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La Lettre d’Amour

2 août 2013 | Tags: , , ,

Avertissement: Stricto sensu, ce texte n’est pas un témoignage, au sens où il n’est pas la narration de MON histoire, il témoigne seulement de ce que je SAIS, il recoupe des histoires vraies que j’ai enchâssées dans une fiction en prenant soin d’éviter le pathos et la caricature.

Puissent celles qui ont connu ce genre d’aventure y trouver un exutoire, et peut-être la force de dépasser l’enfermement du silence. C’est le but. Le seul.

Phlune


Ô mon F !

Mon petit bouton d’amour en papier !!

Je t’ai tant espéré
petit triomphe intime
mon arc-en ciel dans l’eau vive, après toutes ces années de boue
de grisaille, et d’ennui …

Aujourd’hui c’est l’anniversaire, ça fait pile dix ans que tu es là, ah !…

Je me souviens
Je me souviens de tout
Un grand Soleil de Décembre dans Paris …

J’étais arrivée à pied à 10h chez le Pr R. dans le 15ème, un chirurgien de l’hopital ***** mandaté par le tribunal pour m’expertiser. J’étais déjà débarrassée du psy et de l’endocrino, restait le gros morceau, l’expertise physiologique …

“C’est dans la logique de ce qui se fait, m’avait dit l’avocat, il faut comprendre la juge, ils ne peuvent pas statuer sans preuve.Mais de toutes façons, vous êtes opérée, ce sera une simple formalité, normalement”

Immeuble haussmannien, 3ème étage sans ascenseur, Sonnez et Entrez
La secrétaire me voit arriver, une trique à chignon gris et lunettes d’écaille en demi-lunes

“- Madame, Vous avez rendez-vous ?
– Oui, je suis Marianne V. et je …
– J’ai un Xavier V. sur mon agenda, c’est vous ?
– Ben oui, mais en fait je …
– Salle d’attente au fond du couloir, Monsieur.”

Je me dis elle est peut-être plus conne que son employeur, ça peut arriver, ça, des fois.

Salle d’attente vide.

3/4 d’heures passent.

Je suis pas fière en fait, une copine m’a déjà raconté des trucs, je vais tâcher de jouer serré, de toutes façons, je m’en fous, chuis une bonne femme, merdalors, y va bien être obligé de le voir.
Il ne peut pas ne pas, d’abord, et moi, ben…
j’ai pas le choix.

R. ouvre enfin la porte de son cabinet
Un type replet, la soixantaine, cheveux en brosse poivre et sel, costard noir, noeud papillon, un teint cireux qui me rappelle quelqu’un vu à la TV, pas le temps de me demander qui.

“- Xavier V. c’est vous ?”

Ce coup-ci j’ai compris, faut dire oui.
Il me désigne un fauteuil devant son bureau

“- Entrez, asseyez vous-là.”
Il gratte une sorte de fiche, il écrit, pendant trois minutes sans relever le nez
je suis tendue comme un arc, j’attends.
C’est un crapaud froid, grassouillet et mou, méthodique.

“Médico-légal, je me dis, en fait c’est une autopsie qu’il prépare”,
je manque rigoler, c’est nerveux, il lève les yeux, donc non, je rigole pas,
il reprend son gribouillis
J’ai eu le temps de voir de façon certaine : dans son regard, il n’y a strictement rien.

“-Donc vous êtes Mr Xavier V.
– MADAME !
J’ai monté le ton, pas plus que ça, mais merde à la fin
Il monte exactement comme moi :
“- C’est le Tribunal qui décidera, ça.”
Puis il redescend
“- Vous êtes né à .. le … vos parents, blablabla
il enchaîne ses questions comme un automate, je réponds comme je peux,
j’ai peur qu’ après une demi-seconde de retard à répondre, je me fasse engueuler
et si j’ai déjà couché avec des garçons, oui,
depuis quand, et avez-vous des frères et soeurs, blablabla,
votre père voulait une fille, avant votre naissance,
et à quel âge avez vous commencé à vous prendre pour une femme ?

– !!

– Ouais, comme les autres, quand on vous pose la question à brûle-pourpoint, vous ne savez pas quoi inventer, bon passons à la suite, vous enlevez le haut, corsage et soutien-gorge, s’il vous plaît.

– J’ai pas de soutien-gorge, en fait, avec mon traitement, je fais que du A, mais je veux pas de prothèses parce que …

– Tsss tsss tsss dans la vie faut se donner les moyens de ses ambitions, mon vieux.”

Il regarde, il palpe, il mesure, tour de bras, longueur des doigts
(elles sont chouettes, mes mains, ma mère disait toujours que j’avais des doigts de pianiste),
et il note encore, tour de poignets, puis il me dit de lever les bras.
Je suis pas épilée …

“- De mieux en mieux”

Il repart à son bureau, griffone, encore toute un minute sur sa fiche, il revient, m’examine la mâchoire, les arcades, les dents (ben si, ça aussi. Je vois pas le rapport, mais bon) et me demande d’enlever tout le reste, chaussures, jupe, collant, culotte.
Je sens que c’est pas vraiment le moment de lui demander pourquoi.
Je dois rester plantée debout, à poil au milieu de la pièce,
regriffonage à son bureau, ce coup-ci il emporte son carnet avec lui,
il mesure mon tour de hanches, de cuisses, il note.

“-Retournez vous.”

Il veut tout voir ce con …

Dehors, l’hiver, il fait un soleil magnifique, putain, être ailleurs, bordel …

“-Vous avez compris qu’avec des hanches pareilles, vous ne ferez jamais illusion, j’espère”

M’en fous, je commence à foutre le camps, je fais ça des fois, quand j’ai pas d’autre sortie

Il me réveille :
“- Allongez-vous ici”

Table de gynéco, le skaï est à moitié bousillé par l’usure sur le côté où je m’assois,
on voit la mousse jaunâtre, mal recouverte par le papier d’examen, beurk,
Je suis allongée, il m’appuie sur la gorge pour sentir ma pomme d’Adam.
Changement de régime … Il a arrêté de faire des commentaires
j’ai l’impression qu’il est énervé, essoufflé, en tout cas, il sue,
et je commence vraiment à en avoir assez.

C’est la peur, brute, animale, qui remplace ma rage d’un seul coup

“-Mettez vos jambes dans les étriers”

J’ai le palpitant à 200, j’hésite entre la crise cardiaque, l’AVC et le meurtre,
ma jambe droite est mal mise, elle dérape, tombe sur son poignet, mon talon pile sur sa montre,
il me la remet brusquement en position comme un enragé, il enfile des gants de latex et il dit entre ses dents :

“-On passe aux choses sérieuses”

J’ai dit que j’allais raconter alors je raconte:

Il a soulevé le capuchon de mon clitoris, et a frotté trois fois en tournant dans un sens puis dans l’autre pour voir s’il était sensible.
J’ai commencé à pleurer, il a écarté mes lèvres, et puis c’est venu comme ça sans prévenir, sans un mot, j’ai senti son index et son majeur me rentrer dedans, direct, à fond,
(enfin, quand je dis à fond, c’est à fond de sa grosse patte dégueulasse, je suis plus profonde que ça, en fait)
Il a crocheté ses doigts dans moi, vers le haut (au point G, si ça existe …),
puis un quart de tour, et encore un quart de tour vers le bas,
et il a retiré ses doigts lentement, il enlevé ses gants, il est parti à son bureau,
et moi tout en chialant, je me suis mise à pisser sur sa sale table de merde, à cause de la trouille …

“- Je peux me rhabiller ?

– Oui”
Ouf, il a rien vu, il ne s’est même pas retourné
je me suis essuyée avec la moitié de son rouleau de papier d’examen, et je me suis rhabillée,
complètement à l’Ouest
ensuite, je suis revenue m’asseoir devant son bureau, sonnée, défaite, idiote.
Il n’a rien dit d’autre, à part :
“Je transmettrai au TGI, votre avocat vous dira la suite des évènements.
C’est 350€”

J’ai lâché : “- Rien que ça ?”

“- Et alors? je suis payé pour faire quoi, moi, d’après vous, une note de service ?
Au revoir Monsieur, bonne journée.”

….

4 mois après, coup de téléphone de l’avocat.
Je l’entends encore jubiler à l’autre bout du fil :
“-On a gagné ! On a gagné ! Oui définitif, dé-fi-ni-tif, prénoms ET sexe,
le Ministère Public n’a pas fait appel, le délai légal est passé,
bien-sûr j’ai vérifié auprès du greffe, donc c’est bon !!
Vous vous rendez-compte ? Vous voilà enfin tranquille, et on a de la chance, en plus,
l’affaire n’a même pas duré deux ans !!
Et puis vous savez, même pour moi, c’était pas facile, hein, vous êtes mon premier transsexuel,
j’ai douté jusqu’au bout, mais là, enfin, c’est réglé ! blablabla …

“-Bravo, je lui ai dit, chuis drôlement contente, ah lala, merci pour tout, on en reparlera, chuis à mon travail, je dois y aller, là…”
et puis j’ai raccroché et je suis allée dégueuler et pleurer tout ce que je pouvais dans les toilettes du boulot, en me disant connement que c’était même pas la peine d’être enceinte pour connaître ça, finalement …

Ça fait dix ans

Quand on me la demande, je sors ma carte d’identité, machinal, et je la rentre, pareil,
je ne la regarde jamais.

Mon F
Mon petit F d’amour …
je t’ai payé d’un viol, c’était le tarif
et si je ne te regarde jamais
c’est parce que, cloué dans ton plastique officiel,
tu as gardé intacte mon envie de mourir.

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18 responses to La Lettre d’Amour

  1. Alexandra a écrit le 2 août 2013

    Je savais qu’ils étaient barbares. Tant que je serai en vie je n’aurai de cesse de les combattre. Ce témoignage m’a rendue enragée après ces monstres, encore bien au-delà de ce que je ressentais après eux en me doutant finalement d’une toute petite partie.

    J’ai l’impression de lire en témoignage d’unE rescapéE de Dachau. Étant romanichelle, des témoignages directs de ma communauté de la cruauté des nazis, j’en ai eus. Que je ne lise pas que ce témoignage est un détail de l’histoire des trans’. À bon entendeur….

    Je suis horrifiée.

    Je n’arrive pas à sécher mes larmes.

  2. Bérénice a écrit le 2 août 2013

    Après un tel témoignage, je ne suis plus très sûre de vouloir changer d’état civil!
    Pour arranger le tout, c’est un homme qui pratique l’examen, si l’on peut qualifier ça ainsi….
    Quelle mentalité, que celle de notre belle société (Evoluée????)
    Un point réconfortant tout de même, ce genre de choses tend à disparaître et il y a même des filles non opérées qui ont réussi à changer d’état civil. Alors, espérons que ceci sera définitivement mis au ban dans les prochaines années.

  3. Florence GrandeMa a écrit le 2 août 2013

    Que dire à la fin de cette lecture??? J’ai honte de mon pays, de sa justice, de ces médecins monstrueux qui nous nuisent à vie et du manque de soutien collectif à nos luttes pour conquérir les libertés, l’égalité des personnes transidentitaires d’être elles même, nos existences sont insultées, méprisées, violées et violentées, elles sont niées tant dans nos resentis psychiques que notre dans notre intimité physique! Oui j’ai honte de be manque de fraternité humaine, comment croire qu’un jour la France a été le pays des “droits de l’homme” en apprenant ce qui est expliqué en détails avec un courage admirable par l’auteure dans ce réçit? Si j’ai des larmes dans les yeux qui coulent sur mes joues à cette instant elles sont de tristesse et de colère contre mon pays, en rien elles ne sont de honte d’être trans et je suis au contraire trés fière de l’être, vous nous croyez faibles et folles mais nous sommes plus fortes de personnalité et de caractère, plus lucides et saines de corps et d’esprit que toutes ces personnes qui nous refusent une vie libre et digne sans nous torturer moralement et violer physiquement!Honte à elles qui représentent les institutions françaises et qui font porter cette honte à tout notre pays et par voie de conséquences à tout son peuple!!!

  4. Jeanne Swidzinski a écrit le 2 août 2013

    A la lecture de ce témoignage, je comprends qu’on soit révoltée après avoir vécu ce genre de situation.
    Ces personnes, la secrétaire et son employeur le médecin légiste sont des gens irrespectueux qui mériteraient d’être remis à leur place lorsqu’ils parlent et agissent ainsi.
    Personnellement, je n’ai pas eu à subir ce genre d’humiliation pour obtenir mon CEC et je suis étonnée que cette pratique puisse encore exister aujourd’hui.
    J’espère qu’on va pouvoir faire évoluer la législation après l’avis favorable du CNCDH concernant l’introduction de la notion de genre dans le droit français et l’amélioration du CEC.
    En attendant, je pense qu’on doit, à chaque fois qu’on ne respecte pas notre genre, l’exprimer à nos interlocuteurs et les remettre à leur place de façon courtoise si cela est possible ou de façon plus agressive s’il s’avère qu’ils restent hermétiques à nos remarques.
    Après, je sais que c’est beaucoup plus facile dans mon fauteuil devant mon écran et que dans une situation stressante, on est plus enclin à subir les comportements pervers des institutionnels.

  5. Phlune a écrit le 2 août 2013

    Bon, les frangines, écoutez-moi : avec Julie on a hésité à mettre ce texte dans “Témoignages”, en effet, lisez mon profil, vous saurez que ce n’est pas MON histoire, malgré la présentation que j’en ai faite.
    Il se trouve simplement que je SAIS, par tout ce qui ma parvient de l’ombre, de la chappe de plomb de la honte, de ce qui parvient à filtrer de l’omerta, que le fond de lhistoire est authentique, que RIEN de tout ce que j’ai écrit n’est inventé, qu’il existe EFFECTIVEMENT des histoires comparables, voire très semblables à celle-ci.
    Le nombre d’expertises a baissé en France, vraiment, pour deux raisons, la première, c’est la circulaire CIV/ /07/10 DU 14 Mai 2010, qui – avec une parfaite tartufferie concernant l’eugénisme pratiqué en France, qu’elle reconnaît objectivement, suffit de lire avec attention- , admet qu’on puisse changer d’état civil sans expertises, voire sans opération, et la deuxième, c’est qu’on a Internet, et qu’on se passe massivement le mot entre nous pour qu’au moment de notre demande de CEC, on puisse se faire domicilier à une adresse correspondant à des tribunaux à peu près conciliants.
    Actuellement, DIJON, St BRIEUX, CAEN, par exemple, (entre autres, certainement) semblent capables d’accorder des CEC sans opé, sans expertises, c’est un progrès, par rapport à 2003, date à laquelle j’ai situé mon histoire.
    Je l’ai écrite en laissant simplement monter la rage et la peur en moi, et je sais que je suis très près d’une réalité, qui par ailleurs est en voie de disparition, et c’est tant mieux.
    Mon plus cher désir, ce serait de réveiller de vrais témoignages, d’abord pour soulager des consciences meurtries, crever quelques abscès, dénoncer quelques salopards, et que ces témoignages aillent alimenter le dossier dont on vous parle ici :
    http://leztranz.yagg.com/2012/07/24/aidez-moi-a-faire-condamner-la-france-par-la-cedh/
    Il s’agit d’un refus de CEC par la cour de cass en Juin 2012.
    Séchez vos larmes, relevez la tête, voyez autour de vous si vous ne connaissez pas des histoires qui peuvent aider Sun Hee Yoon.
    Les enjeux dépassent son seul CEC : Il s’agit ni plus ni moins, de montrer que la France piétine les droits de l’homme, lisez, elle vous en dira plus que moi.
    Si vous êtes abonné-es à Yagg (ce qui n’est pas encore mon cas) vous pourrez communiquer directement avec elle, (ainsi qu’avec son avocat, au besoin), et en savoir plus.
    Quant à moi, j’ai demandé mon changement de prénoms, décision le 15 Octobre, et je lance dès mainteant un changement de sexe dans la foulée. Comme Sun Hee Yoon, il est pour moi HORS DE QUESTION, même pas en rêve, de supporter l’idée même d’une quelconque expertise, et je suis résolue à jouer la carte “irréversibilité=stérilisation=crime contre l’humanité” si on m’emmerde (mais je suis sur CAEN, j’ai des chances raisonnables que non …)

    On l’aura, notre F, et on pourra le regarder avec des larmes … de joie, vous verrez…

    • Jeanne Swidzinski a écrit le 2 août 2013

      @Phlune
      Après avoir lu la “lettre d’amour”, je suis allée voir ton profil et je me suis aperçue que les dates et ton histoire ne correspondait pas et j’ai cru que c’était le témoignage d’une autre personne.

      D’après ce que tu écris, ce n’est pas le cas et ton récit est fictif.
      Personnellement, je préfère que dans la rubrique “témoignage” soit relatées des histoires vraies, sinon, on peut penser que tu veux manipuler les opinions en fonction d’un objectif social, politique, philosophique.
      Sinon, cela n’enlève rien à tes talents d’écrivaine et je crois que tu peux persévérer mais je pense que tu dois plutôt présenter tes écrits dans la rubrique “roman”. :)

      • Phlune a écrit le 2 août 2013

        J’en suis bien d’accord, on a hésité ce matin avec Julie. Je pensais que ce texte serait mieux dans la rubrique “trans’ de vie”. quoique ça me génait que l’entête soit :
        “Des anecdotes et des petits riens de la vie de tous les jours, racontés par des personnes Transgenres. Des tranches de vie et du vécu, rien que du vécu ! et avec
        sourire et bonne humeur.”
        Bon bref, tu as pu voir que ce n’est pas une manipulation (je m’y serais prise autrement, et d’abord j’aurais dû être vraiment une autre pour faire un plan pareil !!)
        Les choses sont claires avec ma réponse aux premières réactions, et l’essentiel reste que j’aimerais bien que ce genre de texte puisse faire péter quelques verrous.
        Quand à mon ‘talent d’écrivaine”, ben, justement je voudrais bien que ce soit autre chose que du roman …
        Encore une fois tu as raison sur cette ambiguité. Je tâcherai de jouer plus fin la prochaine fois (je me sens à l’aise dans aucune rubrique actuelle en fait …)

        • Julie Mazens a écrit le 2 août 2013

          on peut créer une ou deux rubriques adhoc supplémentaires ! rien n’est figé, plusieurs rubriques sont apparus progressivement avec l’arrivée de certaines contributions. donc n’hésites pas à me dire ce que tu as en tête :) et nous verrons comment le mettre en valeur.

          Bises.

    • Alexandra a écrit le 3 août 2013

      J’ai lu ton texte vers 14h et quand bien même c’est une reconstitution de fait bien réels, j’ai été horrifiée. Je le suis encore.
      J’espère en effet que ton texte pourra déclencher des vocations de témoignages.
      J’ai été complètement retournée durant une bonne partie du repas. Je suis très sensible à la souffrance des autres.
      J’ai vraiment eu en images d’arrière-plan les témoignages provenant des rescapés des camps. J’avais l’image particulièrement de Menguélé.

  6. Héloïse a écrit le 2 août 2013

    Quand j’ai vu le titre, je m’attendais à une histoire à l’eau de rose
    Je n’ai lu qu’après avoir les commentaires dans les activité et j’en suis horrifiée

    J’en ai encore du chemin à parcourir, j’espère que d’ici là, le gouvernement se sera bougé le q pour que le changement d’état civil ne sera plus dépendant de l’ouverture d’esprit de quelques experts et magistrats.

  7. Phlune a écrit le 2 août 2013

    Ça l’aurait fait dans “trans’ de vie” sans l’en-tête. La vérité est que je ne sais guère quoi en faire.
    C’est une nouvelle, bon. Il y en avait une (également “fictive” il y a quelque temps qui a occasionné le même malentendu, racontant l’histoire d’une intersexe poussée au suicide par la saleté d’une belle-mère lui mettant du Viagra dans sa poche après avoir découvert son secret, tu te souviens ? Quelle était donc la rubrique ?

    • Julie Mazens a écrit le 3 août 2013

      http://www.txy.fr/blog/2013/03/23/corinne-bessiere-par-salome-viviana-crime-parfait/ ?

      pas super bien classé non plus – dans Information

      peut être faudrait-il créer une rubrique Fictions ? ou quelque chose d’approchant.

      • Phlune a écrit le 3 août 2013

        C’est tout le temps ambigu.
        Comment ne pas rapprocher la fiction du loisir, de l’imaginaire ?
        Ce que j’ai fait est bien au sens strict une fiction, ou une nouvelle réaliste, mais c’est aussi un tract poétique, et un cri de révolte.
        La rubrique qui va bien est donc bien à inventer.
        Pourquoi pas “Cris” qui se distinguerait du coup de gueule (non fictionnel par principe), et nous rapprocherait ( de façon ‘ach’ment subtile, hein) de la “minute de cri” de l’Existrans … ? Faut aussi penser à l’utilité de la rubrique, parce que si elle sert un fois tous les 5 ans, hein …

        Ou bien “Inclassables”, soluce paresseuse ET bien commode 😉

  8. Armonia Puel a écrit le 3 août 2013

    J’ai été bouleversée à la lecture de ce texte et suis allée me couchée avec des larmes dans les yeux. J’ai très mal dormi et ce matin au réveil javais encore cette histoire dans la tête. Je me disais, il faut absolument dénoncer de tels agissements et faire condamner cet homme pour sévices et viol. Ce n’est que ce matin en lisant les commentaires que je découvre que ce n’était pas un témoignage mais une oeuvre de fiction. Sur le coup je me suis sentie un flouée car il s’agissait qu’en même de la rubrique témoignage. Puis j’ai compris l’intention certes maladroite mais sincère. Briser l’Omerta. Comment faire ? C’est un vrai problème ! Ce n’est pas facile d’en parler. Cela touche à l’intime. Il faut ce mettre à nue, sortir du déni qui permet d’oublier et de passer à autre chose, de dépasser sa souffrance. C’est un démarche très compliquée.
    Cela dit, toute oeuvre de fiction toute poésie tout roman sont des fictions mais parlent de la réalité. Elles mentent vrai comme aurait pu le dire Aragon et en cela elles ont une portée émancipatrice. Elles peuvent témoigner, révéler des injustices des réalités jusque là tues.
    Je pense que le texte dont nous parlons a donc sa nécessité et maintenant que son intention a été révélé, est en l’espèce un appel à témoignage. Alors il a toute sa place dans cette rubrique avec un chapeau explicatif ou une conclusion du type : ce texte est une fiction…il vise à susciter des témoignages… etc….

  9. Armonia Puel a écrit le 3 août 2013

    Ça me va très bien

    Kiss

  10. Jeanne Swidzinski a écrit le 3 août 2013

    Je pense que la proposition d’Armonia est intéressante “Texte de fiction, basé sur des faits réels et avérés, il vise à susciter des témoignages”

    Sinon quelques soient les motivations de Phlune, qu’elles soient conscientes ou non, écrire a pu l’aider à exorciser les craintes qu’elle va avoir dans qq mois pour gérer son CEC. Il n’empêche que son personnage est décrit comme subissant .

    A titre personnel, je préfère les trans qui s’assument dans le quotidien et qui, sont capables de dire à un transphobe que sa façon de s’exprimer n’est pas conforme notre ressenti.

    Je pense qu’on doit pouvoir le faire avec humour si c’est possible, avec toutes la palette d’expression qu’on a à disposition mais qu’on doit également pouvoir le faire de façon plus violente si la personne qu’on a en face campe sur ses positions, ( mais voyons, Monsieur, je n’invente rien, je lis simplement ce qui est écrit sur vos papiers d’identité ou sur votre carte vitale!)

    A ce propos, j’ai eu l’occasion de discuter avec une trans qui était suivie par un psy de l’équipe hospitalière ( Bernard Cord.er) qui l’accueillait toujours avec un bonjour Monsieur! Je lui ai demandais pourquoi, elle subissait cette situation et m’a expliqué que si elle contestait cela, elle se faisait éjecter du protocole.

    Je pense que cette attitude fait partie du jeu pervers de certain psy qui provoquent pour voir comment les trans réagissent. Personnellement, à une personne qui m’aurait appelé Monsieur, j’aurais toujours répondu “Madame”, s’il vous plait, merci de respecter mon genre, mon état civil est en cours de régularisation et la façon dont vous m’appelez est irrespectueuse.

    • Phlune a écrit le 4 août 2013

      @Jeanne

      ” Il n’empêche que son personnage est décrit comme subissant .”
      Mais ce n’est qu’un portrait, et c’est précisément parce qu’ il n’est pas question pour moi d’accepter un truc pareil que je demande mon CEC AVANT vaginoplastie …
      A des experts comme celui que je décris, il est pour ainsi dire impossible de répondre des choses comme : “Monsieur, je suis offensée, quoi, me mettre nue et accepter vos doigts dans mon vagin, vous n’y pensez pas !”, simplement parce qu’il y a un chantage direct au CEC et que quand on perd en appel + en cassation, si on a pas 5 ou 10 000 € à mettre dans un procès à la cour européenne des droits de l’homme, on peut se retrouver pour toujours (ou en tous cas pour très longtemps), sans pap dans son propre pays.
      C’est aussi bête que ça.
      Lorsqu’un employeur dégueulasse menace une employée en difficulté de licenciement sauf coucherie, il pratique un viol sous la pression du chantage.
      Si le chantage est établi, le viol est constitué.
      Mais pour nous, non, alors que la situation est semblable. Mais un expert est au dessus de tout soupçon.
      Crois-tu qu’ aucune trans’ ne s’est jamais révoltée? Et combien ont payé de l’avoir fait ?
      Je l’ai dit, cette pratique tend à disparaître, je crois que sur 120 requêtes en CEC en 2010, il y a dû avoir 17 demandes d’expertises (je crois avoir vu ça dans le rapport de l’IGAS) généralement des trans opérées à l’étranger, la SOFECT ayant combiné, au moins sur Paris, qu’on ne demande pas d’expertise pour les gens sortant de ses “services” (celles qui vont en Thaïlande se voyant reprocher de faire du “tourisme médical”)

      On en est là …

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