L’Histoire de Lou – 8ième partie – Lou se travestit

18 avril 2013 | Tags: , , , ,

cheveux-plaquésLou brossa soigneusement ses cheveux en arrière puis elle s’empara du pot de gel et après en avoir retiré le couvercle y puisa une noix de texture.

Elle entreprit alors de déposer celle-ci sur l’ensemble de ses cheveux puis finit de l’étaler par de longs et répétés mouvements de peigne, comme elle le faisait régulièrement «jadis».

Sa coiffure, plaquée maintenant le long de son crâne, donnait à celui-ci une allure masculine qui vint comme en dualité avec ses sourcils finement épilés et la peau maintenant imberbe de son visage.

Tout en procédant à cette forme de rituel, Lou observait son image se transformer. Elle était alors occupée par un sentiment mitigé et finalement assez peu agréable. Comme si en quelques tours de passe-passe elle s’apercevait qu’il ne fallait finalement pas grand chose pour que tout redevienne « comme avant » … comme si, dans ce grimage programmé, en quelques minutes elle se retrouvait plusieurs longs mois en arrière … comme si elle mesurait comme étaient fragiles ses avancées puisqu’un rien suffisait pour faire comme disparaître tout le travail de tous ces mois passés.

Lou enfila alors une chemise à fines rayures. Celle-ci, cintrée, se démarquant par là-même de ses semblables masculines, accentuait tout de même encore l’image mâle que Lou tendait à vouloir présenter.
Elle avait pris soin, toutefois, de ne pas être nue sous son chemisier ; elle portait donc un léger soutien-gorge en dentelles, afin de ne pas laisser poindre sous le tissus ses tétons naissants mais aussi de lui permettre de sentir sur son torse la constante pression du sous-vêtement qui lui rappelait sa féminité intérieure.

Elle choisit un pantalon de toile qui moulait quelque peu ses fesses et prit soin en l’ajustant de dissimuler au mieux qu’elle put la présence non souhaitée de son sexe encore mâle.

Elle ressortit du fond de son placard une paire de chaussures sans nom, mais qui se voulait ne pas dénoter l’ensemble et après avoir lacer celles-ci, ajusta un petit blouson de cuir dont l’apparence lui donnait un genre un tantinet gay, qui lui permit d’être, au moins sur ce point, en conformité avec son attirance sexuelle vis à vis des hommes.

Pour compléter ces artifices, elle ne put s’empêcher de récupérer à la volée, un petit foulard multicolore qu’elle noua autour de son cou.

Ainsi transformée, Lou se rendit « au travail ».

A cette époque là, Lou, de manière ponctuelle mais régulière, donnait des cours d’anglais à des adultes dans un institut catholique. Elle sentait bien que sa situation devenait de plus en plus délicate vis à vis des responsables de celui-ci : faire part de son processus de changement l’exposait indubitablement à ce que puisse être remise en cause sa collaboration auprès de l’Institut, ne pas en faire part la contraignait d’une part à se travestir en homme et d’autre part à renier en elle la féminité qu’elle revendiquait par ailleurs et qu’elle souhaitait pouvoir vivre pleinement et au grand jour. « Dans quel paradoxe je me trouvais ! »

De semaine en semaine, dans le cadre de cette activité professionnelle, elle avançait à petits pas sur le chemin de la féminisation de son apparence. Il n’y avait dans sa démarche aucun calcul, aucun plan d’action. Si, d’un côté, elle sentait en elle comme un besoin impérieux d’affirmer la Personne qu’elle était, ce qui était certainement le moteur de sa hardiesse croissante, une autre partie d’elle-même, raisonnable, je dirais, tentait de freiner ses ardeurs. Cette dualité se traduisait par une forme de lutte interne lors de laquelle, de jour en jour sa raison cédait la place à son instinct, ses peurs s’estompaient au profit de son désir, de sa volonté.

C’est ainsi que sur ses doigts, les bagues firent leur apparition, puis à ses poignets, les bracelets, puis les brillants aux lobes de ses oreilles, puis ce petit foulard, évoqué plus haut.

Si, à ce qu’imaginait Lou, les membres de l’Institut n’étaient certainement pas dupes de ses changements, personne n’en parlait. Comme un consensus, un énorme non dit. C’était un peu comme l’histoire de « l’éléphant dans la chambre » que tout le monde voit et dont personne ne parle !
Lou n’était donc pas très à l’aise avec cette situation, mais elle ne savait comment faire autrement.

Il y aura bien un moment où des mots devront être prononcés. Lou reculait ce moment mais, savait qu’elle ne pourrait repousser celui-ci indéfiniment d’autant que sa poitrine, au fil du temps prenait du volume et était dorénavant nettement visible sous son accoutrement masculin. Il était hors de question pour elle de masquer celle-ci par des procédés comme ceux qu’utilisent par exemple les T FtoM, par l’apposition de bandages par exemple. « C’eut été un
comble ! »

Il est certain que si cette situation a pu durer ainsi plusieurs mois, c’est que sur le fond les stagiaires étaient satisfaits des prestations de Lou et que les retours de ceux-ci auprès de l’Institut étaient favorables.
Lou me raconta que, lors d’un stage, une participante, en aparté, évoqua, interrogative, l’apparence de Lou et lui confia avec une grande acceptabilité qu’elle avait assisté, au sein de son entreprise, un grand groupe européen, à la transformation d’unE employéE et que celle-ci s’était déroulée avec le soutien de la Direction et de ses collègues.

Ce témoignage vint certainement rassurer la partie inquiète de Lou, mais ne lui permit pas pour autant de procéder à la mise en mots tant attendue.

Les choses se précipitèrent lorsque à l’occasion de la réédition du catalogue de présentation des formations de l’Institut, le responsable pédagogique demanda à Lou de lui faire parvenir une photo récente d’elle qui pourrait être un élément engageant les futurs stagiaires à s’inscrire aux modules proposés. La formule alambiquée employée, fit sentir à Lou que « c’était le moment ».

Ce fut par écrit qu’elle mit les mots. Précisant qu’à ce jour elle vivait femme, elle interrogea l’opportunité de profiter de ce nouveau catalogue pour procéder à son « passage » au sein de l’Institut … ou pas. Les échanges par mails semblant délicats sur le sujet, elle proposa une rencontre de visu pour étudier la question de concert.

Rendez-vous fut pris.
Elle était un peu inquiète, avant l’entretien. Nous avions passé un long moment ensemble toutes les deux quelques jours auparavant et elle imaginait de manière assez sombre le déroulement de celui-ci. A ma demande, elle se prit au jeu de m’en raconter sa vision :

« Quand j’arrive, je me présente dans une de mes tenues quotidiennes, c’est à dire dans une féminité affichée mais pas débordante, je suis assez détendue, car, afin peut-être d’amenuiser ma pression intérieure, je me suis préparée à l’éventualité d’une rupture avec l’organisme, ce qui du coup, de mon côté, enlève tout enjeu à la rencontre.

Lors de celle-ci, il y a le responsable pédagogique mais également le responsable de l’institut et le secrétaire général. Lorsque je pénètre dans la pièce dans laquelle tous trois m’attendent, les visages semblent fermés et cette constatation m’amène cette remarque intérieure : « C’est pas gagné ! »

Tous m’ont préalablement connue sous mon apparence masculine, mais seul le responsable pédagogique a suivi mes récentes évolutions.

Quand j’arrive, ils me dévisagent de pied en cap, mais comme je suis, à ce jour, assez sûre de mon passing, je ne prends pas ombrage de ces regards ; je reste concentrée sur mes ressentis intérieurs afin de ne pas me laisser envahir par quelque sentiment issu de la situation qui ressemble plus à une convocation devant un tribunal militaire qu’à une invitation à une rencontre entre gens de bonne compagnie. Je ne m’y méprends pas.

L’entretien est courtois.

Si la question à l’ordre du jour est de prendre ou non la décision de mon passage à une identité féminine, les membres de l’Institut évoquent assez rapidement une certaine réticence à « prendre le risque d’alimenter une éventuelle transphobie de leurs clients », qui pourrait « nous » être préjudiciable ….

Lorsque j’entends ces propos, je n’ai pas vraiment de doute sur le fait que ceux-ci sont la démonstration de la propre incapacité de ses auteurs à assumer une différence qui leur est vraisemblablement difficilement acceptable sur un plan personnel.

Dès lors, je comprends que la cause est jouée d’avance, perdue, en somme, quoique je fasse.
L’attitude que j’adopte alors est de contrer calmement mais systématiquement chacun des arguments avancés par mes interlocuteurs tout en tâchant d’observer, avec un certain amusement « comment ils vont s’en sortir sans afficher leur propre transphobie ! »

Je suis un peu amère, évidemment de la tournure que prennent les événements, mais lorsque je sors de l’entretien je me sens fière et libre et « ça, ça n’a pas de prix ! »

Tu sais, sur un plan purement juridique, j’ai bien conscience que ma relation avec l’Institut est purement commerciale, aucun lien de subordination n’existe, les responsables ont la capacité de se passer de mes services sans tambour ni trompette. Il leur suffit de ne pas renouveler le contrat annuel signé chaque année depuis douze ans.

Voilà comment cela va se passer ! »

Effectivement, je pouvais comprendre les craintes de Lou et je sentais comme, quoiqu’elle en dise, l’enjeu pour elle était de taille, vue son ancienneté dans ce travail, mais également vue la potentielle remise en cause de sa Personne dans le cas d’une possible rupture. Ainsi, une fois encore, elle mesurait les risques, que lui faisait prendre sa transition.

Quelques jours plus tard, suite à la réunion, donc, Lou me laissa un message sur mon répondeur qui disait ceci : « Le responsable pédagogique envisage de faire dès à présent la modification de mon identité sur le site internet pour le prochain stage qui a lieu dans un mois ! Il n’en avait pas encore parlé à la Direction mais il dit que ce ne sera pas un souci. Il ajouta qu’il lui semble normal que l’Institut respecte la Personne que je suis aujourd’hui … En tous les cas, ce dénouement démontre que cette Personne que je suis aujourd’hui, elle est quand même un peu cruche de se mettre dans tous ses états ! »

De mon côté, cet épisode me démontra une fois de plus, comme la transition de Lou la mettait dans un état de doutes et de craintes et venait interroger, voire remettre en cause, de manière régulière, ses relations avec autrui, à ses yeux tout au moins.

Vous avez aimé cet Article ? Vous aimerez aussi :
Maison close par Lautrec : http://www.parisrevolutionnaire.com
Lou est attirée sexuellement par les hommes ; C’est un fait, une évidence, une réalité. Cela faisait de nombreuses années que Lou savait cela, et cela faisait de nombreuses années que ses partenaires étaient donc de sexe masculin. A l’époque, je veux dire, à l’époque avant laquelle Lou avait révélé (à elle-même et au monde entier) son apparente féminité, ceux-ci se qualifiaient généralement dans la catégorie des « gays » : c’est à dire des personnes d’apparence masculine portant un sexe mâle et ...
LIRE L'ARTICLE >>
L’Histoire de Lou – 5ième partie – Outing
Petit intermède anachronique d’une opération d’outing, rondement menée ! Christelle est une ex « bonne copine » de Lou. Christelle, à la différence de Lou était clairement outée. Plus exactement, Christelle avait une âme de militante, elle s’affichait volontiers comme une « Femme Trans » et rajoutait à ceux qui voulaient bien l’entendre : « et les mecs que ça débectent, ça me met en transes ! » Christelle avait un franc parler, « un peu trop de testostérones ? », la taquinait ...
LIRE L'ARTICLE >>
http://martinepeters.wordpress.com/2012/01/27/bebes-dragons/
Son sexe était « tout dur », tout tendu, une étrange sensation dans ce petit corps, il y avait  quelque chose d’un peu honteux, était-ce la nouveauté de la sensation ? Lou savait que c’était un truc de petit garçon, et elle se disait que tous les petits garçons devaient vivre cela. Elle était alors en vacances à Aachen, dans une famille allemande. Elle partageait la même chambre que Wilfried. Un petit garçon qui devait avoir un ou deux ans de moins qu’elle. Un ...
LIRE L'ARTICLE >>
Le rituel du papillon
Il se tenait face à son miroir, pensif, indécis… La journée avait été longue et difficile. Enfin il se retrouvait dans son refuge loin de toutes les responsabilités et des obligations de son quotidien. Il s’était enfermé dans sa pièce à lui, ce lieu ou tous ces désirs devenaient réalité, dans cette pièce remplis de trésors chers à son cœur. Sa pièce n’était pas très grande, mais elle lui appartenait… elle ressemblait à un petit cellier sans fenêtre, ou tout voyeur ...
LIRE L'ARTICLE >>
L’Histoire de Lou – 1ère Partie  – Lou n’est pas née dans un chou
Cela faisait un bon moment que Lou l’apercevait, cette porte entre-ouverte, mais elle n’y prêtait pas plus d’attention que cela. Et puis, un jour, on ne sait pourquoi, Lou, qui à l’époque ne s’appelait pas encore Lou, sentit en elle-même une forte attirance à aller y passer la tête. Elle avança prudemment, à pas feutrés, jetant un œil derrière son épaule pour vérifier que personne ne l’aperçut et avec un geste lent mais décidé entreprit de faire coulisser la paroi de ...
LIRE L'ARTICLE >>
J’ai rechuté, j’ai mis la culotte de ma femme
Dans un moment de désespoir, il reprit un verre de whisky et entre deux moments d’ivresse, il dit à sa femme qu’il avait décidé de se soigner. Il ajouta qu’il avait déjà assisté à plusieurs réunions d’une association de soutien aux personnes désireuses d’arrêter. Sa femme n’y croyait pas un seul instant car  cela faisait trop longtemps qu’il vivait avec son problème. Il avait même fait une crise qui faillit casser son couple tellement elle n’en pouvait plus de supporter ...
LIRE L'ARTICLE >>
L’Histoire de Lou – 6ième partie – Lhomme
Un borborygme dans la salle d’eau. Lou est dans le lit, immobile. Elle sait que bientôt lhomme reviendra. Reviendra auprès d’elle. L’odeur de la sueur. Un petit peu acide. Un petit peu caramélisée. Il lui dira encore des mots, dont la signification profonde est étrangère à Lou. Comme si d’une vague de mots elle n’en percevait que l’écume. Il lui parlera de l’amour qu’il a, lui, lhomme pour Lou, il lui dira les mots, les mots qu’il dit à chaque fois. Lou a froid ? Lou a ...
LIRE L'ARTICLE >>
© The Islet of Asperger
En ce moment, j’ai pas la grande forme comme on peut le voir sur mon dernier statut Facebook. J’ai plutôt envie de tout fermer car j’ai vraiment l’impression de n’y rien comprendre. Et c’est là une des caractéristiques du Syndrome d’Asperger, dont je suis atteinte, qui est de ne pas connaître (et comprendre) les codes sociaux. En fait, le Syndrome d’Asperger fait de nous des handicapés sociaux. Je dirais plutôt que le Syndrome d’Asperger est la catégorisation des handicapés sociaux plutôt ...
LIRE L'ARTICLE >>
Maman
Maman, J’espère que là ou tu te trouves, tu te sens mieux ... Je t’écris car tu es partie sans que je puisse t’avouer certaines choses. Oui, ce 11 octobre 2000, mon train avait du retard et pendant que tu agonisais sur ce lit d’hôpital, pendant que tu luttais pour vivre quelques instants de plus pour m’attendre et me revoir une dernière fois, moi je pensais très fort à toi et je n’avais qu’une hâte, celle d’arriver et de te dire combien ...
LIRE L'ARTICLE >>
Vision poétique d’une femme transgenre
Assis devant sa fenêtre, il regarde un oiseau au loin. Son regard dans le ciel est lointain car au fond de lui, il est pensif… Bientôt ce moment tant attendu va arrivé… il soupire longuement. Un léger vent s’est levé, faisant tournoyer les feuillages des arbres, réveillant ainsi de son calme et de sa tranquillité la nature. Il ferme les yeux comme pour s’imprégner de cet instant. Au fond de lui, elle se voyait transporter dans un autre monde, celle qu’elle allait ...
LIRE L'ARTICLE >>
L’Histoire de Lou – 2ème partie – Lou et les Hommes
L’Histoire de Lou – 5ième partie – Outing
L’Histoire de Lou – 3ième Partie – Le Dragon de Lou
Le rituel du papillon
L’Histoire de Lou – 1ère Partie – Lou n’est pas née dans un chou
J’ai rechuté, j’ai mis la culotte de ma femme
L’Histoire de Lou – 6ième partie – Lhomme
Ma vie de trans
Maman
Vision poétique d’une femme transgenre

Leave a reply

You must be logged in to post a comment.

X
- Entrez votre position -
- or -