Ma transition, Mes voisins, Bonjour…Bonsoir…

5 octobre 2015 | Tags: , , ,

Ma transition, Mes voisins, Bonjour…Bonsoir…

mes voisins changent

Je n’ai jamais pris la peine (le courage?) d’expliquer à mes voisins qui j’étais. Cela m’a toujours semblé déplacé, car nos discussions sont axées majoritairement sur le bâtiment et les aléas du quotidien (qui n’a pas déjà parlé des courses, des factures et de la météo?)

Cela faisait un certain temps, voire un temps certain où je n’avais pas eu besoin d’expliquer qui j’étais.
Ah, tous ces voisins que l’on croise dans les escaliers, le hall ou le garage. Parfois même sur le quai de la gare !

Mais quand une personne à l’apparence bien masculine emménage en garde alternée avec ses filles, que leur maman vient régulièrement à la maison, c’est de toute évidence un couple séparé avec des enfants. C’est “Monsieur” qui a emménagé ici.

Alors par politesse, et elle se fait bien rare de nos jours et c’est un réel plaisir avec mes voisins de partager cela, le bonjour ou le bonsoir du matin sont systématiquement accompagnés d’un “monsieur” ou d’un “madame” selon la personne à qui l’on s’adresse.

Pour ma part, ce fut très compliqué de m’identifier, je recevais par moment du Monsieur avec un air très gêné, du Madame avec un air dubitatif, voire du Messieurs-Dames pour être sur de ne pas se tromper (je serais plusieurs!). Avec le temps, le simple Bonjour ou Bonsoir (sans suffixe) était de rigueur et il me convenait très bien.

Parfois, les gens ne sont pas très observateurs ou n’ont simplement pas l’occasion de se croiser, et il s’en déduit un simple “tiens une nouvelle locataire”.
Mais lorsque les contacts sont plus rapprochés dans le temps, il est inévitable de se retrouver dans une situation compliquée, où personne n’ose aborder le sujet.

Ce soir, l’une de mes voisines, suite à un différent avec d’autres locataires qu’elle évoquait avec une autre voisine, a osé me poser la fatidique question…
Il a fallu introduire le sujet, mais elle est aussi bavarde que moi et cela n’a pas été un soucis !
“Mais… c’est Bonjour … ou Bonsoir … ” avec un petit pincement indiquant qu’elle avait besoin de savoir s’il fallait dire “Monsieur” ou “Madame”

Alors en quelques minutes, il me fallait résumer 2 ans de transition, les complexités médicales et administratives, et surtout une garde alternée, car c’était bien là son inquiétude la plus profonde, que les enfants soient heureux. Je vous passe les détails, c’est une autre histoire.

Au delà d’évoquer une partie de ma vie, le fait que j’accepte de répondre à ses attentes a semble-t-il été un grand soulagement. C’était bien Madame qu’il fallait utiliser pour ce “Bonsoir” ! J’espère l’avoir rassurée.

J’ai toujours pensé que c’était un blocage pour mes voisins, mais cette personne a fait preuve d’une admirable compréhension, d’un immense respect, et pour cela je l’en remercie profondément. Oserais-je lui imprimer cet article pour lui donner ?
Et tout cela est simplement une simple incompréhension due à mon silence. Mais y avait-il une autre solution ?

Il est fort probable que je sois privilégiée, peut-être que je bénéficie de voisins avenants et respectueux. J’apprécie beaucoup mon cadre de vie.

Cet article n’est pas un conseil, mais une simple expérience, une rencontre humaine très enrichissante. Chaque personne étant différente, il est évident que cette situation n’est probablement pas à généraliser ou à comparer, elle n’a pu se produire parce que nous avions 2 ans de voisinage et que nous avons chacune notre caractère et nos convictions.

Le “Monsieur” ou “Madame” est une marque très importante pour certaines personnes, je l’ai notamment observé dans le monde professionnel. Mais dès lors que l’on a un doute, le simple “Bonjour” ou “Bonsoir” marque déjà un certain respect de politesse, et peu de personnes seraient outrées qu’on oublie le “Madame” ou le “Monsieur”, je pratique moi même cette absence de titre, excepté pour les docteurs et autres, et cela n’a semble-t-il posé aucun problème jusqu’à maintenant.

Mais tout cela montre aussi que beaucoup de personnes ont besoin de réponses à des interrogations, j’ai tenté de me rendre invisible dans une situation qui ne le permettait pas. J’ai du m’exposer, mais je suis convaincue que c’était nécessaire et apprécié.

On parle souvent du rejet lié à la trans-phobie, je voulais montrer ici une face du monde où l’on peut se rendre compte qu’il est possible de vivre “normalement”. L’intégration passe peut-être par une phase de lâcher prise…

Etre soi, tout simplement

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14 responses to Ma transition, Mes voisins, Bonjour…Bonsoir…

  1. Phlune a écrit le 5 octobre 2015

    Salut Delphine
    Voici un peu d’eau joyeuse à ton moulin :
    http://www.phlune.net/?p=4419

    On se fait souvent peur pour des prunes, en fait …

    :-)

    • Delphine T a écrit le 6 octobre 2015

      “A l’époque”, les toutes premières fois n’étaient pas évidentes ! Et puis le temps passe…
      C’était une telle évidence pour moi, que cela ne nécessitait aucune explication… Mais preuve que si !
      Très intéressant ton article, car il retrace une partie du discours : j’aurais été perçue comme une personne “bien” (aie aie aie mes chevilles) mais avait besoin de mettre des mots sur tous ces changements.
      Au delà de toutes les complaintes que je peux lire ici ou là, c’est une trans de vie positive, et ça mérite d’être remarqué !
      merci :)

  2. Karine a écrit le 6 octobre 2015

    Belle histoire ! :)
    Je suis on ne peut plus d’accord avec ce qui en ressort.

  3. caroline buisson a écrit le 6 octobre 2015

    Bonsoir Delphine,

    Comme dans bien des situations, tu démontres que quelques mots sont parfois suffisants à rassurer, à débloquer une situation. Tout le monde n’est pas transphobe ou homophobe ou raciste, ou je ne sais quoi… et la plupart des gens ont un bon fond et sont capables de comprendre.

    Etre capable de parler n’est pas aisé.Au fond de soi, on a peur d’être jugée, sur ce que l’on est ou sur ce que l’on n’est pas… Il faut de la confiance pour parvenir à se lâcher et pour beaucoup d’entre nous cela n’est possible qu’après des mois ou des années.

    Merci d’avoir partagé cette expérience avec nous toutes.

    L’étape suivante c’est celle de l’invisibilité complète. Plus personne n’a le moindre doute sur ta vie de femme. Tu ne dois pas en être loin !!! :)

    Caro

    • Lise a écrit le 7 octobre 2015

      Tout à fait d’accord avec Caroline, parfois il suffit de parvenir à trouver quelques mots sinon justes, du moins pertinents pour débloquer une situation reposant sur un simple non-dit ou même une certaine ignorance de ce que peut vouloir signifier la trans’identité. Je l’ai souvent constaté ces derniers jours lors de ma rentrée à l’université; et même si ce n’est pas toujours facile de devoir s’expliquer parfois à plusieurs reprises au cours d’une même journée (n’ayant pas encore changé d’état civil, je suis inscrite sous le prénom correspondant, d’où la nécessité de parler aux professeurs, etc…) pour l’instant (je touche un énorme morceau de bois 😉 ) je n’ai pas rencontré de réelle réaction transphobe – tout au plus de l’incompréhension qui s’est dissipée après un peu de discussion :)

  4. Phlune a écrit le 7 octobre 2015

    Invisibilité … oui … ça dépend : dans tout contexte d’anomymat, c’est sûr, le confort est dans le fait de ne pas attirer spécialement l’attention.
    Mais dans le contexte intermédiaire (monde familier, commerces, quartier etc) c’est plutôt la banalisation ou une relative indifférence qu’il faut viser, à mon sens. L’environnement (en dehors des proches sctricto sensu) sait ou saura notre histoire, il est bon de se faire un max d’alliés qu’on invitera à parler autour d’eux quand et si ça leur chante, ni exhib’ ni secret.
    Très vite, on découvre que le village s’en fout assez facilement. Par contre il ne se foutra pas de nos comportements, et là encore la banalité est notre meilleure alliée, sur le principe : “Les gens ordinaires se comportent de façon ordinaire avec les gens ordinaires”.
    Et si on connaît cet ordinaire-là sous une forme joyeuse, on contamine son monde, (tout aussi facilement qu’on le contaminerait (en mal) par une méfiance permanente, d’ailleurs)

    (ouais, je sais façon un peu rudimentairee de dire les choses, mais tu vois l’idée …)

    :-)

  5. Lise a écrit le 7 octobre 2015

    Très chouette article, j’étais vraiment heureuse de le lire! Et tout comme Astrid, je souscris à la conclusion de Delphine 😉

  6. Julia B. a écrit le 7 octobre 2015

    Génial! Une nouvelle preuve que la communication positive est la clé de tout! :)

  7. Chloé Tigre Rouge a écrit le 14 octobre 2015

    \o/

  8. Veigara a écrit le 27 novembre 2015

    Je voudrai dire une chose a propos de : Ma transition, Mes voisins, Bonjour…Bonsoir…

    Je pense que le fait de devenir une fille quand on a fini notre parcourt le mot trans n’est plus d’actualité tu est devenue une fille et simplement une fille tu a plus a te justifié sur ta façons d’être .

  9. marie a écrit le 27 novembre 2015

    Cela n’engage que TOI, Adeline!…
    Chacunes et chacuns vivent leurs Trans-Identité de ressentie intrasèque.
    ATTENTION au Dogmatisme du discours.
    Merci ☺

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