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Pas malade? Pas de médecin!

3 février 2013 | Tags: , ,

4.2.7 JP

Les médecins ne se coltinent pas des années d’études intensives pour qu’on les traite comme de simples marchands de soins. On ne choisit pas un protocole de soins comme on choisit un tatouage. On ne dit pas à un médecin ce qu’ille doit faire comme on demande à la boulangère du coin de nous préparer une tarte aux pommes pour 12 personnes pour dimanche prochain.

Soyons clair-e-s: si on a besoin d’un médecin, c’est qu’on est malade. Si on n’est pas malade, on n’a pas besoin de médecin.

Si on veut une épilation, on va voir un esthéticien, pas un dermatologue. Si on veut un piercing, on va visiter un salon de piercing, pas la salle d’attente d’un chirurgien. Si on veut acheter des oranges, on va à l’épicerie du coin, pas à la pharmacie.

Autrement dit: quand on n’est pas malade, qu’on ne veut pas un médicament, ou qu’on ne veut pas une procédure médicale, on ne se tourne pas vers le monde médical.

Inversement, les diabétiques ne trouvent pas leur insuline à la superette du quartier. On ne demande pas à un boucher d’opérer une appendicite, ou à une prof de yoga de soigner une otite. La médecine aux médecins, la non-médecine aux non-médecins; ça parait simple, pas vrai?

Ben apparemment, non.

Apparemment, on peut vouloir un traitement hormonal lourd et à vie sans raison médicale. Apparemment, on peut vouloir des opérations chirurgicales énormes sans en avoir un besoin médical. Apparemment, on peut visiter des dizaines de médecins, recevoir des pelletés d’ordonnances médicales, recueillir des produits médicaux par la tonne (ou presque), et être remboursé-e pour tout ça par l’Assurance Maladie… sans en fait avoir de condition médicale du tout!

C’est pas beau, ça?!

Moi, j’appelle surtout ça du déni.

Ayez donc le courage de regarder les choses en face: les personnes en bonne santé ne vont pas voir les médecins. C’est aussi simple que ça. Si vous avez besoin d’un médecin, c’est que vous êtes malade. Si vous n’étiez pas malade, vous n’iriez pas voir un médecin.

Je ne comprends pas: qu’est-ce que ça vous coûte, d’admettre cette évidence? De quoi avez-vous donc si peur?

Moi je le dis: je suis malade. Je suis malade d’avoir un corps dont le sexe ne correspond pas à mon genre. Je souffre de dysphorie de genre – littéralement, d’un mal-être psychologique centré autour de mon genre (enfin bon, plutôt autour de mon sexe physique, pour être tout à fait exact, mais “dysphorie de sexe”, ça ne donnerait pas vraiment une bonne idée du problème au public non-averti…) Je suis malade, et je vais voir des médecins pour qu’illes m’aident avec leur médecine. Tout bête, tout simple.

Et surtout: tout vrai.

Posez-vous donc un peu la question de pourquoi vous ne pouvez pas en dire autant. Qu’est-ce qui vous empêche de dire quelque chose du genre “Je suis malade pour cause d’incompatibilité entre mon sexe originel et mon genre”? Qu’est-ce que ça vous coûterait, de reconnaître ça? Qu’est-ce qui vous bloque?

Si vous avez demandé un traitement médical, alors vous êtes malade. Si vous n’êtes pas d’accord avec ça, alors vous êtes en plein déni. Si vous êtes en plein déni, recentrez-vous sur vous-mêmes, au lieu de chercher à convaincre tous les autres de vous rejoindre dans votre absurde rejet de l’évidence. Au mieux, vous en sortirez plus en paix et en adéquation avec vous-mêmes. Au pire… ça fera des vacances à tou-te-s ceulles qui doivent constamment lire “la dysphorie de genre n’existe pas” alors même que cette dysphorie s’étale au grand jour et souvent avec une poignance à vous en broyer les tripes dans quasiment tous les témoignages publiés sur ce site et sur tant d’autres!

(PS: non, je ne veux pas entendre parler de grossesse, ou d’IVG, et de quoi que ce soit de ce genre, parce que quand vous utilisez ces arguments, vous ne faites que démontrer à quel point vous êtes ignorant-e-s des réalités de ces choses. Un jour peut-être je ferai un autre billet sur ce sujet, quand je pourrai le faire sans pleurer de douleur et de rage face à votre façon si cavalière de récupérer pour faire avancer votre agenda du déni, des réalités infiniment complexes et si souvent incroyablement difficiles pour celles qui y font face.)

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83 responses to Pas malade? Pas de médecin!

  1. Julie Mazens a écrit le 3 février 2013

    En complément d’Alexandre, j’ai publié un billet ce matin

    http://julie-mazens.tumblr.com/post/42173860032/dysphorie-de-genre

  2. Alexandra a écrit le 3 février 2013

    Bonjour Alex.
    Ouah ! Le gros coup de gueule ! Tu me plais quand tu t’énerves un grand coup comme ça. Au moins tu t’es enfin sorti les tripes pour ne pas que commenter, mais aussi exprimer ton point de vue. En-fin !
    Je viens d’avoir une longue conversation avec Julie sur le sujet car il y a comme tu le sais bien des choses à dire et rien n’est figé, encore heureux !
    Pour ma part, je ne me permettrai pas immédiatement un commentaire sur le fond du texte car je n’en ai pas terminé de cette conversation très fructueuse que tu as déclenchée.
    Par contre, je dirai une chose qui à mon sens est importante. Bravo pour ton article !! Après on est d’accord, on n’est pas d’accord, ou on est partiellement d’accord, j’espère juste que malgré le ton assez nerveux de ton article les gens qui répondront sauront s’auto-modérer.
    Tu viens d’exposer ton point de vue et comme ce sujet est sensible, je veillerai (tout comme Julie) à ce qu’il n’y ait pas de débordement.
    Donc les filles, soyons claires, le sujet est hyper-sensible et vous touche au plus profond, même doit certainement vous déranger, mais je vous demanderai d’arriver avec de vrais arguments et surtout de rester courtoises.
    Si je dis cela, c’est que ce sujet est forcément brûlant pour vous (nous) toutes et peut vite partir en vrille.
    Donc, avant d’écrire, tournez 21 fois votre clavier sous vos doigts afin que le débat soit constructif.
    Pour ma part, ton article m’a permis de résoudre un point important dont j’ai déjà parlé en privé à Julie et je t’en parlerai en privé car c’est légèrement hors-sujet et nous verrons ensemble si je l’évoque ici ou non.

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      Que veux-tu, à force d’entendre que si je ne suis pas d’accord avec ceci ou celà, je n’ai qu’à écrire mes propres billets, ça devait finir par arriver 😛

      Ceci dit, je profite de ton intervention pour mentionner à tou-te-s que mes opinions ne sont JAMAIS gravées dans le marbre (j’ai grandi dans un milieu ultra-dogmatique, j’ai donné, merci bien! Et en plus, ce n’est pas dans ma nature de fond.) Donc il ne faut jamais hésiter à discuter avec moi, et il ne faut surtout pas croire que je ne suis pas ouvert à d’autres opinions, bien au contraire! Je ne suis pas un prêcheur; je suis un chercheur – un chercheur de Toutes Les Vérités, qui ne croit plus en La Vérité.

  3. Elora a écrit le 3 février 2013

    Aller chez le médecin ne veut pas dire forcément qu’on est malade. Allez faire le check up nécessite un médecin pour vérifier que tout va bien. Si tout va bien, je suis aller chez le médecin donc je suis malade alors que je vais bien? Voilà une faille à cette pensée montrée dans l’article. Je rappele que la sous-médication englobe aussi le fait de ne pas aller voir assez souvent le médecin comme faire le mamotest tous les x temps pour vérifier encore une fois que tout va bien. Ici, je ne parle que de personnes qui vont bien et qui vont pourtant voir le médecin alors cette article nie une partie de la réalité et disant “Tu vas chez le médecin donc tu es malade”.

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      J’ai pensé au cas particulier du check-up quand j’écrivais mon billet, mais j’ai choisi de ne pas le mentionner pour ne pas alourdir encore un billet déjà long, et aussi parce que je n’avais pas de place où l’insérer de façon naturelle. Mais puisque tu le mentionnes, allons-y :) !

      Je suis d’accord que le check-up est l’exemple typique du cas où mon slogan nécessairement réducteur ne semble pas du tout s’appliquer. Et pourtant… Si on fait un check-up, c’est bien parce qu’on est *potentiellement* malade, non? Si on était certain-e d’aller bien, de ne pas être malade, alors on ne ferait pas de check-up. On accepte de se plier aux check-ups que les médecins nous imposent justement parce qu’on sait qu’on peut se croire en bonne santé, et en fait être malade sans s’en rendre compte.

      Mon billet est volontairement réduit aux personnes qui vont volontairement, spontanément, voir un médecin pour demander un traitement médical – parce que c’est le cas des trans, qui est le cas qui nous intéresse sur ce site. Et là, je maintiens ce que j’ai dit dans le billet: les personnes en bonne santé ne vont pas volontairement, spontanément, voir un médecin pour lui demander un traitement médical.

  4. Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

    La question sous-jacente à ce que tu soulèves c’est la question de l’éthique médicale : le médecin est-il là pour répondre à un caprice ou est-il là pour soulager une souffrance ? (ou autre chose, je ne veux pas fermer la question).

    De mon point de vue, il y a une souffrance psychologique due au corps qui n’exprime pas ce qu’il faut, à laquelle des médecins peuvent nous aider à répondre par divers traitements. S’il n’y a pas de souffrance, il n’y a pas de raison pour un médecin d’apporter une réponse. Je ne peux pas demander à mon médecin du rohypnol à but récréatif, ou me faire prescrire de la toxine botulique remboursée pour me faire retendre…

    J’abonde dans ton sens.

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

      Je réponds à moi-même, parce que j’ai oublié de dire l’essentiel: il importe de nuancer entre souffrance et maladie. Ce qui pousse les trans, c’est leur souffrance primaire, celle de la discordance entre psyché et corporalité.

      • AlexMec a écrit le 3 février 2013

        Nuancer entre souffrance et maladie… Oh, ça m’intéresse, ça :) ! Tu nuancerais comment, toi? Je vais réfléchir à comment je ferais la distinction moi-même en attendant ta réponse 😉

        • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

          Y’a tout un tas de souffrances. Le bouddha cite par exemple la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Tu peux souffrir parce que ton entourage te traite mal. Tu peux souffrir parce que tu es en rébellion vis à vis de la société. Ca ne te rend pas malade.

          Il y a chez les trans’ deux grandes tendances que je dégage: les trans’ en subversion sociale et les trans’ identitaires.

          Les trans’ en subversion sociale souffrent (selon eux) surtout du rejet et de la discrimination, ont-ils vraiment un rapport difficile à leur corporalité ? Dans mes échanges ici, j’ai vu par exemple une personne dire que la souffrance des trans’ c’est celle de la discrimination. Dans ce cas qu’est-ce qui distingue ces trans’ des punks dans les années 80 ? Ne seraient-ce pas des tenants d’un mouvement “post-genre” ?

          Les trans’ identitaires souffrent d’abord de leur corps inutilisable, et transitent parce que c’est la seule réponse acceptable qu’ils trouvent appropriée à leur souffrance.

          Dans ces deux groupes, les individus du premier cesseront de souffrir quand la société aura changé et s’adaptera à leur déconstruction du genre ; les individus du deuxième cesseront de souffrir quand ils auront atteint un équilibre corporel (qui est propre à chacun) leur permettant de s’accepter d’abord eux-mêmes et d’être acceptés par les autres comme ce qu’ils sont psychiquement.

          Le premier groupe a besoin d’une réponse sociétale, le deuxième a besoin d’une réponse entre autres médicale.

          • AlexMec a écrit le 3 février 2013

            Aha! Ta description des deux groupes m’aide à comprendre certaines choses… Merci pour cette présentation qui m’aide à mettre un petit plus d’ordre dans mes idées :)

            Dans le cadre de mon billet, maintenant, comment vois-tu la relation entre la souffrance des trans du deuxième groupe, et le concept de maladie?

            Si je prends le cas des maladies plus “physiques”: en général, la douleur est un symptôme d’une maladie, pas une maladie en elle-même. Mais il arrive quand même que la douleur soit la maladie elle-même quand elle existe sans cause sous-jacente.

            Si on rapporte ça à ma transidentité: quelle est la cause de ma souffrance? C’est la disparité entre mon genre et mon sexe de naissance. Cette disparité est-elle une maladie en elle-même? Ou bien est-ce le fait que j’en souffre au point que ça impacte ma vie qui est la maladie?

            Mon cerveau commence à faire des noeuds, alors j’arrête là pour cette réponse. Tu en penses quoi?

          • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

            Il est vrai qu’on peut parler de maladie. Après, deux approches pour définir la maladie: on peut définir la maladie comme découlant d’une cause, ou on peut définir la maladie comme un corpus de symptômes.
            A tes questions, je répondrais donc : les deux mon capitaine. Parce que les deux approches se valent et cherchent à soulager la souffrance.

            Le médecin, dans son serment, jure de soulager la souffrance des patients et à promouvoir leur bonne santé dans tous les aspects, physiques et psychiques. En éliminant la maladie et en soignant ses symptômes, il accomplit son devoir.

            Après, y’a eu des dérives (hormones masculines sur des MtF pour les “viriliser”, comme on faisait pour les homos, par exemple) qui voulaient aussi soigner les symptômes mais sans comprendre l’essence du problème. D’où une nécessaire complémentarité des deux approches.

            J’ai réécrit ce commentaire trois ou quatre fois parce que je me suis rendue compte des différents aspects éthiques que ça implique.

          • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

            Et pour répondre au lien entre souffrance et maladie, je dirais que dans le deuxième groupe, le groupe identitaire, il y a la reconnaissance de la cause de leur souffrance et de ce que les médecins peuvent faire pour aider. Il y a bien affection médicale plutôt que maladie (un bec de lièvre c’est pas une maladie, c’est une malformation)

          • AlexMec a écrit le 3 février 2013

            “A tes questions, je répondrais donc : les deux mon capitaine. Parce que les deux approches se valent et cherchent à soulager la souffrance.”

            Ca me va 😀 ! Je suis d’avis que les deux approches sont complémentaires, et que tant qu’on n’aura pas déterminé la “cause” de la transidentité (si elle existe!), alors il faudra de toutes façons continuer à en soigner les “symptômes” et à en augmenter la visibilité et l’acceptation en l’état.

            “Il y a bien affection médicale plutôt que maladie (un bec de lièvre c’est pas une maladie, c’est une malformation)”

            Effectivement, et cela rejoint une autre réflexion que j’entretiens de temps en temps: de tous les termes médicaux qui désignent des “différences”, quel est celui qui me parait le plus approprié pour la transidentité?

            J’ai volontairement utilisé le terme “maladie” dans ce billet, à la fois parce que techniquement, il me parait approprié, et aussi parce que je sais que c’est le plus explosif dans le contexte trans (eh, c’est un Coup de Gueule ou ça n’en est pas un 😛 ! )

            Mais sûrement d’autres termes pourraient aussi convenir? Mon fils est autiste, et beaucoup d’autistes et de parents d’autistes refusent le concept de “maladie” pour l’autisme, lui préférant des termes plus axés autour de la notion de “différence”. C’est une approche qui rappelle les mouvements genderqueer, par exemple, et qui peut s’appliquer à la transidentité aussi, surtout celle de Type 1 si on reprend tes catégories.

            Tu mentionnes la malformation; j’y ajouterais le handicap, entre autres. Tant de possibilités à explorer, avec meilleure compréhension et meilleure intégration à la clé, et pourtant toutes considérées comme inacceptables par certain-e-s trans, simplement parce qu’elles posent comme point de départ d’identifier la transidentité à une condition médicale! C’est à ça que je m’oppose, vraiment.

        • Alexandra a écrit le 3 février 2013

          Allez ! J’ajoute un peu d’eau au moulin, juste pour ouvrir un peu plus le débat.
          Les faits… 27 novembre 2012, je rate une marche d’escalier dans la liaison métro 4-RER à Denfert-Rochereau. Je me blesse très méchamment : double fêlure des malléoles, trois os déplacés dans le pied, fibula déplacée côté genou et côté cheville, déchirure musculaire du bas des muscles jumeaux. Clairement, je suis passée de bonne santé à malade, même si c’est un accident.
          Au bout d’un mois passé les douleurs s’estompent avec une aide ostéopathique pour remettre le pied et la fibula en place. Malgré tout… La douleur qui semblait diminuer, réaugmente alors que tout est réparé !
          Premier réflexe, je me dis que tout cela est lié au stress que je vis du fait de tout ce que j’ai en cours… J’ai raison et j’ai tort !
          J’ai raison, le fait d’identifier la composante stress diminue partiellement les douleurs, douleurs tant musculaires qu’osseuses… Je suis très inquiète, je me demande vraiment ce que j’ai. Et d’un coup, la solution apparaît par une voie que je n’attends pas. Je constate un peu trop de cheveux dans ma brosse quand je démêle mes cheveux et je rapproche le phénomène d’ongles un peu mous et cassants. Ce dernier phénomène existe depuis plusieurs mois mais je n’y ai pas prêté attention.
          Du coup, tout s’emboîte ! Je suis en carence calcium, magnésium, vitamine C et certainement d’autres vitamines et oligo-éléments. Je me prends en main et en effet, ces symptômes aux cheveux et aux ongles disparaissent… Et la douleur dans la jambe !!!!!
          Techniquement, j’étais malade, mon organisme était en déséquilibre minéral, vitaminique, et peut-être autre. Pourtant, rien ne le laissait présager.
          Comme je vais faire ma visite de contrôle chez mon endocrino-gynéco, je vais en profiter pour lui parler de tout cela, car finalement je suis malade même si je fais ma vie normalement et que tout semble normal.

          • AlexMec a écrit le 3 février 2013

            … Ah ben ça alors, tu viens peut-être de répondre à la question que je me posais vaguement ces derniers temps: pourquoi j’avais mal dans les jambes l’été dernier et plus maintenant? Il se trouve qu’entre-temps, j’ai fait une ch’tite cure de vitamines et minéraux pour préparer l’hiver 😛

      • Compte supprimé a écrit le 15 octobre 2013

        je ne suis pas d accord avec la maladie ..si je vais chez un chirurgien me faire une augmentation mammaire suis je malade ? si j’accouche ? si j’avorte ect ect ..la médecine en principe est la non uniquement pour nous soigner mais aussi pour nous apporter le bien être !
        Etre malade non plus ne signifie pas ètre malade mental …
        J’assume et déclarer que je suis dans le déni car je n’admet pas être malade n’est pas un argument c’est limite manque de respect !
        Quand à la fameuse souffrance ? souffrons nous car nous devons nous battre pour avoir accès a ce que nous voulons ? hormones et ou chirurgies ? souffrons nous du fait de la réaction de nos amiEs ?, familles ? médias ? de nos difficultés a trouver emploi ? logement ? de nos situations avec aparence dans un genre et papiers dans l’autre ? de l’attente avant de pouvoir changer physiquement ?
        ou souffrons nous du fait d’ètre trans ?
        si on imagine une société qui laisse le choix a toute personne de changer de sexe / genre / identité à n’importe quel age , sans aucune discrimination souffrirons nous encore ?
        …bah on souffre c est pas le fait d?ètre trans c’est de la transphobie sous ses nombreux aspects …
        alors être concidéré comme malade , et pas n’importe quelle maladie non ! uner maladie mentale ..c’est non seulement se victimiser , c est aussi dire a tout le monde y compris aux autres trans “nous sommes malades mentaux ” ..qu’est ce que cela veut dire ? en résumé moi FTM je suis une femme délirante qui s’imagine être un homme….quelle est la valeur de ma parole si je suis une femme délirante ? ..aucune ..ce n’est pas pour rien que par exemple dans plein de médias aparait un psychiatre qui est la pour valider ou non nos paroles ….car ns paroles seules ne valent rien …
        alors si toi tu veux être malade soit le ! n’impose pas ta maladie aux autres …
        merci

        • Chloé Tigre Rouge a écrit le 15 octobre 2013

          Ca c’est du déterrage ! C’est en réponse à mon commentaire ?

          On souffre du fait d’être trans, et je le démontre à longueur de commentaires, dans le fait de relationner à soi-même. On est son premier “transphobe”. On est la première personne à poser sur soi-même un regard chargé (négativement, positivement), et à ce titre on est les premiers créateurs de notre souffrance.

          Il ne faut pas penser la question trans que dans les rapports interpersonnels stricts et dans le rapport de l’individu à la société. Il manque le pan psychologique de la question : comment relationne-je à moi-même ?

          (dire que l’on ne souffre que de la transphobie des autres, c’est comme dire qu’un dépressif ne souffre que de la connerie des autres… c’est repousser le rapport à soi-même comme quelque chose d’inexistant, alors que l’image de soi est un fondamental de la psychologie)

          • Compte supprimé a écrit le 15 octobre 2013

            non désolé ce n’était pas en réponse a ton commentaire ..j’ai d’ailleurs effacé et aparemment ca n’a pas fonctionné plantage total !
            je te prie de m’excuser !

            bon maintenant je te répond a toi
            je suis d’accord avec la “transphobie interiorisée )
            non pour ton entre parenthèse
            tu sais il n’y a pas si longtemps on parlait de la souffrance des homosexuelLEs

        • AlexMec a écrit le 15 octobre 2013

          la médecine en principe est la non uniquement pour nous soigner mais aussi pour nous apporter le bien être !

          Quelle est la différence 😉 ? Parce que s’il n’y a pas de bien-être, c’est qu’il y a du mal-être, non? Auquel cas, on a besoin que ce mal-être soit soigné 😛

          si on imagine une société qui laisse le choix a toute personne de changer de sexe / genre / identité à n’importe quel age , sans aucune discrimination souffrirons nous encore ?

          Moi, oui. Je souffrirais tout simplement d’avoir un corps qui ne correspond pas à mon image mentale de moi-même. Cette épouvantable et incurable dichotomie de mon être est ce qui me fait le plus souffrir, et aucune acceptation même totale de la part de la société ne pourrait apaiser cette douleur.

          uner maladie mentale ..c’est non seulement se victimiser , c est aussi dire a tout le monde y compris aux autres trans “nous sommes malades mentaux ” ..qu’est ce que cela veut dire ? en résumé moi FTM je suis une femme délirante qui s’imagine être un homme….quelle est la valeur de ma parole si je suis une femme délirante ? ..aucune ..ce n’est pas pour rien que par exemple dans plein de médias aparait un psychiatre qui est la pour valider ou non nos paroles ….car ns paroles seules ne valent rien …

          Je suis malade mental (dépression + anxiété généralisée) mais je ne suis pas délirant. Toutes les maladies mentales n’entrainent pas un délire, loin de là! Et les malades mentaux ne sont pas non plus des victimes – des victimes de quoi, de toutes façons?? Il me semble que ton rejet de la maladie mentale est basé sur des fausses idées colportées par la société… Cette même société qui colporte bien des horreurs sur la transidentité 😉

          • Compte supprimé a écrit le 15 octobre 2013

            tu peux aller voir un psychologue faire une analyse sans être malade …
            pour la souffrance que tu ressent imagine que tu puisses directement avoir accès a ce que tu veux , qu’il te suffise de dire je suis du genre masculin et que tout le monde t’identifies au masculin ?
            …une dépression une anxiété généralisée n’est pas une maladie mentale 😉 ni une maladie c’est effectivement un mal être
            Dans notre cas au niveau des psychiatres nous sommes des personnes qui “imaginent ètre de l’autre sexe ” ..c’est pas du délire vu comme celà ?

          • AlexMec a écrit le 16 octobre 2013

            pour la souffrance que tu ressent imagine que tu puisses directement avoir accès a ce que tu veux , qu’il te suffise de dire je suis du genre masculin et que tout le monde t’identifies au masculin ?

            La souffrance spécifique dont je parle serait toujours là, parce qu’elle est complètement indépendante du regard des autres. Elle est due au fait que mon corps est “faux” du point de vue du sexe. C’est une chose énormément importante que les gens me considèrent comme un homme, oui, mais ça ne change pas le fait que je n’aurai jamais de prostate, de testicules, de souvenirs d’enfance et d’adolescence au masculin, et ainsi de suite. Je ne serai jamais complètement l’homme que j’aurais toujours dû être, et je porterai ce deuil à tout jamais.

            une dépression une anxiété généralisée n’est pas une maladie mentale

            Pardon O.O ?? La dépression et l’anxiété généralisée sont des maladies mentales hyper-classiques! Et pour les soigner, je suis une thérapie psy et je prends des petits cachets. Avec beaucoup de chance, je pourrai peut-être un jour me passer de l’anti-dépresseur, mais je ne pourrai jamais arrêter l’anxiolytique, parce que mon cerveau est littéralement fait comme ça (j’avais déjà des symptômes avancés d’anxiété à 3 ans). Ajoute à ça mon ex bipolaire, ma mère atteinte d’un trouble de la personnalité, et ma soeur qui souffre d’un syndrome post-traumatique massif avec décompensations psychotiques, et crois-moi, je m’y connais un ch’tit peu en maladies mentales 😛

            Dans notre cas au niveau des psychiatres nous sommes des personnes qui “imaginent ètre de l’autre sexe ” ..c’est pas du délire vu comme celà ?

            C’est leur choix personnel de voir les choses comme ça ou pas. Mon psychiatre, que j’ai pris au pif et qui n’y connaissait rien du tout à la transidentité au début, s’est contenté de m’écouter et a maintenant parfaitement assimilé cette idée d’une inadéquation entre sexe physique et genre ressenti. Pour lui je suis un mec qui fait de son mieux pour aménager le corps féminin dans lequel il est né, et pas du tout une femme délirante.

  5. Céline Bouënnec a écrit le 3 février 2013

    Bonjour Alexandre,

    Comme la si bien dit Alexandra, il s’agit un sujet « hyper-sensible ». Notamment, comme tu la fais remarquer pour des questions remboursement, d’assurance maladie, de militantisme et de place sociale.

    J’ai été profondément choquer par ton coup de gueule. Et curieusement pas en tant que trans. Mais surtout en tant que future professionnelle paramédical (je suis étudiante infirmière).

    Et ce sur plusieurs points :

    Le premier point est que tu semble réduire la médecine, et le monde paramédical par la même occasion au seul fait de soigner des maladies.
    Or les professionnels de santés dont font parti les médecins, mais également un grand nombre d’autre professionnels, on pour but de promouvoir la santé.

    « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »
    Cf : Préambule à la Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé

    Cette définition pour illustré que la promotion de la santé ne consiste pas simplement à « soigné des maladies », c’est quelque chose de beaucoup plus complexe, qui fait intervenir de la prévention, des soins curatifs, des soins palliatifs, des soins de confort, des réinsertion sociale, etc…

    Le second point rejoint le premier, c’est l’amalgame que tu fais entre le fait de voir un médecin et fait d’être malade.
    J’espère bien que toutes les femmes qui vont consulter leur gynécologue ne sont pas malade… Les pauvres je les plaints…
    Pareil pour les traitements hormonaux :
    j’espère bien que toutes les femmes qui prennent la pilule (qui n’est ni plus ni moins qu’un traitement contraceptif hormonal à base de progestérone), ne sont pas malade également.
    Sinon, nous aurions de souci à nous faire..

    Comme nous le dit et nous le redit une de formatrice, il faut faire attention. Ce n’est pas parce que l’on met un couche à une personne âgée, quel est incontinente. C’est parce que la personne est incontinente que nous lui mettons une protection pour son confort.
    De même, ce n’est pas parce qu’une personne porte des lunettes, qu’elle est myope. C’est parce qu’elle est myope qu’elle porte des lunettes pour son confort.

    Le troisième point est l’amalgame entre le souffrance et la maladie :
    En effet, tous les malades ne sont pas souffrant et tous les souffrant ne sont pas malade.
    Pour l’illustrée, qui peut dire qu’une personne est ou non porteuse du VIH, avant d’en avoir fait un test de dépistage (dans les premiers temps de la l’infection il n’y a aucun symptôme) .
    Dans un autre ordre d’idée lorsque vous perdez un proche, vous allez avoir un période de deuil, qui est ni plus ni moins qu’une période de souffrance, mais c’est pas pour autant que vous êtes malade.

    Le quatrième point est l’allusion au fait, que sous prétexte qu’un médecin ai fait années d’études intensives, tu sous entend qu’il serait plus à même de savoir ce qui correspond à la personne qui la consulte.

    Autrefois le médecin était tous puissant, les infirmières exécutait sans ce poser de question et le patient subissait de manière passive.
    Ca a été une réalité.

    Depuis le monde médical a évolué (je vais pas faire l’historique, mais l’apparition du VIH et d’internet on beaucoup modifier les approches)
    Les patients deviennent de plus en plus acteur de leur santés au quotidien.
    Les infirmiers ont pris plus de pouvoir et de responsabilité.
    Et les médecins doivent faire plus en plus attention a ce qu’il disent et prescrivent par ce que les patients n’ hésite plus à demander des comptes lorsque les résultats ne correspondent pas à leur attentes.
    Et ça c’est la réalité d’aujourd’hui.

    Pour en terminer, je pense qu’il a un d’autre moyens de voir les choses. Plus responsabilisante et pour les trans, et pour les professionnels soignants.

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      Salut Céline!

      Euh, maintenant que je lis ta réponse, je m’aperçois que mon coup de gueule ne prend vraiment son sens que si on connait le contexte dans lequel je le donne… Désolé pour ça!

      Pour répondre à tes points:

      1. “Le premier point est que tu semble réduire la médecine, et le monde paramédical par la même occasion au seul fait de soigner des maladies.”

      Je m’excuse si c’est l’impression que j’ai donnée, car ce n’était pas mon intention du tout. Mon billet est centré autour de l’attitude négative de certain-e-s trans vis-à-vis du monde médical, et ne cherche aucunement à discuter de la mission du monde médical en général.

      2. “Le second point rejoint le premier, c’est l’amalgame que tu fais entre le fait de voir un médecin et fait d’être malade.”

      Tu rejoins le point mentionné par Elora plus haut à propos des check-ups. Je te ferai la même réponse 😉 A savoir:
      – Quand une femme va voir son gynéco, c’est parce qu’elle sait qu’elle est potentiellement malade et veut donc s’assurer qu’elle ne l’est pas. Si aucune femme n’était jamais de fait malade quand elle va voir son gynéco pour un check-up, alors ces check-ups n’auraient pas lieu d’être du tout. Statistiquement, un certain nombre de femmes qui vont voir leur gynéco pour un check-up SONT malades sans le savoir, et c’est ce potentiel de maladie qui justifie ces visites.
      – La pilule… Ca rejoint de trop près mon PS à propos de la grossesse et de l’IVG. Je passe.

      “De même, ce n’est pas parce qu’une personne porte des lunettes, qu’elle est myope. C’est parce qu’elle est myope qu’elle porte des lunettes pour son confort. ”

      Cela ne me semble pas être en contradiction avec mon billet?

      3. “Le troisième point est l’amalgame entre le souffrance et la maladie :
      En effet, tous les malades ne sont pas souffrant et tous les souffrant ne sont pas malade.”

      Excellent point repris aussi par Chloé. Je te pose donc la même question qu’à elle: comment fais-tu la différence entre souffrance et maladie? Plus généralement, comment le monde médical fait-il cette différence?

      4. “Le quatrième point est l’allusion au fait, que sous prétexte qu’un médecin ai fait années d’études intensives, tu sous entend qu’il serait plus à même de savoir ce qui correspond à la personne qui la consulte.”

      Pas du tout. Je m’opposais au point inverse, en fait: l’opinion qui voudrait que seul le patient sait ce qui est bon pour lui, et que le médecin devrait se plier automatiquement aux volontés du patient.

      “Pour en terminer, je pense qu’il a un d’autre moyens de voir les choses. Plus responsabilisante et pour les trans, et pour les professionnels soignants.”

      Moi je ne demande que ça! J’en ai juste ras-le-bol de cette attitude que je retrouve trop souvent et qui voudrait que “les médecins sont là pour nous donner les soins qu’on leur demande, point!”

      • Céline Bouënnec a écrit le 3 février 2013

        En fait je crois qu’il faudrait mieux que l’on oublie se terme de maladie et de malade. Puisque ces termes on été éloigner de leur signification médicale, et reprise par le grand public a son compte.
        Pour l’illustrée, une personne pousse un autre personne sur les rails d’un train et la seconde personne décède. Les média et le grand public va décréter que la personne est malade (c’est déjà arrivé). Et ce sans attendre un avis médical.

        C’est juste pour illustré l’utilisation du mots malade par le grand public.

        Je vais parlé seulement de ce que je sais, c’est à dire des diagnostique infirmier.
        Pour élaborer nos diagnostiques nous utilisons les 14 besoins fondamentaux établie par Virginia Henderson.
        Je vais pas tous te les lister mais cela va du besoin de respirer, boire et manger, s’habiller, évité les dangers, et ça se termine par s’occuper en vu de se réaliser et se récrée.
        Le principe est que tous ces besoins ont la même importance et que lorsque l’un d’eux est perturber la personne n’est plus en santé.
        Donc du coup, si une personne n’arrive pas trouvée des activités pour se divertir. ou de crée des projets d’avenir cela pour nous à un problème infirmier, au même titre qu’un problème respiratoire par exemple.
        Par contre si la personne arrive à satisfaire son besoin, même avec une aide, le problème disparait.
        (Exemple : une personne qui ne peut pas se lever de son fauteuil à cause d’un plâtre. Pour nous c’est un problème infirmier => diagnostique “altération de la mobilité physique”. La même personne, nous lui donnons des béquilles, elle arrive à ce déplacer jusqu’au couloir. pour nous le problème infirmier disparait car il peut se mouvoir, et ce, même avec une aide).
        Nous agissons de même avec les problèmes médicaux, sauf que ce n’est pas nous qui faisons les diagnostiques, se sont les médecins. Mais nous sommes bien sur obliger de les prendre en compte dans nos démarches de soins.

        Tu prenais l’exemple d’un diabétique insulino-dépendant qui fait ces injections.
        Pour les infirmiers, a partir du moment ou la personne est capable de faire ces glycémie capillaire et ces injections tous seul. Il n’y pas pour nous de problème médical au moment ou l’on fait notre diagnostique.
        Par contre il y en aurai un si il y avait un déséquilibre de son diabète.
        Et pourtant d’un point de vu social, le diabétique va être considérer comme une maladie chronique

        Maintenant que j’ai fait ces précisions un peu (chiante et longuette dsl) je vais répondre à tes questions.

        Pour l’histoire du gynéco, de dirais que c’est plus de la prévention secondaire. Comme il n’y a pas de besoin perturber a priori, il n’y a pas de problème infirmier ni médical réel. peut être un problème potentiel comme tu l’as fait remarqué mais il faudrait pouvoir justifier de ce problème potentiel, et là je n’ai aucun élément pour le faire.

        Ensuite la différence entre souffrance et maladie, je dirais que le souffrance est une sensation de mal-être physiologique et psychologique, qui peut avoir une origine pathologique (je souffre parce que j’ai mal dans le dos par ex.) ou non pathologique, le faite de perdre un proche par exemple.
        Il est à noter qu’une souffrance peut devenir pathologique à partir du moment ou elle prendre trop de place dans notre vie, et qu’elle nous empêche d’accomplir les taches de la vie quotidienne.

        En ce qui concerne la maladie, la question de savoir ou elle commence et ou elle se termine. C’est finalement désormais le travail des sociologues de le déterminer. Puisque c’est la société et plus le monde médicale qui détermine qui est malade et qui ne l’ai pas.
        D’ailleurs pour moi l’assurance maladie et une réponse sociale, pour déterminée qui est malade et qui ne l’ai pas.

        Enfin, en ce qui concerne ta dernière remarque,
        La relation soignant/soigner reste d’abord et avant tout une relation de pouvoir entre deux savoirs. Celui de médecin et celui du patient.
        Le soin c’est parfois qu’une affaire de négociation.

        • AlexMec a écrit le 3 février 2013

          Par pitié, ne t’excuses pas! J’ai trouvé tes explications absolument passionantes, et non je ne me moque pas du tout. La différence entre problème infirmier et problème médical, par exemple, je ne connaissais pas, et je trouve ça très éclairant, au niveau de ce que chaque personne impliquée dans une discussion peut définir comme étant “un problème”. On croit qu’on parle tou-te-s de la même chose, et en fait, ce n’est pas forcément le cas du tout.

          Pour ce qui est du terme de “malade” et de la façon dont il est si mal utilisé par le grand public, je ne peux qu’être d’accord. Je suis moi-même malade mental, et je suis entouré d’autres malades mentaux dans ma famille, et ça me fait bondir quand les gens sautent directement de “acte horrible” à “malade mental”, ou inversement de “malade mental” à “dangereux/givré/irresponsable/etc…” Non merci, ça ne marche pas comme ça! Et ne parlons pas de ceux (la majorité?) qui confondent psychotique et psychopathe, ou schizophrène et multiples personalités, ou schizophrène et bipolaire, et ainsi de suite…

          “En ce qui concerne la maladie, la question de savoir ou elle commence et ou elle se termine. C’est finalement désormais le travail des sociologues de le déterminer. Puisque c’est la société et plus le monde médicale qui détermine qui est malade et qui ne l’ai pas.
          D’ailleurs pour moi l’assurance maladie et une réponse sociale, pour déterminée qui est malade et qui ne l’ai pas. ”

          C’est un point de vue rudement intéressant, ça. Je n’ai jamais regardé les choses de cette façon, mais il me semble que ça ouvre effectivement des pistes de réflexion qui pourraient être très utiles pour discuter transidentité.

          “La relation soignant/soigner reste d’abord et avant tout une relation de pouvoir entre deux savoirs. Celui de médecin et celui du patient.
          Le soin c’est parfois qu’une affaire de négociation.”

          Exactement! On est d’accord, là :)

      • Nadine a écrit le 3 février 2013

        “Je m’opposais au point inverse, en fait: l’opinion qui voudrait que seul le patient sait ce qui est bon pour lui, et que le médecin devrait se plier automatiquement aux volontés du patient.”

        Je suis étonnée que tu dises cela sachant, par toi-même et par d’autres parents d’enfants autistes, combien il est difficile de faire entendre raison aux professionnels quand on sait, en tant que parents, que le diagnostic posé par le professionnel ne correspond absolument pas à ce que l’on connait de son enfant et qu’il faut se battre pour avoir un diagnostic correct par un autre professionnel. Et tu sais aussi que cela peut prendre des années et des années avant d’avoir le bon diagnostic ; c’est-à-dire que l’enfant n’est pas malade, mais juste différent et qu’il a des problèmes de relations sociales.

        • AlexMec a écrit le 3 février 2013

          Euh… non?
          Il faut que je précise: mon fils vit en Slovénie avec son père. Il a été diagnostiqué là-bas, et il va dans une fantastique école spécialisée là-bas.
          Nous n’avons eu aucun problème de diagnostic. Plutôt l’inverse en fait: sa première maîtresse de maternelle pensait qu’il était juste pourri-gâté. C’est la deuxième qui nous a dit qu’elle n’en avait jamais vu un comme lui en 37 ans de carrière, et qui nous a indiqué où nous rendre pour le faire évaluer. A partir de là, il est entré automatiquement dans un protocole d’évaluation, qui a conduit tout naturellement en un an à un diagnostic définitif d’autisme et à une prise en charge médicale adéquate immédiate.
          Et depuis, nous n’avons eu aucun problème avec ses soignants ou ses maîtresses. Tous le traitent d’abord comme un individu, lui appliquant les programmes qu’ils utilisent selon ses capacités, et nous tenant au courant de comment les choses évoluent.
          Par contre, j’ai un collègue ici en France qui a un fils autiste aussi, et je vois bien que lui et toute sa famille, ils vivent l’enfer pour obtenir que le gamin soit correctement aidé et traité avec respect :(
          Donc je te crois complètement, mais je n’ai aucune expérience personnelle de ces choses.

          • Nadine a écrit le 3 février 2013

            Ah ben, tant mieux pour vous et votre enfant ! La France aurait-elle des leçons à apprendre de la Slovénie, aussi ? Ça serait pas le seul ! En fait, j’ai juste hypothéqué que vous aviez vécu le même schéma que bien des familles d’enfants autistes rencontre ici en France.

          • AlexMec a écrit le 3 février 2013

            La Yougoslavie était un pays socialiste et fier de l’être. Le droit à un traitement médical de qualité pour tout le monde est quelque chose qui apparemment leur tenait beaucoup à coeur, si j’en juge par ce que j’ai vécu et ce qu’il en reste, non seulement en Slovénie mais aussi par exemple en Serbie (cf l’article sur la Serbie, autre Eldorado chirurgical des trans).

            Et maintenant, tu sais pourquoi pour une fois, c’est le père qui a eu la garde de l’enfant dans notre divorce. Ca a même été la toute première chose que nous avons discutée, et nous étions complètement d’accord: il devait rester dans son école. Pas question qu’il rentre en France avec moi. Discuter avec d’autres parents dans une association ici en France, puis découvrir le calvaire qu’endure mon collègue, n’ont fait que me confirmer que c’était absolument la bonne décision.

    • Nadine a écrit le 3 février 2013

      Le fait de voir les choses sur le plan de la santé des personnes et non plus sur le plan de la maladie donne un aspect nettement plus positif du système de santé (justement). Voir la transidentité uniquement sur le plan de la maladie me semble assez réducteur (et négatif de par les préjugés), alors que le voir sur le plan d’être sain, en bonne santé et de bien-être, car être soi est bien le principal, me branche nettement plus.
      En plus, être malade me donne l’impression désagréable de m’enfoncer de plus en plus dans la maladie et de ne jamais pour voir m’en sortir, alors qu’avoir l’espoir de bien-être, de santé et d’étre soi est nettement plus positif donne l’envie de s’en sortir.

      • AlexMec a écrit le 3 février 2013

        Hé Nadine :) !

        T’inquiètes pas trop, mon billet est volontairement réducteur, parce que je voulais vraiment pousser à la réflexion. En pratique, je suis bien d’accord avec Céline que le monde médical et para-médical n’est pas juste là pour soigner des maladies, loin de là, et que la santé englobe bien plus que la non-maladie. Mais mon coup de gueule ne se prêtait pas à cette approche positive.

        Par contre, je voudrais commenter un point:

        “être malade me donne l’impression désagréable de m’enfoncer de plus en plus dans la maladie et de ne jamais pour voir m’en sortir”

        En tant que malade chronique à vie (en-dehors de ma transition), j’ai envie de demander “sortir de quoi?” Ce dont on veut vraiment sortir, c’est de la souffrance, pas vrai? Mais parfois, sortir de cette souffrance passe par l’acceptation de la maladie. Reprenons l’exemple des diabétiques: une diabétique insulino-dépendante qui fait bien ses glycémies et injections tous les jours, et qui fait attention à quoi et quand elle mange, ne devrait pas souffrir plus que ça de son diabète. C’est la diabétique qui refuse d’accepter qu’elle est malade à vie, et qu’elle doit suivre un traitement strict pour le reste de ses jours, qui va se sentir mal régulièrement, et peut-être se retrouver aux urgences ou souffrir de conséquences graves. Donc quel est le plus important: sortir de la souffrance, ou sortir de la maladie?

        (Note à moi-même: tu viens de démontrer que souffrance =/= maladie. T’as l’air malin, maintenant…)

        • Nadine a écrit le 3 février 2013

          “sortir de quoi?” : sortir d’un cercle vicieux, de pouvoir voir les choses de manière positives et c’est la raison pour laquelle l’aspect positif de Céline m’a beaucoup plu.

      • Céline Bouënnec a écrit le 3 février 2013

        Il y a un diagnostique Infirmier que j’ai trouvée très jolie et qui pourrait concerner certaine personne trans. (certaine pas toute, cela dépend de son état d’esprit et du ressenti de chacun(e) je pense) :

        La “Recherche d’un meilleur niveau de santé”
        Cela correspond à “la volonté d’une personne dont l’état est stable de modifier ses habitudes personnelles en matière de santé et/ou son milieu afin d’améliorer son niveau de santé.
        Un état de santé stable se définit comme suit: la personne a adopté des mesures de préventions de la maladie appropriées à son âges, elle se dit en bonne et excellente santé et, le cas échéant, les signes et les symptômes de la maladie sont stabilisés.”

        Je pense que ce diagnostique peut concerner certaine personne trans avant leur transition et la justifie pleinement non ?.

        • AlexMec a écrit le 3 février 2013

          Autrement dit, et dis-moi si je me trompe: “je vais bien, mais je veux aller encore mieux”, c’est ça? Dans ce cas, oui, il me semble que ça correspondrait à l’état d’esprit de beaucoup de personnes quand elles décident de transitionner – ou plutôt, ça correspondrait à cet état d’esprit si tant de trans n’attendaient pas que la souffrance devienne insupportable pour faire quelque chose, mais comment pourrions-nous agir plus tôt quand nous ne savons pas que c’est possible? Donc ma question maintenant est: existe-t’il un diagnostic médical similaire, sur lequel un-e trans qui n’en est pas encore à un point de souffrance exacerbée pourrait s’appuyer?

          • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

            Pas convaincue par le “je vais bien mais je veux aller encore mieux”. Parce que la transition est dans tous les cas que je connais (et ça fait des années maintenant que j’accompagne des gens) déclenchée par un mal-être profond du fait de la discordance corps/psyché.

            Transiter parce qu’on veut “aller mieux que bien” ça me semble au mieux une vision idéaliste, au pire une réduction de la transition à une démarche de confort personnel comme étudier le bouddhisme ou s’inscrire à un cours de modern’jazz, ce qui néantifie la souffrance des trans’ et invalide leur démarche sur le plan éthique : on entre alors dans le domaine de l’usage de la médecine de confort (et de la “chirurgie extrême” pour les aspects chirurgicaux).

          • Céline Bouënnec a écrit le 3 février 2013

            Je ne te répondrai pas en ce qui concerne les diagnostiques médicaux, pour la simple raison que je ne suis pas médecin, je ne suis même pas encore infirmière.
            De ce que j’en sais, les médecins ont une manière de fonctionner différentes, notamment en utilisant des classifications des maladies appelé nosographie (je pense que tu les connais déjà, DSM IV, CIM 10).

            Ce que je peux te dire par contre c’est que selon moi être trans c’est passer par plusieurs phases auquel peuvent correspondre plusieurs diagnostiques infirmiers à différente période de la vie.

            Je te donne des exemples de diagnostique:
            – Perturbation de l’image corporelle
            – Perturbation situationnelle de l’estime de soi
            – Stratégies d’adaptation familiale inefficaces : soutien compromis
            – Perturbation des interactions sociales
            – Perturbation de la sexualité
            – isolement social
            – perturbation dans l’exercice du rôle parental
            – Recherche d’un meilleur niveau de santé.

            Voila pour les exemples.

            Bien évidement il faut les adapter au vécu et à la situation de chacun, et change au fur et à mesure de notre évolution.

          • AlexMec a écrit le 3 février 2013

            “Pas convaincue par le “je vais bien mais je veux aller encore mieux”. Parce que la transition est dans tous les cas que je connais (et ça fait des années maintenant que j’accompagne des gens) déclenchée par un mal-être profond du fait de la discordance corps/psyché.”

            J’ai du mal m’expliquer, parce que je suis totalement d’accord avec ça.
            En fait, je me base sur le fait que la discordance corps/psyché est très souvent présente dès l’enfance, mais pas forcément le mal-être qui poussera plus tard à transitionner à tous prix. Ce mal-être, il grandit au fur et à mesure qu’on réalise l’existence de la discordance et en même temps l’impossibilité de la résoudre. Ce n’est trop souvent que quand le mal-être devient insupportable que l’on demande la transition – et à ce point, la transition devient effectivement un traitement pour juste aller bien, tellement le mal-être est important.
            Mais si on acceptait la discordance comme cause suffisante pour transitionner, alors on pourrait éviter la case mal-être, au moins en partie.
            Seulement pour ça, il faudrait que soit reconnu le droit de demander un traitement non pas juste pour aller bien, mais pour aller mieux.
            Tu vois ce que je veux dire?

            “on entre alors dans le domaine de l’usage de la médecine de confort (et de la “chirurgie extrême” pour les aspects chirurgicaux).”

            Moi je verrais plutôt ça comme de la médecine de prévention. S’il est suffisamment établi que la personne va finir dans un état de mal-être significatif si elle ne transitionne pas, alors il devient éthique de l’aider à transitionner *avant* qu’elle ne commence à aller mal, non?

          • AlexMec a écrit le 3 février 2013

            Merci Céline :) Ta liste, même si elle ne concerne “que” les diagnostics infirmiers, me parait potentiellement très utile quand même.

          • Nadine a écrit le 3 février 2013

            Tout à fait d’accord avec toi AlexMec sur ton dernier commentaire. D’ailleurs, c’est ce que j’avais commencé à développer sur Facebook.

            Et quand je pense qu’on peut une ablation des seins pas anticipation d’un cancer parce que la famille s’y prête me semble tout à fait correspondre au deuxième point. Pour les trans, il me semble que certaines opérations ont été autorisées par prévention d’une énième tentative de suicide.

          • Céline Bouënnec a écrit le 3 février 2013

            Alexandre,
            J’allais me fourvoyer dans des explications, mais je vois que tu m’as comprise.

  6. Diane Librement a écrit le 3 février 2013

    je suis assez d’accord avec toi, Alex, et je n’en ai pas honte … il est clair que je ne vais pas clamer sous les toits que je suis “malade” (vraiment, vraiment, je suis malade !! ), cependant je réfute l’idée que le fait de se déclarer malade soit discriminant , c’est un état de fait . Je prends un traitement à vie, et on ne donne pas un traitement à vie à des gens en pleine santé … après on peut décider de justifier l’état, de diminuer la gravité de la maladie … je ne suis pas gravement malade, je suis juste en inadéquation avec mon corps physique .

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      ” je réfute l’idée que le fait de se déclarer malade soit discriminant”

      Exactement!

      Moi j’ai du me battre pour faire reconnaitre que je suis effectivement malade (de la thyroide, par exemple), et ça me démolit à chaque fois que je lis des commentaires qui sous-entendent que se reconnaitre comme malade serait une chose honteuse. Il n’y a rien de honteux à être malade; comme tu le dis, c’est juste un état de fait: quelque chose ne tourne pas rond dans mon corps. Et alors? Cela ne réduit en rien ma valeur en tant qu’être humain – ou en tous cas, ça ne devrait pas…

      • Diane Librement a écrit le 3 février 2013

        c’est justement le problème du “politically correct” poussé à son extrème … en fait, le négatif n’existe plus, il n’y a plus que des gens formidables, des actions formidables et des causes formidables … la maladie, la mort, la criminalité sont sales et méchants et il ne faut pas en parler !! et pourtant !!

      • Alexandra a écrit le 3 février 2013

        En fait, je crois avoir un début de réponse à cela, je parle du fait de ne pas accepter la “maladie”. La racine de cette non-acceptation est profondément sociale et très liée à notre monde actuel qui fonde tout sur la compétitivité. Si tu “acceptes” dans ce monde que tu es malade et que ton employeur vient à l’apprendre, tu as toutes les chances d’aller au devant de divers problèmes. En fait, ce n’est pas tant ne pas accepter d’être malade, mais ce que cela implique socialement pour toi.
        Il ne faut pas se voiler la face, un employé malade de nos jours est mal perçu la plupart du temps. Alors, quand on pousse à l’extrême pour la transition qui devient impérieuse pour chacun-e d’entre nous à un instant T et qu’on commence à parler de maladie, vue qu’elle est perçue dans le plan sexuel (transsexuel-le) il en résulte que cela revient à une “maladie honteuse” et c’est je pense cela qui fait que la levée de bouclier existe.
        C’est potentiellement une explication à force de lire, écouter, vivre les choses.

        • AlexMec a écrit le 3 février 2013

          Aha! Des bons points, tout ça.

          “Si tu “acceptes” dans ce monde que tu es malade et que ton employeur vient à l’apprendre, tu as toutes les chances d’aller au devant de divers problèmes.”

          Exact. Ma santé s’est dégradée subitement il y a quelques mois, mais comme mon seul symptôme était que j’étais complètement épuisé, je me suis retrouvé coincé dans un bras de fer avec mon employeur qui me répondait “charge de travail insoutenable pour mes collègues”. Mais ce bras de fer, je n’ai pu le faire que parce que mon employeur, c’est l’Etat. Je suis fonctionnaire; ils ne peuvent pas me virer sauf faute grave. Et même comme ça, c’est vrai qu’il m’a quand même fallu ravaler une certaine dose de fierté avant de “faire jouer le système” et d’oser allonger 6 semaines de congés maladie…

          “Alors, quand on pousse à l’extrême pour la transition qui devient impérieuse pour chacun-e d’entre nous à un instant T et qu’on commence à parler de maladie, vue qu’elle est perçue dans le plan sexuel (transsexuel-le) il en résulte que cela revient à une “maladie honteuse” et c’est je pense cela qui fait que la levée de bouclier existe.”

          C’est logique. Au passage: les Français (surtout les mecs) ont une sale tendance à être de vrais hypocrites au niveau sexe. Pour faire des blagues grivoises bien grasses, ils sont toujours là! Mais dès qu’on parle sexe sérieusement, tout d’un coup, on se retrouve face à des vierges et puceaux effarouchés et très souvent ignorants de la réalité des choses O.o A croire qu’ils n’arrivent pas à décrocher du niveau pipi-caca. Donc pas étonnant que la transidentité leur fasse peur!

  7. Nadine a écrit le 3 février 2013

    “Il est dans la nature de l’être humain de craindre ce qu’il ne comprend pas. C’est la raison pour laquelle la maladie mentale inspire souvent de la crainte et continue d’avoir une connotation associée à la honte en raison de l’attribution d’une étiquette négative à la personne qui en est atteinte, ce qui contribue à la création de stéréotypes sociaux, en plus de susciter de la peur.” http://www.shepellfgi.com/managingstigma/article.aspx?aid=55&lang=2

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      Bien vrai, ça!

      La solution est dans la première phrase: informer, informer, informer! Je le vois bien avec l’autisme: trop de gens ont peur des autistes adultes, parce qu’ils pensent que “manque de démonstration d’émotions” veut dire “absence d’émotions” – en gros, que les autistes sont des espèces de robots sans émotions qui peuvent tourner “psychopathes” sans prévenir et zigouiller les gens sans raison. Les gens se créent leur propre épouvantail, et ils ont peur de ça et pas du tout de la vraie réalité. La seule solution, c’est d’expliquer, et d’informer, et de dénoncer les mauvaises représentations tout en pointant du doigt celles qui se rapprochent un peu plus de la vérité (peu de gens ont peur du personnage de Dustin Hoffman dans Rain Man, par exemple, quand on le leur mentionne).

      • Céline Bouënnec a écrit le 3 février 2013

        Je suis d’accord avec ce que tu dis.
        Mais j’ai l’impression que c’est un peu le combat de Don Quichotte.
        Nous avons beau expliquer, informer. Les représentations ont la vie dure.
        Moi même je suis consciente d’avoir encore des préjugés.

        • AlexMec a écrit le 3 février 2013

          Je sais :(
          Mais il faut s’accrocher, et surtout, malheureusement, il faut prendre conscience que le boulot d’information qu’on fait maintenant ne portera vraiment ses fruits que dans la génération suivante, ou peut-être même encore celle d’après. C’est injuste, mais c’est comme ça. Nous récoltons aujourd’hui les bénéfices du travail que nos parents ou grand-parents ont fait, et à notre tour, nous travaillons pour le mieux-être de nos enfants et petits-enfants (je ne parle pas de famille littérale, bien sûr, mais de groupes générationnels).
          Donc oui, totalement un combat de Don Quichotte.

  8. Diane Librement a écrit le 3 février 2013

    Pourquoi j’ai transité ??? parce qu’à un moment donné ma tête risquait d’exploser de tant de souffrances morales (mentales ?? ) … je défies quiconque de venir me dire que tout se passait bien dans sa vie d’avant, que sa transition est du même acabit que de réserver un billet d’avion, ou de changer de travail … une transition, c’est l’acte le plus impliquant de la vie d’un individu sain de corps et d’esprit, (à part accoucher pour une femme cis), c’est le moment ou l’on détermine que notre corps et notre esprit ne sont pas en phase … si, ça, ce n’est pas être “malade” … je ne sais pas ce que c’est qu’être malade !! … cependant pour tou(te)s les peureu(se)s , on peut être à la fois malade et sain(e) d’esprit , l’un n’empêche pas l’autre … je peux avoir totale conscience de mon malaise (je suis saine d’esprit) et reconnaitre que je suis malade donc … ou alors je suis hypocrite ou enfermée dans un “politically correct” outrancier qui m’empeche de voir la réalité des choses

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      Je réponds parce que je ne voudrais pas que tu crois que j’ignore ce commentaire. C’est juste que… je n’ai rien à dire, à part que je suis totalement d’accord, et que je ressens les choses de la même façon.

      Bien sûr, je ne m’attends pas à ce que *tout le monde* ressente les choses de cette façon-là, mais je maintiens que c’est une vision valide de la transidentité.

  9. Alexandra a écrit le 3 février 2013

    Bon… J’en ai déjà parlé… Mais je suis obligée d’en reparler même si mon cas est fondamentalement particulier.
    J’avais ce qui peut finalement s’apparenter à une maladie hormonale au niveau de l’aromatase de la testostérone (maladie non-recensée mais existante). C’était en train de me tuer. J’étais réellement malade de ce point de vue. J’ai engagé ma transition en urgence pour cette raison.
    D’un autre côté, depuis mes premiers souvenirs, j’étais une fille alors que mon corps reflétait un garçon, mais pas tout à fait… Je ne comprenais pas pourquoi je notais cette différence entre qui je me savais être et ce corps. D’un autre côté, je me sentais saine d’esprit, il pédalait vite, bien et me permettait de faire ce que je voulais d’un point de vue intellectuel. Mon corps semblait en parfaite santé, j’étais capable de faire 25 000 km de vélo par an quand j’avais entre 16 et 19 ans, de faire des sorties en mer de 3 heures à faire des apnées en plongeant par 17 mètres de fond, et aussi capable de tenir des stages de 14 heures d’aïkido assez intensifs à l’âge adulte.
    Par contre, cet écart entre l’esprit et le corps faisait que ça ne fonctionnait pas bien, ça déclenchait des angoisses que le corps soit pour moi finalement handicapé (mon jugement par rapport à moi-même, pas un jugement externe) car ne reflétant pas qui je me savais être.
    Dans tout ce que je viens de lire, il y a les deux notions qui se dégagent que sont la maladie et la souffrance. A un moment, même Alex fait la remarque que souffrance et maladie ne sont pas forcément liées.
    Donc, d’un point de vue moral, je souffrais et cela est indéniable. J’ai largement analysé la situation en 43 ans (35 ans très très consciemment, à partir de l’âge de 8 ans).
    D’un point de vue physique si on enlève la notion de mon problème hormonal, étais-je malade pour autant ? Franchement, je ne sais pas répondre. Si je m’écoute, je dirai non. Par contre, oui, j’ai souffert, j’ai même énormément souffert moralement de ce décalage, ça c’est une chose totalement sûre.
    J’ai souffert, je ne souffre plus. J’avais une maladie hormonale mortelle, j’en suis sauvée, sur ce point j’étais malade. Maintenant, étais-je malade sur le plan de ce décalage? Je ne sais vraiment pas répondre, ça a largement été occulté par la maladie bien présente. Est-ce que cette souffrance morale liée à ce décalage était le résultat d’une maladie, vraiment je ne peux dire même si intérieurement j’ai tendance à dire non.
    Rien de politically correct là-dedans, mais juste avouer mon manque d’info sur le sujet et éviter pour le coup l’auto-diagnostic qui est forcément partial.
    La seule peur que j’ai eue a été de mourir si je n’agissais pas très vite pour le dérèglement hormonal mortel.

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      “Par contre, cet écart entre l’esprit et le corps faisait que ça ne fonctionnait pas bien, ça déclenchait des angoisses que le corps soit pour moi finalement handicapé (mon jugement par rapport à moi-même, pas un jugement externe) car ne reflétant pas qui je me savais être.”

      Ah, je vois que toi aussi tu as considéré la possibilité de rattacher la transidentité au handicap sous certains aspects?

      “Dans tout ce que je viens de lire, il y a les deux notions qui se dégagent que sont la maladie et la souffrance. A un moment, même Alex fait la remarque que souffrance et maladie ne sont pas forcément liées.”

      Il semblerait effectivement que ce soit une des grandes questions de fond: quand la souffrance devient-elle condition médicale? J’ai comme dans l’idée qu’il n’existe pas de réponse définitive à cette question…

      Donc je peux comprendre qu’on dise, “Je ne suis pas malade, j’ai juste mal, et j’ai besoin d’un traitement pour ça”. Okay, d’accord.

      Mais alors se posent les questions de la catégorie de médecine dont ce traitement relèverait (de confort? palliative?), et de la place de l’Assurance-Maladie et ses fameux remboursements. Renoncer au statut de condition médicale reconnue style dysphorie de genre, ça pourrait impliquer perdre l’ALD. Eternel dilemne de l’Ideal contre le Pratique 😛

      • Alexandra a écrit le 3 février 2013

        En fait, je l’ai toujours perçue en handicap, mais à cause du “politically correct”, je ne parlais plus de cela, j’avais compris que je gênais.
        Si on va dans la définition d’un handicap, c’est quand il te manque quelque chose pour que ton corps soit fonctionnel, que tu as quelque chose en trop pour que ton corps soit fonctionnel, ou qu’un élément de ton corps soit malformé pour que cet élément ne puisse fonctionner correctement, ou un mélange de tout ça.
        Selon la gravité du handicap, perte d’autonomie suffisante pour que tu aies besoin d’assistance, le terme de maladie saute immédiatement aux yeux. Dans d’autres cas, ce n’est pas forcément une maladie (un sixième doigt, une atrophie musculaire partielle irréparable), mais ça reste un réel problème de vie “normale” (dans la norme de fonctionnement, pas anormal dans un sens “dégénéré”, “pervers”, mais anormal dans le sens impossible de faire de manière classique ce que font les autres. Je reprends en ce sens ce que disait Chloé sur un autre fil. Normal et anormal dans le sens statistique-mathématique, factuel quoi).
        Dans nos cas, je ne peux m’empêcher de rattacher notre état à un handicap. Et j’étaye ceci par ce que j’ai ressenti à mon réveil de SRS quand mes tissus ont commencé à trouver leur sensibilité, sortie d’anesthésie, j’ai clairement senti mon corps à sa place, et j’ai ressenti un intense soulagement correspondant à la disparition d’un handicap.
        Si ça peut aider dans cette discussion…

        • AlexMec a écrit le 3 février 2013

          Je ne suis pas du genre à restreindre la discussion à un seul sujet spécifique donné, et de toutes façons, il me semble qu’explorer la notion de handicap rentre pile-poil dans la problématique générale de ce billet.

          Perso, je me retrouve complètement dans ton commentaire. Il y a différents aspects à ma transidentité, comme la souffrance psychologique de ne pas être connu et reconnu dans mon vrai genre, mais il y a aussi un aspect handicap.

          Il y a un côté handicap apporté par une difformité, qui se passe entièrement dans ma tête, mais qui est très réel. Il est très difficile de vivre avec un corps qu’on ne reconnait pas comme étant le sien.

          Mais surtout il y a le handicap social. Avec moi, ce n’est pas “Cachez ce sein que je ne saurais voir”, mais presque: “Ignorez ces seins que je ne sais pas gérer”. Comment puis-je agir librement autour de quelqu’un d’autre, quand je sais que cette personne voit en moi quelque chose d’autre que moi?

          Je commence à fatiguer, j’ai du mal à m’exprimer, mais il me semble que ce côté handicap est réel pour beaucoup de trans, et mériterait d’être discuté.

      • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

        Le handicap c’est une comparaison très juste. Car les trans sont privés de tout un aspect de leur corps (l’expression sociale sans entrave) de la même façon qu’un tétraplégique ou qu’un cul-de-jatte. La différence, c’est qu’on sait comment rétablir un fonctionnement correct (ou compenser cet aspect manquant). Une autre différence est que le handicap n’est pas directement physique mais causé par l’interaction entre la psyché et le corps. Physiologiquement parlant, chez les trans, tout va bien. Psychologiquement, ça ne va pas, toutefois ça n’est pas à cause d’un problème dans la psyché, ni dans le corps, mais dans la relation entre l’esprit et le corps, cette portion congrue de l’étude des humains. En fait, en tant que trans’, on soulève ce pan de la constitution humaine et on le met en lumière de façon très significative.

  10. Cand a écrit le 3 février 2013

    Coucou,

    Le problème de ce sujet, c’est qu’il renvoi à une sorte de traumatisme de pleins de trans autour de la “psychiatrisation” (je crois que c’est le bon mot, ou “pathologisation”) : parce que des médecins ont décidé de filtrer l’accès aux soins, de nombreuses personnes n’ont pas pu y accéder sauf à trouver des filières parallèles … s’en est suivit des sortes d’amalgames déniant toutes valeurs aux psychiatres (parce que les psychiatres étaient obligatoires et sans libre choix et qu’ils avaient le pouvoir de décider), refusant la “maladie” au nom de l’auto-diagnostic parce qu’on va quand même pas rester dans la merde au seul prétexte qu’une cohorte de connards médecins interdisent l’accès aux soins … Enfin, c’est ce que j’ai compris.

    A cela s’ajoute l’hypothèse du genre : il suffirait de pouvoir vivre sa transidentité dans une société qui l’accepte pour évacuer le problème … donc, le problème est social. Ce raisonnement n’a rien d’idiot.

    Je vous donne juste ma façon de comprendre et de vivre cette question, ma “p’tite synthèse perso” en fait : j’ai une particularité – ça rejoint ce que tu disais sur les parents d’autistes qui trouvent un autre mot que maladie – qui m’a causé pas mal de problèmes (mauvaise estime de soi, mal-être, problèmes sexuels, problèmes relationnels … sans devenir ‘insupportable” – qu’elle est la mesure de l’insupportable ? – je crois – j’ai compris tard que c’était une “souffrance” mais encore une fois, quelle est la mesure, l’étalon de la souffrance ?). Je connais trois solutions pour mieux vivre ma particularité :

    – accepter ma particularité / ma différence : c’est pas si simple et là, un regard psy peut aider certaines personnes, me semble-t-il. Moi, ça m’a aidé à m’accepter, à assumer. Je continue à voir un psy alors que je vais super bien, justement pour m’accompagner lorsque j’ai des doutes, des moments pas faciles, me soutenir en fait … m’aider à avancer, à m’accomplir.

    – vivre ma particularité : ce n’est pas si simple parce que le regard de notre société est moyennement bienveillant … il faut des stratégies d’approches en fonction de chaque caractère, de son patrimoine physique … il faut parfois composer, il faut parfois se cacher, il faut prévoir … de ce point de vue, je crois qu’il est essentiel de changer le regard de la société sur la transidentité, par la loi, par l’évolution des mentalités … donc je rejoins complètement ce mouvement des “militants du genre”. Un jour, nous pourrons vivre notre genre sans subir de discriminations, quelque soit notre “vision” du genre. Amour et révoltes !

    – soigner ma particularité : mon problème est que je suis née en mec et que je me considère/je me sens bien/je me retrouve en fille. Or, je sais que la médecine peut largement m’aider pour me permettre de me sentir encore plus femme et pour en avoir toutes les apparences : les hormones me régulent physiquement mais aussi psychiquement (chez moi, elles agissent en “anti-dépresseur”, comme une partie manquante que je retrouve, l’équivalent du magnésium d’Alexandra), la chirurgie me transforme/me met en conformité avec mon ressenti, idem pour la médecine esthétique … Tout est question de mesure mais je ne crois pas qu’un changement aussi radical que passer d’un genre masculin à un genre féminin puisse s’apparenter à de la médecine de confort : nous sommes bien dans le registre du soin … mais sans en faire une montagne non plus.

    Il me semble donc que la réponse est médiane : accepter une certaine forme de maladie/particularité qui induit une prise en charge médicale, oui sûrement ; accepter sa différence aussi, dans une société qui ne supporte pas les différences mais qui doit évoluer. Par ces deux canaux, on fera reculer la “souffrance” (quand on vit sa transidentité, on n’en souffre plus … ou alors, c’était pas ça le problème).

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

      “quand on vit sa transidentité, on n’en souffre plus … ou alors, c’était pas ça le problème” : tout à fait, au bout d’un moment, quand on s’accepte soi parce qu’on devient acceptable à soi-même, on trouve la paix. Et souvent, comme par magie, la société nous accepte aussi.

      Le mal-être est un facteur d’exclusion bien plus grand que la variance d’identité de genre, au final :)

    • Alexandra a écrit le 3 février 2013

      “nous sommes bien dans le registre du soin … mais sans en faire une montagne non plus.”. Je crois comprendre ce que tu es en train de dire à mi-mots… Mais c’est mieux si c’est toi qui l’écrit.

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      Salut Candice!

      “Le problème de ce sujet, c’est qu’il renvoi à une sorte de traumatisme de pleins de trans autour de la “psychiatrisation””

      Oui, je sais :( Et vraiment, je n’essaie pas de nier ce traumatisme, ou de l’invalider de quelque façon que ce soit. J’essaie juste de dire qu’il ne faudrait pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain.

      “A cela s’ajoute l’hypothèse du genre : il suffirait de pouvoir vivre sa transidentité dans une société qui l’accepte pour évacuer le problème … donc, le problème est social. Ce raisonnement n’a rien d’idiot.”

      Je suis d’accord que ça n’a rien d’idiot, et je peux accepter que cette intolérance sociale soit le seul réel problème de certain-e-s trans. Mais il doit aussi y avoir des cas comme moi, pour qui toute l’acceptation sociale du monde n’y changerait rien: mon sexe physique n’est pas celui qui correspond à qui je suis dans ma tête. Ca va bientôt faire 30 ans que j’ai des seins, et pourtant ma représentation mentale a toujours – toujours! – eu un torse plat et des hanches droites. Même quand je disais à mon cerveau qu’il serait peut-être temps de mettre le programme à jour, rien n’y faisait.

      “Il me semble donc que la réponse est médiane”

      Pour être honnête: c’est aussi ma position 😉 Mais je ne crois pas qu’on puisse atteindre la position médiane sans inspecter sérieusement les différents côtés d’un problème. C’est de là qu’est venu mon coup de gueule: de ce ras-le-bol face à des tabous. Dès qu’une opinion est taboue, la discussion est faussée, à mon avis, et toute conclusion atteinte perd en crédibilité.

      “quand on vit sa transidentité, on n’en souffre plus … ou alors, c’était pas ça le problème”

      Ha, ça me rappelle quelque chose qui m’est arrivé quelque temps après que j’ai commencé ma prise d’hormone. Je me sentais bien, à l’aise, en paix, et je me suis dit, “Peut-être que ce n’est pas la peine de continuer tout ce tintouin après tout? Peut-être que j’avais juste besoin d’en parler?” Heureusement, mon cerveau a réagi tout de suite, en me faisant réaliser que j’avais tout compris à l’envers: c’était PARCE QUE je faisais “tout ce tintouin” que je me sentais aussi bien! C’était parce que j’avais avancé, je progressais, que j’étais en paix. Donc non, il ne fallait surtout pas arrêter, bien au contraire: il fallait continuer, mais maintenant, je pouvais enfin prendre un peu de temps, il n’y avait plus autant d’urgence, c’est tout.

      • Cand a écrit le 3 février 2013

        Coucou Alex !

        “quand on vit sa transidentité, on n’en souffre plus” … oui oui, on est bien d’accord ! s’il suffisait d’avoir conscience d’un problème pour le régler, ce serait trop beau ! Par”vivre”, j’entends une prise de conscience mais aussi des mesures radicales pour adapter son ressenti !!!!

        Pour l’anecdote, j’ai jamais eu conscience d’une représentation mentale quelconque … je veux dire que je ne me suis jamais représentée à moi-même, homme ou femme … j’étais plutôt perdue, pas à l’aise, cherchant désespérément à me conformer à ce que j’étais censé être. Un genre de refoulement, je suppose. Lorsque j’ai pris conscience, c’était cool, j’allais mieux. Mais fallait me cacher ! Ensuite, la prise d’hormones m’a fait prendre conscience du bien-être que me procurait le fait de vivre ma transidentité … donc, j’ai besoin d’être médicalisée pour me sentir vraiment bien. Mais, si j’avais pu me contenter de m’habiller en fille épisodiquement, ou d’être un garçon féminin, je l’aurais fait … or là, c’est difficile parce que la société est intolérante.

        100% d’accord avec toi sur les tabous. Un-e trans traumatisé-e est un peu comme une mouche dans un bocal … elle se cogne partout sans trouver la sortie. Le pire, c’est qu’on vit une sorte de traumatisme collectif. Tu as raison de poser les vrais questions, même si elles fâchent.

        Bisous bisous

        • Alexandra a écrit le 4 février 2013

          Pour le traumatisme collectif, je suis complètement d’accord avec toi !
          Quand on commence à connaître de plus en plus de trans’ lorsqu’on cherche des renseignements dans les débuts, on voit rapidement que beaucoup ont été traumatisées à divers degrés même si elles ne l’avouent pas. Et si jamais tu commences à mettre le doigt sur les traumatismes psychologiques vécus, tu peux vite te prendre une volée de bois vert alors que tu ne faisais que chercher des renseignements.
          Le traumatisme que l’on ressent vient de trois points majeurs : le social, le médical et l’administratif.
          Comme Alex a soulevé le médical au travers de ce billet, il est clair que le traumatisme le plus souvent levé et celui aussi qui fait le plus peur à nombre d’entre nous est celui qu’infligent certains psy et qui peut faire de sérieux dégâts sur une personne en fragilité du fait de sa transition en cours. Perso, j’ai eu la chance de ne pas avoir à subir ce genre d’affres durant la phase active de transition physique puisque je suis passée par mon équipe hors protocole.
          Par contre, au moment de la partie très active de la phase de transition administrative, à savoir le CEC, j’ai clairement été en situation de traumatisme. Le discours qui a tout déclenché a été celui de la Présidente du Tribunal, le 5 juillet 2012 : “Mais nous ne savons pas si la psychose de madame a été guérie du fait de l’opération qui s’est passée en Thaïlande. En effet, elle n’est jamais passée par nos équipes de psychiatres français pour être évaluée. Mes collègues demanderont peut-être une expertise psychiatrique.”. Ben pour le coup, je peux vous dire que je me suis sentie très mal psychologiquement. J’ai eu la sale impression d’être ramenée vers le bas. J’étais enragée d’avoir entendu pareille chose, blessée moralement. Et maintenant, d’ailleurs, Alex, rappelle-toi que c’est à ce moment que nous avions eues nos discussions les plus virulentes sur l’aspect “maladie” auxquelles j’ai pu te répondre vertement. Je vivais en plein ce traumatisme dont parle Candice d’être potentiellement considérée malade alors que je savais que tout allait bien. J’ai d’ailleurs écrit un billet qui évoquait tout cela en filigrane à l’époque, “la vie ordinaire d’une femme peu ordinaire” : http://www.txy.fr/blog/2012/07/09/la-vie-ordinaire-dune-femme-peu-ordinaire/. Ce billet a été ma réponse à ce discours de la Présidente du Tribunal. Et j’ai vécu en état de traumatisme jusqu’à fin novembre, moment où mon acte de naissance a été modifié dans les registres de la mairie. Si on remonte le fil de mes articles de l’époque, on peut voir que j’avais une dent particulièrement aiguisée contre ce système psychiatrisant à outrance. Plusieurs de mes billets attaquent plus ou moins de front ce problème. Rien d’étonnant à cela, je vivais dans l’attente et surtout dans la peur de devoir justifier l’injustifiable et rester coincée dans une identité qui n’avait plus de sens. J’ai très mal dormi durant toute cette période. Les billets qui ont suivi mon CEC sont bien plus calmes et correspondent à la fin du traumatisme vécu puisque tout était terminé. Pour certaine, je vous cite la phase qui a commencé juste après le changement effectif d’état-civil que je nommerai la phase “chui heureuse” et qui est ma réponse comique au fait de me sentir complètement libérée de ce système parfois un peu trop suspicieux et pour le coup traumatisant.
          Je peux vraiment parler d’un traumatisme bien réel. Et cette fille que je suis en ce moment qui m’a demandé de l’aide vit un traumatisme intense car depuis 10 ans qu’elle a commencé les démarches, elle n’a toujours pas son CEC pour diverses raisons toutes plus fallacieuses les unes que les autres. Tout devrait être fini depuis longtemps, elle est pourtant toujours avec des &@&#%%$£¥!!! de papiers masculins l’empêchant de trouver facilement du travail. Son état présent n’est pas en cause dans ce traumatisme, mais bien l’administration qui ne la reconnait pas, voire même qui fait des erreurs, alors qu’elle est quand même passée par les protocoles.

        • Alexandra a écrit le 4 février 2013

          A noter… “et rester coincée dans une identité qui n’avait plus de sens”. Oui. Cette identité qui n’avait jamais eue de sens pour moi en avait pour les autres du fait de ce qu’affichait mon corps auparavant et du jeu de rôle que je faisais pour coller à ce corps. L’image renvoyée à la société, consciemment, ou par la forme même du corps…

  11. Diane Librement a écrit le 3 février 2013

    oui, faire évoluer la société en douceur, mais reconnaitre notre différence et admettre que cela puisse être l’objet de souffrance … un parrallélisme qui est dans l’air du temps

  12. Celia a écrit le 3 février 2013

    Quand je commande une tarte au pommes je ne donne pas la recette à la boulangère. Quand je commande une chatte à Chet je ne lui dis pas comment il doit tenir son bistouri. Le problème n’est pas un manque de reconnaissance de la compétence des professionnels que je consulte. Je me renseigne du mieux que je peux et je leur fait confiance, sinon j’y vais pas.
    Je ne me sens pas malade, ni née dans le mauvais corps. Je ne ressens pas l’inadéquation corps / psychée en ce qui me concerne. Par contre j’ai souffert de ne pas avoir pu vivre au quotidien dans le genre que je ressens, le genre féminin. Je ne ressens pas ma souffrance comme étant de n’avoir pas eu le “bon” corps qui aurait correspondu à mon esprit, mais le bon genre.
    Depuis que je suis d’apparence féminine, depuis que je suis aux yeux des autres une femme, je ne souffre plus. Ça a commencé à la seconde même où je l’ai “performé”.
    A mes propres yeux je ne suis ni homme ni femme. Le genre ne me définit pas à mes propres yeux, mais aux yeux des autres, et c’est ce rôle social qui m’importe. Je ne sais pas expliquer pourquoi, mais être socialement identifié comme homme m’a profondément déprimé, alors qu’être socialement reconnue comme une femme lève tous mes problèmes que j’ai longtemps imaginés comme insolubles, malgré les années de psys qui ne m’ont pas aidé, au contraire.
    Mais la depression (la maladie si on veut) était une conséquence de mon incapacité à imaginer une autre vie que ce que mon corps m’indiquait : j’étais un homme puisque j’avais un pénis. Pour moi imaginer autre chose confinait au déni, c’était un signe de délire (j’aurais été très pote avec Colette Chiland à ce moment là). J’ai donc cantonné ma version féminine à la sphère de l’imaginaire, de l’art, de l’érotisme pour pouvoir le vivre en l’acceptant. Je me sentais malade, déviante. J’y étais invitée par tout ce qu’on m’avait appris et ce que continuait à me seriner ma psy.
    Quand à partir de témoignages et de lecture j’ai enfin pu distinguer sexe et genre, j’ai entrevu la solution. Quand j’ai pu me dire que je pouvais vivre en tant que femme même avec un corps “mâle” (aujourd’hui quoique opérée mes chromosomes sont toujours XY et j’ai encore ma prostate, fuck !)
    C’est en fait le jour où j’ai cessé de me considérer comme malade que les choses se sont enfin débloquées. Et j’ai arrêté de me considérée comme malade quand j’ai accepté que mon sexe et mon genre pouvait être différents sans être partie dans un délire !
    C’est pourquoi je m’insurge contre cette idée que d’être trans c’est être malade. Ça peut rendre malade oui, mais ce n’est pas une maladie “en soi”.
    Pour le reste tout à été dit, et très bien dit, notamment par Céline (quand j’aurais besoin d’une infirmière c’est toi que j’appelle !). Elle rappelle très bien la nécessité des soins même en l’absence de maladie. Bien sûr que les trans ont besoin du médical (pas tous, la transition médicalisée n’est pas le seul parcours trans possible). Les trans veulent rester en bonne santé (et en vie) et c’est une raison suffisante pour rendre légitime la prise en charge collective des soins nécessités par la transition, quand elle est souhaitée.
    (tain’ j’ai même pas parlé d’IVG !)

    • AlexMec a écrit le 3 février 2013

      Salut Celia!

      Pourquoi faut-il que tu répondes juste au moment où je dois aller me coucher 😛 ? Je ne me lancerai donc pas dans une réponse en bonne et due forme, mais je voulais juste signaler que même si j’aime me retrouver dans les témoignages des autres, ce sont les témoignages comme le tien, où je ne me retrouve quasiment pas du tout, qui me permettent généralement d’avancer le plus dans ma compréhension jamais complète des choses et les gens. Alors sincèrement merci d’avoir apporté ton point de vue :) !

    • Cand a écrit le 3 février 2013

      Coucou,
      Je me retrouve vraiment bien dans ton ressenti, dans le pourquoi du comment … chui juste pareil ! Je suis comprends parfaitement lorsque tu dis que c’est lorsque tu as arrêté de te considérer comme malade que les choses se sont enfin débloquées … Moi les choses se sont débloquées lorsque j’ai décidé que je m’en foutais complètement d’être une malade/une déviante ou pas mais que je voulais juste vivre ma vie … mais, cela ne me semble pas en contradiction avec ce que dis Alex. Qui dit la même chose d’une autre façon : c’est lorsque j’ai décidé de me soigner/prendre soin de moi que les choses se sont débloquées.

      Savoir si trans est une maladie en “soi”, je ne le pense pas non plus. Mon côté rêveuse … je crois que nous sommes comme une civilisation oubliée, comme les indiens massacrés, nous n’existons que dans l’ombre, dans les secrets enfouis des consciences … mais au départ nous sommes, comme le féminin et le masculin, dans l’ordre des choses. Juste là, on revient … :-)
      Mais bon, c’est juste une théorie. En fait, personne en sait rien.

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 3 février 2013

      Célia, l’altérité c’est entre autres le rapport à soi-même. Une des bases du questionnement métaphysique qui a construit toute la philosophie des humains, c’est le fait qu’on soit étranger à soi-même, qu’on porte sur soi un regard. Le regard sur soi et sur les autres a plusieurs pans, évidemment. Relationnel, social, de jugement, d’évaluation de l’autre (et donc de soi).

      N’as-tu pas un rapport genré à toi-même ? Te poses tu la question “Qui suis-je ?” et son extension “Que suis-je ?” ?

      La souffrance dont tu parles c’est celle de ne pas être assimilée au féminin dans la société. Quels sont les vecteurs essentiels de la reconnaissance d’un être dans un genre ? Il y a le rôle social occupé, qui tient une certaine place, et avant toute chose le corps, la forme de l’incarnation de cet être.

      Je suis d’accord quand tu dis qu’être trans’ contrariée (j’introduis cette notion pour parler des trans’ qui n’ont as fait de parcours d’ajustement de leur expression de genre) n’est pas une maladie en soi. C’est une situation. Elle nécessite du fait qu’elle est insupportable un ajustement, une correction dans la vie. Dans la plupart des cas, y compris le tien, ça passe par des étapes hormono-chirurgicales, qui permettent au corps d’être ajusté au genre.

      Finalement, dans ta démarche, j’ai l’impression que tu es passée d’un essentialisme du corps (je suis homme parce que j’ai un corps d’homme) à un nihilisme du genre (je ne suis rien en moi-même, je ne suis quelque chose qu’à travers la société et les interactions). Je pense qu’entre les deux il doit y avoir un juste milieu. Ce n’est pas parce que le corps et l’esprit ne sont pas d’accord que c’est l’esprit qui déconne et qui délire. Ca peut être le corps qui ne va pas, aussi.

      Quel était ton rapport à ton corps, avant, quand il ne te permettait pas de t’exprimer telle que tu es en toi ?

      • Cand a écrit le 4 février 2013

        Ouah ! J’essaye de comprendre le raisonnement mais c’est pas simple. Tu veux dire que si je n’étais pas à l’aise dans mon corps avant, malgrè la volonté de mon esprit de me conformer, c’est que mon corps n’allait pas ? Si je vais bien en changeant mon corps, c’est la preuve ? Donc il n’y aurait pas que le rapport à l’autre – au social – mais aussi une “mécanique intérieure” défaillante qu’il faut corriger ? (D’ou aussi la nécessité d’admettre une certaine forme de maladie, corriger un corps avec un bug de conception qui rend malheureu-se).

        • Chloé Tigre Rouge a écrit le 4 février 2013

          Quand tu te regardes, que ce soit littéralement dans le miroir ou quand tu t’observes, si tu te sens mieux vis-à-vis de toi-même qu’auparavant, oui, c’est un élément de preuve.

          On est des êtres sociaux, on le dit depuis longtemps en anthropologie et c’est très vrai. Mais on est aussi des êtres psychiques (avec une forte psyché), et à ce titre on est dans l’observation de soi.

          Tu as un tas de gens qui ne sont pas épanouis parce qu’ils ne font pas ce qu’au fond de même ils voudraient faire. Tu peux imaginer l’esprit comme un oignon avec plein de couches de peau. Plus c’est profond, moins c’est conscient et plus ça a une influence forte sur les autres couches.

          La mécanique intérieure qu’il faut corriger, s’il y en a une, c’est apprendre à s’accepter, se réconcilier avec soi-même. Et pour ça, il faut se rendre acceptable à soi-même.

          Chez les trans’, c’est ni l’esprit ni le corps qui ne vont pas. C’est l’interaction entre les deux, la fonction de la “glande pinéale” pour parler comme René Descartes, qui est défaillante. Parce que l’esprit, au fond de lui-même, est polarisé féminin alors que le corps est polarisé masculin. Ca peut se traduire par un mal-être et aller en s’aggravant ou en s’améliorant au long de la vie et des expériences, au fur et à mesure que l’esprit évolue et que des couches de l’oignon s’enlèvent ou s’ajoutent. Combien de trans’ se “réveillent” à 50 ou 60 ans quand leur esprit se libère de certaines contingences et qu’il devient possible de s’observer ? Ces personnes ont été esclaves de la société pendant des années voire des décennies et seulement à ce moment-là se réveillent et s’observent – et comprennent ce qui au fond n’allait pas.

          J’ajouterais une chose. Tu dis que ton esprit avait la volonté de se conformer. Se conformer à quoi ? Ton corps et ce qu’on attend de ton corps ? Finalement, n’est-ce pas vivre pour les autres (être un être social) et oublier de vivre pour toi (vivre ton être psychique) ? C’est une approche très asiatique, confucéenne : l’individu ne compte pas et n’existe qu’en tant que partie du groupe, il doit donc être cohérent avec le reste du groupe et ne pas être hors norme.

          Nos sociétés occidentales ont la particularité d’être à la fois individualistes et conformistes. Ca fait un terrain favorable à l’expression des orientations personnelles même variantes (hors-normes si on veut) mais aussi très propice au conflit sur le plan sociétal car ce qui est hors-norme est gênant. C’est une grande chance de vivre ça, car on peut faire changer cette société.

      • Nadine a écrit le 4 février 2013

        J’aime assez cette définition de “trans’ contrariée” !!!

      • Geraldine Claise a écrit le 10 février 2013

        Génial… un bon comédien prêtant ne pas interpréter un personnage…. mais une situation… Cela me conforte dans ma démarche et me permet de mieux comprendre les situations que je vis… Parfois j’ai l’impression d’être en burqua et d’observer un monde qui ne me vois pas… pas réellement. Quelle expérience merveilleuse… quelle richesse pleine de découvertes… sur soi et la scène extérieure…

        • Geraldine Claise a écrit le 10 février 2013

          J’ai perdu mon temps avec beaucoup de vexations ( mais il m’en faut plus pour me déstabiliser) pour expliquer qui j’étais en rapport avec mon passé… je sais que l’autre veux te mettre dans une case ! Mais je vais changer d’attitude… je garde pour moi mon passé et pour avoir une conversation avec moi il faudra me mériter ! Hi hi mdr !
          En fait mon cerveau n’arrêtes pas de s’exciter… aussi il vas falloir que je me trouve une activité prenante… pour lui donner à croquer.

          PS Il me semblait utile de donner ma longue carte de visite, pour gagner du temps et éviter que l’on me prenne pour une donne…. car j’ai horreur de la démagogie… et que l’on m’explique des situations que je connais mieux que mon interlocuteur…trice ! C’est l’inconvénient d’avoir une longue… longue expérience… la routine me gonfle très vite.

  13. Cand a écrit le 4 février 2013

    J’adore cet échange ! J’apprend plein de trucs !

    <3

    • AlexMec a écrit le 7 février 2013

      Et moi donc 😀 ! C’est exactement le genre de conversations que je recherche, où j’ai une occasion d’entendre différents points de vue sans qu’aucun ne soit décrit comme parfaitement blanc ou noir, et où tout d’un coup on se retrouve aussi avec du bleu, du jaune et de l’orange qui sortent d’on ne sait où et qui viennent apporter encore plus de relief à l’image créée au fur et à mesure.

  14. Jeanne Swidzinski a écrit le 4 février 2013

    Dans les parcours trans d’aujourd’hui, la souffrance n’est pas identique à celle énoncée par certaines “anciennes” qui étaient obligées d’être suicidaires et d’avoir envie de se mutiler pour être prises en charge.
    Je pense que la première forme de souffrance repérable se manifeste lorsqu’on rejette notre transidentité et notre premier travail consiste à faire le deuil de notre genre assigné par notre sexe de naissance.
    Après, on a également une stratégie à mettre en place pour faire nos coming out afin d’être accepté(e) par nos proches et notre sphère sociale en prenant le risque d’être rejeté(e) mais c’est le prix à payer et il faut l’avoir envisager.
    Je pense qu’il faut avoir répondu à cette question ” si au cours de ta transition toute ta famille et tes proches coupent les ponts avec toi, est-ce que tu pourras gérer cette souffrance d’abandon?” Si la réponse est non, il vaut mieux différer sa démarche de transition et d’attendre un peu d’être un peu plus fort(e) mentalement pour surmonter ce genre d’épreuve.
    Dans ce cas là, c’est une sorte de blessure narcissique qui vient du fait que quelqu’un que l’on croyait “aimant” nous laisse sur notre chemin alors qu’on avait investi différemment sur cette personne.
    Je pense que le corps médical nous accompagne ( ou devrait nous accompagner) à titre préventif afin que nous nous acceptions comme trans et ensuite nous accompagner afin qu’on arrive à gérer notre insertion dans notre genre avec l’apport ou non des techniques médicales.
    C’est un travail qui est plutôt du secteur psy, d’abord, nous aider à nous accepter et ensuite nous aider à gérer notre parcours de transition qui comprend des coming out ( proches et professionnel). Le côté professionnel est important car lorsqu’on est pas inséré(e) professionnellement, on ne vit pas dans une certaine forme de réalité sociale, on peut donc se construire dans une forme d’illusion.
    La souffrance n’est pas obligatoire et on peut très bien ne pas la ressentir mais elle est potentiellement activable. Il vaut mieux agir en préventif ( et sans doute, se faire aider ) pour ne pas avoir à la subir.

  15. Caroline de Nice a écrit le 6 février 2013

    Tout d’abord je félicite Alex et chaque intervenant-e de ce sujet.
    1ere réaction en fin de lecture (ca m’a pris du temps !) : A quel point de ma vie, de mon parcours suis je arrivée aujourd’hui ?
    En fait je suis allée voir mon psychiatre comme chaque semaine.
    Je lui ai parlé des hommes qui dans la rue essaient de me parler, d’attirer mon attention.
    De mon énervement devant ça (je suis lesbienne).
    Et il m’a gentiment fait comprendre que l’image que je renvoie est celle d’une “jolie grande femme sexy”.
    J’ai un gros problème d’image de moi-même, je le sais.
    Mais ça commence à faire un certain nombre de personnes (non intéressées) qui me disent et me répètent toujours la même chose : “Tu es (vous êtes) une belle femme”.
    Bon.
    Et en fait, je déforme ces mots quand ils viennent des hommes, car je ne souhaite pas leur plaire à eux !
    Mais c’est humain, les hommes aiment regarder les femmes, et quand ils sont assez vaillants ils le leur disent.
    Rien de mal à ça en somme.
    Ce qui me ramène au sujet principal.
    J’étais mal dans ma peau, littéralement, en tant qu’homme.
    J’ai vécu de façon très spéciale, en surjouant le “rôle masculin”.
    Et mon désir de changer ma vie était incompréhensible vu mon niveau socio culturel et mon aisance financière, ma situation professionnelle. J’avais tout. Absolument tout ce que beaucoup d’hommes rêvent d’avoir.
    En fait tous les clichés, des jolies compagnes aux voitures de sport, des maîtresses multiples aux relations d’affaires lucratives, TOUT.
    Et moi je n’avais rien de ce dont je rêvais dans mon enfance.
    J’étais malade du mensonge qui me tenait lieu de vie, je souffrais de jouer un rôle au lieu de vivre.
    La souffrance était issue de ma maladie.

    Quand j’ai tout envoyé valser, quand les cadenas soigneusement installés patiemment ont sauté, je n’étais que pulsion fébrile, volcan en éruption, mer déchaînée.
    Puis au fil des mois la souffrance s’est amoindrie, je me réalisais de plus en plus, et quand j’ai commencé à vraiment vivre socialement une vie de femme, je ne me suis plus sentie malade.
    L’apaisement a fait sa place, seul l’étonnement vient encore me perturber, mais sans souffrance réelle.

    Je vais voir mon médecin, mon psychiatre, mon endocrinologue ma dermatologue pour affiner ce que je suis, pas pour changer véritablement.

    Mon corps et mon esprit étaient en désaccord, ça me rendait malade, et je souffrais.
    Je me suis mise en conformité avec moi-même, et la médecine m’aide à …. à peaufiner ma nouvelle apparence.

    Ce n’est que mon point de vue personnel, mais je pense sincèrement que je suis patiente chez tous ces médecins uniquement pour des raisons de confort, physique et psychique.
    Et ça fonctionne très très bien :)

    Peut être parce que j’ai regardé au fond de moi.
    J’ai vu et reconnu ce que j’ai toujours su et que je ne voulais surtout pas admettre.
    Je me suis mise face à mon propre miroir spirituel, et j’ai affronté ma vraie image, celle qui est tout là bas, enfouie et que personne ne peut jamais voir.

    J’ai assumé qui je suis.
    A partir de ce moment précis, ma silhouette a changé, sans aucun traitement.
    Il ne me sert à rien de vous mentir, je n’ai rien ày gagner.

    Puis j’ai travaillé mon corps, en accentuant certains côtés, en diminuant d’autres.

    Des années plus tard, j’ai commencé un traitement hormonal léger, que je continue toujours.
    Et bientôt j’aurais des implants mammaires, pour me sentir en harmonie avec ce que je vois au fond de moi.

    Plus de souffrances, plus de maladie hormis ce corps qu’il me faut alimenter en hormonespour continuer à éprouver ce bien être, cette paix immense qui m’était jusqu’alors inconnue et même inimaginable.

    Merci docteur Alex 😉 (et toute l’équipe “médicale” de TXY).

    Je vais bien.

  16. Geraldine Claise a écrit le 10 février 2013

    Merci de soulever ce paradoxe extrêmement passionnant… Je vais essayer de développer ici, en toute franchise pour m’entretenir de ma propre analyse… rien ne remplace l’écriture pour une bonne thérapie…. surtout sur haute surveillance de la communauté trans”… Nous ne sommes plus déclarées “malades mentales”…. mais tout en étant extrêmement lucide et réaliste (paradoxe) je me trouve “folle”… mais d’une folie qui me rend tellement heureuse… d’un bonheur irradiant qui provoque des réactions super sympa des gens qui me découvrent. Jamais je n’aurai une telle qualité de rapports humains si mon apparence était celle d’un “mec”… Surtout docteur, ne me guérissait pas de ma dysphorie qui me fait tant de bien… Par contre il est vrais que notre première démarche et de demander une prise en charge du monde médical… en racontant n’importe quoi pour avoir des ordonnances. Et franchement sans savoir ce que je vais devenir… les filles qui sont sûres de leur destin me troublent ! D’ailleurs quitte à me contredire jamais je n’aurai imaginé que mon parcours serait aussi périlleux… c’est grâce à une résistance physique exceptionnelle que ma route ne s’est pas terminée sur le billard, en Thaïlande, suite à une bactérie mortelle. Dans les années 70′ ou je vivais avec mon amie Christine, transsexuelle c’était démerdes-toi pour trouver tes hormones et si tu veux devenir comme Coccinelle, tu vas à Casablanca… Evites les psychiatres qui vont te traiter par électrochoc pour te passer ta mauvaise idée d’être femme…
    Autre paradoxe tout en oeuvrant pour être quelqu’un d’autre… en l’occurrence une femme, la base de la réussite par apaisement et amour de soi… c’est de s’accepter… d’apprendre à s’apprivoiser ! Le but ultime d’être heureuse n’est seulement accessible que si l’on s’aime ! … en plus après des décennies de détestation de soi-même…
    Nous sommes des sujets cliniques tellement compliqués que j’imagine le désarrois des psychiatres… Et comme le défini si bien ou si mal, Molière dans le Misanthrope, il n’existe aucune vérité… nous ne sommes sûres de rien ! Et nouveau paradoxe, plus je prends de l’assurance dans mon attitude de femme, plus je suis sûre de détenir ma “vérité” et de m’en sentir très forte… et j’ai besoin de me sentir forte pour être rassurée… c’est un cercle vertueux… Aie ! j’ai bien l’impression de ne pas faire avancer la réflexion, mais la compliquer. Par contre je me rend compte à quel point il est difficile de parler de soi à des béotiens… et à quel point ils doivent être perdus face à nos interrogations… Comment expliquer que si je suis “malade” c’est dans ma maladie que je me trouve normale !

  17. Geraldine Claise a écrit le 10 février 2013

    Comment expliquer que si je suis “malade” c’est dans ma maladie que je me sens en bonne santé !

  18. Geraldine Claise a écrit le 10 février 2013

    J’ai l’impression que le site “femme fleur” ou un nom approchant, n’existe plus ?

  19. Compte supprimé a écrit le 15 octobre 2013

    Je ne suis pas d accord avec la maladie ..si je vais chez un chirurgien me faire une augmentation mammaire suis je malade ? si j’accouche ? si j’avorte ect ect ..la médecine en principe est la non uniquement pour nous soigner mais aussi pour nous apporter le bien être !
    Etre malade non plus ne signifie pas ètre malade mental …
    J’assume et déclarer que je suis dans le déni car je n’admet pas être malade n’est pas un argument c’est limite manque de respect !
    Quand à la fameuse souffrance ? souffrons nous car nous devons nous battre pour avoir accès a ce que nous voulons ? hormones et ou chirurgies ? souffrons nous du fait de la réaction de nos amiEs ?, familles ? médias ? de nos difficultés a trouver emploi ? logement ? de nos situations avec aparence dans un genre et papiers dans l’autre ? de l’attente avant de pouvoir changer physiquement ?
    ou souffrons nous du fait d’ètre trans ?
    si on imagine une société qui laisse le choix a toute personne de changer de sexe / genre / identité à n’importe quel age , sans aucune discrimination souffrirons nous encore ?
    …bah on souffre ce n’est pas du fait d’être trans c’est de la transphobie sous ses nombreux aspects …
    Alors être concidéré comme malade , et pas n’importe quelle maladie non ! une maladie mentale ..c’est non seulement se victimiser , c est aussi dire a tout le monde y compris aux autres trans “nous sommes malades mentaux ” ..qu’est ce que cela veut dire ? en résumé moi FTM je suis une femme délirante qui s’imagine être un homme….quelle est la valeur de ma parole si je suis une femme délirante ? ..aucune ..ce n’est pas pour rien que par exemple dans plein de médias aparait un psychiatre qui est la pour valider ou non nos paroles ….car nos paroles seules ne valent rien …
    alors si toi tu veux être malade soit le ! n’impose pas ta maladie aux autres …ne soit pas contagieux et je ne t’accuse pas de déni
    merci

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