Pourquoi ne suis-je pas trans ?

25 octobre 2012 | Tags: , , ,

Pourquoi ne suis-je pas trans ? C’est une vraie question à la Marcel Duchamp ! Depuis Duchamp, l’artiste, c’est celui qui dit qui l’est. Il suffit de se déclarer soi-même artiste pour l’être.

Trans, c’est pareil ?

J’ai rencontré une fille qui s’appelait Sophie. Mon beau-frère l’aurait prise pour un homme : habits d’homme, look d’homme, apparence sociale totalement masculine. Barbe, calvitie. Juste une fine chaînette dorée autour du cou – un homme peut en porter, c’est dans les limites de la tolérance sociale. Mais cette personne disait qu’elle s’appelait Sophie. Alors on l’a genrée comme elle le voulait. Alors c’était une trans.

Car il faut être cohérent.e. Si chacun.e décide des normes de sa propre apparence trans, si être trans c’est s’autodéterminer comme tel.le avec une grande latitude (merci Butler !) pour la gestion de son apparence sociale, alors il suffit de le dire pour l’être. Aucun signe de ralliement ne peut être requis : ni vêtement, ni talons hauts, ni opération génitale, ni réassignation d’aucune sorte. Que les juges aillent se rhabiller. Que les psys, valets de la norme sociale, s’écartent de notre chemin.

Personne ne dit vraiment à quel point la psy,  c’est de la scolastique. Le sottisier des psys se transmet pourtant par la tradition avec la même constance que les idées de Vincent de Beauvais au Moyen Âge : la Terre au centre, les trois esprits de l’homme et autres croyances dures comme fer qu’à l’époque comme maintenant on transmettait sans jamais les tester. Le problème n’est pas que Freud et Lacan ait dit des monceaux de conneries : le problème est qu’il s’est trouvé des cohortes d’ânes pour les véhiculer comme parole d’Évangile. C’est une honte pour la pensée.

Je reviens aux trans. Suis-je trans ? J’ai des petits signes : je ne supporte pas les chaussures « féminines », par exemple, et j’aimerais bien ne plus avoir de seins (ça sert à rien et j’aime pas les choses inutiles). Et pourtant non. La médecine a bon dos, qui m’empêche de prendre quoi que ce soit comme hormones du fait d’une maladie chronique. Elle a bon dos, mais dos quand même. Le docteur qui me suit depuis plus de trente ans pour ma maladie chronique n’est pas une saleté de psy vendu à l’hétéronormalité, comme ils le sont tous après avoir lu dévotement Trois Essais sur la théorie sexuelle. C’est devenu un ami, à force. « Gare au système cardio-vasculaire », c’est conseil d’ami. Inconsciemment, tu en tiens compte, fillette !

Alors si certain.es voudraient être trans mais ne peuvent pas, médicalement : on en fait quoi, de ces gens ? Où se placent-iels sur la ligne de l’autodétermination ?

Ce genre de cas d’école révèle la puissance inquiétante et la fragilité éblouissante du libre-arbitre. En dernier ressort, être trans ne dépend que de la personne concernée, qui s’autodétermine par rapport à tout un tas de facteurs, loin des psys, des juges et des censeurs de tout poil. Il suffit de le dire pour l’être. Rien de plus simple ? Un petit pas si vite franchi ?

Je ne crois pas : la frontière n’est pas mince entre le dire et ne pas le dire. Ettre trans, c’est un engagement qui donne certains droits – voter, décider pour soi-même, faire des réunions sans les proches, parler pour sa communauté sans laisser la parole se faire capturer par des non-trans. En restant cisgenre, on est concerné.e, mais alentour.

A moins qu’une catégorie encore plus vaste en englobante que trans ne surgisse très prochainement à la faveur de l’agonie du système patriarcal. Si on suit, comme je le fais, une ligne symbolique qui va de L’Anti-Œdipe (comme son nom l’indique) au Manifeste cyborg, il est clair que ce que nous sommes aux portes de ce que j’appelle « ère cyborg ». Pas des Terminator mais des Aimée Mullins : une complexe histoire de nouveau look. Pas de la vieille SF machiste avec vis et boulons, pas du burette d’huile dans les rouages marchandisés de la bête, pas de Robocop à la décharge, dépassé par un nouveau modèle ; mais l’humain qui tranquillement fait éclater ses catégories de genre, d’apparence et de beauté. La SF féministe existe depuis longtemps, de Vonda Mc Intyre à Samuel Delany, de James Tiptree.Jr à Octavia Butler, de John Varley à Anne McCaffrey. En parler, c’est être déjà un peu trans ? Peut-être. Sans doute.

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13 responses to Pourquoi ne suis-je pas trans ?

  1. loulou a écrit le 25 octobre 2012

    Tu sais il y a des trav qui vivent H24 ont un meilleur passing et sont plus heureuses que des trans chez qui il y aura toujours écrit Robert sur leur geules, leurs comportements, je ne pense pas que la majorité des trans soit si heureuses que ça je dois en connaitre seulement une 20 aine qui ont l’air vraiment épanouie dans leur vie de tous les jours, le vive pleinement et ne subissent pas de critiquent au quotidien… Donc non être trans je ne pense pas que ça se limite à des opérations ou même des prises d’hormones (il y a des trans qui prennent des hormones mais mènent encore une double vie). Donc oui je pense que pour être trans il ne suffit pas de le dire, par contre il faut le vivre. A partir du moment ou tu te définis comme tel et reconnus par la société comme tel bah personne ira creuser plus loin…

    Concernant les psy: Je suis d’accord qu’il y a pleins de progrès à faire mais faut arrêter de se voiler la face, il y a quand même dans ce milieux beaucoup de personnes fragiles à ce niveau là et je pense que dans tout les cas c’est bien de se confronté avant toute nouvelle vie à des psy ça permet de savoir ce qu’on veut et surtout si on peut le faire.. Il y a eu bcp de dérives mais je pense que les choses évoluent quand même dans le bon sens à ce niveau là

    Chacune ses malheurs moi je suis considérer par mes proches comme une trans alors que je souhaiterais être simplement considérer comme femme, ca me fait chiée d’être dans une sorte de ballottage entre les deux genres/sexes.

    • Nathasha a écrit le 25 octobre 2012

      ok pour quelques truc ! c est sur pour certaine c est ecrit robert a vie ( j en fait partie) et meme si tu le vie a fond en full time , toujour il y aura un gros con pour te faire une reflexion pourri !

      pour les Psy ! je ne suis pas pour l autodetrmination total ! c est la porte ouverte a pas mal de derive , le nombre de tordu qui vont jouer au yoyo entre un sexe et l autre et accuser les instance medical par la suite de negligence pour ne pas les avoir dissuader ! j ai eu l occasion de lir le programe regret ! PTDR on te formate pour que tu te retourne contre le medical et le politique !

      mais bon ! c est pas fini tout ca ,il y a encore du boulot avant d arriver a un accord !

  2. AlexMec a écrit le 25 octobre 2012

    “Mais cette personne disait qu’elle s’appelait Sophie. Alors on l’a genrée comme elle le voulait. Alors c’était une trans.”

    Il est trompeur, ce “on”. C’est qui, “on”? C’est les quelques dizaines de personnes qui savent que Sophie se genre au féminin et qui respectent son choix. Mais pour le reste du monde, pour les centaines ou milliers de gens qu’elle rencontre dans la vie de tous les jours, elle est un homme – pas une femme trans, mais un homme cis.

    “Si chacun.e décide des normes de sa propre apparence trans, si être trans c’est s’autodéterminer comme tel.le avec une grande latitude (merci Butler !) pour la gestion de son apparence sociale, alors il suffit de le dire pour l’être.”

    Ma question, c’est “Est-ce que ça marche, comme système?” Je peux me définir comme trans autant que je veux, mais si les gens autour de moi ne voient qu’une nana cis garçon manqué, alors à quoi ça m’avance? Je ne vis pas dans une bulle, et si l’image de moi-même qui m’est renvoyée partout où je me tourne n’est pas en accord avec celle que j’ai dans ma tête, alors celle que j’ai dans la tête existe-t’elle vraiment? Et n’y a-t’il pas un risque à long terme à gérer deux images aussi discordantes?

    “Ce genre de cas d’école révèle la puissance inquiétante et la fragilité éblouissante du libre-arbitre. ”

    Le libre-arbitre est une illusion. Si ton opinion n’est validée par rien ni personne dans le monde extérieur, alors elle pourrait aussi bien ne pas exister. Nous ne pouvons faire des choix qu’à l’intérieur de paramètres reconnus par notre société, ce qui nie le concept de “libre” arbitre.

    “l’humain qui tranquillement fait éclater ses catégories de genre, d’apparence et de beauté”

    Je n’y crois pas. Ca n’arrivera pas, parce que trop peu de personnes ont intérêt à ce que ça arrive alors qu’à l’inverse énormément de personnes et d’organisations ont tout intérêt à maintenir le système sexiste qui a toujours existé. Mais on peut quand même pousser au changement, pour obtenir des petites avancées ici et là, sans toutefois se leurrer complètement, parce que sinon ça peut être terrible quand la réalité fait exploser les illusions.

  3. Clotilde Kallas a écrit le 25 octobre 2012

    Alice,
    On peut prendre des hormones même lorsque l’on a des problèmes cardio vasculaires. Il faut simplement être suivie sérieusement par un cadiologue éclairé, qui ne s’enferme pas dans une lecture étriquée des notices de laboratoire et qui gère ta santé avec intelligence. Je ne suis pas médecin, mais je prends des hormones alors que j’ai des problèmes cardio vasculaire, mais j’ai un cardiologue intelligent et tout se passe bien.
    Car il faut savoir si l’on est prête à prendre des risques, pour vivre la seule vie qui nous épanouïra.
    Pour le reste on peut vraiment faire ce que l’on veut, mais il faut déterminer le message que l’on veut faire passer à la société par son apparence. Ce message est déterminant car c’est le premier qu’elle perçoit.
    Il faut aussi être prête à affronter les déconvenues éventuelles, c’est un entrainement mais on peut y réussir. On peut se dire que dans tous les cas on est soi, et en tant que telle on est un humain qui à le droit d’exister.
    Et alors on peut vivre heureuse et sans problème.
    Bises

  4. Celia a écrit le 25 octobre 2012

    Cet article n’est pas de moi il y a erreur sur la personne ! Julie fait quelque chose !!!!

    • AlexMec a écrit le 25 octobre 2012

      Tu me rassures, parce que j’avoue que j’avais un peu de mal à suivre 😛 Dans la même journée, un témoignage sur tes premiers pas de trans, et un article intitulé “Pourquoi je ne suis pas trans”, ça faisait mal à mon pov cerveau 😀 Et puis d’après les détails donnés, cet article semble avoir été écrit par un FtM, pas par une MtF

    • Julie Mazens a écrit le 25 octobre 2012

      PTDR !!!

      bon je fais donner un coup de talons dans le derrière de mon robot à syndiquer ! non mais.

  5. Celia a écrit le 25 octobre 2012

    Je suis fluide au niveau du genre, mais ya des limites !!!!

  6. José a écrit le 25 octobre 2012

    Eh oui le blog d’Alice est un blog wordpress, j’en profite pour faire la pub : il peut y avoir plusieurs rédacteurs contrairement aux blogs “unipersonnels” !!! Ce n’est naturellement pas Alice qui a écrit ce post mis moi, Andrea, qui me posait la question de la frontière entre trans et non-trans à une époque où, après Duchamp, on s’autodétermine soi-même comme “artiste” – ou comme trans.

  7. Celia a écrit le 25 octobre 2012

    Imagine un truc fou : un sociologue qui dirait “moi je suis trans quelque part” pour se faire élire par exemple dans une AG trans et aller parler à la place des trans au gouvernement, fou non ? Bon d’accord j’exagère ça n’arrive jamais, jamais les sociologues ne parlent à la place des trans dans leur instances de lutte, jamais, non non non, jamais ils n’analyseraient des transidentités depuis un observatoire… ou alors ils prendraient la précaution de s’entourer de “vraies” trans…

    D’accord avec Loulou, pour être trans il ne suffit pas de le dire, il faut le vivre. L’autodéfinition doit recouvrir une réalité d’expérience sinon c’est du vent. C’est pas moral. Après à chacun la responsabilité de se définir avec honnêteté, on est pas des flics et si une personne me dit “je suis trans” j’accepte quelque soit son apparence.

  8. Salomé a écrit le 8 novembre 2012

    Pour avoir pratiqué déjà le psy, le problème c’est qu’il ne fait qu’écouter, jamais il va donner un avis, il posera des questions et c’est tout. La technique veut que par les questions, le patient s’interroge plus profondément, ce qui, pour certaines personnes, va les rendre dépendantes aux questions du psy.

    Comme j’ai lu ici, mais par qui je sais plus, il faut surtout se faire plaisir et arrêter de se poser des questions, enfin c’est mon avis.

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