Dans le silence de la marginalité

15 avril 2013 | Tags: ,

Indifférence Marginalité SilenceL’on pourrait dire que la transsexualité n’est jamais née que dans le regard des autres. Dans les société où la chose était considérée comme « normale », intégrée dans les coutumes et la culture, la transsexualité n’a finalement jamais existé. Elle n’est apparue qu’au croisement de la morale judéo-chrétienne et des progrès de la psychiatrie.

Ce qui fait les transsexuelles ce n’est pas tant ce qu’elle sont que le fait d’être considérée comme telle par la société.

Pour définir la transsexualité, cela commence par une question de vocabulaire. Si la chose est considérée comme « normale » elle ne sera pas nommée. Ce n’est qu’en considérant sa différence par rapport à ce que l’on considère comme la normalité que l’on a commencé à la définir, donc à la circonscrire à un périmètre précis et par conséquent , à l’exclure de la normalité en question.

Pour nous, être transsexuelle peut être douloureux, difficile sur de multiples plans, mais, lorsque nous nous regardons dans la glace qu’avons de si différents. Nous avons la même intelligence, les mêmes capacités que tout autres. C’est en pointant du doigt une soi-disant « différence » qui n’en n’est pas vraiment une que l’on nous stigmatise. J’ai eu la chance de passer un mois en Thaïlande. Je ne nierait pas que la grande tolérance dont j’ai pu faire l’objet était entre autre du au fait que comme touriste, ma carte bleue n’y était pas pour rien. Mais, au delà de cet aspect mercantile, il y avait une réelle tolérance dans le regard de l’autre. Il n’y a pas loin à chercher. Le bouddhisme n’est pas une religion manichéiste qui défini le sexe dans une intransigeante binarité.

Le propre de notre morale judéo-chrétienne est cette nécessité d’établir à tout pris un dogme rassurant. C’est au nom de ce dogme qui veut que la barrière des sexes soit infranchissable que se fait notre exclusion.

Mais cette barrière curieusement ne fonctionne pas de la même façon dans les deux sens. Le simple fait pour un individu de sexe masculin de se revendiquer du sexe opposé l’expose à l’ire des bien pensant.

Comment, étant du sexe « supérieur » renonce t-il à un tel privilège ? Comment peut-il s’abaisser à prendre un rôle que la nature ne lui à pas dévolu alors que même il ne jouit pas du seul privilège de ce dernier, à savoir connaître les joies et souffrances de la maternité ?

Ce qui nous tue un peu plus chaque jour, malgré nos petites victoires, malgré nos petit bonheur, ce n’est pas tant la haine dont nous pouvons faire parfois, (et bien trop souvent), l’objet. C’est simplement, l’incompréhension, l’indifférence. Et pourtant, ce serait si simple de faire fondre cette barrière égoïste. Il suffirait simplement d’en parler. Mais, qui en parle ? Personne. Finalement, il est tellement plus commode de nous noyer dans le silence d’une indifférence coupable.

Mais, quelle que soit la chape de plomb qui s’étend sur notre condition, dites vous bien qu’il y aura toujours de voix pour s’élever contre ce silence. Aucun mur ne peut résister indéfiniment aux assauts répétés du droit à l’existence.

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10 responses to Dans le silence de la marginalité

  1. Paula Marina Giacomet a écrit le 15 avril 2013

    Je me fais l’avocate du diable et je me dis que c’est n’est pas un bon argument : il n’est pas vrai que l’on nomme seulement ce qui n’est pas dans les normes. On a nommé, pour donner un exemple qui est dans la problématique abordée, ” homme ” et ” femme ” alors que c’est LA norme traditionnelle.
    J’ai du mal avec les argumentaires mal construits parce qu’ils sont facilement contestables et ce n’est pas bon pour nous.

  2. AlexMec a écrit le 15 avril 2013

    Dans les société où la chose était considérée comme « normale »,

    Exemples? Et surtout, exemples de sociétés dans lesquelles:
    1. La transidentité n’était pas imposée à des bébés ou des enfants qui n’avaient rien demandé
    et
    2. La transidentité n’était pas accompagnée d’un rôle social strict qui en faisait au final un troisième genre à part des hommes et des femmes?
    A ma connaissance, il n’a tout simplement jamais existé de telle société.

    Ce qui fait les transsexuelles ce n’est pas tant ce qu’elle sont que le fait d’être considérée comme telle par la société.

    J’ai vécu 38 ans dans un rôle de femme que j’avais choisi d’assumer (pour tout un tas de mauvaises raisons, mais c’était quand même mon choix au final), et je veux vivre le reste de ma vie dans un rôle d’homme. C’est ça qui fait de moi un transsexuel, et la société n’y est pour rien.

    lorsque nous nous regardons dans la glace qu’avons de si différents

    J’ai des seins et je veux m’en débarasser. On peut le tourner comme on veut, mais ça n’est pas normal; c’est très, très différent.

    Mais cette barrière curieusement ne fonctionne pas de la même façon dans les deux sens. Le simple fait pour un individu de sexe masculin de se revendiquer du sexe opposé l’expose à l’ire des bien pensant.

    Je suis d’accord que la barrière ne fonctionne pas de la même façon dans les deux sens, mais je voudrais ajouter que ça ne veut pas dire que les FtM s’en sortent mieux. Après avoir vécu des années en position inférieure, nous devenons inexistants! Aussi bien dans la société cis que dans la communauté trans, nous sommes les éternels extras, rajoutés en fin de liste quand pas carrément oubliés.

    Au final de la lecture de ton billet, j’avoue que je ne sais toujours pas ce que tu souhaiterais? Tu ne veux pas que la société soit indifférente aux trans, mais tu ne veux pas non plus être marquée comme “différente”. Tu cites l’exemple de la Thailande, où les transsexuelles sont acceptées en tant que telles, mais quid du prix à payer, qui est d’être enfermées dans cette étiquette à vie, ce qui est contraire à ton souhait de ne pas être marquées comme “différente”? Donc en gros, je suis perdu: comment exactement souhaiterais-tu que la société reconnaissent et regardent les trans?

  3. Brigitte Goldberg a écrit le 15 avril 2013

    Ce que j’ai voulu dire dans cet article, (peut-être maladroitement et je m’en excuse, mais, je l’ai écrit sur un coup de tête), c’est que le problème n’était pas notre différence, mais, que la société ne nous définissait que par cette dernière. Lorsque je me suis présentée aux présidentielles, je voulais que ce soit une candidature crédible. Nous avons mis plus de dix mois à écrire un programme, imparfait bien sur, mais, qui était une vraie réflexion politique. Résultat, sur l’ensemble des interview que j’ai donné, on ne m’a interrogé dessus qu’une seule fois ! Je n’était pas une femme politique qui était trans, mais, la trans qui se présentait aux présidentielle. Donc, uniquement définie par mon état et non par le peu de talent que j’aurai éventuellement pu avoir. Peut-on me citer une seule trans dans ce pays connue pour être une brillante scientifique, une femme d’affaire, un politique de premier plan ? Le fait que nous n’existons au yeux des autre que parce que nous somme et non par ce que nous accomplissons, explique que beaucoup d’entre nous, une fois arrivée au bout du long chemin de la transition, n’ont qu’un désir, faire oublier ce qu’elle sont. Ce que je souhaite ? c’est qu’un jour une trans puisse arriver pour un entretien d’embauche, qu’elle dise à son futur employeur : “il faut que je vous dise que je suis trans” et que ce dernier lui réponde : “qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, ce sont vos compétence qui m’intéresse”. Merci de vos commentaires :)

    • Alexandra a écrit le 15 avril 2013

      Je précise d’emblée que j’ai bien lu l’ensemble des commentaires en plus de l’article. Je réponds seulement à ta question, Brigitte : “il faut que je vous dise que je suis trans” et que ce dernier lui réponde : “qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, ce sont vos compétence qui m’intéresse”
      J’ai vécu cela. Et je l’ai vécu en tout début de transition, juste au switch de transition.
      J’enseigne en école d’ingénieurs depuis février 2010 en tant qu’enseignante vacataire.
      En décembre 2010, j’annonçais à l’école que j’allais transiter et cela avait été bien pris. A l’époque quand ils m’ont demandé à quel moment je comptais switcher, j’ai répondu septembre 2011, ne sachant pas à quel point ma physiologie allait être virulente dans la transformation du corps.
      Fin janvier 2011, ma transformation avait été tellement fulgurante que je ne pouvais plus faire autrement que switcher. Je préviens l’école. Les cours commençaient une semaine après. Je proposais de retarder les cours si nécessaire. Là, la direction des études me répond : “Alex t’es chiante ! Tu peux réellement pas transiter plus tard ?”. “Non. C’est impossible. Je viens vous voir, vous comprendrez.”. “Bon… C’est bon. On va s’adapter. Tu es compétente et nous on attend que les étudiants apprennent. On va changer tous les plannings pour caser qu’il n’ont plus un prof, mais une prof. Ils s’adapteront.”.
      Une semaine après, début février 2011, je commençais un cours en amphi avec 70 étudiants. Je continue toujours à enseigner dans cette école.

  4. AlexMec a écrit le 15 avril 2013

    Le fait que nous n’existons au yeux des autre que parce que nous somme et non par ce que nous accomplissons

    … est malheureusement le lot de toutes les femmes, bio ou trans, dans nos sociétés sexistes :/

    Puisqu’on parle de femmes politiques:
    – Combien de femmes Premier Ministre avons-nous eu?
    – Combien de femmes au deuxième tour des présidentielles?
    – Combien de femmes Président?

    Et même dans leur vie de tous les jours:
    – On débat des vêtements qu’elles portent à l’Assemblée ou au Sénat;
    – On leur demande comment elles concilient leur vie de famille et leur vie politique;
    – On fait des remarques constantes sur leur manque de féminité, ou au contraire sur leur trop-plein de féminité;
    Et ainsi de suite.
    Et pourtant on ne fait pas ce genre de remarques à leurs confrères masculins.

    Et ça vaut aussi pour les femmes dirigeantes d’entreprise, ou dans quelque autre domaine que ce soit.

    A plus grande échelle, cette obsession avec un aspect seulement de la personnalité de quelqu’un s’applique à tout ce qui n’est pas “Blanc, Mâle et Hétéro”. Combien de jeunes, nés en France mais dont les parents ou grand-parents sont immigrés, font franciser leur prénom et/ou leur nom, juste pour avoir une meilleure chance d’être embauchés? Combien de personnes LGB cachent leur non-hétérosexualité? Combien de jeunes femmes qui veulent une carrière mentent sur leur désir d’enfant (et parfois même sur le fait d’avoir un compagnon stable!) lors des entrevues d’embauche pour des “bons” postes?

    La société occidentale est faite par et pour les hommes bios, blancs et hétéros. Mais attention! Je ne dis pas qu’il faut nécessairement s’écraser et accepter apathiquement cette situation! Je dis juste qu’il faut en être conscientE. Il faut comprendre où est la vraie source du problème, quel est notre vrai ennemi (non pas “la société”, concept vague s’il en est, mais certains privilèges spécifiques accordés à certaines catégories de personnes qui, le plus souvent – c’est le principe même du privilège – ne s’en rendent pas compte), afin de pouvoir mener des actions plus efficaces et utiliser des mots plus porteurs. On peut aussi, de cette façon, savoir qui peuvent être nos alliés dans telle ou telle situation, et inversement, pourquoi ces mêmes alliés peuvent soudainement nous abandonner dans une autre situation. C’est compliqué, mais personnellement, je trouve ça passionnant! (enfin, quand je ne trouve pas ça démoralisant ou enrageant, bien sûr 😛 )

  5. Paula Marina Giacomet a écrit le 15 avril 2013

    Je ne peux pas m’empêcher de réagir encore et je vais répondre aux arguments de l’une et de l’autre.
    -La présidentielle … le jeu que nous appelons « démocratie » (et qui n’est pas du tout vraiment démocratique) se joue selon des règles et critères très précis et qui sont dictés par des réseaux de pouvoir très puissants (et très certainement aux antipodes de la démocratie). La perception qu’on a pu avoir de ta candidature (je ne savais me pas qu’une femme trans avait postulé) reste alors très marginal car, du moment où elle n’a pas fait l’objet d’une médiatisation organisée selon les lois de ces réseaux (qui contrôlent d’ailleurs les médias qui construisent l’opinion). Si jamais t’avais eu le soutien de ces lobbies (pour employer un terme poli les concernant) ils auraient tout mis à l’œuvre pour formater « l’opinion publique » et installer dans les têtes aussi l’intérêt à ce que tu deviennes la présidente qu’à ce que le fait que tu sois trans n’est guère qu’anecdotique.

    -Le fait que nous soyons trans avant d’être brillamment autre chose … pas étonnant vu le peu de temps que les débats sociétaux sont installés dans nos sociétés. Cela fait que n’importe quel trans (ça vaut aussi pour les FTM) lorsqu’il ou elle arrive à atteindre le minimum syndical de ses buts a passé déjà le meilleur de ses années à se chercher, se trouver et se donner les moyens. Comment aurait il ou elle pu accomplir efficacement d’autres exploits ?
    Et par ailleurs, des trans ayant réussi des vies professionnelles existent : Dana International, Bambi, Coccinelle, etc etc etc. D’accord, leur condition de trans est toujours là, aux devant de la scène mais … comment pourrait il en être autrement lorsque nous savons que les avancés médicales permettant cette généralisation de la possibilité trans est très récente  de même que les changements sociétaux la permettant le sont aussi ?

    -Les femmes politiques … désolée mais il y en a et il y en eu et dans tous les cas elles ont démontré que leur condition de femmes ne change rien aux vrais clivages politiques et aux vrais rapports de force : la «  Dame d’enfer » (M. Thatcher, heureusement morte), Madeleine Albright , Condoleeza Rice (qui en plus est black), Christine Lagarde… bref, des femmes qui ont pu démontrer que elles aussi peuvent faire le sale boulot aussi bien que les mâles dominants. Le vrai problème politico-idéologique n’est donc pas « homme vs femme » mais encore et toujours castes dominantes vs populations dominées.

    -Les débats centrés sur la féminité des femmes politiques … je trouve que elles ne sont pas les seules à bénéficier de ce genre d’approche. Exemples ? Mitterrand séducteur et homme à femmes, Sarko «  Bling-bling », Hollande pas de couilles (ou, ce qui revient au même, couilles molles), Jean Marie Le Pen ringard … bref, on attaque celui ou celle qu’on veut attaquer sur tous les angles que nous trouvons qui soient attaquables. Je n’ai pas trop lu d’articles concernant par exemple Christine Lagarde et qui se concentrent sur la qualité de la soie de ses foulards ou la beauté de sa chevelure, non, à ces niveaux de pouvoir on déconne beaucoup moins. Et pourtant elle est une femme malgré sa sale tête.

    Pour finir, je dirai que nous somme à une époque charnière, nous vivons les prémices de quelque chose et nous en subissons donc ses problèmes d’accouchement.
    Et, je l’oubliais, il ya un autre exemple de femme trans dont la transsexualité passe après sa condition de musicienne réussie : Wendy Carlos (avant Walter Carlos), créatrice de la bande son d’Orange Mécanique.

  6. Paula Marina Giacomet a écrit le 15 avril 2013

    Un truc que j’ai oublié : le “judéo-chrétien”. On oubli trop souvent que dans judéo-chrétien il y a judéo. Je ne suis pas moi même juive mais dans mon pays d’origine il y a une très importante communauté juive et même des termes provenant du Yiddish sont passés dans le langage de tous les jours (la ” shikse “, “mishigene” …), nous connaissons donc pas mal certains aspects de la culture juive en général (non, arrêtez vos clichés : pas seulement les séfarades mais aussi les ashkénazes) et ça me permet de dire que, parmi les influences judéo dans le judéo-chrétien il y a cette sorte de matriarcat qui joue pas mal.

  7. beatrice Viviani a écrit le 22 avril 2013

    J’ai bien aimé ton article qui montre l’influence souvent négative de la religion, sur les possibilités d ‘évolutions d’une société. Le boudhisme , que je préfère de loin à d’autres religions, prétends que seul une vie exemplaire en homme permet de mettre fin au cycle infernal des ré incarnations.
    Le contraire serait tellement plus cohérent.

  8. Geraldine Claise a écrit le 22 avril 2013

    Difficile de conjuguer deux ambitions ! Pour ma part celle d’assumer mon choix d’être une femme trans” est un challenge de grande ampleur… à plein temps… Je compte bien par la suite rebondir dans le milieux artistique pour continuer à être active et avoir des projets… mais c’est forcément “artistique” avec l’exploitation de mon apparence intrigante… au moins que je tire profit de ce travail gigantesque (j’ignorai que j’aurai autant d’obstacles à franchir et que même je jouerai avec la mort) mais pour l’instant il me serait impossible d’avoir un job à plein temps… fatigue de l’Androcur, besoin de vie paisible de méditation pour maigrir et accompagner mentalement la transformation du corps et du psychisme… ce qui est perturbant si on doit assumer sérieusement un rôle prolétaire… Toujours pareil… comment avoir le beurre et l’argent du beurre sans donner sa part au diable ? Ce qui n’est pas dit par les filles acceptées dans l’administration ou les grosses boites comme Renault et Virgin, c’est qu’elles doivent s’accrocher à leur unique poste sans ascenseur… car en cas de licenciement, retrouver un travail est quasi impossible… Moi j’ai embauché des trans”, des noirs etc… mais je suis une exception avec une activité “artistique”… on tourne en rond. A Bordeaux je suis la seule trans” 100% visible… j’ai même assisté au spectacle de Dieudonné [modéré] … je sors tous les soirs et évite tout ghéto [modéré]… ce n’est pas sans danger et je découvre à quel point le monde hétéro est transphobe… je dois développer une énergie hors du commun pour m’imposer et regarder l’agressif bien dans les yeux pour lui signifier qu’il ne me fait pas peur… je propose un coup de boule à celui qui insiste… jamais de problème avec les filles toujours complices et agréables… même admiratives et pleine de bisous… etc… je suis visible et de plus en plus acceptée grâce à mon esprit d’ouverture et mon comportement gaie… l’humour et l’ironie sont des armes indispensables… mais ou sont les trans” honteuses et invisibles… solidaires de s’imposer à un monde qui vas jusqu’à ignorer notre existence ? Ce que je remarque par rapport à ces coincées du bulbe qui se disent femmes ( dans des assos trans” !) et me traitent de travelo, insultent mon courage et mon intelligence… c’est qu’elles sont plus extrémistes que Frigide Barjot… et aussi intégriste que l’extrême droite… elles réclament de la tolérance et n’en ont aucune pour les autres… ou est la solidarité des trans” ?
    Le comportement ringard et coincé de la majorité des trans” donne une sale image de notre cause et revendications… pour réussir une révolution/évolution il faut plus de courage et moins de culte victimaire…
    Je sais que je suis difficile à comprendre et je ressens cela comme une injustice, comme Allegre qui a subit moquerie et insultes alors qu’il dénonçais l’escroquerie du réchauffement planétaire… d’une terre qui tourne à 4500 km à l’heure… là nous on tourne en rond ! Je comprend bien qu’Amanda Lear évite le milieu trans” et refuse d’y être assimilée… mais vous avez l’exemple d’une vie de trans” réussi… et de beaucoup d’intelligence. etc… Les plus transphobes sont les trans”… on est pas dans la merde !

    • Cand a écrit le 22 avril 2013

      Bonsoir Géraldine,

      Il me semble qu’il y a beaucoup de choses dans ton message :

      – sur le culte victimaire, je suis d’accord avec toi à 100% : il faut arrêter avec ces messages de souffrance “je suis tellement malheureuse, aimez moi, aimez moi” … Non ! je suis une femme-trans, je le vis parce que je me sens bien dans ma peau et je l’assume et c’est tout.

      – sur les trans qui te traitent de travelo … je trouve que ce n’est pas correct, ni vis-à-vis de toi ni vis-à-vis des travesties … donc no-comment et on passe à autre chose.

      – sur ce que ne disent pas les filles qui transitent dans l’administration et les grosses boites … je ne suis pas d’accord … personne n’a jamais dit qu’il était facile de faire une transition professionnelle, dans une grosse boite comme dans une petite : mais on se bat, on s’accroche, on y croit et j’ai la certitude que c’est infiniment plus simple aujourd’hui qu’hier … parce qu’il y a des filles qui se sont accrochés avant moi. Et j’espère que ce sera plus facile demain, parce que je m’accroche et je vais réussir.

      – sur ton combat quotidien, tu dis toi-même que tu as choisi une voie difficile … vouloir affirmer haut-et-fort une vie trans, ne pas chercher à se fondre parmi les filles mais affirmer sa particularité aux yeux de tous, c’est courageux. Moi, je ne pourrais pas. Je n’ai pas cette force. Nous sommes toutes différentes, nous avons toutes un combat … et de toutes façons, nous méritons toutes le respect.

      – sur la fatigue et l’envie d’une vie paisible, comme je te comprends. Chacun-e a le droit de poser un peu les armes. Alors, prends soin de toi.

      Bises
      Candice

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