Le sujet Trans de la semaine : une voix et un téléphone

7 février 2014 | Tags: , , ,

Sourire au téléphone, une règle de base !

Sourire au téléphone, une règle de base !

Après celui sur le “passing”, nouveau défi éditorial ce matin lancé à plusieurs de nos auteur-e-s avec une simple question : si je dis “voix et téléphone” tu me racontes quoi en quelques lignes (et je ramasse les copies dans l’heure).

Laissons nos ami-e-s s’activer sur ce sujet. En attendant, je vais commencer par vous raconter une petite anecdote qui m’est arrivée pas plus tard que lundi.

Je marche dans la rue, les écouteurs aux oreilles avec de la bonne musique (Candy Store, “Time”) quand mon portable sonne dans ma poche. Je décroche main libre sans avoir pris la précaution de regarder le nom de l’appelant.

– “bonjour c’est Sarah” d’une voix très masculine.

Et me voilà quasiment entrain de machinalement répondre “bonjour c’est Julie, comment vas-tu ?”, persuadée d’avoir affaire à une des deux Sarah copines transgenres que je connais …

Heureusement, un soupçon d’intuition (féminine?), je n’ai rien répondu et j’ai entendu mon interlocutrice de continuer dans la foulée “je parle bien à Gilles ?”, une fille épatante à qui j’avais donné mon téléphone la veille pour du business … où comment je suis passée à deux doigts de m’outer !

Je laisse maintenant la place à mes ami-e-s et puis je vous invite à utiliser immodérément la zone des commentaires pour enrichir nos réflexions sur la voix ! à vos larynx, à vos claviers !

Julie Mazens, BDFL


Paradoxe

Dans le processus de changement de genre qui conduit parfois à « passer vers », le téléphone induit un « passer pour » tant ce qui est émis ne correspond jamais réellement à ce qui est reçu.

L’image comme la voix subissent les écueils du flux émission/réception. De nombreuses fois lors d’entretiens pour ma thèse, on m’a souligné le « paradoxe du téléphone » qui consiste à se sentir d’une part protégé, comparativement à l’épaisseur des interactions de la rue par exemple, et en même temps vulnérable car potentiellement trahi.e par le seul élément sonore, pourtant précieusement travaillé.

Dès lors, le paradoxe se transforme en épreuve, renvoyant à la sanction de genre, à cette traque à la contrefaçon où la voix se donne à voir, à entendre, comme une arme à double tranchant, dans un même mouvement injonction à la norme et gage d’une vie paisible.

Arnaud Alessandrin, sociologue


Effort d’élocution

Le téléphone fait partie de nos quotidiens personnels et professionnels. On tente de laisser une bonne impression : être perçu correctement en termes de genre fait partie de cette bonne impression.

Mon expérience pour les Mt* : Le téléphone dégrade la voix. Il faut donc les premières fois au moins faire un effort d’élocution pour que “ça passe”. Ayez des intonations prononcées. Plus vous vous ferez petite et malaisée moins ça passera. Affirmez-vous sans avoir honte de vous ou de votre voix. Si ça vous rassure, la première fois faites un effort tout particulier de timbre. La première impression est ce qui compte le plus.

Chloé TR


Une voix spécifique

Il y a 7 ans, en entendant ma voix au téléphone, me suis dit que c’était pas ça, ben voui, pas vous. J’aurais bien voulu une autre voix et c’est là, que j’ai appris que le téléphone accentuait les graves.

Du coup, me suis dit qu’il fallait rectifier ça et qu’il me fallait une voix spécifique pour répondre au téléphone pour ne pas me prendre du Monsieur à chaque fois.

Donc voilà, vais vous dire comment j’ai fais, c’est tout simple.

Me suis appelée et laissé un message sur mon répondeur plusieurs fois, entre chaque appel, j’écoutais ma messagerie pour voir le timbre de ma voix et lorsque j’ai eu LA voix qui me plaisait, l’ai adoptée. C’est une voix pour le téléphone, pas pour ma vie courante, mais il n’empêche qu’il faut quand même s’entraîner pour la garder, au moins quand on m’appelle n’ai plus le problème du Mr quand je répond et ces derniers mois, vu le temps que je passe en communication, ben je peux parler beaucoup plus longtemps sans que ma voix se défausse au bout de longue conversations et ce, même dans ma vie courante.

Ne dis pas que cela puisse fonctionner pour tous le monde, mais on ne risque rien à essayer.

Alixia, Toulousaine


Soyez naturel !

– Allo ? Je suis bien chez Mme S ?

Bien forcé de répondre “oui, c’est elle-même” pour le moment. Sauf que ma voix naturellement androgyne a baissé de trois tons ces derniers jours pour cause de rhume carabiné, avant-goût d’une mue attendue.

– Ah pardon je croyais… me répond la dame, gênée.

J’en suis à ce stade du parcours où je ne puis encore m’affirmer totalement socialement et pas du tout avec les administrations. Etat schizoïde de la transition avant la transition… Soupirs. Cela me rappelle une situation cocasse il y a quelques mois.

Coup de fil d’une administration :

– Bonjour, je suis bien chez Mme S ?

– Oui, bonjour.

– C’est personnel Monsieur. Puis-je lui parler directement ?

Là je biche ! Puis je me retrouve hélas dans l’obligation de justifier mon identité et il m’en coûte terriblement. J’ai également pris conscience récemment que parfois je montais le ton de ma voix pour sortir de l’ambiguïté. Je veille aujourd’hui à la laisser naturelle. Et j’attends avec impatience le traitement salvateur. Que ma voix se fasse l’écho de mon être véritable !

Claude, FtM pre-T


Souriez !

Voilà Julie, tu m’as demandée de faire un petit billet, sur la voix au téléphone. Que dire ?

L’avantage ou l’inconvénient du téléphone c’est que l’on ne voie pas l’interlocuteur, donc notre imagination peut naviguer à son gré. Ainsi selon une voix on peut imaginer une superbe déesse derrière son bureau de l’administration ou encore une mégère déversant son fiel au bout du fil.

Jouant de ce subterfuge, autant donner une bonne image. Une bonne image oui même si personne ne nous regarde.

Tout d’abord et cela est très important, une bonne attitude, se tenir droite, et surtout sourire. Ne pas parler trop fort et pourquoi pas échauffer un peu sa voix avant, comme une artiste fait ses vocalises. Comme les meilleurs vendeurs par téléphone un entraînement avant oui. Mais surtout et cela se voit : se tenir droite, sourire et avoir une attitude positive juste pour tromper l’ennemi (sourire)

Alors les filles à vos vocalises.

Florence Varin, Lyonnaise


Cruauté de la technologie

La voix au téléphone, c’est se jeter dans le grand bain sans savoir nager et en ayant oublié la bouée sur le bord. Difficile d’aller la rechercher ensuite !!

C’est là où toute votre superbe apparence physique ne vous servira à rien et où la cruauté crue de la technologie vous mettra das une case non désirée si l’intonation est mauvaise.

C’est aussi là que les correctifs sont les plus aisés puisque votre interlocuteur est obligé de vous croire sur parole (attention cela ne marche que pour les voix ambiguës, à la frontière des deux genres, il faut faire un minimum d’effort si votre voix d’origine est très genrée).

Mais quel plaisir lorsque l’on vous répond “madame” d’emblée.

Diane, from Quebec


S’affirmer femme !

La voix au téléphone, un vaste sujet, pas facile à maîtriser surtout que soit disant le téléphone déforme notre voix!

Pour ma part, j’essaie de placer ma voix ni trop haut ni trop bas, surtout ne pas parler avec la gorge comme m’a appris mon orthophoniste et parler sur l’expiration.

Puis ce qui me paraît le plus important pour nous … s’affirmer comme femme. Si on me dit bonjour “monsieur” je rétorque aussitôt “madame”. Et ca passe très bien.

Voilà ce que je peux en dire, bisous.

Michelle P.


L’accent des mots

J’ai une voix relativement haute et sur cette base, m’adapter pour avoir une voix féminine n’a pas été trop compliqué. Enfin, je veux dire qu’il m’a été facile de rejoindre une fréquence féminine acceptable.

Était-ce suffisant ? Non ! Au téléphone ça n’allait toujours pas ! Plein d’hommes ont des voix aigus et personne ne remet en question leur masculinité.

En réalité, le secret réside dans le “parler féminin”, cette façon particulière de moduler la hauteur de chaque mot, d’appuyer certaines syllabes …

Alors je me suis entrainée, chaque jour, en reprenant bêtement des phrases féminines entendues dans la rue, à la télé, en vidéo. Je me suis entrainée jusqu’à modifier profondément ma façon de parler.

Depuis, je passe systématiquement au téléphone et ce, même si je parle trop grave. L’important, c’est l’accent des mots.

Candice


Reflet de l’âme

En fait, je ne me pose pas trop de questions sur ma voix. Je sais qu’elle sera toujours hybride. Quand j’ai entamé le travail de la voix, c’était pour l’adoucir et non pour jouer sur les graves/aigus. J’ai toujours considéré que la voix est le reflet de l’âme.

Au téléphone, elle me pose parfois des soucis. J’ai identifié quel était le problème il y a peu. Je ne laisse pas suffisamment traîner la fin des mots, ce qui chez certains est vu en voix masculine. Ayant eu un souci avec le service à distance de ma banque, je suis en train de m’employer à rectifier cela.

En effet, entre la voix en conversation classique et la voix au téléphone, l’écart peut parfois être important. Le téléphone a cela d’ingrat qu’il accentue très fortement les graves et même si ma voix s’est affinée avec le temps, ce travail est nécessaire simplement pour ne pas avoir de souci comme celui que j’ai rencontré avec la banque.

Pour le reste, entre nous, j’ai la voix que j’ai et elle me convient bien pour 99,9 % du temps.

Alexandra C. (copie en retard)


Le sourire est une arme fatale, même au téléphone

Pour finir, une petite astuce mentionnée plus haut par Florence, en vidéo pour la route. Comme pour le passing, le sourire est un complément idéal pour une voix harmonieuse et féminine.


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16 responses to Le sujet Trans de la semaine : une voix et un téléphone

  1. Brigitte Goldberg a écrit le 7 février 2014

    Deux raisons pour lesquelles nous nous heurtons à ce maudit engins qui fait que notre interlocuteur nous appel souvent monsieur même si nous faisons état d’un prénom féminin.
    1) La bande passante du téléphone s’étale de 300 Hz à 3,4 kHz. Autrement dit, les aigus sont peu présents et doivent être exagérés par rapport à la physiologie de notre larynx ce qui dans notre cas fini par nous donner une voix de fausset ridicule. La seule solution est de jouer sur le timbre, le rythme, et le phrasé.
    2) Ca passe toujours mieux quand il y l’image avec le son. Avec mes 1m83, le fait d’avoir une voix un peu grave ne choque pas, au contraire, une voix exagérément aiguë sonnerait “faux”. Ne pas hésiter à reprendre systématiquement son interlocuteur; se faire respecter c’est aussi une question d’obstination !

  2. Chloé AVRILLON a écrit le 7 février 2014

    Pour ma part, le téléphone a toujours été mon ami : même avant ma transition, on ne m’a jamais appelé Monsieur au téléphone, toujours Madame.

    Quand après je devais décliner mon identité masculine, c’était des “Oh pardon Monsieur” qui me renvoyaient à la triste réalité d’une condition que je n’aimais pas. Je rassurais systématiquement par un : “Je vous en prie, ça ne me dérange pas du tout !”.

  3. AlexMec a écrit le 7 février 2014

    Ah, la voix et le téléphone! Tout un poême 😀 !

    Pour moi, le téléphone, c’est plusieurs fois par jour au boulot. La voix, c’est la première chose qui ait changé dans mon physique. Et le coming-out auprès des usagers, c’est, euh, pas fait. Alors vous imaginez le bordel 😀 !

    Petite chronologie:
    – Je m’installe dans mon travail (fonction publique d’Etat) comme Madame L. Au téléphone, je reçois systématiquement du Madame sans problèmes, comme depuis toujours.
    – Dans la foulée, je réalise que je suis trans. Oups.
    – Quelques mois plus tard, je fais mon coming-out auprès de mes collègues proches et de mes chefs, et je leur demande d’utiliser le diminutif androgyne de mon nouveau prénom. Sur les lettres de travail, toutefois, je garde le “vrai” prénom, histoire de ne pas risquer de mettre l’administration en porte-à-faux si quelqu’un s’avisait d’attaquer une de nos décisions sur la base que le nom ne correspond pas à la personne qui a traité le dossier.
    – Je commence presque aussitôt la testo.
    – Après quatre ou cinq mois (je ne sais plus, honnêtement), ma voix commence à baisser. Au téléphone, les gens qui me connaissent me demandent si j’ai pris un coup de froid. Ceux qui ne me connaissent pas commencent à me donner du Monsieur (ce dont je suis fort aise 😀 ) Au début je les corrige à chaque fois, et puis à force, je ne les corrige que si je n’ai vraiment pas le choix.
    – Après un peu plus d’un an de testo, et parce que mon prénom officiel me devient de plus en plus étranger, je commence à introduire mon nouveau prénom partout (courriers, mails), sous la forme de: Alex (D…) L.
    – Et maintenant je me présente au téléphone comme Alex L., sans Monsieur ni Madame. J’imagine que certains correspondants ont du avoir un moment de flottement, mais tout se passe bien jusqu’ici.

    Une anecdote hilarante, tout de même: quelqu’un qui ne nous connait pas appelle sur le téléphone de mon collègue. Je décroche.
    “Allo?”
    “Monsieur [Truc]?”
    “Non, son collègue. Monsieur [Truc] est absent. Puis-je vous aider?”
    On discute un peu, je me présente comme Alex L., la personne commence à expliquer son cas, tout va bien. Et puis à un moment, la personne me dit:
    “Et donc on m’avait donné les noms de Monsieur [Truc] et Madame L.”
    “… Oui, c’est bien ça. Je remplace Madame L.”
    “Ah, d’accord!” (Note: mon nom est hyper-courant; ça aide!)

    Je me remplace moi-même… Me voilà plongé dans un de mes romans surnaturels 😀 !

    • Chloé Tigre Rouge a écrit le 7 février 2014

      Der Doppelgänger version T :)

      C’est un témoignage très intéressant. Tu comptes faire la migration du nom quand tu auras eu ton CEC ?

      • AlexMec a écrit le 7 février 2014

        Ouaip. On travaille parfois avec des gens qui peuvent être un peu, euh, filous, donc je ne veux pas leur tendre un bâton pour nous faire battre 😛

        Par contre, pour l’instant, je pense seulement faire un changement de prénom (un jour… 😛 ) La raison pour laquelle je ne veux pas faire un CEC complet pour l’instant, c’est le risque (extrêmement minime, mais quand même) de mettre la filiation avec mon fils en danger (la loi sur le mariage pour tous dit qu’il ne saurait y avoir de filiation biologique avec deux parents du même sexe – Chloé A. a même fait un article sur ça, ici sur Txy). Comme en plus, le gamin est à l’étranger avec son père qui n’a pas la nationalité française, tu imagines le bazar si jamais un juge français décidait de me faire des ennuis! Donc tant que la nouvelle loi n’est pas rectifiée sur ce point, ou tant que mon fils n’a pas 18 ans, je ne veux rien faire de “dangereux”. Je préfère largement me balader avec une CI disant “Alexandre, sexe F”, que stresser sur un détail pareil.

  4. sylvieb78 a écrit le 7 février 2014

    Le téléphone est un excellent ”Banc-test” pour la voix…
    Il m’a beaucoup aidé à expérimenter, mon passing vocal, toujours avec des prénoms neutres comme Dominique ou Pascale, pour assurer un vrai test objectif.

    En général, si l’on peut s’organiser rationnellement,

    S’isoler, se mettre dans l’ambiance, ”Y a pas de soucis ”.
    Par contre l’improvisation et/ou la surprise, peuvent (comme l’a déjà fait remarquer Julie) provoquer des ”effets de bords”.

    Utilisant aussi pour portable en usage mixte Privé / Pro (facile), mais plus généralement en usage mixte Outing Passed / Outing delayed, là c’est moins facile.

    Heureusement la ”Présentation à l’arrivée”, peut, dans une certaine mesure, nous y aider.

    Mais reste quelques cas vécus cocasses, tels que par exemples :

    Dans un salon de coiffure, entourée de femmes, toutes en attentes de shampoings, brushing ou autres,
    Appel d’un client clairement de type ”Outing delayed ”…
    ”Oui, mon cher client…”

    Dans une salle de réunion, initialement vide,
    Appel d’une personne ne connaissant que mon coté féminin.
    (j’en suis fière, il y en à de plus en plus)
    Juste après le ”ALLO ”, la salle est pleine….

    Reste que le ”ALLO ” bien géré, permet de gagner quelques millisecondes, et surtout de redonner ”la parole” à l’interlocuteur.

    Après le téléphone, il y a aussi :
    la surprise / collisions, exemple à la sortie de l’ascenseur,
    ”Haut pardon !…”
    la toux, dans un hall bien sonore, etc…

    Mes conclusions personnelles :

    1) la ”Présentation à l’arrivée” devrait être inamovible SURTOUT en entreprise.
    (dans la mienne, tous les appels sortant sont masqués…)

    2) Vivement en finir, avec cette alternance néfaste à ma sérénité.
    J’y travaille…à suivre…

  5. Phlune a écrit le 7 février 2014

    Pour moi il y aura eu trois étapes :
    la première c’est en début de transition : Sytématiquement on me donnait duMonsieur, j’avais beau rectifier, rien n’y faisait, et au revoir Monsieur à la fin
    Un peu plus tard (jusqu’à il y a environ 6 mois :
    Ça commence par du Monsieur, mais sitôt corrigé, la rectif est assimilée à l’autre bout du fil et ça finit par au revoir Madame
    Plus récemment : 2 fois sur trois c’est Madame directement, sinon, voir étape 2, je pense que dans quelques mois les “Monsieur” seront vraiment rares, ou disparaîtront, ce sera l’étape 3
    N’empêche, j’ai donné il y a trois mois une interviouve sonore à un mag en ligne, et ben, chiotte, j’entends une voix masculine tout le long. Damned.
    Et dans la vie courante, nada, zéro surprise, zéro souci. Parce qu’il y a tout le reste.
    La voix est UN des multiples critères possibles dont la synthèse fait qu’on nous attribue un genre. Au phone il n’y a qu’elle qui “porte” tout …
    La voix peut être mal interprétée au phone, comme critère isolé, sans jamais être remarquée dans la vie, parce que s’intégrant au reste de l’apparence …

  6. Marie-Kamille a écrit le 8 février 2014

    J’ai toujours eu plaisir à passer pour une femme au téléphone,, c’est pour moi comme les vêtements..

    J’ai naturellement une voix neutre. Il y a plus de 25 ans, à mes débuts, seul mon père m’avait dit que l’on ne savait pas si c’était un homme ou une femme au téléphone…

    Quelques années plus tard, .. je me suis entraînée pour féminiser ma voix..et j’ai commencé par m’entraîner au téléphone.

    Pour mieux passer, je m’applique à monter sur les fins de phrases, et je fais des gestes avec les mains (ce que je ne fais pas forcément autrement).

    J’ai un téléphone dédiée « fille » alors je n’ai pas les problèmes de savoir quelle voix je dois utiliser …mais j’ai des appels de pub sur notre ligne fixe, au nom de ma femme, et je me suis aperçue (comme Sylvie) qu’un « allô » neutre ne permet pas de situer si je suis une femme ou un homme à mon interlocuteur.

    Je travaille en garçon (encore, un autre sujet) et je dois m’occuper de ma propre logistique, come réserver un hôtel.. et c’est toujours Marie-Kamille qui s’en occupe, je téléphone (au lieu de réserver sur Internet)
    car c’est un véritable plaisir d’être une femme au téléphone !

  7. Liv a écrit le 8 février 2014

    En tant qu’androgyne, je n’essaie pas de toute façon de « passer » pour une femme dans mon quotidien, mais je pense que j’ai une voix assez haute et un peu androgyne de timbre, qui me correspond pas mal finalement, quoique, comme une autre personne a mentionné ici, en ce moment j’ai quelques problèmes de gorge, et je trouve qu’elle a baissé un peu, mais j’espère que ça va passer.

    Mon impression c’est que pour passer vocalement il vaudrait mieux ne pas essayer de changer complètement la manière dont on parle – par exemple en parlant d’une manière beaucoup plus aigu, voire complètement en voix de tête – parce que je pense qu’à la longue ça serait fatiguant et non pas très naturel. On a le larynx qu’on a, finalement. Mais je pense que pour passer il serait mieux d’apprendre a éviter de peser sur les graves, et de garder un timbre assez brillant, vers de devant et pas trop dans la poitrine, et puis de travailler les intonations plus féminines dans la manière dont la voix monte et déscend.
    Pour moi, il m’arrive de temps en temps qu’on me prenne pour une femme au téléphone, et ça me plaît quand ça arrive. J’ai des « madame » parfois, même récemment après avoir fait une interview d’une demie-heure avec un député, qui a dit « merci madame ». J’étais un peu surprisE. Alors, est-ce qu’il a cru que mon nom était Olivia, par exemple, quand je me suis présentéE ? Je ne sais pas.

    J’aime aussi chanter, et je chante ou bien dans une voix de ténor léger ou bien en contreténor (en voix de tête) et ça me plaît d’avoir les deux possibilités.

  8. Liv a écrit le 8 février 2014

    J’ajouterais, en fait, que puisque je ne passe pas pour une femme dans mon apparence, ça m’arrive bien plus souvent d’être prisE pour une femme au téléphone que dans d’autres situations (ce qui est arrivé une fois il y a quelques mois quand je portais une casquette, et j’ai été très contentE – d’autant plus qu’on m’a dit mademoiselle! lol).

    • Liv a écrit le 8 février 2014

      Mais je comprends très bien que ce peut être un souci pour d’autres personnes, par exemple, qui vivent en femme et passent bien visuellement mais ont une voix d’un timbre naturellement masculin. Et alors, quand il n’y a plus de répères visuels, on focalise plus sur la voix. Est-ce que la chiriurgie vocale est une solution? Peut-être, mais ça me ferait peur, parce que les cordes vocales sont si petites et délicates, et le résultat est, il me semble, un peu imprévisible. Je pens qu’il vaut mieux de rappeler qu’il y a quand même des femmes de voix grave – même quelques unes qui peuvent chanter un voix de baryton, voire basse.

  9. Loan a écrit le 8 février 2014

    Pour moi , quand quelqu’un a trouvé sa voie , alors il ou elle peut plus facilement moduler sa voix pour découvrir sa voie féminine …

    la première chose qui fait remonter notre voix vers les aîgus … c’est de sourire … ensuite c’est de faire travailler ses résonateurs supérieurs qui sont les pommettes , les temporaux et le front … s’exercer devant une glace … aller chercher sa voix de tête dans le palais … sinon la voix redescend dans la gorge … et le mâle revient au triple galop ! 😀

    …de la pratique jusqu’à que cela devienne fluide et aisée …rire … chanter avec une tonalité supérieure … juste un demi ton … c’est un bon début pour faire monter notre voix vers une tessiture plus féminine . moi qui chante dans le pupitre de ténor … cela aide

    … voilà mes conseils pour travailler sa voix afin qu’elle s’approche de notre idéale voix féminine

  10. Héloïse a écrit le 8 mars 2014

    Hier j’ai appelé un refuge pour un oiseau que j’ai trouvé rampant sur ses ailes
    Et j’ai eu du madame au téléphone !
    Soit il y a encore des U43 en circulation, soit j’ai dû trop lire Hammarberg à haute voix
    Une étudiante est venue le chercher, on m’a dit que c’était une grive avec un trauma au bassin

  11. Ester a écrit le 9 décembre 2015

    Il serait bon de rafraichir cet échange avec les nouvelles venues qui peuvent partager leur expérience.

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