Chap 8 94.4 FM

18 janvier 2014 | Tags: ,

cyane“Bon, maintenant tu prends tes affaires et tu t’en vas !”

Lapidaire, cette phrase résonne encore en moi. Ce matin là tu sors du lit, descends prendre un café, cherches tes cigarettes, tu étais persuadé qu’il en restait une que tu gardais précieusement pour ton rituel quotidien, tu ouvres le paquet et… vide !

Il faut du temps, le matin pour aborder correctement une journée, il faut se détacher des rêves, y penser un peu, on ne sait jamais, ils pourraient avoir des choses à nous dire et pour les comprendre quoi de mieux qu’un café suivi d’une clope ? Le regard dans un univers qui n’a rien de commun avec celui qui se trouve face à nous. Du silence, de la quiétude, pas de contrariétés, surtout pas à ce moment privilégié d’un jour qui se joue des apparences dont on émerge doucement, tout doucettement et ce putain de paquet vide !

Tu la sens cette colère qui monte ? Il n’en fallait pas beaucoup pour quelle explose tant tout en toi était explosif, il fallait l’étincelle, elle se présentait comme offerte à ta vindicte, tu n’avais qu’à tendre la main pour la saisir où juste trouver un bouc émissaire, facile, ton frère, celui qui t’avait privé de ton espace vital, celui qui prenait plaisir à agacer ses ainés puis se réfugiait vers sa mère qui finissait toujours par lui donner raison. Ce ne pouvait être que lui, une mauvaise blague comme il aimait en faire, ta dernière cigarette, dont tu ne pu profiter sera celle du condamné à l’exil.

Le retour prématuré du service militaire, sur lequel reposaient tant d’espoirs familiaux, avait quelque peu envenimé les relations familiales et tu te sentais en devoir de faire profil bas. Une inscription dans les sociétés d’intérim et te voilà déclarant en douane, pour l’occasion tu mets une veste de costume, une chemise et te retrouve face à une machine à écrire à taper des formulaires toute la journée, toujours les mêmes et bien que tu ais eu des cours de dactylo, ta vitesse de frappe était bien en deçà de la vitesse requise. Alors, après quelques humiliations d’usage de la part de ton chef de service qui eu l’impudence de te demander de venir travailler gratuitement le samedi pour rattraper le retard, tu décidas que ce ne serais pas un métier pour toi, d’ailleurs existait il un métier “pour toi” ? En attendant, tu rendossais ton Perfecto comme une seconde peau et reprenais tranquillement ton parcours de vacuité.

L’insouciance est derrière toi, la rébellion s’étiole, Pascale a commencé des études d’infirmière et tu te sens un peu à la ramasse, peu à peu tu prends conscience que si tu ne te préoccupes pas de ton avenir, celui-ci s’en chargera pour toi et ce ne sera pas un happy end. Tu t’imagines que la fonction commerciale te permettrait de t’élever dans l’échelle sociale, tu viens d’avoir une voiture, une magnifique 104 orange… Et tu parcours les petites annonces sans conviction mais il faut bien gagner sa vie, si possible élégamment et sans se salir les mains.

Le matin tu regardes les faits divers dans la presse à la recherche des victimes de cambriolage, tu cibles les quartiers où ils ont eu lieu, révise ton argumentaire et commence une tournée de tire sonnette. Le principe est simple, quand tu parviens à franchir la porte d’entrée, tu déballes tes balivernes de façon à ce que les prospects imaginent des voleurs jusque dans les armoires à balai, “Vous voyez Madame, vous n’êtes pas protégée et ils ne se contentent pas de vous dépouiller, ils vandalisent ! Il vous faut une alarme !” Alors tu fais ta démonstration et fais signer un bon de commande pour un produit peu efficace, encombrant, à un prix prohibitif promesse d’une belle commission. Certes, tes mains restent propres mais tu sens sale.

Plus tu chercheras à t’insérer dans la vie active, plus Clément s’éloignera de toi, aucune raison d’en vouloir à ce bon fils de famille dont la mère avait à charge sa jeune sœur handicapée, réduite à un état végétatif suite à un vaccin. Une mère divorcée et courageuse qui devait alors gérer sa fille et la rébellion sauvage de son fils, j’espère qu’aujourd’hui, sa colère est apaisée et qu’il a su dépasser les limites que la vie tend à nous imposer.

Alors tu passes d’un employeur à l’autre, comme on collectionne des timbres, la passion en moins, tu fais semblant d’y croire, tu t’adaptes comme tu sais si bien le faire, et, en allant assurer ta voiture, la secrétaire te met en relation avec une entreprise qui te propose d’être délégué médical, là c’est du sérieux, bon fixe, bonnes commissions, une clientèle, tous frais payés et bien payés, une aubaine.
Mais tu n’es pas prêt et A. entre dans ta vie, un nouveau pote plus jeune que toi qui remplacera Clément.

Des soirées à héberger des couples dont les parents ne voulaient pas (Vincent/Manu), à boire et fumer, à faire des sorties discrètes et répréhensibles avec Thierry et d’improbables et tardives virées avec A. jamais repu de décalquage “psychotropiques” et de frites carbonnade mayonnaise.

Dans ces conditions, il est clair que le chiffre d’affaire devait sérieusement en pâtir, retour de vacances du chef des ventes, calcul sommaire et rapide des résultats, “Je crois que ça ne va pas le faire”, l’essai ne sera pas transformé, les relations familiales non plus, juste encore un peu plus tendues, retour à l’ANPE avec cette fois suffisamment de droits pour en profiter un peu.

Et ça tombe bien car Jean te propose de l’accompagner à Radio Contact où, depuis peu, il est animateur bénévole.
Il faut imaginer une ancienne usine et des bureaux désaffectés, plantés au milieu d’un no man’s land entre Tourcoing et Mouvaux, un parking, une porte donnant sur des escaliers et un couloir en enfilade. Au fond d’une grande salle comme une scène vitrée, un aquarium, seul élément éclairé dans cette désolation. Un plateau, une technique et des personnes si peu conscientes d’être à l’origine d’une révolution : la naissance des radios libres, la FM devenait un espace où chacun pouvait prendre sa place, un espace de liberté où les limites étaient celles de leur imagination.

De l’imagination, tu n’en manques pas, sauf qu’elle altère gravement ta carte du monde. Tu adores te faire des films, si tu fais de la musique : tu deviens une rock-star, si tu fais du théâtre : tu brûles les planches par l’incandescence de ton talent, si tu crée une entreprise : tu es à la tête d’une multinationale, si tu joues au loto : tu es millionnaire, si tu fais de la radio : Jean Pierre Foucault n’aura plus le dernier mot… Vous avez dit surestimation du moi ? Oui, par défaut, c’était rêver d’être quelqu’un alors qu’il te suffisait d’être quelqu’une même quelconque juste toi, moi, nous. Ensemble nous aurions peut être fait de belles choses.

Tu retrouvais dans les débuts de la FM ce même frémissement qu’à la fin des années soixante-dix, c’était dans l’air, l’airplay bien sur, ces ondes là pouvaient changer le monde. Et tu y étais, pour une fois dans ta vie tu savais être là ou il fallait que tu sois.

Après quelques visites, Jean devenu entre temps le bras droit de Didier le directeur, te propose de travailler au démarrage d’un service commercial, proposition que tu t’empresses d’accepter, trop enthousiaste à l’idée de participer à une aventure prometteuse qui t’enveloppe d’une aura particulièrement séduisante dans un environnement qui l’est tout autant, la radio attire les filles comme le miel, les abeilles. Alors tu vendras des spots de publicité, léger problème : à cette époque ce n’était pas autorisé…

Les locaux avaient été réaménagés dans la cave du bâtiment, un couloir donnant sur une régie, un plateau et deux bureaux dont un que tu partageras avec Jean Pierre, électricien de son état s’improvisant commercial car le costume produit plus d’effet sur la gente féminine que le bleu de travail.

A la maison la situation est devenue insupportable, tu ne cherches plus de travail puisque tu t’imagines que le bénévolat en radio te permettra, à terme, d’avoir un revenu salarié, tes parents ne peuvent pas le comprendre ils ne sentent pas le formidable potentiel de ces nouveaux média, bien sur ce n’est pas sérieux juste un hobby comme la musique. Chacun durcit sa position, ta mère te harcèle sur une recherche de véritable emploi et tu t’enfermes dans tes certitudes, les disputes sont quotidiennes et de plus en plus violentes.

“Qui a pris ma dernière cigarette ?” La colère est brutale, la soupape a lâché, ce paquet vide a mis le feu aux poudres. Toutes les pressions subies depuis quelques semaines explosent sans retenues et se terminent par cette terrible phrase.

“Tu prends tes affaires et tu t’en vas !”

Et c’est ce que tu feras, tu remplis ta 104 à la hâte et tu retournes au bureau, tu passeras ta première nuit dans la famille du directeur de la radio, puis son frère te sous-louera son studio roubaisien inoccupé depuis son accident de voiture.

Réflexe d’adolescent attardé, c’est un immense bol d’air, de foehn et d’embruns qui t’accompagne alors que tu prends le large sur une frêle coquille de noix à la destination bien incertaine. Une liberté nouvellement acquise sans les nécessaires prises de conscience qui sagement devraient l’accompagner, une ivresse qui se concrétisera souvent par des bouteilles qui sans être jetées à la mer seront autant de S.O.S. d’un corps en perdition.

Annuaire, téléphone, journaux gratuits pour cibler la clientèle, tu prépares ton argumentaire, prends des rendez-vous et parfois décroche un contrat pour cinq cents Francs les dix passages. Jean t’accompagne souvent lors des prospections et tu tentais vainement de garder ton sérieux pendant qu’il mimait la scène où faisait une remarque sur le physique des prospects, cela se terminait fréquemment par des crises de fou rire vous obligeant à quitter les lieux en vous excusant lamentablement entre deux hoquets.

Bien que la publicité fut interdite sur la FM, les autorités semblaient ne pas trop s’en préoccuper et les clients accueillaient assez favorablement ce nouveau support à une exception près : Tu décroches un rendes- vous avec un hyper spécialisé dans l’ameublement, très heureux tu te dis que c’est une promesse de contrat juteux, on te fait attendre un bon moment dans un bureau puis le directeur arrive, souriant et… ” Bonjour Monsieur, ce que vous proposez est interdit par la loi, je vous donne trente secondes pour quitter cet établissement avant que je n’appelle la police.” Stupéfait, tu repartiras sans demander ton reste, ce gars avait accepté le rendez-vous, juste pour le plaisir de te virer !

La radio réclamait de la polyvalence, il fallait pouvoir prendre le relais si quelqu’un manquait, étant disponible ta “journée” type se déclinait comme suit : arrivée en début d’après midi pour chercher des clients, tu t’éclipsais en début de soirée pour voir Pascale puis tu y retournais pour assurer quelques techniques dont celle des émissions de nuit que K. animait, tu repartais avec K. vers deux ou trois heures et finissais la nuit dans un cabaret roubaisien dont tu assurais la promotion.

Tu garderas ce rythme durant une année, devenu un habitué du monde de la nuit dans ce cabaret, tu te liais d’amitié avec les patrons, les hôtesses strip-teaseuses, et le cuisinier du restaurant auquel on accédait par un couloir très étroit derrière le bar. Ami (contraction d’Amirouche), le cuisinier, t’offrait chaque nuit ton repas, tu n’auras jamais dégusté autant de tournedos Rossini de ta vie. Un soir, passant par le couloir pour rejoindre ta table, tu croises la fille des patrons, l’exiguïté du passage et la corpulence de la jeune femme vous oblige à un contact rapproché et sans crier gare, elle t’entoure de ses bras et t’embrasse, abasourdis par la soudaineté de l’assaut tu ne t’aperçois pas qu’une des hôtesses est témoin de la scène. La fille des patrons était toute jeune mariée, sa mère était sicilienne et bien qu’elle ne t’intéresse pas du tout, ses parents ne pouvaient que lui donner raison quand elle t’accusât des faits. On te conseillât de partir au plus vite et surtout ne jamais y revenir sous peine de disparaître définitivement, dans ces conditions, il était inutile
d’insister.

Une clef que l’on tourne dans la serrure. “Alors, ici vous avez un vestibule très fonctionnel avec ses placards intégrés, une salle de bain avec douche et toilettes, puis … Bonjour Monsieur, euh… une pièce avec cuisine et baies vitrées donnant sur une petite terrasse, excusez moi Monsieur, vous n’avez pas été prévenu pour la visite ?” Non, tu n’avais pas été prévenu et comme tous les matins tu dormais, réveillé par l’agence immobilière s’apprêtant à louer ton studio à un jeune couple.
Fin de l’épisode roubaisien, il va falloir déménager et vite car le locataire avait résilié le bail depuis deux mois sans avoir pris la peine de t’en parler.

Et tu redeviendras tourquennoise, pardon, tourquennois (même pour moi, c’est parfois compliqué) en trouvant un studio au centre, derrière la mairie à deux pas du commissariat, un vieil immeuble accueillant trois locataires, tu t’installes au premier étage et ta sœur ne tardera pas à te rejoindre en occupant le rez de chaussée.

Comme ils sont mignons ! Pascale et toi vous arrêtez devant l’animalerie de la galerie marchande d’un grand magasin, et, de suite, vous repérez cette boule de poil sans doute pressée de se faire adopter tant elle s’acharne à pointer la truffe en escaladant ses congénères. Vous vous regardez en souriant et entrez pour en ressortir avec un boulet en laisse qui vous tiendra compagnie durant seize ans, elle s’appellera Camille, mélange de braque et ratier qui n’avait qu’une chose en tête : s’acharner à te pourrir la vie. A sa décharge, ta vie dissolue n’était pas un environnement idéal pour assurer l’éducation d’un chiot qui te suivait partout laissant systématiquement des traces odoriférantes à votre passage.

Tu as pris cette fâcheuse habitude de vivre la nuit, il est dit que la nuit tout les chats sont gris et pourtant on y trouve une faune des plus colorée, on croit s’y sentir vivant mais c’est l’antichambre de la perte de conscience de soi, toi, tu n’avais pas à la perdre, elle errait depuis longtemps déjà dans des contrées imaginaires telle les enfants perdus attendant la fée clochette.

A défaut de fée clochette, c’est la fée verte qui te tenait compagnie, tu avais appris à encaisser jusqu’à cette nuit de beuverie où d’un bar à l’autre en enchainant les verres tu perdras conscience, coma éthylique. Tu te réveilleras le lendemain matin, bordé dans ton lit, douché, Camille dans son panier, ta voiture garée devant chez toi, quelques tasses dans l’évier, sans le moindre souvenir de ce qui s’était passé.

C’est en arrivant au bureau que tu te rendras compte à quel point la nuit fut agitée et nauséeuse. Après que tu te sois écroulé dans un bar, tes amis t’ont ramené à la radio où tu laissas ton repas et tes verres prédigérés sur la moquette, puis t’ont amené chez toi, fait prendre une douche et du café, te couchèrent et repartirent, à aucun moment tu ne repris connaissance.

Les ASSEDIC touchaient à leur fin, il fallait un salaire et même si la radio n’avait pas les moyens de te rémunérer, elle n’en avait sans doute pas la volonté au regard de tes frasques, tu ne pouvais plus continuer l’aventure, s’en était fini et s’annonçaient les années noires.

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4 responses to Chap 8 94.4 FM

  1. Lola de France a écrit le 18 janvier 2014

    “Le monde de la nuit, on croit s’y sentir plus vivant, mais c’est en fait l.antichambre de la perte de conscience de soi…”

    yes

  2. yukarie a écrit le 18 janvier 2014

    toujours aussi passionnant.
    Il y a une lucidité sur ce parcours de vie qui rend le personnage narrateur , donc la femme, particulièrement attirante.
    Hâte de connaître la conversion.

  3. Ava a écrit le 20 janvier 2014

    Oui j’aime bcp ce regard omniscient que le narrateur nous offre. Aussi je ne sais pas si c’est voulu mais la narratrice devient plus…”indulgente” avec le personnage, ce qui crée a mes yeux quelque chose d’intéressant :

    La narratrice et le personnage se rapprochent en quelque sorte et cela définit bien cette frontière que nous abordons toutes les T, (qu’on la nie ou pas), aux berges de fonctionnements “schizophréniques”… Très compliqué a expliquer et je sens ici le potentiel d’une peinture littéraire de la dysphorie…

    Tout cela est très perso.

    Merci Cyane encore une fois de nous faire partager tes mots, tes maux, ton talent…

  4. Cyane Dassonneville a écrit le 20 janvier 2014

    Oui Ava, LA narratrice devient plus indulgente car l’écriture est une invitation à la réconciliation, elle permet de comprendre et donc d’excuser du fait du mal être, Alors cela me grandis au delà du clivage du genre pour être moi pleinement et entièrement.
    Bises à vous toutes pour vos commentaires de qualité et vos encouragements.
    Cyane

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