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Pré-Hop – 3 ! Quand on est trans, on ne nait pas femme, on décide de le devenir

28 février 2013 | Tags: , , , ,

changer-de-sexeQuand on est trans on décide de devenir femme et c’est là que ça coince. Car cette décision, une femme “cisgenre” (c’est à dire pas trans !) n’a pas à la prendre. Elle devient femme sans le décider. Il lui suffit d’accepter le genre qu’on lui a assigné. De suivre le mouvement qui s’impose de l’extérieur et qu’accompagne son développement biologique.

Au contraire, le genre ne survient jamais par défaut quand on est trans, malgré l’espoir de certaines qui ont eu pendant leur enfance l’illusion qu’elles allaient devenir femmes à la puberté de façon magique. Cela n’arrive pas et la prise de conscience est parfois douloureuse. La voix qui mue, les poils qui poussent et tous les effets de la montée de testostérone à la puberté vous mettent alors le moral dans les chaussettes.

Il faut agir consciemment pour devenir “celle que l’on est”. La performance de genre, on sait ce que c’est quand on est trans. Et c’est parfois difficile de sentir cette différence avec les personnes cisgenres qui ne se posent pas la question de la légitimité de leur genre.

Il reste une insatisfaction difficile à combler : je ne vis pas toujours très bien l’obligation que j’ai eu de devenir femme par la force de ma volonté. J’aurais apprécié que mon genre soit un truc qui me dépasse, magique, essentiel, transcendantal, naturel, divin !

Marre de porter le chapeau, de devoir me justifier. J’aurais aimé pouvoir dire “Je suis malade, je n’y suis pour rien !”. Mais je sais que l’explication ne se trouve pas en moi, je n’ai pas un vice caché, pas une saloperie qu’on pourrait m’enlever, à part celle que j’ai entre les jambes, hé, hé. L’explication se trouve non pas dans un conflit intérieur, mais extérieur, dans mon rapport au monde.

Mon parcours de transition s’achève avec le soulagement de n’avoir plus à déployer une telle énergie pour devenir femme, et ce sentiment d’un aboutissement, pour certaines comme moi représenté par la vaginoplastie, correspond à une envie de vivre l’inconscience tranquille des femmes cisgenres. Je ne suis pas vraiment jalouse du corps des femmes, mais j’envie souvent leur inconscience à s’incarner dans un corps féminin.

Pourquoi ce désir d’avoir un vagin ? Est-ce la marque d’un désir de rejoindre une essence féminine dont le symbole le plus fort serait le vagin ? Est ce que je veux un vagin parce que je pense qu’une vraie femme en a un ? Non. Pour moi une trans qu’elle soit opérée ou pas n’est pas plus vraie ou fausse qu’une femme cisgenre. Il n’existe pas d’essence féminine dont le vagin serait la preuve. Le corps ne rend pas le genre plus vrai. Le genre n’est que ressenti. A partir de mon ressenti je vous déclare que suis une femme. Ceci est vrai pour moi, sans autre preuve à fournir. C’est pour moi que je veux que l’on me fabrique un truc qui ressemble à sexe féminin, qui fonctionne à peu près pareil. Je sais qu’un néo-vagin n’est pas un appareil reproducteur femelle. La chirurgie peut créer la salle de jeux, mais pas encore la nursery.

Je suis preneuse de toute la technologie disponible. De la même façon que j’ai composé ma garde robe féminine, composé mon comportement féminin, cherché, trouvé et travaillé ma voix féminine, je construirai mon vagin.

Je ne sacralise pas spécialement cette partie de mon corps plutôt qu’une autre.

Pour certaines, si la transidentité était reconnue, si on pouvait librement exprimer son genre, on n’aurait plus besoin de faire des transitions, plus besoin de procéder à une quelconque modification de son apparence, plus besoin de recourir à la chirurgie ou aux hormones. La transidentité disparaîtrait. Le genre disparaîtrait. Comme dit ma mère : “Si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle”.

Dire que les normes et les lois nous imposent des parcours de transition au fond non désirés, c’est nier la capacité d’agir de chaque personne. Même si le genre est social, il y a une part de représentation de soi à soi qui compte. J’ai besoin d’être une femme pas seulement pour les autres, mais aussi pour moi, pour le seul plaisir de décider de la case dans laquelle je me mets. Je déclare être une femme car je me ressens comme telle. Je le décide parce que ça me fait du bien et que si je ne le fait pas la vie est insupportable. Je refuse d’être placée dans le mauvais genre, la mauvaise case qui me tue. Je n’appelle pas à la disparition du genre, même si la disparition de sa mention binaire sur les papiers d’identité ne me tirerait pas de larmes.

On ne connait pas la source de la transidentité, et le besoin de transformation qui en découle. C’est un sentiment profond. Je dis bien souvent que je me serais bien passée de la transidentité et de son lot d’emmerdements. Changer de genre c’est une affaire de survie, et il faut bien ça pour se lancer dans une telle course d’obstacles. Mais si l’on veut bien voir les choses aussi en positif, quelle est la part de jeu, de désir et de plaisir de sentir la liberté humaine de conduire sa vie, d’agir sur son corps ?


NDLR : Troisième partie d’un texte initialement publié intégralement sur C’est Mon Genre, adapté et modifié par l’auteure pour publication sur Txy. Retrouvez l’intégralité des billets de ce témoignage ici.

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9 responses to Pré-Hop – 3 ! Quand on est trans, on ne nait pas femme, on décide de le devenir

  1. Chloé Tigre Rouge a écrit le 28 février 2013

    Je ne sais pas si le mot “décision” est super approprié. En tout cas, ça ne saurait s’appliquer à beaucoup des transidentitaires que je connais.

    La transidentité s’impose plus qu’elle ne se choisit. Le “devenir-femme” dont tu parles n’est pas un choix mais une nécessité. Certes, on pourrait dire que je choisis de respirer et de me nourrir, mais tout comme ce sont des besoins vitaux, “ajuster son expression de genre” (faute de meilleur vocable partagé) en est un.

    • Nadine a écrit le 28 février 2013

      Pour ma part, il s’agit plus d’une “décision” que d’un “choix”. Oui, je fais un distingo entre les deux. Même, s’il est nécessaire de devenir ce que l’on est, cela a impliqué pour une décision. Parce que pourquoi, tous ces atermoiements, d’aller et retour, simplement parce que je n’avais pas encore décider d’être heureuse en devenant ce que je suis. En effet, j’en ai passé du temps à tergiverser, à peser le pour et le contre, à croire que je me trompe, à croire qu’il y a d’autres manières de me réaliser, à croire tout un tas de truc qui fait que je continue à vivre une vie de merde. Et ce, jusqu’à ce que je décide de prendre la bonne décision, parce que j’aurai pu prendre aussi la décision de me jeter par la fenêtre. Mais, j’suis plutôt lâche, alors…

      • Chloé Tigre Rouge a écrit le 28 février 2013

        Comme dit Jéjé, “heureux les simples en esprit, car le Royaume des Cieux leur appartient” :)
        Dans ma vision des choses, entre la vie et la mort il n’y a guère de décision, la mort étant quelque chose qu’on ne peut élire. On décide de bien peu de choses dans un parcours T

      • Celia a écrit le 28 février 2013

        Je distingue comme Nadine choix et décision. Je n’ai pas choisi d’être trans, mais j’ai décidé de faire une transition.
        Et chaque aspect de ma transition, j’essaie aussi “d’avoir la main” le plus possible car cela concerne mon corps, qui n’est pas un objet de science sur lequel je n’aurais rien à décider.

  2. Jeanne Swidzinski a écrit le 28 février 2013

    Merci pour cette article Célia, je suis fan! :)
    Concernant la comparaison entre la construction de ta voix féminine et le construction de ton vagin, je pense que tu as raison.
    En effet, le chirurgien nous “livre” un néo-vagin esthétique, fonctionnel ( urinaire) . Concernant la fonction sexuelle, elle est à construire avec des “exercices” de dilatation pour les dimensions mais surtout en lien avec notre vie fantasmatique. Depuis notre naissance, on a expérimenté certaines formes de sexualité avec notre “ancien” corps. Avec notre vagin, on est comme une “ado” et on doit explorer et mettre en phase des sensations avec notre mental, bref un nouveau “chantier” qui est plutôt agréable à mettre en oeuvre!:)

    • Celia a écrit le 28 février 2013

      Alors là je suis bien d’accord avec toi Jeanne et j’ai pas assez insisté sur l’aspect positif et agréable de la transition. Dans cette réflexion, j’oublie un peu trop le corps et le plaisir que l’on peut en tirer dans cette histoire.

      • Nathasha Show a écrit le 1 mars 2013

        mettre en phase des sensations avec notre mental! je comprend pas tout ,mais ca viendra

        • Alexandra a écrit le 2 mars 2013

          Ben pour moi, c’était très direct. Les sensations étaient au centuple de ce que j’avais toujours imaginé avant la SRS. Ça fait drôle d’ailleurs.
          Par contre, oui, on est des adolescentes et un corps forcément ça se découvre. C’est pas une grande zone, mais c’est tellement plein de subtilités. Et puis c’est jumentement (version Findus de l’expression) cool d’être ado. C’est juste chiant pour l’entourage, mais au moins on a le droit de la vivre enfin ! :-)

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