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Pré-Hop – 2 ! Ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme

21 février 2013 | Tags: , , , ,

changer-de-sexeUne trans opérée (du bas) avec laquelle j’ai discuté récemment me disait que son corps mâle lui posait encore des problèmes post-op, parce que ce corps mâle toujours présent par certains aspects ne lui permettait toujours pas de vivre dans le genre féminin qu’elle désirait.

Elle est une femme maintenant pour tout le monde, y compris pour ses amants. C’est pour elle-même qu’elle n’est toujours pas vraiment une femme. Pour elle, le genre féminin ne s’arrête pas à être une femme socialement et dans la sexualité, mais s’accomplit aussi dans la maternité.

C’est un absolu. Celui de la reproduction. En cela elle rejoint nombre de femmes stériles pour diverses raisons.

Pourtant, le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant ne la rend pas moins femme. Personne ne pourrait sérieusement soutenir qu’une femme stérile n’est pas une femme.

En tant que trans, nous devons renoncer à jouer le rôle femelle dans la reproduction. Je comprends que cela puisse constituer un regret, mais je voudrais pour ma part essayer de profiter de ce sur quoi je peux agir, l’apparence, le social, mon corps féminin trans. Enjoy !

Les boudhistes (à moins que ce ne soit Marcel Duchamp ?) disent “Quand il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème”. J’essaie de ne pas me rendre malheureuse à tenter de changer des trucs que je ne peux pas. J’ai déjà assez à faire avec les choses sur lesquelles je peux agir. C’est vrai qu’on peut se rendre malade quand on ne parvient pas à être satisfaite dans le genre que l’on ressent, parce qu’on ne possède pas le corps idéalisé que l’on désire. Que l’on considère que pour avoir le genre, il faut avoir le corps, ok, mais dans la limite du techniquement possible.

Pourquoi se rendre malade avec le genre, c’est à dire un truc qui n’existe pas en réalité ? Non le genre n’existe pas matériellement, il n’est que relationnel. Quand au sexe, sa matérialité est assez difficile à cerner. Qui peut prétendre définir ce qu’est vraiment un corps mâle ou un corps femelle ? à part le Bureau central de contrôle de la féminité du Comité international olympique qui détermine à coup sûr quel athlète est une femme et quel athlète est un homme ! Les personnes intersexes, appelés autrefois hermaphrodites, sont pourtant la preuve vivante des variations possible entre les corps sexués. Mais cela n’arrête pas les scientifiques qui ont réponse à tout lorsqu’il s’agit de protéger l’institution olympique, quitte à maintenir le mensonge de deux sexes et des deux genres qui en découlent. C’est ce que montre Anne Fausto-Sterling dans Corps en tous genres. La dualité des sexes à l’épreuve de la science. Nous sommes tous des intersexes dans le sens où nos caractéristiques sexuées sont une affaire de dosage, pas une affaire de polarité.

Moi, je suis gentille et j’ai pas envie de m’expliquer en permanence, alors je choisis femme parce que je le vaux bien et que ça correspond profondément à l’endroit où je me sens à ma place, peace, zen, bien dans mes baskets. Mais ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme, comme dit Kate Bornstein dans Gender Outlaw ! Je ne sais pas me définir, je suis pas médecin du C.I.O. , moi. Comment peut-on croire à la réalité de la nature qui fait les garçons et les filles, quand on est trans ?

C’est la loi naturelle qui s’applique encore aujourd’hui. Non écrite mais largement acceptée comme norme, la loi naturelle conservatrice dit qu’on est homme ou femme, êtres complémentaires créés par la Nature ou Dieu (c’est la même chose, comme dit Spinoza), altérité magique douée de la capacité de se reproduire. Les trans dérangent la loi naturelle qui proclame le sexe et oublie le genre. Cette fusion sexe-et-genre créée par la culture explose avec les trans, qui remettent en question le lien entre leur corps sexué et leur genre. Toutes les trans sont mal à l’aise avec le genre social qu’on leur a assigné à la naissance, en fonction de leur appareil génital visible. A partir de ce constat, les raisons que les trans invoquent sont diverses. Celle qui déclare : “Je suis mentalement une femelle enfermée dans un corps mâle” estime que son corps mental ne correspond pas à son corps réel. Elle se plie aussi à une explication toute faite et largement véhiculée par les médias mainstream. C’est le sempiternel pitch trans de la téléréalité. D’autres, dont je fais partie, estiment plutôt que leur corps masculin ne correspond pas au genre féminin désiré.

Mais quoi qu’elles avancent comme causes de leur transidentité, les trans remettent toujours en question ce lien entre sexe et genre. Elles le font par leur existence-même !

Ce n’est pas toujours confortable de bousculer les normes de genre, qui quelquefois sont plus puissantes que les lois. Les personnes trans ne vivent pas hors du temps et de la culture. Elles-mêmes sont bien souvent perturbées par l’absence du lien entre leur sexe et leur genre. Si je cherche par l’opération de vaginoplastie à recréer le lien entre mon genre vécu par moi au quotidien maintenant, et mon corps décalé par rapport à ce vécu, c’est que même en comprenant la norme, elle continue de s’imposer à moi, et que de m’y glisser est constitutif de mon bonheur.


NDLR : Seconde partie d’un texte initialement publié intégralement sur C’est Mon Genre, adapté et modifié par l’auteure pour publication sur Txy. Retrouvez l’intégralité des billets de ce témoignage ici.

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8 responses to Pré-Hop – 2 ! Ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme

  1. Mlle Sawasdee a écrit le 21 février 2013

    “Les boudhistes (à moins que ce ne soit Marcel Duchamp ?) disent “Quand il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème”. J’essaie de ne pas me rendre malheureuse à tenter de changer des trucs que je ne peux pas. J’ai déjà assez à faire avec les choses sur lesquelles je peux agir”

    Alors inconsciemment je suis bouddhiste! C’est exactement la ligne de conduite que je me suis appliquée, cela m’a surement évité bien des égarements et des pertes d’énergie….Enjoy :)

    Célia, au risque de me répéter, j’aime vraiment ton analyse!
    A conseiller aux personnes en questionnement, à lire et y réfléchir avant toutes décisions….

    • Celia a écrit le 21 février 2013

      Merci beaucoup Heline pour ton appréciation. Ça me fait très plaisir.
      Ce que tu nommes mon analyse ne sont que des réflexions que j’entends ici ou là, ou que je lis. Je réunis les choses que je ressens comme vraies déjà pour moi, qui m’ont aidées, et je les livre ensuite pour savoir si cela fait échos pour d’autres. Je n’invente rien ! Je ne crée aucun concept (je ne suis ni artiste ni philosophe).
      Ce qui a déclenché ma réflexion et ensuite ma transition (et j’ose dire mon bonheur), c’est un témoignage lu sur le net. J’en ai lu bien d’autres ensuite. Mon rêve secret est de passer ce relais à au moins une personne, et je serais comblée !

  2. Chloé Tigre Rouge a écrit le 21 février 2013

    Super intéressant. On peut s’interroger sur la “naturalité” de la loi dite naturelle, et sur son omniprésence. Doit-on la considérer comme un fait acquis, un axiome de la société, dans nos réflexions ? En tout cas notre société cartésienne la prend comme un axiome.

    Merci !

    • Celia a écrit le 21 février 2013

      Merci pour ce commentaire Chloé. Oui pour s’interroger sur la naturalité de la “loi naturelle” du genre qui n’est finalement qu’un concept dont la science peine à réunir les preuves. Pourtant beaucoup d’efforts sont fait pour prouver scientifiquement des différences biologiques entre les femmes et le hommes (par exemple). On recherche en vain des différences dans le cortex cérébral qui expliqueraient un comportement social différent et justifieraient par là un rôle social différent, et hiérarchisé.
      On pourrait aussi observer le relativisme culturel et historique des “lois naturelles” (si j’étais plus érudite et moins flemmarde je m’y attelerais)

      • Chloé Tigre Rouge a écrit le 21 février 2013

        Je constate que cette “altérité sexuelle” (“j’ai une bite, tu as une chatte”), s’est traduite de tout temps par une attribution de rôles sociaux différents, et on allait jusqu’à émasculer complètement certains esclaves (eunuques dans l’ancien monde, ou rois vaincus dans la culture maya) pour les “féminiser”. Pour certaines cultures d’Afrique, sodomiser un soldat ennemi, c’est le ramener au rôle de la femme, même dans sa propre contrée.

        On voit un peu partout dans le monde se dessiner un parallèle entre l’appareil génital et le genre (en tant que phénomène dans la société). Peut-être parce que biologiquement la femelle humaine est indisponible pendant ses longues périodes de gestation ou pendant ses règles, et donc moins à même de sortir du foyer… ce qui l’amène à occuper une position dans la société différente de celle du mâle, qui lui peut déposer sa semence à toute heure du jour et de la nuit, et toute l’année, et n’a pas à assurer la gestation, et est tout à fait remplaçable sur le plan fonctionnel.

        Mais bon, en 2013, je peux comprendre que ces anciennes distinctions tardent à disparaître. Ca ne fait même pas 100 ans qu’une femelle humaine a le droit d’exercer une activité professionnelle sans avoir à solliciter l’autorisation de son tuteur, chez nous. En Arabie Saoudite, elles n’ont même pas le droit de conduire une voiture.

        La différence biologique entre le mâle et la femelle est là, mais elle ne fait pas toute l’identité de genre, qui a certes probablement une part d’engrammes enfouis dans notre patrimoine génétique mais n’est pas dépourvue de composantes autres, psychiques, culturelles, voire de composantes issues de l’âme si on y croit.

        • Chloé Tigre Rouge a écrit le 21 février 2013

          (je tiens à préciser que la “féminisation” n’avait de place que dans les cultures patriarcales, qui sont majoritaires dans l’histoire, les matriarcales étant quasi-inexistantes)

  3. natacha a écrit le 21 février 2013

    j’aime bien cet article, j’esaye d’y comprendre ce que je peux , mais c’est quasimment trop intellectuel pour moi, alors je repond brievement.mais je continuerais a te lire celia car tu me parles…

  4. Celia a écrit le 22 février 2013

    Merci Natasha
    Peut être que ce texte manque de clarté. C’est bien possible. Je dis trop de choses à la fois sans développer suffisamment le raisonnement. Mais j’essayais juste de faire une synthèse avant ma SRS. Donc ne t’incrimine pas : quand on ne comprend pas c’est plus souvent une faute du texte que de la personne qui lit

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