Des parents d’enfants intersexués au procès. La judiciarisation est-elle une solution ?

8 juillet 2013 | Tags: , , , ,

hermaphroditeIl se déroule en ce moment, aux USA, en Caroline du sud un procès qui retient l’attention des médias nord américains[1]. Dans le même temps en France se prépare le même type de procès sans que rien ne transpire.

Il s’agit de parents d’enfants intersexués qui estent en justice pour demander réparations des mutilations génitales que leur enfant a subit.

L’intersexuation concerne en France annuellement 8.000 nouveaux nés qui n’ont pas des corps sexuellement conformes aux attendus sociétaux. Ils ne sont pas pleinement mâle ou femelle, souvent un peu des deux et 2.000 seront opérés pour généralement les transformer en fille. Cette pratique perdure depuis plus d’un demi siècle alors que les adultes médicalisés dans l’enfance devenus adultes disent depuis vingt ans qu’on les a mutilé et qu’un grand nombre d’entre eux devenus des malades à vie du fait de la stérilisation des conséquences des mutilations et disent stop.

Leurs organes génitaux externes ne sont pas malades, ils sont juste différents et c’est au prétexte de la souffrance psychologique des parents qu’on les mutilent. C’est le seul cas dans la médecine occidentale où on mutile un tiers pour soulager la souffrance psychologique d’un autre tiers, le parent.

Les choses commencent à changer et par exemple, le rapporteur aux tortures de l’ONU à inscrit les opérations chirurgicales non consenties par les personnes concernées sur la liste des torture[2], le Conseil d’éthique Suisse recommande l’arrêt des assignations chirurgicales sur les enfants intersexués[3] et que des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, légifèrent à peu près dans le même sens.

L’histoire est banale, un enfant non conforme est mutilé pour en faire une fille et très jeune (dès six ans pour MC en Caroline du sud), l’enfant affirme qu’il est un garçon. Il se passe également le même processus dans l’autre sens bien que ce soit plus rare puisque dans l’immense majorité des cas les assignations se font vers le féminin car c’est plus simple chirurgicalement.

D’autres encore revendiquent se vivre comme intersexe, comme autre qu’homme ou femme et ceux qui n’ont pas été mutilés dans l’enfance, demandent parfois à l’age adulte une ré-assignation sexuelle (comme les trans) et un changement d’état civil. Au moins ces derniers n’auront pas perdu leur sensibilité génitale comme dans les cas d’excision et auront du matériel pour que le chirurgien leur fasse le sexe qui leur convient. Cependant la majorité des personnes non mutilées aiment leur corps, ou apprennent à dépasser la honte de celui-ci et le vivent sereinement.[4]

Seul, le magazine communautaire Suisse, 360, du fait de la réelle visibilité intersexe dans ce pays a consacré un article sur ce procès américain : États-Unis Bébé intersexe mutilé: ses parents demandent des comptes[5] .

Pour la France, les choses sont bien plus compliquées et les organisation intersexes[6] n’ont eu vent du procès qui se prépare dans l’hexagone que par des médecins dont certains ont été interrogés par le juge comme témoin. Nulle personne concernée, mutilée n’ayant été entendue.

De la même façon, le corps médical français fait la sourde oreille à leurs revendications et leur dénient en permanence le droit à la parole comme en témoigne par exemple le dernier ouvrage français paru sur la question ; Différenciation sexuelle et identité Clinique, art et littérature [7].

Sous un titre accrocheur, presque militant se cache en fait une auto promotion et une justification des mutilations génitales (hormono-chirurgicales) sur les enfants intersexués.

Une fois de plus, le lecteur n’aura que la parole des « sachants », pas celle des personnes concernées qui sera systématiquement invalidé.

Pendant ce temps, les personnes mutilées se retrouvent marginalisées et souvent se suicident. Hier encore, j’ai reçu une jeune personne qui se plaignait du massacre de ses organes génitaux externe lorsqu’elle avait six ans et régulièrement, j’écoute les souffrances des parents qui n’osent pas porter plainte car ils se sentent fautifs d’avoir accédé à la demande de médicalisation des médecins. Ils ne disent jamais aux parents que la seule raison des opérations est sociale et cosmétique et à ce titre enfreignent la loi sur le consentement éclairé des malades ou de ses aillant droit[8]. Pire c’est à la mère qu’est enjoint de faire les soins post opératoires qui se résument bien souvent à la pénétration de la cavité vaginale produite artificiellement sur l’enfant afin qu’elle ne se referme pas[9], ce qui vu de l’extérieur et est vécu comme tel par certaines personnes concernées, est une injonction de viol incestueux par la médecine, de la pédophilie institutionnelle puisque aucune nécessité médicale n’entre en jeu, juste des considérations culturelles.

Ne sachant rien du procès français, aucune analyse, conjecture ne peut être faite. Mais pour ce qui est du procès en Caroline du sud, il est à mon sens symptomatique que les parents soient adoptant et que les mutilations aient eu lieux avant l’adoption.

J’ai plusieurs fois accompagné des parents adoptants d’enfants intersexués et j’ai constaté qu’il est plus facile de faire le deuil de l’enfant normé dans ces cas là. De plus ces parents ne sont pas co-acteurs malgré eux des mutilations et des tortures infligées à l’enfant, ce qui leur permet de demander réparation en justice. Dans ce cas là, il y a une réelle possibilité de résilience de la part des parents, sans que l’on ne puisse présumer de quoi que ce soit pour l’enfant encore très jeune, sans possibilité de création du corps masculin demandé puisque tout a été retiré. L’histoire des frères Reimer, relaté par John Colapinto[10] pourrait laisser penser au contraire que la vie sera difficile pour celui-ci.

Mais pour les parents qui ont donné leur consentement, extorqué par les médecins quelle possibilité de résilience ont-ils? La judiciarisation est-elle une solution ?

Les parents que j’entends ne sont pas en capacité d’aller plaider la cause de leur enfant devant les tribunaux car ils ont honte et souffrent de la souffrance de leur enfant. Ils portent la culpabilité de la participation aux violences et de n’avoir pas su protéger leur enfant. De plus, ils craignent que la justice prenne fait et cause pour les médecins et jugent sur leur propre responsabilité.

Même quand l’enfant devenu adolescent ou adulte ne se plains pas ouvertement, les parents restent avec cette lancinante question du bon ou mauvais de sexe auquel ils ont souscrit dans l’urgence et sous la contrainte des médecins. Chaque difficulté de la vie de leur enfant sera analysée à l’aune du choix du sexe, et ils n’oseront pas en parler avec celui-ci de peur de faire (re) surgir des questions et des récriminations. D’autres seront dans le dénie des mutilations et malgré le mal être de leur enfant, parfois jusqu’après le suicide de celui-ci et réitéreront en permanence le bien fondé de la médicalisation afin de supporter l’horreur de l’échec.

Ne pas opérer les enfants intersexes dans l’enfance n’est pas une utopie et des médecins refusent désormais de le faire. Ce n’est pas non plus jouer aux apprentis sorciers ou une position dogmatique. C’est simplement ne pas sexualiser des nourrissons, faire des paris sur leur future sexualité et identité sexuelle. Un bébé n’a pas besoin d’un sexe sexuellement conventionnel, il en a juste besoin pour uriner. Ce que disent les personnes concernées devenues adultes et le personnel soignant les ayant entendu c’est que ne pas sexualiser le nourrisson, ne veut pas dire ne pas le sexuer. Donner un sexe social et administratif est légitime dans la société occidentale. Il faut donc le faire en essayant au maximum d’aller vers le sexe le plus probable en ayant à l’idée qu’il y a des personnes au corps sexuellement conventionnel qui demandent des modifications corporelles et un changement d’état civil. Alors que d’un point de vue médico-légal et d’une certaine façon sociétale les personnes trans ont une existence, il serait temps que les personnes intersexuées en aient aussi une car à mon sens, seule une réelle visibilité sera salvatrice à la fois pour les parents et les enfants concernés.

Ce procès nord américain est une des voies de visibilisation de la question intersexe, il y en a bien d’autre tel que deux documentaires récents faits par des personnes intersexuées, Intersexion[11] et Orchid, my intersex adventure[12] qui seront présentés cet été au festival du film de Douarnenez. Il y a aussi la loi australienne sur les discriminations qui à incluse nommément les personnes intersexuées[13].


[1] http://www.splcenter.org/get-informed/news/groundbreaking-splc-lawsuit-accuses-south-carolina-doctors-and-hospitals-of-unnece#.Uacq5pymW6V

[2] http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/RegularSession/Session22/A.HRC.22.53_English.pdf

[3] http://www.tdg.ch/suisse/Le-choix-du-genre-doit-etre-laisse-aux-enfants-intersexes/story/20767234

[4] http://inter-actyouth.tumblr.com/post/50296468118/nthabi-to-conform-or-not-to-conform

[5] http://360.ch/blog/magazine/2013/05/bebe-intersexe-mutile-les-parents-demandent-des-comptes-22135/

[6] http://oiifrancophonie.org/nos-revendications/revendications-de-loii-francophonie/

[7] Tamet et Al, 2012 Editions in press, 2012

[8] Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé

[9] Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, septembre 2008 vol-56  p 383 K Guenich et al l’identité sexuée en impasse: »: « C’est sûr, une petite fille de trois ans l’emmener chez le gynécologue, toute nue, sur un drap en papier avec heu…des bougies de pénétration, non de dilatation, des gants de pénétration, je suis en train de pleurer, ma mère qui me tient, tout ça… je me dis que pour elle, ça a dû être douloureux » .

[10] As nature made him, John Colapinto, Perennial éd, 2000

[11] http://www.intersexionfilm.com/

[12] http://www.orchids-themovie.com/

[13] Sex Discrimination Amendment (Sexual Orientation, Gender Identity and Intersex Status) Bill 2013 No., 2013

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3 responses to Des parents d’enfants intersexués au procès. La judiciarisation est-elle une solution ?

  1. Brigitte Goldberg a écrit le 8 juillet 2013

    En France, un sexe doit obligatoirement être attribué à un enfant intersexué. Le procureur peut, à la demande express des médecin sursoir pendant deux ans à cet demande à la suite de quoi, un sexe, même erroné doit lui être attribué…

  2. beatrice Viviani a écrit le 15 juillet 2013

    Merci pour cet article de qualité.
    Une question cependant 8000 naissances intersexsues par an entraîne telles bien 450 à 500 milles personnes concernées soit 0.8 %.
    Auriez vous également une estimation du nombre des perso,es transgenres en france?

    • Julie Mazens a écrit le 15 juillet 2013

      des études de prévalence dans deux autres pays (UK et US) montrent un pourcentage de transgenre compris entre 0,5% et 1,5%. Difficile de connaitre plus précisément le nombre en France, il faudrait déjà s’accorder sur la définition de transgenre, y inclure (ou pas) une certaine proportion de personnes intersexuées, idem pour certains travestis (en fonction de la raison de leur travestissement).

      Dans cette fourchette, cela donne quand même entre 300 et 900.000 personnes en France.

      C’est d’ailleurs mon impression depuis toujours, que le nombre de personnes transgenres est dix à vingt fois plus important que le nombre dit de “transsexuelLLe” (si on entends par là les personnes ayant eu un changement de sexe).

      je travaille d’ailleurs à un article pour présenter les différentes sources d’information disponible quand à notre nombre et voir ce qu’il est possible d’en déduire (au moins dans une fourchette réaliste).

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