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Premiers pas de trans’

24 octobre 2012 | Tags: , , , , ,

Performance de genre : Gelitin La Louvre-Paris, 2008

Performance de genre : Gelitin
La Louvre-Paris, 2008

Je me dis que j’ai eu de la chance je n’ai pas vécu de période d’atermoiements. Le jour où j’ai pris conscience de ma transidentité correspond à peu de choses près au début de ma transition. Mais il aura fallut beaucoup de temps avant que ce jour ne vienne.

Je n’avais pas conscience des causes de mon mal-être trimballé depuis l’enfance. Je ne savais pas d’où venait cet ennui profond, ce peu d’appétit de la vie allant jusqu’au dégoût de moi-même. Cela me suivait depuis toujours. Pour moi c’était chimique. Ma chimie interne produisait des substances déprimantes et cela expliquait mon caractère dépressif.

Ah, quand le déterminisme biologique nous tient ! Je n’avais pas beaucoup cherché il faut dire, m’abrutissant d’activités diverses, de mariage, de paternité, de carrière, de relations relationnelles pour éviter d’avoir le temps de réfléchir. Le système mis en place à plutôt bien fonctionné tant que mes différents objectifs n’étaient pas réalisés. Puis ils le furent. J’ai « eu » (je peux même dire possédé) femme, enfants et réussite professionnelle (rapide en plus car j’y mettais toute mon énergie).

Une fois parvenue à ce sommet, ce « climax » social, tout s’est effondré car malgré l’atteinte de mes objectifs, je ne me sentais pas comblée. Au contraire. Je me sentais vide comme une peau de chat mort. j’étais la plus malheureuse du monde (enfin de mon point de vue !).  Deux ans sur le divan d’une psy ne me permirent pas de comprendre le problème, au contraire ! Cet épisode contribua à augmenter le dégoût que j’avais de moi-même (encore un masque assez simple à mettre en œuvre, la culpabilité). Une « experte » de la psyché posait le diagnostic que j’acceptais sans ciller : j’étais pervers. Ça me convenait bien cette définition. Ça expliquait bien des choses. Alors bien sûr pour se sentir bien dans ses baskets c’est pas forcément l’idéal de se trimballer cette étiquette, mais d’un point de vue pragmatique les choses étaient à leur place.

Le problème, c’est que même nantie de cette explication hautement scientifique, cela ne suffit pas à me sortir de la dépression. Certes j’ai arrêté de culpabiliser. J’étais pervers, so what ? Ça arrive à des gens très bien. J’acceptais d’être pervers, je me sentais capable d’assumer ce rôle qui peut être assez rigolo (le sado masochisme ça peut être festif). Mais cela ne me suffisait pas. je voulais être heureuse, ou du moins pas constamment déprimée sans raison. Et ce que je vivais c’était l’inverse. Perverse, sans culpabilité mais terriblement malheureuse. La limite de la thérapie psychanalytique se fit rapidement sentir, la dépression était toujours là.

Alors, pour échapper à cette dépression (sans abandonner ma perversion), pour enfin « réussir ma vie » (comme on dit), mais toujours sans réfléchir aux raisons de ce profond malaise que rien ne semblait pouvoir annuler, j’ai détricoté le bel édifice, ce qui fut vite fait. Je démissionnais de mon super boulot directorial (non sans m’assurer un autre avenir professionnel), je divorçais (non sans entrer dans une nouvelle relation clairement plus amoureuse que la première), vendait maison et voiture (non sans… etc.) et je repartais pour de nouvelles aventures. La nouveauté de la situation servait de nouveau masque, et la joie de vivre revenait. La nouvelle construction a tenu quelques années avant de s’effondrer à nouveau. Au final elle avait tenu beaucoup moins longtemps que la première. Donc c’était un peu inquiétant pour l’avenir. De façon encore plus violente que la première fois la dépression revint. J’étais désespérée car ce coup-ci, je pensais avoir réglé mes problèmes de relation amoureuse insatisfaisante, de boulot envahissant et de maison trop grande. Le problème n’était donc pas là. Il allait falloir réfléchir, quelle merde.

C’est donc sans en avoir véritablement le choix, histoire de pas me pendre par accident (c’est si vite arrivé!), que je pris la décision de mener un petit travail d’introspection un peu sincère, en solitaire, loin des divans des psys (je fonctionne mieux sans leurs avis tout empreints de leurs propres préjugés), devant mon clavier, où je joue les juges impitoyables de ma sincérité. Je n’essayais pas d’écrire pour d’autres, ce que j’avais à dire était débarrassé de tout enjeu de lisibilité par un quelconque lecteur. Comment être parfaitement sincère quand on sait que ce qu’on écrit sera lu par sa mère ou ses enfants ? Je ne suis pas Christine Angot ou Gullaume Dustan !

Ce travail me permit rapidement de faire surgir à ma conscience de façon très nette (écrite) ce que je savais déjà depuis toujours, sans mettre les mots dessus : j’étais plus que probablement trans’ (au début je disais « transsexuel »). Restait à faire un petit travail de documentation pas très compliqué sur internet, pour simplement dépathologiser ce sentiment, en gros sortir de l’idée que tout ceci n’était qu’un « malaise chimique », un dérèglement biologique interne. On y parvient vite lorsque l’on accepte de faire la différence entre sexe, genre et pulsions sexuelles ! Je n’étais pas malade, je n’étais pas pervers, j’étais trans’. C’était social. Restait surtout à valider cette autodéfinition, et aussi le caractère social et non sexuel de la chose. C’est ce que je décidais de faire rapidement, d’abord en sortant de chez moi habillé en femme, ce qui m’apporta la première confirmation d’un réel sentiment de bien être (ma « révélation » était plutôt une « confirmation »). Je fus en un instant fulgurant débarrassée de tout sentiment de culpabilité, et l’idée de ma perversion me faisait désormais doucement rigoler.

Si j’ai pu démarrer aussi vite ma transition après cette prise de conscience, c’est parce que j’avais laissé des traces dans mon passé de mon désir d’appartenir au genre féminin. Une multitudes d’indices qui sur le moment étaient restés mystérieux, pour moi et pour les autres. Des écrits, des travaux plastiques, des souvenirs d’enfance et d’adolescence sont revenus comme autant de petits cailloux semés pour m’aider à refaire le chemin à l’envers, et remonter à l’origine de mon sentiment. Les choses ne survenaient pas brusquement, venues de nulle part. Cela était très rassurant. Et puis l’autre raison qui à permit d’aller vite, c’est que matériellement les conditions étaient à peu près réunies (malgré la peur de foutre en l’air toute mon organisation de vie encore une fois, mais cela ne s’est pas produit).

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19 responses to Premiers pas de trans’

  1. Nathasha a écrit le 24 octobre 2012

    j adore tres beau recit !

  2. AlexMec a écrit le 25 octobre 2012

    “Le problème, c’est que même nantie de cette explication hautement scientifique, cela ne suffit pas à me sortir de la dépression.”

    Par définition, si une explication psy ne donne pas de porte de sortie de la dépression, alors c’est que l’explication n’est pas la bonne. C’est comme un garagiste qui laisserait quelqu’un repartir avec le même bruit de casserole sous le capot en assurant que le problème était avec les pneus et qu’il est maintenant réglé.

    En tous cas, je suis heureux pour toi que tu aies fini par trouver ta porte de sortie :) ! Et même, je dirais, ta porte d’entrée dans ton vrai monde, celui de l’autre côté du miroir 😉

  3. Alixia a écrit le 25 octobre 2012

    dirait rien, chose promis, chose dû, mais p’tain, ça me démange grave.

  4. Frederique a écrit le 26 octobre 2012

    tres belle histoire ou on se retrouve quelque part… merci

  5. Cand a écrit le 28 octobre 2012

    Merci Alice. Je suis comme Célina, on se retrouve souvent dans les étapes. Bon après, y’à des âmes fortes qui vont un peu vite sur la dépathologisation et se retrouvent dans un processus de queerisation extrême … ce qui me dépasse, étant simplement queerette (“petite queer”, entre le concept travgenre et la plénitude queerisée avec des bascules primaires dans une transexualité basique remodelée) et encore !

  6. izalucine a écrit le 28 octobre 2012

    de toute façon,un psy ne devrait jamais demander à quiconque de se mentir à soi-même,l’école freudienne qui gouverne sans conteste en france , abuse de sa position ,pour donner à manger des idées préconçues bien indigestes ,j’ai même entendu dans des interviews des psy affirmer que le “sexe féminin n’existe pas ,existe juste l’apparence de femme” comment des personnes en quête d’identité peuvent elles trouver le moindre début d’aide auprès d’eux? Ils sont bien dangereux ces gens dans leur discours ,qui ne vise qu’à formater ,quitte à nier les vrais interrogations .Quand les psy seront ils formés pour accompagner et non pour entraver les personnes dans leur sexualité ? Je n’ai pas rencontré ce genre de problème,puisque je suis hétéro ,née femme,mais voir des gens que j’aime ,gay ou lesbienne souffrir du regard des autres ,et avoir cette peur d’être rejetée,ça m’a toujours rendu furieuse,.La sexualité est de l’ordre de l’intime et nul n’a le droit de porter un jugement sur ce que fait l’autre avec son corps.Le respect passe aussi par ça .J’imagine que cela doit être bien troublant de réaliser que les normes sociétales liées au corps de naissance ,ne nous épanouissent pas et qu’elles sont une prison,je trouve cela extrêmement courageux de briser les barreaux de cette prison .Car la vérité de toute façon,finit toujours par se savoir,alors plutôt que de demander à certaines de mentir pour rassurer la société ,les psy devraient les rassurer ,leur dire à quel point cette vérité est belle, et, les rendre plus fortes pour affronter cette société .Mais vous avez comprise ,cette vérité et cela vous donne ,une force et une beauté que les menteurs/euses n’auront jamais

  7. Daoust a écrit le 30 octobre 2012

    Je te comprend parfaitement, tu as mis des mots sur une partie importante de mon questionnement.
    Les étiquettes sont le gargarisme des psychiatres. J’ai découvert que j’étais une femme il y a longtemps mais par manque de courage et peur de vivre dans la pauvreté, je n’osais pas sortir du placar, mon travail m’oubligeais à donner confiance aux investisseurs. On ne prêt pas des millions à un transexsuel. Pour l’instant je fais preuve de patience le jour n’est pas loin ou je pourrai sortir de cette prison qu’est le machiste des affaires.
    P.S De vous lire me fais le plus grand bien, merci!

  8. Daoust a écrit le 31 octobre 2012

    Merci pour ton encouragement, tu as tout un cheminement tu sais. Contente de te connaître!

  9. lapeire a écrit le 11 novembre 2012

    je suis heureuse d’etre inscrite sur ce site, peut-etre grace à clotilde, julie

  10. Laure a écrit le 22 mai 2014

    Merci pour ce beau recit où je me retrouve parfois car pour moi la conviction dêtre du genre féminin vient de bien plus longtemps. Mais comme Daoust je ne suis pas prête à tout abandonner par peur de la pauvrete et de blesser mes êtres proches. Alors je fais par étapes mais je trouve l’attente longue et comme tu dis je n’arrive plus à être heureuse dans ma prison. Courage à toi . Laure

  11. Tamara a écrit le 10 juillet 2014

    Chère Celia,
    Tes écrits me sont absolument précieux!!!!
    Merci de cette grande générosité avec laquelle tu mets de la lumière issue de ton expérience personnelle sur le chemin de ceux-celles qui se cherchent leur voie de mise en conformité avec le vécu intime de soi. C’est précieux, ta contribution. Merci
    J’aime beaucoup te lire.
    Tamara

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