Les aventures d’une accompagnatrice de SRS à Bangkok, suite

7 décembre 2012 | Tags: , , ,

Je continue à raconter une opération de SRS chez le docteur C* à Bangkok du pur point de vue de l’accompagnatrice, ce qui manque sur le web où figurent seulement des témoignages d’opérées.

Je vous avais laissés la veille de l’opération de ma camarade (le guide de l’accompagnatrice)  ; ladite opération s’est bien passée, mais je n’ai eu le droit de voir mon opérée que le lendemain après-midi de l’opération. Ici les mœurs thaïes diffèrent largement des nôtres. Si nous trouvons normal d’avoir des nouvelles et de passer embrasser l’opérée dès qu’elle sort du coltar, il n’en va pas du tout de même ici.

Le docteur C* m’avait dit de passer après 18 h, pourtant, ce qui semblait plausible pour une opération à 13 h et quelques, mais il est vrai qu’il n’avait pas semblé apporter beaucoup d’attention à cette information, pour lui mineure. J’ai pris un taxi depuis l’hôtel vers 19 h pour arriver 20 minutes plus tard, dans l’espoir de pouvoir attendre sur place si nécessaire. Cela n’a pas été possible : j’ai dû reprendre illico un taxi dans l’autre sens et rentrer à l’hôtel, avec la promesse qu’on m’appellerait vers 10h du soir.

Personne n’a appelé avant minuit moins le quart et j’ai vécu quelques heures d’angoisse larvaire (tout en me disant le plus sereinement possible que si on ne m’appelait pas, c’est qu’on n’avait rien à signaler).  Je n’ai guère été rassurée par les témoignages, compulsés pour passer le temps, qui racontaient des cas d’émergence à 20 h, avec assez de clarté d’esprit pour donner des nouvelles sur facebook. Heureusement, il y avait un cas de réveil à 23 h, ce qui a rendu l’attente moins inquiétante jusqu’à cette heure-là.

Alors disons-le tout net : c’est long, très long. La future opérée part pour la clinique à 13 h mais n’est opérée qu’au moins deux heures plus tard. L’opération dure cinq ou six heures – ici, ce fut six heures largement comptées. Le réveil peut être très lent : ici, près de trois heures.  On obtient par téléphone des informations minimales : dans mon cas, on m’a seulement dit qu’elle était réveillée, et dans mon émotion je n’arrivais même plus à demander « Is she fine ? », ce qui est pourtant d’une simplicité élémentaire : je répétais : « Is she well ? », ce qui ne veut rien dire, et on me répondait seulement : « she is awaked now ».  Et même si on est la compagne de l’opérée, on ne peut la voir que le lendemain, en début d’après-midi.

Tout cela m’a passablement stressée. Il faut donc savoir que l’activité de la clinique, centrée sur l’opérée et son opération, fait peu de cas de l’entourage, qui n’est pas personna grata sur les lieux. J’avais accompagné ma future opérée pour sa visite médicale, le premier jour ; on lui avait proposé un café, pas à moi. Je ne sais pas si les brunes comptent pour des prunes mais les accompagnateurs comptent pour du beurre !

Faut-il pour autant renoncer à accompagner une personne à Bangkok ? je crois que non. Il faut savoir que tout ce qui tourne autour de la clinique tient l’accompagnateur très à l’écart, encore que j’ai le droit, à présent, d’aller voir mon opérée l’après-midi aussi longtemps qu’elle voudra (hier ma visite était contingentée à une heure max). Pour le reste, l’accompagnateur reste utile : on est plus fortes à deux devant Bangkok si on n’est jamais allées en Asie, moins fragiles devant la mégalopole ! On est utile en cas de malaise vagal (cela peut arriver avec la purge pré-opératoire qui se fait à l’hôtel, c’est arrivé dans le cas de ma compagne et heureusement, comme j’en avais l’expérience car elle est sujette à ce genre de problème à vrai dire assez rare, je n’ai pas paniqué. On ne nous avait rien dit à ce sujet, je pense qu’il vaudrait mieux être prévenue quand même).

Avec une compagne, la future opérée est moins solitaire à l’hôtel. Certes, nous avons eu la chance de rencontrer une Allemande qui se faisait opérer la poitrine mais les occasions de parler à quelqu’un sont quand même très rares : le Dusit Princess est un hôtel magnifique et luxueux mais les opérées et futures opérées du docteur C* ne constituent pas une clientèle repérée, elles sont très peu nombreuses, le docteur ne pouvant opérer tout le monde en même temps. A l’hôtel le personnel n’est pas du tout au courant de tout cela et il faut s’expliquer pesamment (que l’une part, que l’autre reste…). Nous étions « seules » ; il est possible que sur la longue période de convalescence qui l’attend à présent, mon opérée trouve quelqu’un d’autre avec qui échanger, mais elle peut très bien se retrouver très solitaire tout aussi bien. C’est une expérience riche mais éprouvante, être deux n’est pas un luxe. Pour ma part je dois rentrer travailler, mon opérée restera donc seule quelque temps. Ai-je choisi la meilleure période pour l’accompagner, compte tenu de ma vie professionnelle et de ma faible disponibilité ? Aurait-il mieux valu venir plus tard, pendant sa convalescence à l’hôtel ? Je ne sais. Il faudrait là-dessus confronter des expériences !

Au départ, je ne voulais pas venir du tout ; j’ai beaucoup hésité. Parce que c’est un acte « personnel », je me sentais un peu de trop. Mais ma future opérée flippait à l’idée d’arriver seule à Bangkok, avec l’avion, la langue inconnue, la graphie non lisible pour nous, l’appréhension de l’inconnu et le peu d’habitude des grands voyages (elle n’en avais jamais fait, n’étant absolument pas baroudeuse). J’ai donc choisi de venir et je pense avoir bien fait, quand même. Il faut avoir un petit projet pour soi-même, en parallèle : dans mon cas, nager et avancer un travail qui peut se faire à distance, avec l’ordinateur. Nous avons emporté un ordinateur chacune.

Je pars le jour où elle rentre à l’hôtel pour sa convalescence : j’espère avoir le temps de l’aider à s’installer (elle n’aura pas le droit de bouger de son lit d’un poil pendant une semaine) avant de reprendre l’avion.

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4 responses to Les aventures d’une accompagnatrice de SRS à Bangkok, suite

  1. Alexandra a écrit le 7 décembre 2012

    J’ai été opérée un samedi. J’avais une amie accompagnatrice qui n’a pu me voir que le lundi. En tant qu’opérée, on se fait à l’idée. Et puis en fait, je passais mon temps à chercher à dormir pour récupérer au plus vite. Rien de tel que le sommeil pour que le corps fasse son travail de cicatrisation. Je n’ai jamais autant dormi de ma vie !
    Pour le malaise vagal, j’étais seule dans ma chambre (mon amie arrivait pile le matin de l’opération) et comme je suis assez précautionneuse, j’avais anticipé un éventuel problème avec la fameuse poire laxative U-Enema, j’avais ramené une chaise en face des toilettes. Quand le malaise est arrivé, j’ai juste appuyé les avant-bras dessus le temps qu’il passe.
    Par contre il faut savoir que ce malaise vagal, nous sommes très rares à l’avoir.
    Je constate aussi qu’en effet, beaucoup “flippent” d’arriver seules là-bas. Ca ne m’a pas fait cela. Au contraire, le fait d’être seule sur place à l’arrivée m’a permis de m’imprégner rapidement de l’atmosphère du pays. J’étais même transportée, avec un superbe sentiment de liberté. C’était pour moi le début de la liberté qui s’annonçait au travers de l’opération. Cela faisait 10 mois que je vivais un grand danger du fait de mes violents malaises hormonaux autour de la testo. Donc, le terme liberté avait un sens particulièrement concret pour moi.
    En plus, ce pays est particulièrement accueillant pour les trans’. S’il y a bien un pays où nous sommes en sécurité, c’est la Thaïlande.

    • Celia a écrit le 8 décembre 2012

      Pays accueillant pour les trans, oui mais la connerie n’a pas de frontière. A la frontière justement, les flics thaïlandais m’ont bien emmerdée à l’aéroport, lié à ma photo de passeport. Je pensais qu’ils étaient plus avancés que ça sur les trans, j’ai été étonnée de leur vulgarité et de leur manque de discrétion.
      Je précise mon accusation : un jeune flic m’interpèle devant toute la file d’attente des passagers prenant le même vol que le mien : “You are a man ?”. Les gens (des français la plupart) se sont retournés pour me dévisager dans mon fauteuil roulant
      Un autre, plus vieux m’a demandé en ricanant combien ça m’avait coûté, comment j’avais fait pour enlever ma barbe…
      Je n’ai eu aucun problème avec les flics français qui ne semblaient même pas remarquer que la photo ne correspondait pas.

      • Alexandra a écrit le 8 décembre 2012

        Ah m.rde !! J’ai vraiment vécu un passage de frontière autrement plus sympa ! Ils ont juste contrôlé mes dilatateurs, car là-bas les sex-toys sont tellement interdits qu’ils t’envoient tout droit à la case prison. Je leur ai montré ce qui était gravé dessus et ça s’est arrêté là, puisqu’ils ont vu que c’était du matériel médical. Et je n’ai eu droit qu’à des sourires. Bon… Des cons, il y en a partout.

        • Celia a écrit le 10 décembre 2012

          Oui ben quand même c’est pas trop cool non plus ton histoire, bande de cons… Ma seule consolation c’est le gentil pousseur de mon fauteuil roulant qui, lorsque le flic m’a dit d’un air étonné “you are a man ?” m’a chuchoté à l’oreille “he cant believe because you are so beautiful”, je ne l’ai pas cru une seconde mais c’était si gentil ça fait du bien.

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