Fuir et fuir encore

2 juillet 2014 | Tags: , , , ,

Suite à une conversation inattendue hier soir, je vous propose cette petite réflexion sur les parcours transidentitaires.Vite, fuir.

J’accepte ma transidentité. Elle fait partie de moi autant que, disons, mes opinions, mon ambidextrie, ma couleur de cheveux, mon origine sociale, mon milieu social présent. etc. Elle m’apporte un certain nombre d’expériences ;  elle m’enrichit ; elle me pèse ; elle a un poids effectif dans ma vie : ce poids fait partie de moi. Je ne peux pas me défaire d’elle. Je ne dois pas non plus lui donner plus de valeur que sa valeur effective.

Pourquoi fuirais-je ma transidentité ? Pourquoi tant de personnes Trans fuient-elles leur transidentité ?

Plusieurs idées :

  • On lui donne trop de poids, on se laisse envahir par elle, et ainsi on a besoin de s’en défaire en s’éloignant complètement de ce milieu et en niant y appartenir. Ne se coupe-t-on pas ainsi d’une partie de soi ?
  • On s’imagine qu’on n’est plus cela, que ça n’était qu’un passage : on fait ainsi du négationnisme personnel, on oublie d’où l’on vient. Comment alors savoir où on va aller ?

Je pense que l’éloignement du milieu est une démarche qui est commune à beaucoup de monde parmi nous, comparable à l’éloignement vis à vis de sa famille au passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je suis convaincue, de même, que cet éloignement n’a pas lieu d’être définitif. Faire une coupure à un moment est important. Je suis en train d’en vivre une, quelque part en ce moment, étant très prise par le travail et par un tas d’obligations. Cela dit, cette coupure ne doit pas se transformer en fuite, en négation, en évitement.

On est qui l’on est, et la transidentité fait partie de nous au même titre que tout ce qui nous fait.

Ne passe-t-on pas son temps à fuir ? Fuir la transition avant de l’effectuer, puis fuir cette part de son identité après avoir trouvé un certain équilibre ? La fuite de soi, n’est-ce pas une façon d’être en perpétuelle course en avant ?

J’essaie de me convaincre qu’il faut prendre le temps de vivre sa vie plutôt que d’en chercher une autre qui ne sera pas la nôtre. Ce qui importe avant tout c’est de bien se traiter, de se respecter, de ne pas se dévaloriser, d’être authentique envers soi-même.

Vivons notre vie et ne nous en éloignons pas par crainte. Acceptons-nous pleinement, dans toute notre richesse et toute notre complexité. Aimons-nous en entier, et ne nous fuyons plus.

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7 responses to Fuir et fuir encore

  1. Cyane Dassonneville a écrit le 3 juillet 2014

    Tu imagines aisément à quel point j’apprécie cet article, je n’en rajouterais pas et au delà de la pertinence de ce billet je suis aussi heureuse d’être en phase avec ta pensée. Bravo à toi et merci Chloé.

  2. charlotte elyane a écrit le 4 juillet 2014

    Fort bien exprimé Chloé…
    +1

  3. Morgane Beaumont a écrit le 6 juillet 2014

    Je ne peux qu’adhérer. Bonne réflexion. :)

  4. Alexia Reborn a écrit le 8 juillet 2014

    Bonjour, le contenu de cet article est ô combien vrai, et triste. Fuir… Fuir n’est pas une solution, ce que je nommerai “notre état”, est tout simplement notre personnalité. Fuir? A quoi bon? Pourquoi? Notre vraie nature, notre vrai “état” nous rattrapera toujours tôt ou tard. Soyons nous-même autant que faire se peut. Perso, je suis une transsexuelle de 59 ans. Je me suis rendu compte de ma différence vers 10 ans. Il y a eu de nombreux épisodes de ma vie ou je l’ai mal vécu,mais dans ma tête j’ai toujours su que je suis une femme. A l’heure où je vous écris, je vis en femme à 95%, j’ai entamé un parcourt pour faire une transition complète. Il n’est pas trop tard. J’ai tout essayé pour tenter de rentrer dans la “norme commune”, mariage enfants etc etc… Que nénie, Alexia est bien en moi. Par contraintes professionnelles je ne peux pas dévoiler ma vraie personne. Pour autant, je ne fuis pas. Pour d’autres explications, rendez-vous sur Face Book; alexia reborn. Les images sont tout autant sinon plus éloquentes que des mots. Courage à toutes et tous, Bises

  5. caroline buisson a écrit le 3 août 2014

    Bonjour,

    Texte intéressant. Je ne le commenterai que très partiellement.
    “Ne passe-t-on pas son temps à fuir ? Fuir la transition avant de l’effectuer, puis fuir cette part de son identité après avoir trouvé un certain équilibre ? La fuite de soi, n’est-ce pas une façon d’être en perpétuelle course en avant ?”

    Bien sûr, c’est souvent plus simple de fuir. Avant d’arriver à la conclusion qu’il faut aller vers une éventuelle transition, on fuit pour essayer de rester dans l’état de conformisme: homme je suis né, homme je resterai. (C’est vrai dans l’autre sens bien entendu).
    Mais quand la méthode Coué ne fonctionne pas, on va chercher toutes les “bonnes” raisons de fuir son état. Et à la base de cette fuite, c’est tout simplement la peur du lendemain, la peur de ce que la famille va penser, la peur de perdre son travail, la peur de se faire agresser, la peur du regard de ses voisins et amis, …
    Ce sont de vraies craintes objectives.
    Mais la fuite qui en résulte ne fait que nous conforter dans notre mal-être.
    La transition n’est pas improvisée, elle ne se décide pas comme on achète un vêtement, sur un coup de tête. Elle est argumentée, elle s’explique.
    Aussi quand on décide de ne plus fuir, mais d’expliquer ses motifs légitimes, le pourquoi de nos agissements, les autres nous comprennent (plus ou moins vite en fonction du degré d’ouverture d’esprit, je vous l’accorde). Alors de grâce, arrêtez de fuir. Si vous cherchez un peu, vous trouverez des personnes prêtes à vous aider à ne plus fuir !!!

    A contrario, je connais aussi des personnes qui ont effectué leur transition et qui continuent à fuir, cette fois-ci leur propre passé, allant jusqu’à pratiquement nier ce qu’elles ont été (que ca leur ait plu ou pas). Ce n’est évidemment pas le signe d’un bon équilibre.

    Caro

  6. Alexia Reborn a écrit le 5 août 2014

    Bonsoir Caro;
    Très bon texte que voici,et dans lequel je me retrouve aussi.La transition, le la compare un peu à la mort… On sait ce que l’on quitte, notre ancien genre pour le nouveau. Mais ce qui fait peur,c’est la part d’inconnues qui va venir. Certes on en connait les grandes lignes, mais chaque cas est unique et donc chaque personne son propre parcourt de vie. Oui à mon sens ce sont ces inconnues qui nous font peur.
    Bises Alexia.

  7. Elysa a écrit le 31 juillet 2015

    Je vais être un peu hors sujet mais la séparation de ma vie d avant et vie d après cette effet charnière ce fait aprés mon passing quand je fais cette création de ma nouvelle vie revoir ma famille qui donne encore du il ou m’appelle par mon ancien prénom ou revoir mes anciens amis bien que tolérants du sujet et ignorants me renvoient cette image de ce que j’étais avant et crée un véritable barrage de création de ma nouvelle vie je pensais que celles qui se coupaient de tous déménageaient c’été simplement des lâches qui n’accepté pas ce qu ils été mais au bout d’un moment se battre contre gens qui ne reconnaisse pas ce que t’es ben fuck je me casse je vous vois plus si vous voyez pas qui je suis et ce que je suis et je vais la ou on me reconnaitra pour ce que je suis .

    Pourquoi un simple changement de genre et finalement si profond pk changer finalement tant de chose. Ce n’est qu’un genre merde .
    Ben non faut faire des chirurgie batailler pour l état civil faire face à des fachos . Batailler contre des médecins prouver ce qu’on est toujours et encore . Un combat permanent la vie est un combat ok mais la c’est franchement lourd .

    Les trans qui en ont fini avec la transition et coupé tous liens de la transidentité ou les asso trans ou même le sujet c’est tous simplement qu’elles en ont marre de se battre contre la société humaine qui nous voit encore trop comme des malades psychiatriques et à force de combat et d’épuisement ben fuck je la ferme et je me range dans le rang incognito pour pas être emmerdée .

    la transition n’est peut être pas facile a vivre mais notre entourage désinformé ou mal informé ainsi que sociétaire médecin etc… nous rendent la vie franchement difficile et nous obligent à nous cacher.

    Un peu comme la Turquie ou tu t’affiche trans tu te fais butter. Sauf qu’en France t’es montré du doigt, discriminé bref comme les homos y a 50 ans comme les noirs y a 200 ans ….

    Quand est ce que des humains arrêteront de discriminer d’autres humains et les pousser au suicide? Quel bel avenir pour nos enfants à tous … car même si vous êtes transphobe votre enfant pourrait être un jour une trans ou un trans …

    ps: Vous prenez pas trop la tête quand même c’est souvent un délit de salle gueule. avant c’est une couleur de peau maintenant un genre.

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