Je suis, simplement

16 octobre 2012 | Tags: , , ,

Depuis quelques semaines, j’ai pris une distance énorme avec le T. Au fond de moi-même, cela s’est naturellement fait.

J’étais de fait dans le monde T et j’y ai croisé nombre de personnes qui ont touché mon cœur et avec qui je continue à garder le contact, l’humain primant sur tout. Cette conviction de l’humain primant sur tout, je l’ai depuis ma plus tendre enfance, malgré une éducation qui fût très imprégnée de communautarisme. C’est clairement ce qui fait que je n’arrive pas à être plongée dans les phénomènes communautaires, ne voulant plus les vivre.

Ce billet est une forme de message de “bonne continuation”, n’arrivant même plus à ressentir, revivre, ce que j’ai vécu tout au long de cette aventure qui a duré quasiment deux années en terme transitoire.

Après, tout dépend ce que l’on entend par “transition”. Ma définition correspond au temps qu’il m’a fallu pour passer d’une vie officielle à ma vie réelle. Elle en vaut tout autre.

Lorsque j’ai appris un lundi après-midi de septembre que j’avais gagné mon procès de changement d’état-civil, j’ai passé le reste de ma journée en larmes. L’émotion a été d’une force inimaginable. J’en avais le cœur qui me manquait. J’ai fait un tour intégral de tout mon entourage, les larmes de joie dans la voix.

Pendant environ une dizaine de jours, j’ai pris la dimension de ce qu’impliquait pour moi telle nouvelle. J’étais sortie du tunnel ! J’étais enfin sortie du tunnel ! Jamais je n’ai voulu rester dans ce tunnel. Je le considérais comme un passage obligé et je le savais particulièrement ardu. J’ai mis une énergie considérable afin d’atteindre au plus vite cette sortie de tunnel, à tel point que lorsque la nouvelle m’est parvenue, j’ai eu du mal à la faire réellement mienne. C’est un sentiment de liberté qui est tel qu’il n’est pas possible de le cerner, de prendre son ampleur en un seul bloc.

Et… Étant “Saint-Thomas” par nature, j’ai décidé de ne pas en parler immédiatement. Il m’a fallu tous les éléments en main pour oser enfin l’exprimer au-delà de mon entourage.

Dès que je l’ai exprimé, j’ai été libérée d’un poids énorme. J’ai tellement été libérée de ce poids que très rapidement j’ai commencé à “oublier” la transition. Cela s’est produit par étapes successives.

J’ai commencé par oublier progressivement les discriminations dont j’avais pu faire l’objet, tant dans le travail que dans la vie courante. Un matin, je me suis réveillée avec la sensation que je ne pourrais plus jamais subir telle discrimination. En fait, je ne pourrais plus la subir car d’une manière totalement intégrée jusqu’à l’administratif, j’étais désormais une femme. Je me savais sauvée.

Dès lors, je n’arrivais plus à me projeter dans les combats, n’ayant plus de référentiel interne pour argumenter. J’ai pu parfois paraître aux yeux de certaines assez bizarre, voire même très dure. En effet, pour un certain T-Brunch qui était devenu “officiel”, j’ai catégoriquement refusé d’être citée ni photographiée. C’était une question de l’orientation qu’avait prise ma vie. J’avais pensé dans un premier temps que ce T-Brunch était l’occasion de rencontre amicale et non d’article, ni d’album photo. J’ai été à cette occasion extrêmement virulente pour que mes souhaits soient respectés. Je sais ne pas avoir été comprise à ce moment-là. On pensait que je “me cachais” de quelque chose. Non. Je cherchais simplement à conserver le sentiment de paix qui était en train de me submerger. Ni plus, ni moins. Je voulais le savourer.

Il y a un peu plus d’une semaine, toujours au réveil, une question est venue à mon esprit qui fût décisive et qui a fixé mon présent et mon avenir : “Comment me perçoivent désormais les gens que je côtoie dans le quotidien ?”. J’ai eu un moment de flottement et la réponse qui s’est imposée à moi a été : “Je ne sais pas, et je n’ai pas envie de le savoir.”. Je sais que je suis définitivement en paix, en harmonie.

J’ai arrêté mes contributions associatives car je n’avais plus de point d’appui pour pouvoir apporter quoi que ce soit. Je suis désormais tellement dans ma vie que lorsque je me retourne, je vois dans le lointain ce qui fût ma transition, encore plus dans le lointain perdu dans les brumes du temps ce qui fût ma précédente vie, mais je ne sais plus en identifier les sensations.

Désormais, le matin, quand je me lève, je suis simplement dans ma vie. Je n’ai plus la forme-pensée qui s’impose à moi : “Je suis une femme”, cela a disparu. Je n’en vois même pas l’intérêt. Je suis Alexandra, et même cela est déjà trop définissant.

Je suis, simplement.

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2 responses to Je suis, simplement

  1. Mlle Sawasdee a écrit le 16 octobre 2012

    Bonjour Alexandra,

    Je comprends parfaitement ton ressenti d’aujourd’hui, je suis contente de lire des messages comme le tien, c’est positif

    Fini le combat, vive la vie, j’ai aussi vécu ce passage cette prise de conscience. J’estime que dans la vie d’une fille de notre “genre” c’est indispensable de faire la paix avec la société même si elle est pas parfaite notre société.

    A titre personnel, j’estime aussi avoir fini ma transition, je suis plus qu’intégré socialement, cela fait bien longtemps que je ne milite plus, je ne suis plus révoltée contre tout, je ne participe plus a aucune forme de militantisme, je ne suis plus sur le net sauf ici (c’est récent) et le salon de Pauline (c’est historique ;)) Des sites que j’estime “à part” dans l’environnement T.
    Par contre pendant ses années de transition, j’ai découvert des copines qui sont devenues de vrais amies. Des personnes avec qui des liens se sont créés, avec ces amies je participe à des événements non militants, des instants privilégiés pendant lesquels je passe de bon moments, C’est aujourd’hui mon seul lien avec le monde T, mon jardin pas très secret 😉
    Je le préserve, j’aime venir me ressourcer avec les copines, c’est les seules personnes avec ma famille qui savent tout de moi :)

    La transition n’est qu’un passage, ensuite c’est ta vie qu’il faut vivre et non plus la transition…

    Je te souhaite de bonnes choses pour la suite.
    Héline

  2. Alexandra a écrit le 16 octobre 2012

    Merci Héline.

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