Troisième sexe, redux !

14 juin 2013 | Tags: , , ,

Image OII - DR

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Nous pouvions croire que le jugement en Australie pour la reconnaissance d’un genre neutre était une bonne nouvelle et un outil possible et supplémentaire pour les personnes transgenres et surtout pour les intersexes.

Dans un communiqué, la branche australienne de l’Organisation Internationale Intersexes (OII) clarifie sa position et montre au contraire tout le danger de cette décision de justice.

Vincent Guillot qui nous avait déjà alerté s’est exprimé à nouveau sur son profil facebook ce matin à ce sujet :

Tout d’abord, comment définissons-nous l’intersexualité? OII estime qu’il n’y aura jamais une définition claire et en même temps, qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une définition juridique de l’intersexualité. Nous n’avons pas de définitions claires de ce qu’est une femme ou un homme. Nous supposons que ce soit le cas.

Le but de l’OII est de travailler en faveur des droits de l’homme pour l’intersexualité en aidant les gens à comprendre qu’il n’y a pas seulement deux sexes préexistants. Il ya une combinaison infinie de possibilités sur le spectre de sexe et de genre.

La création d’une catégorie spécifique pour les intersexué risque même plus la marginalisation d’un groupe qui est mal compris. Nous fondons nos arguments juridiques sur le droit de chaque personne de déterminer leur propre identité dans le système binaire dans l’espoir que finalement il n’y aurait aucune tentative d’imposer catégories de sexe juridiques à quiconque.


Traduction du communiqué de Presse

Après avoir passé quelques appels téléphoniques, il est clair que beaucoup de gens ne comprennent pas notre position qui consiste à s’opposer à la création d’un troisième sexe, tout en soutenant la marque X sur les certificats de naissance et les passeports.

Pour être clair, l’intersexualité n’est pas une troisième catégorie de sexe arbitraire, mais plutôt un éventail de possibilités, et ce n’est pas non plus un troisième genre arbitraire.

Même si certaines personnes intersexuées définissent leur identité intersexe, l’identité n’est pas ce qui définit l’intersexualité : l’intersexualité est subordonnée à des caractéristiques corporelles physiques. Intersexué n’est pas une identité de genre parce que c’est d’abord une question de sexe physique. Comme nous le disions dans notre proposition à la commission des droits de l’homme dans le cadre du projet de loi anti-discrimination, plutôt que de définir une catégorie fourre-tout «autre», nous préférerions 
réduire notre participation dans les constructions de genre; nous ne voulons pas la création d’une troisième case.

OII Australie soutient le droit de tous les Australiens âgés de plus de 18 ans (et peut-être même pour les mineurs émancipés) de ne pas avoir à préciser leur sexe. C’est, de pouvoir rester discret concernant notre anatomie sexuelle.

Nous disons que nous devrions avoir ce droit de la même manière que nous avons le droit de garder le silence sur notre identité de genre, notre orientation sexuelle, notre race, notre religion et notre affiliation politique. Aucune de ces choses ne sont indiquées sur les certificats de naissance ou les passeports, mais ils sont à certains égards plus indicatifs d’une personne que ne l’est l’anatomie de son sexe.

Cependant, nous résistons à la création d’une troisième catégorie de sexe où les différences anatomiques du sexe sont les qualifications requises et pour laquelle seules les personnes intersexuées seraient qualifiées.

OII possède une large expérience des catégories de sexe “tiers” au travers de son réseau international. Ces catégories ne servent qu’à renforcer la binarité des sexes en extrayant les “malades et déformés” des deux catégories dominantes et donc, en quelque sorte, en les purifiant. Le système médical tente déjà de «réparer» l’intersexualité en modifiant l’apparence des organes génitaux des nourrissons.

Nous notons que, dans les pays où les catégories de troisième sexe existent, ceux si sont classés sur l’échelon le plus bas possible d’un point de vue social ou de respect de la citoyenneté dans leur propre pays.

Dans le système australien actuel de binarité du sexe, système qui ne parvient déjà pas à assurer l’égalité pour les personnes non classées comme homme, il semble peu logique de créer un autre sexe qui offrira une plus grande inégalité.

Il n’est pas plus nécessaire d’indiquer un troisième sexe sur les certificats de naissance pour recueillir des données et fournir des services à quelqu’un, que d’avoir l’orientation sexuelle, la race ou l’origine ethnique placé sur des documents pour être comptés dans le recensement ou d’autres programmes de collecte de données gouvernementales .

L’argument selon lequel une personne devrait avoir le droit à une troisième catégorie de sexe doit tenir compte de trois éléments qui pèsent sur d’éventuelles conséquences imprévisibles :

– en cherchant à obtenir ce droit, vous pourriez encore stigmatiser ou marginaliser d’autres personnes ou vous approprier leur vie pour gagner votre argumentation,

– que vous ne créez pas des catégories dont vous ne faites pas partie et qui pourraient être utilisées pour des personnes sans leur consentement, et que cela aille à l’encontre de leurs droits à l’égalité de traitement.

– que vous ne préconisez pas des catégories sociales expérimentales dans lesquelles des enfants intersexués pourraient être affectés.

Nous avons entendu de nombreuses fois semaine dernière que la décision récente de la cour d’appel de NSW est bon pour les personnes intersexuées. Ce n’est pas le cas. Les points ci-dessus n’ont pas été pris en compte. Le sujet était un sujet pour les personnes transgenres non binaires en vertu des dispositions pour les personnes transgenres dans la législation NSW. Aucune personne intersexuée n’a été impliquée dans cette affaire, aucun personne intersexuée n’a été témoin, et aucun personne intersexuée n’était représentée.

Ce jugement s’applique uniquement aux personnes transgenres qui ont subi une chirurgie d’affirmation sexuelle, et lorsque cette opération a échoué. L’application à d’autres circonstances est susceptible d’avoir des conséquences négatives imprévues.

Comme nous l’avons mentionné auparavant, les questions d’identité ne sont pas notre priorité. L’absence de discrimination, et l’autonomie de nos propres corps sont nos principales priorités. Nous espérons que ces questions bénéficient d’autant d’attention de la part des médias et du public.

(Librement traduit par Julie M.)

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8 responses to Troisième sexe, redux !

  1. Julie Mazens a écrit le 14 juin 2013

    La disparition de la mention Sexe sur nos papiers d’identité et passeports français – totalement inutile pour identifier quelqu’un (surtout avec les nouveaux supports biométriques – empreintes digitales, ADN ou autre vaisseaux sanguin du lobe d’oreille) – rendrait caduc tout Changement d’État civil …

    On a le droit de rêver.

  2. Brigitte Goldberg a écrit le 14 juin 2013

    Ce qui impliquerait de changer 60 millions de N° de sécu ainsi que tout le système d’identification de cette dernière, on a effectivement le droit de rêver…

  3. Ester a écrit le 14 juin 2013

    La principale difficulté est due au fait que SEULES les personnes transgenres et intersexe sont gênées de devoir indiquer leur sexe. Comme groupe de pression ça fait léger…
    La position défendue par les intersexes, qu’on peut comprendre, ajoute encore une complexité au problème.
    J’ai cherché un moment des cas ou cette mention serait vraiment nécessaire et j’ai trouvé que pour ce qui touche à la santé ou à la prison il était utile d’avoir cette information. Mais dans tous les autres cas: contrôle d’identité, travail, relations avec l’administration ce n’était pas utile. D’autant plus que la discrimination fondée sur le sexe est interdite.

  4. Amélie a écrit le 16 juin 2013

    Quand mettrons t’il dans le calendrier la fête de notre 3ème catégorie, à mi-chemin entre la fête des mères et la fêtes des pères???

  5. Jessika Francesca a écrit le 17 juin 2013

    Ester,
    quand tu dis que les personnes transgenres et intersexes sont un groupe de pression léger, tu marginalises et discrimines des individus.
    vous êtes adorables les femmes trans’, mais souvent je me butte à cette réalité, vous n’êtes les seules qui ont le droit d’exister et de vivre !!!
    alors agissez de même avec les FtM, qui gardent tout de leur anatomie dite “féminine” et qui en jouissent entièrement. ils ne sont donc pas des hommes puisqu’ils n’ont pas de phallus !!!!!!!!!
    beaucoup de personnes, désirent être reconnu autrement qu’au travers de la binarité hétérosexuelle, il serait qu’ils soient respectés.
    aucun respect entre nous, alors qu’être trans’ ce n est pas que pour devenir une femme au travers d’une opération, mais c’est un vécu, c’est un corps dans toutes ces cellules qui expriment de la féminité, à 100%. ras le bol du dictate vagin = papiers !!!

    • AlexMec a écrit le 18 juin 2013

      Tu mélanges “exister” et “avoir un poids politique”. Oui les trans et intersexes existent et ont le droit de vivre heureux comme tous les autres groupes, mais d’un point de vue politique, nous avons très très peu de poids. Ce n’est pas marginaliser un groupe que de reconnaître une telle réalité.

      alors agissez de même avec les FtM, qui gardent tout de leur anatomie dite “féminine” et qui en jouissent entièrement. ils ne sont donc pas des hommes puisqu’ils n’ont pas de phallus !!!!!!!!!

      Eeeeh O.o ?? La plupart des FtM suppriment au moins deux parties absolument essentielles de leur anatomie femelle (les seins d’un côté, et les ovaires et/ou l’utérus de l’autre), et un nombre conséquent d’entre nous se font construire quelque chose “en bas” – y compris, dans le cas des phalloplasties, ben justement, un phallus!

      • Héloïse a écrit le 18 juin 2013

        Par Saint Hammarberg ! Les transgenres et intersexes n’existent pas.
        C’est une conséquence du complot binaire-hétéro-patriarchal-monothéiste-capitaliste à créer de la disrimination dans le but de diviser pour mieux régner, qui crée le besoin de mutilation.

        • AlexMec a écrit le 18 juin 2013

          Moi, ce qui m’éclate dans ce raisonnement, c’est que ça revient à dire que les femmes n’existent pas – parce que les hommes, eux, ont toujours existé et existeront toujours, évidemment. Donc si on nie la binarité homme/femme, alors on nie l’existence propre des femmes. Et vlan! 1000 ans de perdus d’un coup! C’est pas beau, ça?

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