L’enfant qui était en moi

19 mars 2015 | Tags: , ,

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La jeune enfant était meurtrie. Elle pleurait sans discontinuer, malgré toutes mes tentatives pour la cajoler. Elle avait fini par me désorienter sérieusement.

La profonde déchirure qu’elle portait en nous avait fait mainmise sur mon âme. J’avais beau m’évertuer à rapiécer sa mémoire, elle s’octroyait de plus en plus d’espace, exigeant une condition impossible. Et cette impossibilité lui faisait répandre toutes les larmes de son corps.

Je m’étais imaginé pouvoir la consoler en lui disant que je comprenais ses attentes. Que je ne voulais que son bien-être et sa quiétude intérieure.

Pourtant je savais que notre histoire appartenait à un passé depuis longtemps révolu, impossible à modifier. Ma naissance, sa non-naissance.

Je l’avais prise lentement, dans un geste d’apaisement, je l’avais lovée tout contre mon coeur. Je lui avais murmuré une chanson douce que me chantait ma maman. J’avais séché ses larmes, mais elle n’était plus.

La petite fille avait grandi et son regard avait perdu toute innocence. Elle était tourmentée.

Mis au pied du mur, je ne pouvais pas faire autrement que d’accueillir cette enfant auprès de moi, de vêtir la flamme de son chagrin, d’éprouver à corps perdu ses peurs et sa désolation.

Pour retrouver l’apaisement, la tranquillité et le bonheur, je décidais alors de partir sur le chemin de soi. Cela ne consistait pas à renier notre passé, celui qui construit naturellement notre identité et l’essence même de notre être. Cela consistait à s’apprivoiser, comprendre qu’il nous faudrait vivre ensemble.

La jeune fille était meurtrie, mais j’avais pu sublimer ses larmes. Nous parcourions ensemble ce chemin de l’épanouissement.

La jeune fille avait grandi encore. Elle était devenue une belle adolescente charmante mais remuante, envahissante. Il me fallait lui offrir toute la place, notre avenir.

Alors, un certain jour de mai 2013, je lui souhaitais « bonne route ma Julie » et je m’effaçais définitivement.

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20 responses to L’enfant qui était en moi

  1. Phlune a écrit le 20 mars 2015

    @Julie
    Je suis persuadée que nombre d’entre nous ont ainsi conservé une tendresse pour ce “frère de l’ombre” qui nous à portée jusqu’ à notre propre “soi”.
    En te lisant, j’ai changé le titre d’un texte des Quartiers qui me semble bien cousin du tien …
    http://www.phlune.net/?p=2283
    Bisou

    • Julie Mazens a écrit le 20 mars 2015

      Merci pour ton texte ! c’est tout à fait ça, le frère de l’ombre.

      Je suis arrivée à un moment de ma vie où j’ai éprouvé le besoin de lui donner la parole. Il s’est effacé mais il reste un soutien sans faille dans les moments difficiles, je peux sentir tout son amour.

      J’ajouterais un élément de réflexion. On peut être tenté / obligé de tuer ce frère au début de sa transition. Je pense que celles qui l’on fait (j’en connais) ont perdu définitivement une part irrécupérable d’elles-mêmes … il faut en faire un allié et non pas un ennemi … à méditer.

  2. Phlune a écrit le 20 mars 2015

    C’est sérieux, cette histoire. Il est là le vrai risque mutilant, dans la transition … Se métamorphoser, c’est devenir, advenir, il faut que ce soit vers une complétude, et non vers un reniement, même si le processus semble une mort pour une renaissance, ce qui meurt c’est l’enfermement lui-même, non ce qu’on a tenté d’être, et qui a fait partie de l’étude de soi, souvent le mieux possible.
    Je suis fière par exemple de ce qu m’a fille m’aie mainte fois rassurée : je n’ai pas saboté mon job de père, ni ne l’ai oublié …
    La médecine a des oeillères terribles quand elle réduit toute son ethique à “l’évitement de la mutilation” ou qu’elle considère les choses sous l’angle du soin palliatif, ce qui revêt parfois un aspect de prophétie auto-réalisatrice : j’imagine ainsi que celles qui ont intégré cette vision étriquée sont obligées de fabriquer une contre-vision, idéaliste, de la “vraie femme 100% femme”, et sont tentées de mettre leur passé au feu, mais je crois que ce qui s’en trouve effectivement “mutilé”, c’est justement la part d’amour de soi-même nécessaire à une vie équilibrée, le contraire même de la tentation narcissique exagérée que je crois morbide …
    J’imagine aussi (parce que je connais peu d’entre nous, en réalité) que le risque doit être moins marqué chez celles qui ne veulent pas chirurgie.

  3. Emmanuelle a écrit le 20 mars 2015

    Merci, Julie, pour ce très beau texte.

  4. Solène a écrit le 20 mars 2015

    C’est amusant, en lisant les biographies et les écrits des personnes, il semblerait que certaines ressentent une dualité dans leur être, le garçon et la fille, et que la transition consiste à effacer l’un au profit de l’autre petit à petit, tandis que d’autres voient plus ça comme une évolution du “moi” vers ce que l’on est vraiment.

    • Julie Mazens a écrit le 21 mars 2015

      Tout être humain a une part de masculin et une part de féminin en soi. Ce qui est unique pour chacun-e d’entre nous, c’est le dosage. Effacer toute part masculine est juste une terrible illusion.

  5. Phlune a écrit le 20 mars 2015

    C’est vrai aussi, mais ça confirme l’immense variété des caractères trans’, une nébuleuse à l’inverse d’une définition précise à mettre dans la petite boîte des spécialistes…
    Et puis il y a certainement un effet particulier de nos âges : c’est différent, je pense de transitionner très jeune avec l’impression qu’on n’a pas encore vraiment vécu, et que toute la vie ou presque est dans l’après-transition, d’une part, ou bien sur le tard, quand on sait qu’on ne refera pas le passé, et qu’il vaut mieux être en paix avec … :-)

    • Solène a écrit le 20 mars 2015

      Je me suis disais aussi que l’âge doit beaucoup jouer sur la façon dont on voit les choses. Pour moi en effet, ma vie commence enfin, j’ai peu de choses derrière moi

      • Emmanuelle a écrit le 20 mars 2015

        Quant à moi, j’ai du mal à imaginer que je puisse continuer à “vivre” enfermée,… mais je ne peux pas non plus renier mes trois enfants!

        • Julie Mazens a écrit le 21 mars 2015

          En général (de mon expérience et de ce que je perçois des copines), cela se passe très bien avec les enfants. Nul besoin de les renier, bien au contraire.

      • Julie Mazens a écrit le 21 mars 2015

        Plus la transition est tardive et plus l’effort de déconstruction est important. Le sac est lourd, que faut-il emporter, que faut-il laisser, etc. En sachant qu’il est impossible d’effacer le passé, il se rappelle toujours à nous, d’une façon ou d’une autre.

  6. Bérénice a écrit le 21 mars 2015

    L’important, pour moi, c’est que mister nobody soit devenu miss someone

  7. caroline buisson a écrit le 28 mars 2015

    L’enfant a grandi, c’est dans la nature des choses. L’adolescente ne sera que fugitive devant la femme épanouie qui pointe le nez.

    Il y a souvent eu un “avant” torturé mais qui ne doit pas être nié, ni renié ce qu’on a pu aimer dans cette période difficile.
    Il y a une transition plus ou moins longue selon les individus, leur âge, leur vécu. Pour moi il est ridicule de se dire que la transition doit être rapide ou être lente, elle doit juste avoir lieu à la vitesse qui nous correspond, à la vitesse qui correspond à nos aspirations, à nos contraintes.
    Il y a un “après” quand on estime que le chemin est fait.
    Mais cet “après” ne doit pas oublier cet “avant” qui a eu lieu (parfois long et douloureux), toute l’expérience accumulée par cet “avant”.
    Ce n’est que de cette intégration sans déni et sans rien renier de son passé que nous aurons une chance d’être heureuses et apaisées dans une vie que nous aurons patiemment construite.

    Caro

  8. Mallory a écrit le 9 avril 2015

    Je tombe sur ce billet aujourd’hui…
    C’est vrai que la question du soi est importante, on parle du “soi avant” et du “soi après” alors que pour moi le soi est intemporel.
    On reste soi tout au long de sa vie, avec lui, avec elle ou avec elle et lui.
    Je suis plus que quarantenaire et c’est vrai que j’ai fait un choix ou plutôt le choix de ne pas en faire…La transition aujourd’hui est impossible pour moi, je suis moi et lui est moi autant qu’elle.
    Dans la transition c’est vrai qu’il m’est difficile de “tuer” lui comme il m’est aujourd’hui difficile de ne pas la faire vivre…
    Je rejoins Phlune et Emmanuelle, la transition est plus compliquée sur le tard et ce n’est pas qu’une difficulté sociale.
    Ca a été compliqué de vivre sans elle, de faire sa vie en lui, tellement qu’avec tous les efforts entrepris j’ai fini par l’aimer lui…
    Pas simple la transidentité…

  9. Phlune a écrit le 11 avril 2015

    Je ne suis pas sûre que l’âge complique nécessairement les choses. C’est différent, on sait aussi que les “stigmates” du sexe d’origine risquent d’être plus difficiles à effacer ou rendre discrets, mais aussi a eu le temps de construire sa résolution, d’accumuler de la bouteille, de moins s’en laisser compter … c’est différent, simplement. Personnellement, j’ai admis l’idée (même si je sais aujourd’hui qu’elle est parfaitement discutable) que j’allais attendre une certaine indépendance et maturité de ma fille. Quand cela s’est avéré vrai, je me suis retrouvée avec tous les questionnements que j’avais mis au frigo 18 ans avant, intacts, mais que j’ai mis à jour à la vitesse grand V. 54 ans …
    J’avais une “fenêtre de tir” : maintenant ou jamais …
    Sous-terrainement tout un boulot d’apprentissage, d’acceptations de tas de choses, (d’humilité, aussi …) qui s’est effectué en sourdine venait au jour tout naturellement.
    Et j’ai pu vérifier la constance d’un adage (de mon invention, hé hé) datant de l’adolescence :
    “Il y a bien une nuance de style entre homme et femme, mais l’humain et l’humaine sont rigoureusement semblables”.
    Transitionner, pour qui en éprouve la nécessité, c’est aussi faire droit à cette “nuance” en arrêtant de marcher dans les chaussures de quelqu’un d’autre …
    Ce qui n’empêche absolument pas de conserver pas une certaine suite dans les idées …

    :-)

  10. Sophie Bourbonnaise a écrit le 12 avril 2015

    Personnellement, le fait de faire ma transition à un age avancé complique les choses. J’ ai beaucoup de soucis de santé que je n’ avais pas étant jeune. Et ceux ci retarde ma transition, voir risquent même de l’ arrêter.
    Donc je crois que chacun et chacune est différente. Moi j’ aurais toujours le regret de ne pas avoir fait ma transition plus tôt.

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