Trans-phobie intériorisée. La pesanteur de la société

25 août 2013 | Tags: , , ,

transphobiePourquoi toutes les cis-femmes sont reconnues comme femmes, peu importe leur beauté ? Pourquoi ne sommes-nous pas ainsi reconnues, à moins d’attendre le Saint Graal, le passing.

Je suis certaine qu’il y a des femmes qui ne se soucient pas de se savoir reconnues parfois en tant que femmes, mais finalement cela n’est pas une préoccupation réelle dans leur vie, peu importe ce qu’elles font, elles feront toujours partie du groupe reconnu de base comme celui des femmes.

S’agit-il de l’identité ?

Durant toute notre vie, personne n’a vu qui nous sommes, personne n’a vu notre réalité et tout cela parce qu’un médecin a décidé que nous étions garçon. Et nous-même, ne connaissons pas le nom de cette personne qui a pris cette décision si importante pour la suite de notre vie !

Et pour couronner le tout, comme tout le monde nous disait aussi que nous étions garçon, nous avons failli le croire aussi.

Effrayant.

Je suis un homme ?

Et ce sentiment de quelque chose qui cloche ?

Nous préférons oublier, sinon nous serions victimes de ces blagues constantes que nous entendons dans toutes les émissions télé, l’image raillant toujours l’homme qui s’habille en femme, où tout le monde rit de la bonne blague.

Et qui a tort ?

Nous ou notre société pour sa partie visible ?

Où sont nos contre-exemples… nous sommes invisibles !

Voilà, je n’ai pas créé ma trans-phobie, je l’ai apprise et assez rapidement. La trans-phobie fait partie de notre société.

Je ne veux pas attirer l’attention sur moi.

Je ne veux qu’une vie normale et elle est déjà assez compliquée.

J’ai peur de ne pas rentrer dans ce groupe et cela est tout ce qu’il fallait pour que ma trans-phobie entre en jeu.

Elle se nourrit de cette peur. Ma trans-phobie fait une transition déjà difficile presque impossible.

C’est une perspective terrifiante. Je n’ai aucune idée par où commencer et surtout où cela va finir, par contre je sais que ne rien faire n’est pas possible car c’est insoutenable et déprimant.

Ma crainte me paralyse. Semblerai-je, Fausse ? Bien sûr, car je suis trop occupée avec ma peur d’être fausse, exagérée et bien sûr stéréotypée.

Mais si je ne suis pas réelle, comment puis-je avoir ma vie normale et ne pas attirer l’attention ?

Suis-je prête à me battre tous les jours pour mon droit d’exister ?

Je me sens stupide de ces drames inutiles que je finis par créer, mais ma trans-phobie est irrationnelle.

Je ne peux pas attendre que le monde change.

Je ne sais pas comment me débarrasser de ma trans-phobie.

Je ne sais pas comment être une de ces femmes dites normales, ni quelle type de femme je suis. Comment pourrais-je le savoir, je n’ai pas entamé ma transition !!

Je veux me renforcer.

Je cherche du soutien et je veux réussir à vaincre ma trans-phobie car c’est elle qui me paralyse.

Je ne suis pas une de ces femmes, je suis tout simplement une femme avec tous me défauts et qualités.

Même les transitions les plus lisses rencontrent des difficultés considérables et après tout cela, se retrouver réduite à une blague est déshumanisant.

Je mérite le respect, peu importe le type de femme qui je finirai par devenir.

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28 responses to Trans-phobie intériorisée. La pesanteur de la société

  1. Julie Mazens a écrit le 25 août 2013

    “Je mérite le respect, peu importe le type de femme qui je finirai par devenir.”

    Je crois que tu mérites le respect pour la femme que tu es déjà en toi. Bises !

  2. Claire B. a écrit le 25 août 2013

    Ces peurs disparaissent quand on sait qu’on est prête à faire le grand saut. Tout dépend dans quel milieu on vit mais bien souvent les gens on un regard moins dur que l’image qu’on se fait de nous même. Biensûr il y a des transphobes un peu partout mais ce n’est pas une majorité heureusement.

  3. Sarah Joly a écrit le 25 août 2013

    Une fois, ma très chère maman que j’aime beaucoup m’as dit:
    ” Soit fière de qui tu es, de ce que tu es, ce que tu représente, ai confiance en toi et va de l’ avant”
    Il faut que tu te dépasse chaque jour, surtout au moment de faire le “grand saut” comme le dis Claire, ne regarde pas par terre, peu importe l’apparence, “la gueule” que l’on est, on est nous même, être humain simplement sur cette Terre et si ça plait pas au personnes ayant peu de synapses, c’est leur problèmes, soit toi même et fière de l’être tout en accord avec ton for intérieur et tout ira bien
    Bisou et bon courage

  4. Bérénice a écrit le 25 août 2013

    Je te souhaite de tout coeur de trouver les soutiens dont tu as besoin pour continuer à aller de l’avant! Je sais à quel point il est difficile de se débarrasser de sa propre transphobie lorsqu’on est baignée dans un environnement transphobe!
    Ramenée tous les jours à une forme de honte et de culpabilité accentuées par le regard que nous renvoient les personnes incrédules ou intolérantes.
    Accroches toi, tu sais au fond de toi que le jeu en vaut la chandelle!
    Il te reste à avoir confiance en toi…….

  5. Chloé Tigre Rouge a écrit le 25 août 2013

    Une bonne partie des maltraitances que l’on subit sont issues des maltraitances que l’on s’inflige soi-même, en se méprisant, en ne s’aimant pas. Je ne dis pas qu’il faut aimer un corps qui ne va pas dans la bonne direction, mais :
    1/ il faut savoir lui pardonner,
    2/ il faut savoir l’encourager,
    3/ il ne faut pas lui faire la guerre totale,
    4/ il faut l’aider à aller dans le bon sens, pour faire la paix.

    Il n’y a rien de plus visible qu’une trans mal à l’aise et en détresse morale parce qu’elle n’a pas confiance en elle. Ca se construit et ça n’est pas facile.

    La transphobie intériorisée, on peut travailler dessus. N’oublions pas non plus qu’il y a des trucs physiques qui, des fois, ne vont vraiment pas : ça ne sert à rien de les ignorer non plus.

    On fabrique une partie de son propre malheur : si déjà on peut se défaire de cette part-ci, la vie sera plus facile.

    • Barbara Alie a écrit le 25 août 2013

      Entièrement d’accord avec toi, et je peux dire qu’un site comme Txy m’aidée énormément à comprendre ma trans-phobie et comment la gérer (sans parler de la partie physiques!)
      Txy est un bon contre-exemple, c’est la visibilité que je commence à découvrir et souhaiter de plus en plus.

  6. Marie a écrit le 25 août 2013

    Merci d’exprimer si bien la difficulté de s’accueillir dans ce que notre coeur ressent et que notre critique intérieure condamne. C’est un très long chemin pour s’affranchir tous ces jugements intériorisés afin de gouter le plaisir de se faire confiance. Je te fais un clin d’oeil petite soeur, mon chemin aussi n’est pas une ligne droite. Mais chaque fois que le temps me permet de constater que j’ai lâché une peur ou que je trouve plus de plaisir à devenir celle que je sens, je me dis “Que c’est bonnnnnn!”.

  7. AlexMec a écrit le 25 août 2013

    Pourquoi toutes les cis-femmes sont reconnues comme femmes, peu importe leur beauté ?

    Aie… En tant qu’ex-cis-femme, je peux te garantir que NON, toutes les cis-femmes ne sont pas reconnues comme femmes, loin de là!

    Moi, par exemple, en tant qu’obèse depuis mon enfance, je n’étais pas socialement reconnue comme une femme par la plupart des hommes. J’étais celle avec qui ils pouvaient être super-copains, puisque EVIDEMMENT, il ne saurait y avoir quoi que ce soit de sexuel entre eux et quelqu’un comme moi. Une femme obèse peut être un objet de fantasme pervers, mais pas quelqu’un dont on tombe amoureux. Tu devrais voir la tête de bien des hommes quand une femme obèse leur fait une déclaration d’amour: la gêne, passe encore, mais certains sont carrément offensés…

    Il en va de même de bien d’autres défauts physiques.

    Et n’oublions pas la stigmatisation systématique que les femmes stériles ont pu subir de tous temps et en tous lieux. Une femme stérile échoue à son rôle de femme (faire des mômes), et n’est donc pas vraiment une femme. Même de nos jours, bien des femmes stériles doivent lutter contre ce sentiment de n’être pas complètes quand elles se découvrent stériles. Et il doit bien rester quelques pays où un homme peut répudier sa femme si elle se révèle stérile…

    Un phénomène plus récent concerne l’ablation des seins pour cause de cancer. La reconstruction mammaire à l’issue du traitement n’est pas que pour des raisons esthétiques. Dans bien des cas, elle est aussi, voire surtout, pour des raisons psychologiques: une femme sans une paire de seins, ce n’est plus vraiment une femme, pas vrai?

    Suis-je prête à me battre tous les jours pour mon droit d’exister ?

    Cette question pourrait résumer le combat de bien nombreuses cis-femmes de par le monde :/

    • Barbara Alie a écrit le 25 août 2013

      Ce n’est jamais bien de généraliser les choses, il y avait un risque et je l’ai pris, l’important d’après moi, c’était de réussir à changer “Trans” de Trans-phobie et avoir les mêmes questions derrières, les mêmes types de craintes et la même volonté de se battre car nous tous devons l’avoir tout le temps même si je pense qu’il doit avoir un limite pour cela.

    • Bérénice a écrit le 25 août 2013

      Je prends ton discours comme une exception qui confirmerai la règle!
      Si il est vrai que de nombreuses femmes “cis” souffrent de ne pas être reconnues pour ce qu’elles sont, c’est à dire des femmes. Il est quand même moins courant de confondre une femme “cis” qu’une femme “trans” avec autre chose que son identité de genre!
      Sans vouloir défrayer la chronique, nous vivons les mêmes problématiques mais accentuées chez les trans. Et c’est tout à fait compréhensible puisque nous donnons une image différente de ce que l’inconscient des gens et ses codes veulent admettre pour la majorité!

      • AlexMec a écrit le 2 septembre 2013

        Si il est vrai que de nombreuses femmes “cis” souffrent de ne pas être reconnues pour ce qu’elles sont, c’est à dire des femmes.

        Si, justement. C’est ce que j’ai essayé d’expliquer: il ne suffit pas d’être reconnue comme étant de sexe féminin pour être reconnue comme femme.

        • Bérénice a écrit le 2 septembre 2013

          Tu n’as pas du bien saisir le sens de ma phrase vu que nous disons exactement la même chose!
          J’appuyais juste un peu plus le fait que l’on soit né homme ou femme, notre corps ne nous permet pas toujours d’être reconnu pour ce que nous sommes réellement!
          Un exemple, je travaille encore déguisée en homme et il arrive assez souvent qu’on m’appelle madame! La preuve que rien n’est plus compliqué que la lecture d’une personne et de son genre suivant les personnes différentes que tu peux croiser!
          Mais à armes égales tu ne peux pas nier l’évidence….. Une femme “cis” aura beaucoup moins de mal à “Passer pour une femme”!
          Qu’une trans!

          • AlexMec a écrit le 2 septembre 2013

            Aha, effectivement, j’avais mal compris :) Désolé pour ça!

            Mais à armes égales tu ne peux pas nier l’évidence….. Une femme “cis” aura beaucoup moins de mal à “Passer pour une femme”!
            Qu’une trans!

            Ben… Il y a encore pas longtemps, j’aurais dis “oui, évidemment!”, mais maintenant… Ou plutôt, je dirais que mon opinion sur ce qui constitue “à armes égales” a changé: ce n’est plus le physique pur et simple, mais… Je ne sais pas comment l’appeler: la présentation?

            Tu dis que les gens se trompent parfois même quand tu es déguisée en homme, et ça va dans le sens d’une autre observation que je n’arrête pas de faire: il y a PLEIN de femmes a priori cis qui passeraient pour des travestis (sans E) si elles n’avaient cette “présentation” que je ne sais pas comment qualifier mais qui fait dire “C’est une femme”.

            Par exemple, dans le train qui me ramenait de ma mastec à Lyon, j’ai observé les trois femmes (a priori cis) en face de moi. Elles codaient toutes clairement “femme”, et pourtant toutes avaient un corps au mieux androgyne, au pire d’aspect masculin. Elles étaient a priori toutes cis, et pourtant, d’un point de vue purement physique, elles auraient toutes pu être trans. Et ce n’est vraiment pas la première fois que je me fais la réflexion, en voyant une femme, qu'”elle a un corps d’aspect masculin/androgyne, elle pourrait être trans”.

            C’est pour ça que le “à armes égales” me laisse songeur. Je crois que dans beaucoup de cas, la seule arme qui fasse vraiment la différence, c’est une forme d’innocence, de naïveté: une femme cis, même hyper-masculine, va passer pour une femme simplement parce qu’elle projette autour d’elle-même le message qu’elle est une femme, et elle croit en ce message parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée de croire autre chose. Tu vois ce que je veux dire?

            Une femme trans, à l’inverse, si elle a peur de ne pas passer, va projeter le message “Il y a quelque chose de faux chez moi”, et donc les gens vont être poussés à chercher ce qui ne colle pas.

            Bon, maintenant, évidemment, il y a aussi certains signes qui vont trahir même la femme trans la plus affirmée, comme une voix grave, ou une barbe. Mais en l’absence de ces traîtres, je crois que la seule arme dont les femmes cis disposent naturellement et que les femmes trans doivent s’approprier, c’est cette assurance de se croire femme et de le projeter autour de soi. Mais bon, évidemment, je ne dis pas que c’est facile!

    • Cand a écrit le 27 août 2013

      Excuse moi Alex mais je crois qu’il y a une incompréhension. Lorsque Barbara “toutes les cis sont reconnues comme femme”, elle ne se situe pas au même degré que toi : elle parle de l’apparence. On reconnait une femme au premier coup d’oeil, même si elle est obèse. D’ailleurs, tu me disais toi même que ça te gonflait, ces gens qui te nomment en femme alors que tu es un homme …

      Il me semble que toi, tu as lu les propos de Barbara en te situant sur un autre plan, celui du regard des hommes et de ce regard particulier fait de désir. Tu parles aussi du rôle social de la femme. Tu te situe sur le terrain du féminisme.

      Perso, je me sens femme et je voulais donc être femme dans ma vie. Si je suis finalement contente d’être désirable en femme, j’ai clairement accepté le risque de ne pas l’être … par contre, je ne me sentais pas capable de ne pas être perçu dans la catégorie féminine, au sens brut du terme (si on me dit “hey grosse connasse, tu fais d’la natation ? Ton mec il a pas l’impression d’être pédé quand tu l’suces ? Hey hey … tu l’encules avec quoi ? Mwouaouaouaoua” … je suis très contente ! Car cet homme d’une exquise courtoisie me prends pour une femme. Par contre, s’il me dit “hey hey, t’es un travelo toua ? Et les keums, c’est une tarlouze”, là, je suis effondrée)

      Je crois que nous sommes avant le féminisme. Sur le terrain de l’apparence primaire, bestiale. C’est d’ailleurs ça qui nous bouffe, cette injustice primaire, de naissance, avant les codes sociaux, on a même pas eu droit à l’injustice des codes sociaux.

      • AlexMec a écrit le 2 septembre 2013

        Je crois que nous sommes avant le féminisme. Sur le terrain de l’apparence primaire, bestiale.

        A ce stade-là, je vois mal comment on peut parler de transphobie internalisée? Le principe même de la transidentité exige qu’on dépasse ce stade primaire, il me semble. Et quand on dépasse ce stade, on arrive au stade du social, et donc du féminisme…

        • Bérénice a écrit le 2 septembre 2013

          Et bien encore une fois, je te suis à 200%!
          Seul bémol, Le côté “croire que l’on est femme quand on est trans”
          Je ne me crois pas femme! Je suis persuadée d’être femme!
          Le problème qui montre une quelconque gêne auprès de nos homologues “Cis” (Hommes ou Femmes) c’est le fait de n’être pas nés dans le bon corps au départ.
          Comme tu l’as si justement évoqué, Il y a quelque chose qui sonne faux….. Mais c’est quoi? Faux!
          Les gens normés à l’extrême sont les personnes les plus fausses que je connaisse….
          Enfin, je continue à penser que le passing aussi bien pour un trans que pour un cis, est et restera une chose très compliquée!
          Peut être vais je donner l’impression de fuir devant la difficulté, mais je me sens incapable de ranger et classer chaque comportement ou norme de genre pour aider des personnes dans la détresse!
          Un peu égoïste aussi, sûrement! Si on me lit comme “Madame” en permanence un jour, cela me suffira très bien et je ne chercherai pas plus loin! Remarques, je dis ça mais je comprendrais peut être certaines choses à ce moment là qui me feront probablement changer d’avis!

  8. Nathasha a écrit le 25 août 2013

    j aime beaucoup et ce encore a ce jour ta petite phrase a tout son sens ” je n’étais pas socialement reconnue comme une femme par la plupart des hommes. J’étais celle avec qui ils pouvaient être super-copains, puisque EVIDEMMENT, il ne saurait y avoir quoi que ce soit de sexuel entre eux et quelqu’un comme moi. ” en ce qui concerne les relation entre F cis et trans/inter ! c est aussi une forme de transphobie le rejet des T par les lesbiennes bien sur je ne développerais pas ici , les raisons de certaine OP pas OP ect ect ! de la même façons j assume ma Transphobie sur certain point , même si pour moi parfois c est dur a expliquer de ne pouvoir concevoir de relation avec une ou un T , ce n est pas que je remette en question son identité de destination , mais pour moi c est purement et simplement impossible , donc j arrive a comprendre les soucis d acceptation des autres vis a vis de moi et de ce que je suis !

  9. Amélie a écrit le 26 août 2013

    Jolie texte plein de bon sens.
    Bises
    Ameile

  10. Evy a écrit le 29 août 2013

    Et bé j’en apprends des choses avec vous les filles ! Trans-phobie intériorisée ! De l’auto transphobie quasiment… Du déni de self-service pour résumer. (Aïe, blague d’informaticienne, les pires.) De l’automutilation sans les marques.

    N’y voyez aucun persiflage, c’est intéressant de vous lire.

    Euh, à propos d’apprendre, c’est quoi une cis-femme ?

    • Julie Mazens a écrit le 29 août 2013

      cis-femme, une femme née femme

    • Alexandra a écrit le 30 août 2013

      Non… Pas de l’auto-transphobie “quasiment”. Tu enlèves “quasiment” et c’est dans le mille.
      Je trouve que Barbara a bien résumé la peur paralysante qui agit tant qu’on ne met pas les pieds dans le plat de la transition. On est prête mais on projette la transphobie réelle et supposée de la société en soi.
      Et finalement quand on y va, on constate que celle-ci existe mais de façon bien moindre que ce qu’on projetait sur soi.
      Le concept est intéressant en fait.

  11. Meghannoire a écrit le 6 septembre 2013

    C’est un très bon texte, Barbara Alie.

    Et les essais d’Alex Mec, le 25 août 2013 à 12h 35 et le 2 septembre 2013 à 16h 23 sont ultra bien.

    Je les sauvegarde. Ils sont trop biens.

    Il est à suggérer de prendre en note l’essai de Barbara et de s’insuffler l’idée des deux petits écrits d’Alex.

    C’est vrai. C’est notre culture qui façonne notre perception envers notre propre image.

    La preuve est que les garçons féminins ou “herbivore boys” du Japon sont majoritaire. Ils ont acquit une telle foi en leur possibilité d’être belles qu’ils réussissent très bien. Les garçons de la Chine et des Corée ont commencé à regarder les garçons herbivores pour s’inspirer.

    Les filles et les femmes, dessinatrices de bande-dessinée ont énormément aidé leurs garçons. Les petits garçons voient qu’ils puissent être toutes menues à tout âge et ils se voient toute mignonne et cela leur donne une énorme volonté à croire à être joli et cette émotion forte influence leur complexion et la conscience de l’autrui.

    Un homme, c’est laid. C’est ça que j’aie entendu des mâles blancs et jusqu’à récemment. C’est ça que ma culture me dit. C’est vrai que Tintin puisse être joli et je trouve “Devine” érotique mais ils sont en une partition presque négligeable. Mais les Buffalo Bill, en “Le silence des agneaux” et les gros ou grands clown poilus à la “Bud Spencer” sont presque l’entièreté des “travestis” en nos films et bande-dessinée.
    Cela est notre conditionnement envers notre propre image de mâles humains par notre propre culture blanche.
    C’est pour cette raison que nous ayons peur à être toute menue et que nous n’ayons aucune volonté à être jolie et qu’aussi, nous semblions rejeter les autres personnes mâles qui s’identifie en tant que fille ou femme parce que nous n’aimons pas ces “miroirs de peur”.

    Il est peut-être important de s’approprier un peu de la créativité culturelle et varier les images des garçons et des hommes en féminité et en masculinité comme les filles, les femmes, les garçons et les hommes du Japon ont su le faire.

    Il y a après notre culture alimentaire mais cela est une autre histoire.

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