Contre la biologie comme justification transidentitaire

5 février 2014 | Tags: , ,

Une cellule embryonnaireIl existe plusieurs tendances radicalement opposées dans l’univers transidentitaire (dans l’acception la plus large possible) pour expliquer la transidentité. A un extrême, un certain mouvement constructiviste queer affirme que la biologie n’a rien à voir avec l’identité sexuée, avec l’identité de genre. A l’autre spectre des extrêmes, d’aucuns affirment que l’existence de personnes transidentitaires s’explique par une discordance biologique entre sexe du cerveau et sexe du corps. 

Si le premier de ces extrêmes est aisément contesté par l’écrasante majorité de conformité entre sexuation et genrage — la plupart des mâles sont des garçons, la plupart des femelles sont des filles, cette convergence manifeste entre sexe et genre ne saurait s’expliquer par le seul hasard des assignations –, le deuxième est plus délicat à contester.

En effet, l’affirmation d’une cause biologique de la transidentité se pare de science, s’orne d’empirisme, en évaluant qui la présence
d’un gène, qui la forme de telle zone du cerveau, qui encore les marques d’exposition à telle hormone durant la gestation.

C’est très tentant de se légitimer avec la biologie : “ça n’est pas de ma faute, ça n’est pas un choix, c’est la Nature qui m’a ainsi fait.” Ces justifications biologiques me semblent être plus une tentative d’esquive du questionnement de nos actions qu’une réelle recherche de causes positives. D’ailleurs qui parmi les tenants de l’argument biologique est prêt à faire les tests déterminants avancés, et à tirer les conséquences de leurs résultats ? Qui est prêt à soumettre toute demande de transition à une validation biologique ? Finie la psychiatrisation, finies les commissions d’éthique qui doivent décider de “mutiler un corps sain” pour le bien-être de la personne, après tout. Il s’agit juste d’une anomalie de sexuation qui se corrigera fort logiquement avec une hormonothérapie et quelques chirurgies.

Biohazard

Projetons-nous un peu dans le futur, maintenant. Quelle mère voudrait faire subir à un enfant trisomique la vie difficile qu’il aura ? De nos jours, l’amniocentèse permet de détecter les cas de trisomie et d’éviter que les enfants affectés ne naissent. C’est considéré par une partie de la société comme un acte de compassion.

Maintenant, posons-nous une question analogue : quelle mère voudrait faire subir à un enfant trans cette vie de misère, de discriminations, de dépression ? Il sera possible,  avec ces déterminations biologiques érigées en causes premières de la transidentité, de repérer ces enfants et de leur éviter une vie de souffrance en les avortant. Ce sera une interruption thérapeutique de grossesse (légale jusqu’au neuvième mois en France), fort justifiée vu les risques de souffrance chez les personnes trans.

Pour cesser la fiction futuriste, et pour revenir au présent, cette justification biologique est à mon sens sans valeur. Elle exclut les personnes qui ne présentent pas le caractère biologique décrit (et voilà, nous avons enfin trouver un moyen d’identifier les faux trans, les travgenres, les pervers autogynéphiles… !). Elle tend à présenter l’identité de genre comme un fait biologique parmi tant d’autres, et de ce fait laisse le hasard de la Nature nous prédéterminer, présider à notre destinée. Je ne deviens pas trans, je nais ainsi (Beauvoir au rebut). Cela me fait penser à ces chercheurs qui prétendent identifier le gène de l’intelligence, le gène de la fidélité, le gène de la bonté, le gène de la compassion, ou celui de la pédophilie, la forme du cerveau sociopathe, narcissique, ou encore leader. Cette quête de l’explication biologique et mesurable du caractère humain est mortifère, elle est la porte ouverte à l’eugénisme le plus idéologique, à la fabrication à partir de “matériel” (de gamètes et d’embryons) sélectionné de l'”Homme nouveau”, exempt de défauts, correspondant au stéréotype idéal de la société de consommation au service d’un capitalisme déréglé.

Constater chez de nombreuses personnes la présence d’un caractère biologique commun fait de ce caractère un moyen d’étayer un diagnostic, voire peut en faire une cause suffisante de confirmation d’une piste. Toutefois, ça n’est pas un élément nécessaire à la validité d’une piste, et ça ne produit en aucun cas une équivalence. Je peux avoir le thalamus en forme de saucisse et être parfaitement “cisgenre” pour autant. Je peux avoir été exposée à des hormones féminines massivement et être “cisgenre”. Il est tout à fait envisageable aussi que mon thalamus soit normal, que je n’aie pas été exposée à telle ou telle hormone, et que je sois pour autant tout à fait transidentitaire.

Posons-nous la question de l’intérêt éthique de ces tentatives de détermination. Posons-nous aussi la question des conséquences sur la société qu’elles ont. Interrogeons-nous sur le pourquoi de ces quêtes de justification. Ne sacralise-t-on pas un peu trop la biologie et la “Nature”, en oubliant qu’en tant qu’êtres humains doués d’un libre-arbitre et d’un esprit infiniment complexe, on est autre chose qu’un accident biologique ? Le fait que des canards soient nécrophiles et homosexuels ne rend pas honorables ni la nécrophilie ni l’homosexualité. L’homosexualité n’a pas à tirer sa respectabilité du “naturel”. Pour la transidentité, souvent confrontée aux mêmes arguments du “contre-nature”, c’est la même chose. Laissons la Nature où elle est, et nous, soyons vivants et humains. Le jour où on prendra l’argument de l’escargot naturellement “transgenre” pour justifier nos transidentités, on sera vraiment foutus. Évitons d’y rentrer par la porte glorieuse et trendy du scientisme.

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29 responses to Contre la biologie comme justification transidentitaire

  1. Dominique Menezkaer a écrit le 5 février 2014

    Il y a 50 ans, l’homosexualité était encore l’objet de ce genre de conjecture (cause biologique, mère trop fusionnelle, etc…). Sans affirmer que tout cela est fini en 2014 en occident (certains s’accrochent toujours à l’idée de “pathologie”), on peut malgré tout dire que, même si tout cela reste fragile, l’homosexualité est en voie de “normalisation”.
    Pour ce qui est de la transidentité, on en est pas encore là: il suffit de regarder la dernière émission de “tout une histoire” sur le sujet…. la “transsexualité” est présentée par la “psy de service” comme un “dysfonctionnement”. Il y a encore beaucoup de chemin à faire.

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 5 février 2014

      Je ne sais s’il faut chercher la normalité (truc statistique). La dépathologisation, oui pour sûr : être T n’est pas plus une maladie qu’être gaucher ou qu’avoir le pied romain.

      Quelque part, que ça vienne de tel gène ou tel facteur biologique, ou tel facteur psychologique, ou un mélange des trois, quelle importance ? On ne doit pas s’y attacher et c’est là tout le sens que je donne à mon article. S’y attacher, c’est déshumaniser les personnes et les ramener à l’état de pathologie, ou d’individus défaillants et donc indésirables dans notre société du tout-parfait.

      Peu m’importe la forme de mon cerveau ou de mes gènes. Ce que je suis a plus de valeur et plus de sens que la somme de tous mes facteurs biologiques. A trop vouloir se justifier par la biologie, on se réduit à cela, et c’est un point qui mérite toute notre attention.

      • Dominique Menezkaer a écrit le 5 février 2014

        Tout à fait d’accord !!!
        Refuser la pathologisation ou encore l’essentialisation, c’est s’assumer tel qu’on est face aux autres, face à la société sans avoir à se justifier.

  2. charlotte elyane a écrit le 5 février 2014

    Pour mieux connaître et accepter- faire accepter- la transidentité au sein de la société, et aussi vis à vis de soi même il est légitime d’en explorer toutes les pistes. Nombre d’entre nous, dans la découverte de celle ci ont cherché à savoir, après l’avoir identifié: pourquoi cela, et pourquoi moi..? Est ce une pathologie, comment la soigner..? Quelques années de consultation chez une psy familière du sujet ne m’ont pas vraiment fait avancer sur le sujet, en tout cas beaucoup moins que l’échange sur TXY et avec plusieurs de ses membres. J’ai au moins rejeté la culpabilité, la honte, et décidé d’accepter ( certes un peu tard ) ce qui est un plus dans la vie.
    Alors, cette acceptation pour un esprit se voulant cartésien passant logiquement par une recherche de ses causes, le sujet reste ouvert.

  3. yukarie a écrit le 5 février 2014

    Je ne comprends pas bien ce que tu affirmes, Chloé : “Si le premier de ces extrêmes est aisément contesté par l’écrasante majorité de conformité entre sexuation et genrage”
    je ne vois pas en quoi cela conteste la position Queer pour expliquer la transidentité?
    Pour moi cela n’explique que la situation des cis

  4. Chloé Tigre Rouge a écrit le 5 février 2014

    Le constructivisme absolu prétend que le genre n’a rien à voir avec la biologie. 100000 ans d’humanité nous laissent penser que si : l’écrasante majorité des mâles sont des garçons et de même pour les femelles et les filles. Ça n’est dû ni à une tyrannie de 100000 ans ni au hasard.

    Il y a bien un rapport évident entre sexe et genre, invalidant de ce fait les théories extrémistes du constructivisme.

    Cette connexion doit être mise en perspective et plus posée comme absolu.

    • Dominique Menezkaer a écrit le 6 février 2014

      Dans ce que tu viens d’écrire, il y a confusion entre “genre” et “identité de genre”. C’est sur cette confusion que s’appuient notamment les rumeurs sur les “ABCD de l’égalité” (on va transformer les garçons en fille et réciproquement) et beaucoup de journalistes qui ont écrit des choses plus qu’approximatives sur le sujet et qui ne devraient pas en être fiers.

      Les “théories constructivistes” (on ne naît pas femme, on le devient) parlent du genre et non pas de l’identité de genre. Le genre, c’est l’ensemble des représentations sociales et personnelles du “masculin” et du “féminin”, cela est différents de “se sentir homme” ou “se sentir femme”: une “femelle ” peut très bien s’habiller comme un mec, être pompier et se trouver néanmoins très bien dans la case “femme”.

      Ici on fait référence à l’identité de genre qui est en quelque sorte le “genre psychologique”. Je ne vois pas bien le lien avec les “théories constructivistes” (il n’y a que les instigateurs des rumeurs qui font le lien…).

      Désolée d’avoir été un peu brutale, mais il faut faire attention au choix des mots…

      • Chloé Tigre Rouge a écrit le 6 février 2014

        C’est une hypothèse intéressante et une distinction digne d’intérêt, qui apporte une nuance utile. Cependant je doute que les militants indifférentialistes qui prétendent que l’assignation de genre est une oppression sociale aient la même mesure.

        On a des idéologues extrémistes dans tous les coins de l’univers, et je les dénonce tout autant. Le véritable danger me semble pour l’heure venir des tenants du biologisme, qui s’inscrivent dans un mouvement plus général de justification biologique de tout et n’importe quoi, plutôt que des farfelus paranoïaques.

  5. Meghannoire a écrit le 5 février 2014

    “… le deuxième est plus délicat à contester.” (Chloé Tigre-Rouge)

    Oui, il est facile à le contester! Pourquoi? Je vois un outil pour discriminer de la part de qui? Ceux qui trient qui sont de vraies transsexuelles… et celles qui ont gagné le gros lot de la métamorphose de l’organe génital semble d’acquérir cette hargne d’exclure les autres qui n’ont pas été choisies…
    … Chloé, je ne connaît pas trop ta position sur ce point et d’ailleurs sur plusieurs idées plus loin, j’ai essayé d’ajouter le mieux possible.

    Il faudrait que t’expliques ce dire “… trouver un moyen d’identifier les faux trans, les travgenres, les pervers autogynéphiles… ” (Chloé Tigre-Rouge)…

    Personnellement, je dis que toutes raisons pour s’affiner vers féminin “peu importe” la mutilation sont les bonnes. J’ai une croyance absolue que l’érotisme-vers-soi (incluant cers l’autrui sans coït) soit très santé.
    D’ailleurs, nous pouvions toujours le faire nous-mêmes.

    “… de “mutiler un corps sain” pour le bien-être de la personne,” (Chloé Tigre-Rouge)…

    … C’est drôle que tu mentionnes cela parce que moi et Rosa (ma thérapeute) nous abordions justement cette émotion. Elle s’inquiète de moi énormément parce que j’attend un appel de l’hôpital pour connaître le jour de ma chirurgie d’a-sexualisation. Elle a mentionné le même sentiment que moi, j’ai ” une perte d’une partie d’un corps, c’est comme tu crées un fantôme. J’avais essayé de m’enlever les glandes sexuelles… après quinze minutes de la chercher et d’en sortir une, je n’ai pas eu le cœur. Ces deux petits organes se sont cachés très profonds en moi… comme deux petits animaux. Demain, j’ai rendez-vous avec elle et je vais lui rassurer parce que je vais lui dire qu’il se peut que je refuse cette chirurgie. J’ai subi certains viols à violence variée donc me mettre nue et de me faire toucher vers le bas me fassent peur énormément.
    J’ai rappelé la secrétaire de mon urologue pour lui dire de laisser tomber la pénectomie et même si mon pénis n’est pas une zone d’excitation du coït pour moi. Rosa avait réagi sur cette mutilation et moi, je pensai ” pourquoi que je voulusse cet enlèvement”, c’était simplement pour démontrer “aux autres” que je ne suis plus un mâle… ou une humaine … il y a eu plusieurs événement, externe, qui m’avait poussée à la vouloir.
    Il faut se dissocier de cette pensée “normative”.

    À la fin, je n’ai pas voulu être lâche et de forcer une autre personne de m’amputer. De toute façon, il y a beaucoup d’alternatives pour s’affiner vers le “look” “kawai” dont j’ai récitées ici et là en ce forum et celui des féministes (voir ma section album).

    • Meghannoire a écrit le 5 février 2014

      Bien, j’ai lu trois ton texte et je connais un peu plus ta position en ce dire…

      “Elle exclut les personnes qui ne présentent pas le caractère biologique décrit (et voilà, nous avons enfin trouver un moyen d’identifier les faux trans, les travgenres, les pervers autogynéphiles… !)” (Chloé Tigre-Rouge)

      Je suis d’accord et mon deuxième paragraphe reste et suit le raisonnement. Il y a l’âme, la conscience ou l’amour propre d’une personne qui comptent pour avoir droit à un peu d’aide avec simplement une hormonothérapie.

      Merde, j’ai à lire le dictionnaire “Japonais-Français”.

  6. Julie Mazens a écrit le 5 février 2014

    J’aurais bien aimé avoir un avis éclairé de Chloé et AlexMec sur ce sujet :) !

    • Meghannoire a écrit le 8 février 2014

      Julie, je n’ai pas été avisée qu’il avait autres commentaires postée à ce sujet-article, ci-dessus en moins que ça fut cliqué directement à mon rectangle réponse-commentaire.
      Est-ce qu’il y a moyen de corriger pour faire en sorte que nous recevons un avis à quand un commentaire fut posté à un sujet suivit? Ou ça ne vaut pas la peine vu que les sujets s’enfilent à la chaînes rapides.

  7. Phlune a écrit le 6 février 2014

    Je me souviens au début de ma transition, de mon endocrino qui me dit : “On teste votre cariotype ? Bof … Ça a pas l’air bien utile, vous êtes très certainement XY”
    -“Exactement j’ai dit, et en fait je m’en fous, j’ai pas le sentiment que c’est là que ça se joue”

    Et puis je suis rentrée chez moi, je me suis dit :
    “Et si j’avais un bizarre dans le génome? Et que je m’emmerde depuis trente ans dans ma carapace à la con simplement à cause de ça, que je le paie par des années de psychiatrie, des burn-out, le ricanement entendu des psychiâtres, etc, alors qu’avec ce diagnostic, on me foutrait la paix, enfin” …
    et j’ai pleuré tout ce que je savais pendant une heure, avant de me reprendre et de me de dire que oui, JE M’EN FOUS.

    Quel est le mobile exact des gens qui vont réussir à mobiliser des sous pour faire la recherche qui va bien sur mon neurone mal foutu, ma translocation du gêne machin sur le gêne bidule, etc ?
    Ce serait quoi, leur but scientifique, entendons : leur retour sur investissement à ces chercheurs qui cherchent quoi ?

    Et il me vient toute sortes d’hypothèses désagréables déjà évoquées plus haut :
    Et si le scanner dit que chuis pas une vrai trans’ ?
    Et que dira-t-on aux gens perturbés qui serait de vrais trans’ sans le savoir, et sont objectivement incapable de le supporter ?
    Quel diagnostics espère-t-on pour quoi faire ?
    Et si on trouve la pilule qui fait de toi un légume qui ne demande enfin plus RIEN à la médecine ?

    La réponse est que le genre est humain, bien humain, , là où le sexe est biologique, et que l’humain, aux extrêmes d’une courbe de Gauss embrassant de façon purement conventionnelle, la “normalité”, peut effectivement dans certains cas, ne pas répondre DU TOUT aux préjugés auxquels la Nature, du seul fait de l’ habitude, nous prédispose.

    La conscience, la mémoire, le spirituel, l’affectif, l’imaginaire, etc, tout ce qui passe non dans les gênes, mais bien dans le “bouche-à-oreille” par lequel selon Deleuze, se transmet l’humanité, tout cela est définitivement prééminent sur le fait de savoir s’il vaut mieux me réserver , au besoin dans quelque asile gentiment adapté, une vie de merde dans un corps “religieusepment” préservé au nom de la Nature, de Dieu ou que sais-je, plutôt que me permettre de tenter de me réaliser en bousculant un peu un schéma originel, génétique, biologique qui n’a pas pu se connecter avec ce que je tiens pour ma “personne” …

    Je me fiche éperdumment des “causes” du transsexualisme, comme de celles de l’amour du piano ou de la cuisine japonaise.
    On peut s’en trouver formé, déformé, à l’extrême, précisemment par la plasticité issue du fait que nous naissons quasiment “nul-les” et impotents, et qu’il faut TOUT nous donner, au départ.

    Nous sommes donc bien entièrement des constructions de notre espèce, sur la base d’une Nature qui fait ce qu’elle peut,
    tout ce qu’elle peut, essayant aveuglément tout, mais qui se fiche complètement de Boutin, de Bonierbale ou les laboratoires toujours prêts à nous vendre des neuroleptiques, des antidepresseurs, des miracles de la science …

    La science a découvert l’ADN. Prodige ! murmurent les connaisseurs.
    Et pendant 30 ans la cour de Cass’ a débouté TOU-TES les trans’ qui tombaient entre ses pattes, au besoin, faute d’autre argument, au nom de leur cariotype.

    Ça sert à tout la science.
    A nous transformer, ô, merveille, certes mais ne nous faisons aucune illusion,
    on peut aussi s’en servir à nous casser tranquillement la gueule au nom de la vérité.

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 6 février 2014

      +10. La science doit rester soumise à l’éthique. La science n’est pas la source de notre morale. La science est un outil, et non une fin. La science ne nous sauvera pas si on la met à la tête de nous.

      • Phlune a écrit le 6 février 2014

        Tout tient dans le distingo entre “pouvoir”, le pouvoir technique, théorique et pratique, de la science, et “pouvoir”, celui de l’éthique (“on ne peut pas faire telle ou telle chose”)

        Se souvenir, lors de nos procès, que “Respect des textes sans respect des personnes n’est que ruine de la Justice”, (Thomas d’Aquin, en gros) et exiger d’entraîner la discussion sur la question de la morale, sur laquelle le juriste n’en sais pas plus que nous, et forcer ainsi le dialogue à armes égales …
        Et là se révèlera notre légitimité … :-)

        • Chloé Tigre Rouge a écrit le 6 février 2014

          En ce siècle la science des laboratoires, en particulier la biologie, sert de justification à tout. Elle n’a pour autant pas plus de valeur que la rhétorique.

          On l’élève en religion par péché d’orgueil : l’Homme deviendrait enfin maître de sa destinée car il serait apte à se plonger dans les mystères biologiques (un parallèle peut être fait avec les sciences physiques et les origines de l’univers, quoi qu’elles ne touchent pas directement au vivant). Ca n’est plus de la science motivée par l’envie d’accroître notre savoir, mais la quête d’un dogme définitif auquel se référer. La quête de la fin de l’histoire ?

          • Phlune a écrit le 6 février 2014

            “Les peuples heureux n’ont pas d’Histoire” ?
            Vite vite, courons leur en chercher …

            La science est potentiellement aussi problématique dans ses dogmes que les religions, et elle sera aussi violente et sauvage, et pour les mêmes raisons, c’est bien là le hic.
            Le rêve de toute-puissance n’est pas celui de l’espèce, mais bien celui d’un petit nombre sur l’ensemble …
            C’est criant quand on lit Paulette Pissefroid ( ou Pète-sec, chais pu …) et consort …
            :-)

          • Chloé Tigre Rouge a écrit le 6 février 2014

            Le problème réside dans la concentration des pouvoirs. 1000 personnes pas forcément très imprégnées d’éthique, et toutes arrivées là par des intrigues et des copinages, président à la destinée de 60,000,000 d’autres. On en arrive à souhaiter une relocalisation des pouvoirs pour retrouver une société humaine, et pour réduire la puissance de ces individus.

            Le débat toutefois dérive bien loin du sujet originel. La légitimation par la biologie, c’est la perte de l’autonomie (au sens littéral) et l’abandon de soi à la science.

  8. Chloé AVRILLON a écrit le 6 février 2014

    N’empêche que ça :
    http://www.transgendercare.com/medical/hormonal/brain_sex_diff.htm

    J’y crois 😉

    Je t’embrasse Chloé. Tu es une pétasse épatante ! :)

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 6 février 2014

      Je ne conteste pas que ça puisse exister, co-Chloé. Je dis juste qu’il faut laisser ça pour ce que c’est et se déterminer soi-même.

      Les questions que pose Phlune sont très intéressantes à ce titre.

  9. Meghannoire a écrit le 8 février 2014

    J’ai gardé des animaux qui me furent laissés à moi (abandonnés) et les deux chiens de mes parents et je peux vous assurer que les animaux ont leur propre personnalité “humaine” et donc vice-versa.

    Je peux encore vous assurer que les individus des autres espèces ont trouvé des solutions et des sentiment-philosophiques assez intéressantes à propos le transsexualisme et à être parent entres individus du même sexes.

    Les autres animaux ne semblent pas se casser la tête d’une biologie “normative”.

  10. Cand a écrit le 25 février 2014

    Coucou,
    J’arrive un peu tard sur ce fil mais, comment dire, je trouve que ton raisonnement est bon Chloé mais en même temps il me gêne. En fait, il y a deux choses : la démonstration scientifique et le regard social. Pour l’aspect scientifique, il n’y a que des hypothèses et toutes les perspectives sont imaginables. Pour le regard social, je trouve que la “pseudo-science” peut singulièrement nous aider et qu’il est dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain. S’assumer, s’accepter, avancer fière face aux autres … c’est facile à dire. Dans la vraie vie, il est parfois utile de s’approprier quelques lieux communs pour mieux faire passer la pilule. Si les gens comprennent une éventuelle “déformation de naissance”, ils ont beaucoup de mal avec l’appropriation du genre. En plus, nous sommes un vrai cas d’école en matière de genre et nous risquons d’ être pointés du doigt et tout.
    Je ne suis pas certaine d’être très claire. Tout cela est confus dans mon esprit. Je crois qu’il faut rester ouverte d’un point de vue scientifique : aujourd’hui, nous restons un mystère. Je crois qu’il faut louvoyer entre les croyances afin de favoriser notre reconnaissance, éviter d’être stigmatisée même si cela passe par d’affreuses approximations scientifiques.

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