(« Redefining Realness ») – Redéfinir la réalité Trans avec Janet Mock

11 février 2014 | Tags:

Redefinir la realite Trans avec Janet MockJ’ai déjà parlé plus tôt dans le semaine de mon admiration pour cette femme qui s’est exposé deux fois plutôt qu’une au comportement agressant d’un interviewer pour combattre l’invisibilisation des femmes trans racisées. La tentation de me commander son autobiographie « Redefining Realness » sur Amazon était grande, mais j’ai finalement opté pour la version électronique plus abordable.

Je me suis à peine rendu jusqu’à la page 50 que j’ai déjà surligné une belle collection de citations. Non seulement est-ce un témoignage très sensiblement rédigé d’une vie au parcours unique, c’est aussi un essai qui rassemble réflexions personnelles et les ressources d’autres écrivaines féministes noires. L’œuvre commence en partageant les mots d’Audre Lorde, mais on pourra aussi s’appuyer sur les réflexions de Zora Neale Hurston, de James Baldwin et de bien d’autres pour comprendre toutes les ramifications du vécu de Mock.

Sans plus tarder, voici quelques passages qui m’ont marqué. Pardonnez la traduction libre, l’œuvre original est en anglais.

Dans un passage où elle nous confie combien il fut difficile de s’associer au mot trans sans avoir l’impression qu’elle se réduisait à une étiquette, elle confie:

J’ai combattu pendant des années ma perception de ce qu’est la féminité trans. J’avais intériorisé le point de vue tordu, biaisé de notre culture et les préjugés persuasifs envers les femmes trans.

– Janet Mock, Redefining Realness, p. 12.

Le fait qu’il puisse exister un point de vue qui n’est pas celui de la société majoritairement cis, majoritairement hétéro; le fait qu’un point de vue majoritaire ne soit pas pour autant vrai est un fait qui échappe à beaucoup de LGBT+ qui débutent leur quête d’émancipation. Trop d’alliés bien pensants croiront faire un pas en avant en disant à un proche « pour moi tu n’es pas gai » ou « tu peux d’identifier comme homme, femme, extraterrestre, je m’en fous, pour moi tu es un humain », alors que l’individu appartenant à une minorité du genre ou de l’orientation sexuelle aurait davantage besoin de validation que d’une acceptation individuelle qui s’appuie sur un effacement d’une partie de son identité.

Quand on est prêt à accepter quelqu’un que lorsqu’on ferme les yeux sur une partie de son identité, c’est parce qu’on est incapable de se dire que l’expérience trans ou une orientation sexuelle marginale puisse être chargée d’autres choses  que des préjugés honteux et réducteurs. D’enseigner à une minorité qu’on ne l’accepte que pour les parties d’elle qui appartient à la norme, c’est de la couper de beaucoup de ressources qui pourraient profiter à son estime de soi: le fait d’avoir un point de vue unique sur la société, le fait d’appartenir à un groupe plus large et à une histoire qui témoigne de force et de solidarité dans l’adversité. Mais comment est-ce que les hétérocis pourraient être conscients de tout ça?

On m’a appris à croire que mon silence me protègerait, me bercerait, me permettrait d’atteindre, d’exceller dans une vie bien à moi. Mon silence et mes accomplissements m’aideraient à évoluer dans le monde sans le jugement de l’autre et me sépareraient des stéréotypes et de la stigmatisation.

– Janet Mock, Redefining Realness. p. 13.

La culture occidentale nous apprends que le mérite personnel vaincra toujours les limitations injustes, mais c’est un mensonge. Même en gagnant un gros salaire, en atteignant la célébrité et l’amour, la société permettra toujours à l’attaque hétérosexiste et cissexiste d’exister. En voyant un proche homosexuel, lesbienne ou trans comme « juste un humain », on ne le protège pas des attaques et de la stigmatisation qu’il ou elle subira. Tout ce qu’on fait, c’est de refuser d’être témoin et allié contre les injustices que vivent les minorités. Je n’ai pas besoin de quelqu’un qui me parle comme si j’étais sans orientation sexuelle parce qu’il est inconfortable avec la mienne. Je n’ai pas besoin de quelqu’un qui me parle de mon partenaire du même genre avec aisance dans toutes situation, comme s’il n’y avait aucun danger à me coming-outer au travail ou à l’école. J’ai besoin de quelqu’un qui reconnaît la différence qui existe entre nous et qui est prêt à suivre mes indication.

À propos de la grande visibilité dont Janet Mock à profité et de la façon dont elle est utilisée comme exemple de success story, l’écrivaine dit:

Si je suis l’exception, la supposée image de succès, alors qu’arrive t-il de mes sœurs avec qui j’ai grandie dans les rues d’Honoluku qui « n’ont pas réussi »?

– Janet Mock, Redefining Realness, p. 16.

Les hétérocis ont une vision si négative des LGBT+, et ils sont tellement convaincu de l’universalité de leur perception qu’ils sont prêt à divorcer les minorités de leur identité, comme si c’était quelque chose que tous souhaitent. J’ai beaucoup plus d’ami.e.s LGBT+ qu’hétérocis, et ce sont des gens de ma communauté qui ont eu le plus grand impact positif sur ma vie. Mon sentiment d’appartenance et mon amour pour mon identité me retiendrait de rejoindre la majorité hétérocis, même si c’était possible.

Je retourne à la lecture de mon livre, mais n’hésitez pas à vous le procurer ou à en exiger la commande dans votre bibliothèque locale.

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5 responses to (« Redefining Realness ») – Redéfinir la réalité Trans avec Janet Mock

  1. Alixia a écrit le 11 février 2014

    “J’ai beaucoup plus d’ami.e.s LGBT+ qu’hétérocis, et ce sont des gens de ma communauté qui ont eu le plus grand impact positif sur ma vie. ”

    perso, vais dire que c’est le contraire, les LGBT+ ont eu surtout des impacts négatif sur ma vie et il à fallu que je les évites pour pouvoir vivre ma vie et enfin être heureuse de vivre.
    j’ai eu beaucoup de regards étranges et insistant des LGBT+ que de la part de la population cis.

  2. Alexandra a écrit le 11 février 2014

    J’ai beaucoup plus d’amis cis dont je ne m’occupe pas de leur sexualité que d’amis LGBT+.

    Je n’ai pas d’adhérence particulière à un monde ou l’autre. Je noue des contacts avec les gens en fonction d’affinités respectives et non d’appartenance à une communauté.

    N’aller par exemple que vers la population T me fermerait 98 % de la population. N’aller que vers la population LGBT me fermerait (à vérifier bien entendu, je n’ai pas la chiffre exact en tête) 84 % de la population. J’ai envie de pouvoir connaître tout le monde et non une seule partie de la population.

    L’appartenance à une population ne fait pas l’intelligence et l’ouverture d’esprit de celle-ci. J’ai rencontré bien plus d’adversité et de fermeture d’esprit chez les trans que dans la population dite classique.

  3. Julie Mazens a écrit le 11 février 2014

    Nous sommes aux états unis dans cet article (et l’auteure est du Québec) et à lire différentes sources sur le sujet, j’ai l’impression que la situation là bas est bien différente de chez nous.

    Chez nous il y a une réelle double fracture totalement artificielle entre opérées / pas opérées d’une part avec en embuscade bourgeoise (de droite) et pas bourgeoise (de gauche). Ce qui donne une communauté française T peu solidaire.

    Aux US au contraire, il n’y a aucune distinction de la sorte (d’ou l’usage de transgenre qui recouvre toute la diversité de la transidentité américaine) mais par contre il y a une réelle fracture en “blanche” et “noire”.

    Dans les deux cas, le poids de l’histoire respective des deux pays, sans aucun doute.

  4. AlexMec a écrit le 11 février 2014

    Mouais…

    Le fait qu’il puisse exister un point de vue qui n’est pas celui de la société majoritairement cis, majoritairement hétéro; le fait qu’un point de vue majoritaire ne soit pas pour autant vrai est un fait qui échappe à beaucoup de LGBT+ qui débutent leur quête d’émancipation.

    … Sauf si ces LGBT+ appartiennent déjà à une minorité maltraitée dans un autre domaine: personnes de couleur, personnes élevées en tant que filles (qui ne sont pas une minorité à proprement parler, mais sont quand même oppressées dans notre culture patriarcale), personnes appartenant à une culture ou une religion mal vue, et ainsi de suite.

    Trop d’alliés bien pensants croiront faire un pas en avant en disant à un proche « pour moi tu n’es pas gai » ou « tu peux d’identifier comme homme, femme, extraterrestre, je m’en fous, pour moi tu es un humain », alors que l’individu appartenant à une minorité du genre ou de l’orientation sexuelle aurait davantage besoin de validation que d’une acceptation individuelle qui s’appuie sur un effacement d’une partie de son identité.

    Ces deux affirmations ne sont pas du tout sur le même niveau! L’une nie une partie de l’identité de la personne (“tu n’es pas gay”) alors que l’autre dit juste qu’une partie de l’identité de la personne n’est pas importante aux yeux de la personne en face. L’effacement n’est peut-être pas idéal, mais c’est quand même autre chose que le déni.

    Et pour ce qui est de l’effacement lui-même: perso, je suis pour en ce qui me concerne. Je n’ai pas besoin d’être soutenu, ou même accepté, en tant que trans, ou gay, ou gros, ou divorcé, ou malade chronique, ou malade mental, ou parent d’un enfant autiste, ou quoi que ce soit d’autre. J’ai juste besoin d’être toléré comme je suis. Que les gens approuvent ou pas ce que je suis, je m’en fous. Je veux juste qu’on ne me mette pas des bâtons dans les roues, c’est tout. Si je veux du soutien, j’irai le chercher auprès des gens qui me connaissent et m’aiment, pas auprès de vagues alliés.

    Mais comment est-ce que les hétérocis pourraient être conscients de tout ça?

    Comme je l’ai dit plus haut: tout bêtement parce que beaucoup d’hétéro-cis font partie de minorités oppressées d’autres façons. En niant ce simple fait pourtant évident, tu leur fais la même chose que tu leur reproches de faire aux LGBT+: tu nies toutes les parties de leurs identités qui ne sont pas “hétérocis”.

    En voyant un proche homosexuel, lesbienne ou trans comme « juste un humain », on ne le protège pas des attaques et de la stigmatisation qu’il ou elle subira.

    D’abord, c’est faux. Si on voit une personne LGBT+ comme “juste un humain”, alors on demandera à ce que cette personne soit traitée comme tous les autres humains, ce qui implique un minimum de protection.

    Ensuite: je n’attends pas des autres qu’ils me protègent particulièrement parce que je suis trans ou gay (ou gros, ou divorcé, ou malade mental, etc…) J’attends juste qu’on ne m’attaque pas quand je ne fais de mal à personne. Autrement dit, je veux qu’on me traite “juste comme un humain comme un autre”.

    J’ai besoin de quelqu’un qui reconnaît la différence qui existe entre nous et qui est prêt à suivre mes indication.

    Ouais, non. Moi je n’attends pas des autres qu’ils vivent LEUR vie comme moi JE le voudrais. Je ne rejette pas les gens parce qu’ils n’agissent pas juste exactement comme je le voudrais.

    Les hétérocis ont une vision si négative des LGBT+, et ils sont tellement convaincu de l’universalité de leur perception qu’ils sont prêt à divorcer les minorités de leur identité, comme si c’était quelque chose que tous souhaitent.

    Moi je vois surtout dans cet article une vision hyper-négative des hétéro-cis de la part d’une personne appartenant à la communauté LGBT+. J’en tiens pour preuve:

    Mon sentiment d’appartenance et mon amour pour mon identité me retiendrait de rejoindre la majorité hétérocis, même si c’était possible.

    Quand on se crée une identité basée sur un aspect de notre personne et qui exige qu’on rejette toute personne qui ne partage pas cet aspect, ça s’appelle de l’intolérance. Très peu pour moi, merci bien.

    Je suis trans. Je ne suis ni fier ni pas fier de l’être; je le suis, c’est tout. Etre trans fait partie de mon identité, mais ça ne me définit pas. En particulier, il est hors de question que cela me confine à une communauté quelconque, et m’empêche de me mélanger avec les gens hors de cette communauté.

    J’ai grandi dans une église qui se nourrissait de ce genre d’intolérance. Nous devions être “dans le monde, mais pas du monde”. Nous devions faire nos amis parmi les membres de l’église. Nous devions constamment rechercher des occasions de convertir les non-membres autour de nous à l’église. Les façons de faire des non-membres qui différaient des nôtres étaient automatiquement mauvaises. Et ainsi de suite. J’ai enfin réussi à m’en sortir; ce n’est pas pour retomber dans une autre communauté aussi fermée!

  5. Raoule Nadeau a écrit le 11 février 2014

    Bonjour,

    Je suis heureux d’avoir pu lire vos commentaires, je vois qu’on ne se rejoint pas sur beaucoup de points: différences culturelles puisque je suis Québécois? Différence d’expérience? Ou différent tout court? Peut-importe, je pense que le mieux que je peux faire, c’est continuer la discussion, peut-être que ça facilitera la lecture.

    Pardonnez les citations qui ne sont pas intégrales, ma tablette ne m’autorise pas le copier-coller.
    Alixia disait: “j’ai eu beaucoup de regards étranges et insistants de la population LGBT que du reste de la population.”
    Personnellement, j’évite un peu le Village LGBT de Montréal, j’ai l’impression que c’est une culture du bar qui ne me rejoint pas, et que les visiteurs semblent plus curieux et indiscrets de me questionner sur mon genre ou mon orientation sexuelle. Comme si ma présence unique leur donnait l’autorisation de me questionner. Les groupes et communautés qui m’ont fait grandir, c’est parfois des lieux virtuels comme celui-ci, parfois des groupes à l’université, mais rarement n’importe quel lieu supposément pro-LGBT. Dans la population LGBT comme dans le reste, c’est toujours une question de trouver la bonne personne dans le bon lieu. J’ai dit que j’ai d’avantage d’amis LGBT qu’hétérocis, ce n’est pas forcément une question de fermeture ou de choix: on ne choisi jamais vraiment ses amis, et maintenant que je suis devant le fait accompli et tout ce que je peux faire, c’est me demander s’il y a eu une cause.

    “Alexandra: J’ai envie de connaître tout le monde et non une seule partie de la population” Je pense que de connaître la population est inévitable: nous avons toutes et tous besoin d’aller un jour ou l’autre à la pharmacie, à l’école, au travail. Pour les amitiés très intimes, on a davantage de liberté. Le fait que je me sente plus près des gens qui partagent mon expérience ne m’empêche pas d’être très sociable et agréable dans les lieux sociaux, hétéroscis ou non, heureusement :)
    Julie Mazens parlait de divisions dans la communauté trans française. Je dirais qu’au Québec le contexte est probablement différent de la France, et certainement différent des USA. Les enjeux classicistes prennent moins de place, mais ça n’empêche pas les trans d’être divisé.e.s entre eux et elles. D’aller à une soirée destinée aux trans ne signifie pas qu’on se sentira automatiquement bien. Je dirais que mes amitiés les plus récentes ont eu lieu dans des contextes non communautaires: à l’école, dans une activité culturelle, etc. Avoir une occupation ou un centre d’intérêt en commun, en plus d’avoir un gros bagage par rapport aux enjeux sociaux qui nous tiennent à coeur à été une excellente recette pour débuter l’amitié.

    AlexMec remarque qu’une personne qui appartient à une situation minoritaire à cause de la race, du fait d’avoir été élevé en tant que fille ou d’une religion minoritaire peut aussi savoir que le point de vue majoritaire n’est pas nécessairement vrai. Je suis d’accord, je remarque que l’amitié passe beaucoup plus facilement avec quelqu’un qui sait ce qu’est de ne pas appartenir toujours à la majorité. Pour les amitiés très intimes, je vois par contre que certaines différences produisent davantage de frictions que d’autres. Un individu peut-être non blanc et hétéro-cis, peut tout de même être maladroit chaque fois que j’évoque mon partenaire du même genre, de la même façon qu’il peut être déçu par mon manque de connaissance pour les éléments culturels complexes qui appartiennent à sa culture. Rien n’empêche un contact respectueux, mais l’amitié intime peut être plus difficile à établir.

    Je suis heureux que vous ayez accepté le dialogue que je propose, peut-être que certains hyperliens inclus dans l’article apporteront des éclaircissements sur des points que je n’ai pas abordé, mais j’espère avoir dissipé un minimum l’inquiétude que je sois contre l’amitié avec une personne hétérocis. Certains amis ne partagent aucune situation d’oppression que je vis, ils ont l’intuition, l’écoute et l’empathie qui a pu rendre notre amitié aussi solide et ils méritent que je le souligne!

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