encore me distinguer et je m’attire les faveurs de toutes les fortes têtes du régiment qui m’intègrent à leur groupe très rapidement et j’y découvre en abondance, les joies des excès d’alcool, de cannabis et les sorties entre militaires. J’y découvre surtout un soir dans un Eros club, une superbe femme qui me regarde d’un air à me mettre le feu instantanément. Je la trouve magnifique mais je sais aussi que l’on doit payer pour ses services et ça je n’en ai pas les moyens ni l’envie. Je dis tout de même à l’un de mes amis qui était en service depuis plus longtemps  que moi à quel point je la trouve belle et il me dit “Arrête, déconne pas, c’est un mec!” Je ne dis rien mais ma curiosité est immédiatement titillée et je lui dis c’est pas possible, faut que je vois ça de mes yeux!

Mon ami me laisse donc aller et je file voir cette belle femme et entame la discussion. Le sujet arrive immanquablement à en parler de ce que mon ami m’avait dit et elle me confirme, mon regard se pose sur cette belle poitrine qu’elle affichait et un nouveau déclic se fait en moi. Je lui dis que c’est la première fois que je vois une personne comme elle et que ça m’intrigue beaucoup. J’ai droit à un sourire et à ma première explication, elle me dit être transsexuelle et avoir donc des seins comme une femme et un pénis comme un homme et qu’elle comptait changer de sexe.

Je repars vers mon ami et je lui dis qu’il avait raison mais que j’en étais resté étonné par la crédibilité de cette personne, ce à quoi, il s’est juste contenté de hocher la tête de manière positive en souriant et nous sommes partis. La rencontre venait de tout remettre en question pour moi et ma période militaire se poursuit jusqu’à son terme avec ses diverses histoires.

J’ai maintenant vingt ans et la rencontre avec cette transsexuelle est restée dans mon esprit et je reprends mon travestissement de plus belle. Je me mets en quête de chaussures et fais du shopping vêtements pour me préparer à sortir en ville habillé en femme. Je me rends vite compte que je n’oserai pas le faire seul et je rencontre une personne qui est travesti qui me dis être d’accord pour m’accompagner dans ma sortie. Cette personne est donc sortie avec moi et a utilisé son apparence masculine pendant que de mon côté, je sortais enfin en tant que femme.

Un mélange de sensations m’ont parcourue et je me suis sentie comme naitre, et j’étais dans les rues de Paris la nuit entrain de fièrement marcher au bras de cet homme en direction d’un club transgenre. Le soirée se passe tranquillement jusqu’au moment où un homme s’approche de moi pour me draguer, ce qui m’a beaucoup plu jusqu’au moment où fatalement il me demande mon prénom et là je me suis sentie toute bête, je n’avais jamais pensée à donner un prénom à mon identité féminine. Je dis donc à cet homme “Pour toi ce soir, je serai qui tu veux”, il me dit donc “Je vais t’appeler Audrey” et là, je lui réponds le plus naturellement du monde, sans même une seconde d’hésitation “Non, je m’appelle Barbara”

Barbara est née, mon identité féminine se confirme au fur et à mesure des sorties qui se multiplient et ma double vie prend racine pendant quatre années où je continue en même temps à collecter des informations sur les transsexuelles en regardant des reportages, lisant des articles et surtout la rencontre de transsexuelles qui me racontant leur parcours me font sauter à la figure l’évidence de l’expérience de vie commune que nous avons.

Toutes ses enquêtes et expériences me font finalement arriver à la conclusion que je suis aussi transsexuelle et en me renseignant, je finis par découvrir les démarches contraignantes qui forme le parcours d’un protocole pour transsexualisme. J’ai vingt quatre ans et je suis décidé à entamer mon parcours et tout me paraît évident.

En fin de compte pourquoi tout paraît évident? Il y a toujours dans la vie quelque chose ou quelqu’un pour vous faire remettre en question. Pour ma part, ça a été la rencontre avec une femme, notre relation a vite évoluée et était du genre fusionnelle et au bout d’une semaine, je me suis dis que je ne pouvais pas continuer dans le mensonge de ma double vie, il me fallait passer aux aveux et risquer cette nouvelle relation. En cas de rejet, j’aurai juste perdue une relation d’une semaine et entamé mon parcours de réassignation de sexe.

Je me suis donc adressé à elle et lui ai dit être travesti et bisexuel et elle m’a répondu “Je t’accepte comme tu es avec tes orientations sexuelles mais je ne veux pas vivre avec une autre femme”. Je lui ai répondu qu’il me fallait du temps pour y réfléchir tant ma personnalité est ancrée en moi et au bout de six mois, je me suis débarrassé de toute ma garde robe féminine et suis allé la voir en lui disant que c’est elle que j’aime et que je faisais par amour pour elle, un trait sur ma double vie.

La vie du couple a durée quinze ans dont 6 ans de mariage où nous avons partagés un amour comme j’en souhaite à beaucoup. Nous avons donné naissance à un petit garçon, le bonheur grandissait en même temps que la famille se fondait. Me serai je trompé sur le fait d’être transsexuelle? Les questions revenaient dans mon esprit mais l’amour du couple et la nouvelle naissance les rejetaient.

Nos emplois respectifs et la différence de nos horaires de travail ne nous permettaient pratiquement plus de nous voir et de partager une intimité de couple. Notre rôle de parents avait pris le dessus sur la vie du couple qui s’envolait petit à petit et les activités de loisirs devenaient individuelles, le partage n’existait plus sauf celui de l’amour de notre enfant.

Les sentiments s’envolant mon transsexualisme refait à nouveau son grand retour mais là, un peu à l’image d’un bâton de dynamite dont la mèche a brulée pendant quinze ans pour faire exploser le couple. Les questions existentielles reviennent et je me rends à l’évidence que rien ne sert d’aller contre sa nature profonde et que rien ne m’avait quittée. Je suis transsexuelle, je l’ai toujours été et même ce bel amour qui avait tout masqué n’y survivrait pas.

J’ai donc un soir, attendu le fin du dîner et dit à mon ex-femme que j’allais la quitter, lui laisser l’appartement pour que notre fils ne soit pas perturbé encore plus de la séparation, par la perte de son environnement et je rapidement allée vivre avec un homme que j’ai rencontré pratiquement aussitôt après la rupture et qui me propose de venir vivre chez lui. Je vois là, une occasion unique pour moi d’enfin faire vivre Barbara jour et nuit sans arrêt et lancer ce parcours que je comptai mettre en place quelques années auparavant.

Barbara revient et s’épanouit dans sa vie de femme en couple. Je m’occupe de mon homme en lui faisant un peu de ménage, lui préparant l’apéritif pour le moment où il rentre du travail et je lui cuisine le dîner du soir. Une bonne petite femme attentionnée à son homme qui se sent bien sans comprendre encore que de nouveaux problèmes sommeillent.

L’homme en question est gay et souhaitait faire l’expérience de la vie avec une personne transsexuelle et n’a jamais su comprendre qu’il fallait me traiter comme une femme et non comme un homme. Les seules relations que j’avais de sa part étaient celles que j’avais avec sa carte de crédit qu’il me laissait pour vider le compte pour aller faire du shopping. Un système de cadeaux qui compensait à ses yeux le manque d’affection flagrant que je vivais.

Je cherchai pendant ce temps le moyen de mettre en place mon parcours et à force de nouvelles enquêtes, je rassemble les informations nécessaires. Je commence dans la foulée les épilations définitives des poils du visage et je me sens revivre en les voyant disparaître par zones. Le couple se dégrade du manque d’affection et ce qui devait arriver est qu’un beau jour après plusieurs avertissements j’ai fait mes valises et je suis partie de cet appartement et rompue la relation. Une amie travestie se propose le jour même de m’héberger chez elle et je lui propose  du coup de m’occuper des taches de cuisine dans l’appartement et nous continuons tranquillement à vivre ensemble en simple amitié.

Mon parcours est finalement en place, j’ai réuni toutes les informations pour le commencer. J’appelle un médecin généraliste et lui explique vouloir entamer un parcours de transsexualisme, il m’écoute et accepte de me prendre en charge établissant mon protocole de soins. Je rencontre ensuite une endocrinologue qui me prescrit des examens sanguins pour déterminer mon taux hormonal et divers autres examens du sang afin de faire un petit contrôle de routine de ma santé, divers autre examens radiographiques afin d’éviter toute anomalie et elle me conseille d’aller voir un psychiatre afin que ce dernier diagnostique la dysphorie du genre et autorise le traitement hormonal.

Cet examen psychologique me fait peur et m’impressionne au plus haut point. Les connaissances que j’ai des psychiatres à ce moment là sont très négatives et je sais que certaines personnes transsexuelles doivent avoir un suivi psychiatrique étalé sur plusieurs années avant même l’acceptation de celui ci pour commencer un traitement hormonal qui enfin fera changer mon corps et libèrera en partie mon esprit.

Le jour de l’examen psychiatrique arrive et je suis angoissée, ce qui ne m’arrive vraiment que très rarement et ce qui a pour effet chez moi d’en doubler mon anxiété. Je me pose la question de revêtir mon apparence féminine ou pas? Et me voilà parti sous une apparence masculine d’un pas décidé chez le psychiatre dans l’idée de m’affirmer et lui montrer de quel bois je me chauffe. En entrant dans le cabinet, il m’accueille gentiment et mon cœur bat la chamade. Il me demande de m’exprimer sur ce qui m’amène le voir et là, je lui dis que je souhait établir un parcours pour transsexualisme, lui raconte mon histoire depuis mon enfance et y ajoute que je viens le voir juste parce que c’est obligatoire mais que je ne comprends pas et me dresse contre le fait qu’un psychiatre vienne valider le fait que je suis transsexuelle. Il me regarde et me dit le plus calmement possible “Je ne suis pas là pour vous valider quoi que ce soit mais à la vue de votre détermination et le récit de votre passé, je n’ai aucun doute de votre transsexualisme et vous transmettrez mon accord à votre endocrinologue avec qui j’ai l’habitude de travailler.”

Je ressors du cabinet du psychiatre, vidée de toute angoisse et légère. Je respire un grand coup en levant les yeux au ciel et attends la date de mon prochain rendez-vous avec l’endocrinologue avec une impatience indescriptible. Le jour arrive enfin et je dis à mon endocrinologue, la réponse du psychiatre, elle acquiesce en souriant et commence à me remplir la première ordonnance de mon traitement hormonal. Une nouvelle montée de joie me parcours le corps au point de ressentir l’envie de lui sauter au cou pour l’embrasser, ce qui en est bien sûr resté au stade l’envie mais ma joie était lisible sur mon visage et j’ai saisi cette ordonnance comme un chevalier de la table ronde l’aurait fait du saint Graal. En sortant du cabinet, je file d’un pas rapide vers la pharmacie et demande mon traitement; Une fois  rentrée chez mon amie, je commence à prendre mon traitement dès le premier soir.

Les effets du traitement ne tardent pas à se faire sentir, les sautes d’humeur se font de plus en plus fréquentes de mon côté, ce qui irrite aussi mon amie qui excédée finit par me demander de partir de chez elle avant que l’amitié ne finisse par disparaître. Elle me ramène donc chez mes parents, retour au point de départ.  Je me sens tout de suite au pied du mur avec le devoir de tout leur annoncé à propos de mon transsexualisme. Au bout de quelques jours avec la complicité de ma sœur, je leur annonce la nouvelle en choisissant bien mes mots pour leur expliquer l’amour et la confiance que j’ai pour eux et que je suis entrain de réorganiser ma vie de façon radicale. Je leur explique donc que j’ai été travesti pendant plusieurs années et que cette étape m’a fait découvrir mon transsexualisme, je vais changer de sexe.

Ma sœur placée en face de moi observe tout le monde et je pose la fameuse question pour briser le silence du choc “Qu’est ce que vous pensez?” Ma mère se tourne vers moi et me dit “Je me doutais que tu étais travesti de puis longtemps mais pour moi tu restes mon enfant” Je me tourne alors vers mon père et lui demande ses impressions et il me dit que ça lui fait drôle d’apprendre que son fils est gay. Je lui ai tout de suite dis que je ne suis pas gay mais bisexuel et que l’on ne parle pas d’orientation sexuelle mais d’un changement de sexe. Ce sur quoi ma mère comprend enfin et bien sûr s’inquiète et me demande si je suis sûre de vouloir aller jusqu’à une telle extrémité. Je leur raconte l’évolution de mon parcours de vie et mes parents à ma grande surprise et mon plus grand bonheur l’accepte. Je me rends tout de suite compte de la chance inouïe qui est la mienne d’avoir le soutien total de ma famille. Une chance qui n’est pas donnée à toutes les transsexuelles, qui souvent se retrouvent rejetés.

Je n’ai plus de travail, plus de couple mais j’ai ma famille qui m’héberge, mon protocole mis en place et l’aventure de mon changement de sexe commence à présent et je découvre combien le soutien dans un parcours pareil est important et combien le rejet peut nuire à une personne transsexuelle jusqu’à l’envoyer direct au cimetière par dépression. Ils nous faut être déterminées pour atteindre ce que nous entreprenons mais nous jouons nos vies, l’erreur ne nous est pas permise dans ce parcours.

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11 responses to Chroniques de Barbara N°1

  1. Alixia a écrit le 13 septembre 2012

    presque l’impression de lire ma propre histoire

  2. loulou a écrit le 14 septembre 2012

    Je connaissais déja ton histoire ^^ j’espère que tout va bien depuis tout ce temps, ca doit faire 2 ans maintenant :( enfin bon je te souhaite le meilleur pour toi, pleins de bisoux

    • Barbara a écrit le 14 septembre 2012

      Coucou Loulou, oui ça fait 2 ans et 3 mois maintenant que tout est en place et dans une dizaine de jours je vois le chirurgien pour parler de la finalisation.
      Je te souhaite le meilleur pour toi aussi Loulou et tout plein de gros bisous :)

  3. Frederique a écrit le 14 septembre 2012

    Ton histoire est troublante et evidemment on s’y retrouve forcement…en tout cas bon courage a toi ,tu arrive bientot au bout de ta demarche et de ta seconde naissance… Bises
    Celina

  4. Marion HARUKAZE a écrit le 21 septembre 2012

    Je viens de finir de lire. Evidemment comme beaucoup, certains détails de ta vie me font penser à la mienne. En tous cas, je trouve tout ça très bien écrit et je dois dire qu’une fois la lecture commencée, je n’arrivais plus à m’arrêter. Je te souhaite le meilleur pour ta vie de femme, amplement méritée.

    • Barbara a écrit le 23 septembre 2012

      Merci pour le compliment et l’encouragement, contente que le texte t’ai autant captivée. C’est le même que j’ai présenté à la commission pour ma chirurgie avec bien sûr une conclusion en plus pour les médecins.

  5. charlotte77 a écrit le 30 septembre 2014

    Cela fait quelques années que j’ai le plaisir de te connaitre. J’ai toujours été très admirative de ta belle personnalité et je pense que lors de nos rencontres, tu as pu le constater. .
    Au fil du temps, tu es devenue un peu pour moi, un modèle de femme : celle que j’aimerai devenir si bien sur, j’étais plus jeune. En tout cas, je vis de mieux en mieux au féminin dès que cela m’est possible.
    Immenses et très affectueux bisous de Charlotte.

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