Parents de Trans – Le Coming Out

16 novembre 2013 | Tags: , , , ,

lettre-a-ma-mereJe voudrais témoigner d’une étape essentielle dans un parcours de transition, celui du coming out auprès de ses parents.

En préambule, je voudrais préciser que mon témoignage sera forcément limité, j’ai perdu mon père il y a quelques années. Et même si je suis persuadée qu’il aurait compris et accepté ma démarche, je n’aurais malheureusement pas cette joie de partager ma transidentité avec lui.

Je voudrais aussi profiter de ce témoignage pour rappeler un certains nombre de points qui sont, à mon avis, très importants pour que cette étape clé d’une transition se déroule dans les meilleurs conditions possibles.

Pour ce faire, je vous propose de parcourir des morceaux de cette lettre de coming-out, paragraphe par paragraphe, en précisant les éléments clés et/ou les idées ou réflexions sous-jacentes.

Je suis bien consciente aussi qu’il est fort probable que ma mère vienne lire ce billet. Et j’en assumerai les éventuelles conséquences.

En espérant que cet exercice un peu original puisse vous donner quelques pistes et indications pour préparer et réaliser votre propre coming-out ; nous ne le répéterons jamais assez, chaque parcours, chaque vie est unique et en la matière les conseilleurs ne sont pas les payeurs ! donc cette lettre n’est certainement pas un modèle ni un tutoriel des bonnes pratiques.


Maman,

J’ai décidé de t’écrire pour aborder deux sujets qui sont d’importance pour moi, tous deux liés à mon identité et à un processus que j’ai engagé depuis quelques années pour être en harmonie.

Je suis à un stade où j’ai acquis force et paix intérieures pour t’en parler.

Je n’aborderais ici que le seul sujet de ma transidentité, le second sujet, relatif à ma naissance, n’a aucun intérêt dans le cadre de ce témoignage, il ne regarde que ma mère et moi.

Les deux points de cette introduction à ma lettre me paraissent essentiels :

  • une transition c’est pour être en harmonie, quelque soit ce que vous mettez derrière cela et
  • le coming out à qui que ce soit, à commencer par ses parents, devrait se faire quand vous en avez besoin et que vous vous sentez prêt, quelque soit ce que vous mettez dans “être prêt”.

Pour moi, “être prêt”, c’est avoir développé des capacités de confiance et de résistance face à l’incompréhension et la non acceptation, c’est avoir créé un environnement stable et solide pour vous soutenir dans les difficultés liées à votre transition, c’est surtout “sentir” que c’est le bon moment pour vous de le faire.

Je me dois vraiment d’insister sur ce point. N’écoutez personne d’autre que vous lorsque vous devez décider du bon moment. Quand vous y serez, vous le saurez. C’est difficile à expliquer, mais c’est comme ça.

Je me dois de te préciser que, par nature, ce sont des sujets « difficiles » à appréhender, et d’une certaine manière, qui sont interconnectés ; aussi j’ai pensé qu’il est plus aisé pour toi comme pour moi d’échanger initialement au moyen d’une lettre qui te permet de prendre connaissance de l’ensemble des éléments.

Bien évidemment, nous aurons ensuite tout loisir d’en parler de vive voix, certainement avec moins d’émotions et un peu de recul.

J’entends déjà certaines remarques sur la forme de mon coming out, et j’ai d’ailleurs eu quelques commentaires et questions sur mon statut facebook lorsque j’en ai parlé.

Comme pour le “bon moment” du coming out, la forme que peux prendre votre coming out n’appartient qu’à vous. C’est votre vie, c’est votre transition, vous avez le choix des armes !

Personnellement, j’ai considéré que ni ma mère ni moi n’étions capable d’aller au bout d’une telle discussion en face à face et qu’il serait plus efficace d’utiliser une lettre, courte, factuelle et précise, avec chaque mot utilisé longuement réfléchi. Et comme indiqué dans la lettre, cela permet de contrôler l’aspect émotif, le lecteur pouvant interrompre sa lecture à tout moment, y revenir, relire certains passages, …

Bien évidemment, vous pouvez utiliser d’autres moyens que l’écriture, comme le face à face, la vidéo ou le téléphone, par un intermédiaire, mais je ne vous recommande pas de faire cela par SMS :) ! utilisez le moyen qui vous parait à vous comme le plus adapté (à votre vie, à votre environnement, à votre histoire personnelle et familiale) et surtout ne culpabilisez pas si votre parent vous reproche la forme de votre communication, ramenez le sur le sujet de fond.

Pour en finir avec ce long préambule, je tiens à préciser que le contenu de cette lettre est certainement très direct ; ce n’est pas pour autant qu’elle serait écrite sans émotions. C’est juste mon style d’écriture.

Quelque soit votre style d’écriture, je pense qu’il est important de préciser que votre lettre n’est certainement pas parfaite, pourrait blesser non intentionnellement le lecteur ou sembler trop technique, un peu froide, sans émotion.

J’y suis d’autant plus sensible que je reçois parfois ce genre de reproche avec certains de mes écrits sur internet, donc je me méfie de ma plume et je ne souhaite pas que la forme utilisée devienne un prétexte utilisé par ma mère pour se cacher derrière un déni de mon coming-out.

Il m’aura fallut des dizaines d’années pour sortir d’un déni étouffant et assumer pleinement ma différence, qui n’est ni une lubie, ni un fantasme, ni une maladie.

C’est en octobre 2010 très précisément que j’ai mis un nom sur mon ressenti interne, en le révélant au passage à mon ange d’amour Agnès : la transidentité.

En clair, j’aurais préféré être née fille.

J’ai volontairement synthétisé ma transidentité en quelques lignes essentielles. J’ai volontairement supprimé toute justification ou tentative d’explication et j’ai volontairement oblitéré tout mon cheminement depuis mon adolescence (périodes de solitude, de travestissement ou de dépression notamment).

Ma mère a déjà vu il y a plus d’un an une photo de moi en nana, photo de travesti que j’avais envoyé par MMS, une forme d’acte manqué. Je ne m’étendrais pas sur les situations dans lesquelles je me suis retrouvée ensuite.

Car si le mécanisme est sensiblement le même, le coming-out d’un transidentitaire est d’une magnitude plus difficile lorsque l’on réalise les effets de bord sur sa vie et celle de ses proches qu’avouer se travestir par penchant pour les habits du sexe opposé. J’aurais tellement voulu pouvoir résumer cette photo à du travestissement. Je ne voulais pas mentir mais je n’étais pas prête à révéler ma transidentité. J’ai préféré me taire laissant dire les méchancetés habituelles sur les hommes maquillés déguisés.

Pour revenir à ce paragraphe de la lettre, j’essaye de ne pas être dans le pathos, j’informe des éléments importants de mon coming-out : prise de conscience longue et difficile, irréversibilité de mon état, anticipation de préjugés et surtout, j’appelle un chat un chat. je suis une fille.

Et c’est à partir de cette ligne déclarant ma transidentité que je vais m’autoriser des phrases avec des accords féminins. Volontairement, toutes les phrases précédent cette ligne utilisent des tournures ne permettant pas de découvrir ma féminité.

Depuis cette révélation, et après une longue phase d’introspection, de réflexions, d’écritures et de rencontres d’autres personnes transidentitaires, et avec le soutien de plusieurs personnes très proches, à commencer par mon amour d’Agnès, j’ai pris la décision d’être moi.

J’insiste sur mon questionnement et sur le sérieux de ma décision et sur le soutien que j’ai déjà obtenu. Si ma mère devait se sentir coupable, ce ne serait pas d’avoir une fille-garçon mais de ne pas me soutenir dans ma démarche.

J’ai notamment entamé des modifications physiques et biologiques visibles et pour certaines irréversibles, comme un traitement hormonal substitutif, le 5 octobre dernier.

Ce point est l’élément justifiant en partie la décision de l’informer maintenant. Certaines de mes modifications biologiques, après un mois de THS, commencent à être visibles et je ne souhaite pas entrer dans une période de non-dits, de tabou, de remarques désobligeantes ou blessantes même non intentionnellement.

La référence à ma date de naissance lui aura parlé. C’est une renaissance dont il s’agit.

Que dire de plus si ce n’est que durant toute cette transition de quelques années – que je souhaite la plus discrète et la plus heureuse possible – et par la suite, je reste la même personne (expériences, compétences, personnalité, goûts, passions, qualités, défauts, …) mais différente socialement (femme transsexuelle) et enfin épanouie.

Suite logique de mon coming-out, il me faut informer de la transition en cours et en donner les éléments clés : temps, discrétion, bonheur et épanouissement mais surtout que je reste la même personne.

A mon sens, ce paragraphe est essentiel pour démystifier la transidentité. Oui j’ai un traitement hormonal, oui je vais vivre dans le genre opposé à celui de ma naissance mais pour tout le reste rien n’a changé sauf mon épanouissement, mon bonheur de vivre.

Affectueusement,

(Xxxxx) Julie

J’ai terminé cette lettre par un petit paragraphe gentil (qui restera personnel) et en signant avec mes deux identités.

Et c’est dans cette signature que ma mère découvre mon prénom féminin. J’avais pensé en parler avant, dans le corps du texte, mais je voulais éviter de bruiter le message car je me serais sentie obligée d’expliquer l’origine de ce prénom et je craignais aussi qu’elle ne focalise ou personnalise trop sur le prénom et non pas sur le fond du sujet.

Au travers de la forme de cette signature, j’essaye aussi d’indiquer la disparition progressive de mon côté garçon, entre parenthèse, et la nouvelle vie féminine qui se met en place. Je n’ai ni oublié ni rayé mon prénom masculin, il fait partie intégrante de moi, je ne renie pas mon passé, je veux juste m’épanouir dorénavant au féminin.


Et ensuite ?

A la date où j’écris ce billet, quelques heures après l’envoi de ma lettre, je me sens beaucoup plus légère même si je n’ai pas encore de nouvelles. Je sais qu’il va me falloir être très patiente. Elle peut se sentir coupable et/ou entrer dans une phase souvent longue de déni. J’en ai parlé dans le cadre du processus de deuil.

Cela pourra prendre plusieurs semaines, mois ou années pour que ma mère m’accepte telle que je suis. Je sais qu’elle a aussi le soutien de ma sœur, déjà au courant depuis plus d’un an et qui a très bien accepté ma transidentité. Je veux juste éviter de me retrouver dans des scènes difficiles et j’espère que j’aurais l’occasion de répondre à son propre questionnement, au besoin en pointant certains articles ici, et un jour peut être, avoir des relations vraies et sereines fille-mère.


Voilà, la zone des commentaires est à vous ou même pour nos talentueux auteurEs, un témoignage à publier. N’hésitez pas pour celles ou ceux qui ont déjà réalisé leur coming-out auprès de leurs parents de témoigner de votre propre expérience. Et pour celles ou ceux qui s’y préparent, comment vous anticipez cette étape clé de votre transition.

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24 responses to Parents de Trans – Le Coming Out

  1. blandine a écrit le 16 novembre 2013

    oulala , que d’émotion en lisant ton article Julie, je trouves que tu as très bien tournée cela, et que la manière est pas si mal que ça, je suis presque dans la meme situation que toi( mon père est décedé, j’ai que ma mère, et comme toi une soeur ), sauf que moi je n’ai pas encore fais mon coming-out auprès de mamère et que moi je n’aurais mon THS que en février, j’attens justement le début officiel du THS pour faire cela aussi car ma boule au ventre grossie de plus en plus, je souhaites également mettre ma soeur au courant avant ma mère et aussi entamer ma transition en m’éloignant ( changement de région ou ville ) de mes proches ( amis, famille, et ma mère ) , en tous cas sache Julie que tous ce que tu nous apporte grace a ton site tes témoignages , tes expérience sont pour moi, un grand bonheur,
    bisous
    blandine

    • Julie Mazens a écrit le 18 novembre 2013

      merci blandine pour ton retour !

      Je te souhaite une belle transition. Et n’hésites pas à partager avec nous tes moments d’émotions de doutes et de joies !

      Kisss

  2. Bérénice a écrit le 16 novembre 2013

    Bravo pour ce billet et la façon méthodique et réfléchie dont tu as fait preuve pour ton coming out.
    Une mine d’informations très précieuses pour celles et ceux qui ne savent pas “par ou commencer”
    C’est à mon avis la meilleure façon d’annoncer sa transidentité que de ne pas y aller sur un coup de tête et de peser tous les éléments avant de démarrer ce processus…
    Une seule chose, Le coup de tête peut aider parfois à surmonter une difficulté de communication entre deux personnes, mais le principal est d’y avoir déjà beaucoup réfléchi avant de se lancer…*
    Ton article me ramène à mon propre coming out familial, Et les choses ont étées beaucoup plus directes pour ma part…
    Je m’aperçoit Qu’il y a eu plusieurs phases dans le mien.
    -Une phase d’approche qui s’est traduite par l’annonce (Avec des mots bien choisis) à ma mère par téléphone.
    -Une phase d’incubation durant laquelle j’ai laissé mûrir le sujet dans son esprit afin d’avoir une alliée précieuse pour annoncer la chose à, mon père. Et me permettre aussi de tourner et retourner le problème dans tous les sens… (J’étais totalement paralysée par l’idée d’être rejetée et incomprise par mon père)
    -Une phase de libération avec pour effet de prendre un billet de train et d’aller les voir tous les deux et leur annoncer les choses en face (Tout ça s’est fait très vite dans mon esprit, le matin, j’admettais l’idée et deux jours après, j’étais en face de mes parents..)
    -Et la phase finale, celle du retour à la normale caractérisée par une première visite avec mon apparence de tous les jours, afin qu’ils prennent conscience de la fille que je suis…
    Même si c’est un peu débile, mes propres parents fonctionnent comme une majorité d’êtres humains. Ils ont besoin de “voir” une femme devant eux pour comprendre que j’en suis une… Je dis ça mais ma mère s’est habituée Trois mois à parler au téléphone avec sa fille et je pense malgré tout qu’elle s’était faite à l’idée sans me voir en chair et en os…
    Bilan de tout ça, je voulais vraiment insister sur le fait que mon père à réagi vraiment de façon surprenante, bien au delà de mes attentes…
    Je n’ai pas étée rejetée comme je le craignais mais nos relations père-fils qui ont étées un échec total depuis toujours se sont transformées en une relation père-fille et je dois dire que tout va beaucoup mieux aujourd’hui.
    Le conseil, ne faites pas de pronostics sur la façon de réagir des gens car pour tous mes coming out, j’ai étée très agréablement surprise alors que je prêtais des propos contraires aux personnes concernées….

    • yukarie a écrit le 16 novembre 2013

      je crois que beaucoup de gens fonctionnent en effet comme tes parents : ils ont besoin de voir une femme devant eux pour comprendre le changement d’une mtf . D’où l’intérêt de ne pas faire de coming out trop tôt !

      Mais je retiens surtout ce que tu dis : les gens peuvent avoir une réaction inverse de celle que l’on s’attend à voir. C’est tout à fait le style de ma famille et il faut que j’en tienne compte.
      C’est d’autant plus vrai pour les personnes qui ont toujours eu un comportement “décalé” dans leur vie , du fait de leur transidentité cachée. Incarner sa nouvelle identité libère tellement de nouveaux comportements bien souvent très positifs, et cela se remarque !

    • yukarie a écrit le 16 novembre 2013

      en fait, cette relation père/fils qui était un échec s’explique bien avec ce côté féminin qui était caché : quelque chose clochait.
      Peut être que de passer à une relation père/fille permet une véritable authenticité, et c’est cela qui est le vrai lien sous-jacent à toute relation.

      Je me retrouve bien dans tes propos, et du coup je me mets à espérer une nouvelle relation avec mon père.

      • Bérénice a écrit le 17 novembre 2013

        Je te le souhaite vivement aussi, ainsi qu’a toutes les personnes transidentitaires.
        Le soutien familial est vraiment très important et ne pas pouvoir compter dessus lors de sa transition peut avoir des conséquences désastreuses…
        Je fais le lien avec l’adolescence à laquelle nous sommes confronté(e)s pendant cette période tourmentée et ce qui peut se passer pour les Cis à l’adolescence quand ils manquent d’un parent…

    • Julie Mazens a écrit le 18 novembre 2013

      oui très difficile de prévoir à l’avance comment telle ou telle personne va réagir. C’est tellement personnel et dépend tellement de l’histoire de chacunE.

      Contente pour tes coming outs et surtout que cela ai pu créer de nouveaux liens.

      Et oui tu as raison, il faut souvent que la personne visualise ta féminité et se rende compte que tu passes pour une femme dans un lieu public par exemple. Cruelle société de l’image …

      Bises !

  3. Chloé Tigre Rouge a écrit le 16 novembre 2013

    Méthodique et intelligent, comme d’habitude. C’est très technique, mais je pense (ou j’espère plutôt, wishful thinking) que ce sera bien reçu.

    Souvent cette révélation se fait dans le conflit: j’espère qu’à l’avenir, cela ne sera plus nécessaire pour plus de monde.

    • Alexandra a écrit le 16 novembre 2013

      A qui le dis-tu !!
      Trois ans passés de 2 jours désormais que je n’ai plus vu les miens.
      Tout s’est terminé le 14 novembre 2010 dans le restaurant où ils étaient en train de “fêter” mes 43 ans.
      J’en suis encore très amère et parfois les larmes brûlantes viennent.
      La semaine qui vient de passer a été très dure moralement sur ce plan-là.
      Je ne peux m’empêcher de rattacher mon anniversaire à cette perte, désormais.

      • Chloé Tigre Rouge a écrit le 16 novembre 2013

        Ton contexte culturel personnel est vraiment pénible. J’ai la chance d’avoir une mère qui se “plaint” quand je ne l’appelle pas assez souvent.

        Sans que j’étale ta vie privée et ton historique personnel ici, tes origines culturelles ne sont pas une aide à une grande ouverture. Déjà qu’être une femme dite bio dans la communauté d’où tu es issue, c’est très pénible et t’as pas intérêt à déborder sans quoi la baffe disciplinaire part vite… j’imagine une femme T…

        En tout cas je ne désespère pas que le sang finisse par parler plus fort que les règles stupides et les atavismes d’une communauté restée figée sur certains points quelque part dans un obscur passé.

        • Alexandra a écrit le 16 novembre 2013

          En effet, le contexte culturel y est pour quelque chose. Ce n’est pas la partie la plus belle de cette culture, pourtant capable de très belles choses.

          Etre admiratif devant les dernières découvertes spatiales, être admiratif devant les dernières innovations technologiques comme il l’est. Etre capable de jouer divinement bien des morceaux de musique qui ne sont pas à la portée même de “Grands” dans la communauté, et à côté de cela, être aussi fermé qu’il l’est devant la diversité humaine, est très difficile à vivre pour moi. Sans compter que ma mère est en effet sous son joug, comme tu le fais remarquer à propos des femmes “bio” dans la communauté…

          Oui… Même la cinquième roue du carrosse est mieux lotie que les T, dans cette communauté.

          Je suis désolée de le dire, mais ce sont des arriérés, des imbéciles, des bas de plafond.

          • Chloé Tigre Rouge a écrit le 16 novembre 2013

            Fais gaffe SOS Racisme va porter plainte contre toi :-)

            Et non, le talent artistique n’est pas un signe de la grandeur d’âme, hélas.

          • Alexandra a écrit le 16 novembre 2013

            😉
            Constat culturel connu pour en être issue. Héhéhé !

    • Julie Mazens a écrit le 18 novembre 2013

      J’ai reçu une lettre hier soir. Nous allons nous voir prochainement. C’est plutôt très positif même si naturellement elle a beaucoup de questions, d’inquiétudes et quelques fausses idées.

      Bises !

  4. yukarie a écrit le 16 novembre 2013

    Julie, ta lettre , et tes explications viennent répondre à mes interrogations.

    En effet je ne savais pas comment aborder la question avec mon père, et comme j’ai bien l’intention de démarrer le THS dès que ma santé le permettra, il faudra bien aborder la question à un moment ou à un autre.
    J’ai fait plusieurs tentatives de coming out oral, mais les conditions ne m’ont jamais satisfaite. De même auprès de ma sœur : impossible d’aborder le sujet oralement.
    Effectivement l’écrit permet de choisir ses mots, d’éviter les débordements émotionnels de part et d’autre, et laisse le deuil s’amorcer. Il n’empêche pas un contact direct un peu plus tard.
    Et puis, je fais (et mon père encore bien plus) partie d’une génération où l’écrit a conservé une grande valeur dans la communication.

    D’autre part, même si tu ne te poses pas en donneuse de leçons, cette lettre , avec ses explications, vont m’inspirer beaucoup. C’est un modèle au vrai sens du terme : on peut s’en inspirer, tout en sachant l’adapter à notre propre situation.

    Je vous souhaite, à ta mère et à toi, de pouvoir vivre cette complicité mère/fille qui revêt une telle importance pour beaucoup d’entre nous, quel que soit notre âge.

  5. Marion TUDURI (de roanne) a écrit le 16 novembre 2013

    c’est dingue, le coming out dont je rêve.
    Cela fait plusieurs mois que je n’arrive pas à me décider d’avancer notamment avec ma femme et ce pour plein de raison que je ne développerais pas ici.
    comme yukarie je dirais que cela amène de l’eau à mon moulin sans rien régler bien sur … ce serais trop simple. Mais une piste…. la lettre mais que diable pourquoi n’y ais je pas pensé plus tôt…
    Bon pour ma femme ce sera bien compliqué quand même pour plein d’autres raison.
    J’espère simplement que ta mère répondra favorablement à ton beau courrier.
    bise Marion

    • Julie Mazens a écrit le 18 novembre 2013

      ma mère vient de répondre et nous allons prochainement nous rencontrer.

      Concernant ta compagne, j’ai un peu écrit sur le sujet aussi, je ne sais pas si tu as eu l’occasion de lire : http://www.txy.fr/blog/2013/06/09/comment-dire-a-son-conjoint-que-lon-est-travesti-ou-transgenre/

      Courage à toi ! c’est difficile et beaucoup de compagnes n’acceptent pas. Je te souhaite le meilleur et surtout, sois patiente et pédagogue. Il nous a fallut parfois 40 ans pour sortir de notre placard, il est normal que notre compagne prenne aussi un peu de temps.

      • Marion TUDURI (de roanne) a écrit le 19 novembre 2013

        en effet je suis déjà aller fouiner sur le forum. Mais en fait sans développer outre mesure, c’est plutôt d’une séparation que je sous entendait elle même en partie sous tendue par mon désir de transition…. enfin bref…po grave. Ravie de ta rencontre prochaine avec ta moman et surtout se fut rapide entre l’envoi et sa réponse… je pense que c’est bon signe.
        Bon courage à toi aussi
        Marion

  6. Evy a écrit le 18 novembre 2013

    J’ai trouvé ton texte super émouvant. J’ai versé ma petite larme… Ce n’était pas but recherché, je sais mais bon, on ne se refait pas. Euh… en fait si, c’est justement le sujet: on peut se refaire.
    Tu fais preuve d’une détermination et d’une force de caractère énorme qui force l’admiration.

    Maintenant, il va falloir que tu parles à ta mère et que tu trouves les mots justes mais tu les trouveras, j’en suis suis persuadée.

    bisous

    Evy

  7. yukarie a écrit le 14 janvier 2014

    peux tu nous faire un retour sur la façon dont ta lettre a été reçue (sans entrer dans l’intimité de ta relation avec ta maman) ?
    après la rencontre avec ta mère, corrigerais-tu quelque chose ?

    • Julie Mazens a écrit le 14 janvier 2014

      La lettre a été bien reçue (et ma mère a rapidement compris et accepté la situation).

      Avec du recul cependant, j’ai sous estimé deux aspects : sa culpabilité (elle se sent “coupable” – mais c’est aussi relatif à l’autre sujet indirectement lié) et le fait qu’elle a l’impression qu’elle aurait pu en discuter avec moi et me faire changer d’avis.

      Donc peut être manque-t-il un ou deux compléments pour rappeler à nos parents qu’ils ne sont en rien responsable de notre transidentité et que le seul choix que nous avons en réalité est de renoncer à être soi ou de décider à être soi (on ne choisit pas d’être transidentitaire).

  8. yukarie a écrit le 15 janvier 2014

    merci.
    Je suis en train d’écrire une lettre à mon père, et je dois dire que ce courrier m’aide beaucoup.
    Je vais tenir compte de cette remarque.
    Je vais aussi rajouter un paragraphe qui donne quelques explications : nombre de transgenres, position de quelques personnalités (ministre aux USA, députée, prof d’université) et une info sur la dysphorie de genre et le travail de vérification des psy.

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