Meghan Murphy & Osez Le Féminisme : la Transphobie en roue libre

23 juin 2017 | Tags: , ,

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La féministe radicale Meghan Murphy a été entendue début mai par le sénat canadien. Un discours plein de transphobie et de raccourcis qui a été relayé par Osez Le Féminisme fin juin. La france découvre les TERFs (Trans-Exclusionnary Radical Feminists) et elle a l’air d’aimer ça.

Résumons le discours en deux phrases : “L’identité de genre n’existe pas. Il n’existe que le stéréotype de genre, qui est instrument du patriarcat.”

Ce discours est séduisant pour les personnes cisgenres, car il permet à la fois d’être féministe, et en même temps de nourrir la haine, la peur, le rejet et l’incompréhension. C’est un discours sournois car il cache, sous l’humanisme d’apparence, la laideur des esprits trop suffisants pour se remettre en question. Sur les sites des TERFs, on voit de tout, mais surtout la transphobie la plus abjecte : on y traite les trans de monstres, de malades mentaux, d’hommes pervers… Et cela conduit, inévitablement, à des morts.

Eh oui, les trans meurent.

Quand j’ai commencé ma transition, c’était il y a quelques années, je me suis inscrite pour la première fois sur un forum trans. Et une des trois premières discussions sur lesquelles je suis tombée, c’était une annonce de décès. Ce n’était pas une personne à risque, pourtant. Pas d’intersectionnalité notable. Ni une prostituée, ni une femme racisée – elle n’était même pas pauvre.

Non, c’était une mère de famille de 50 ou 60 ans. Elle est morte de solitude.

Voilà.

Votre discours tue.

Parlons-en.

Vous ne savez pas ce que c’est qu’être trans

Vous limitez la transidentité à l’identité de genre. Mais la transidentité ne se résume pas à ça. La transidentité, c’est aussi l’identité sexuée (bien différente des préférences sexuelles). L’identité sexuée, c’est la conviction intime d’être d’un sexe différent, indépendament du genre (qui est effectivement une construction sociale). Nous ne naissons pas Féminin ou Masculin, nous naissons avec un sexe, qui est globalement Mâle, Femelle, ou Intersexe (avec des variations si larges qu’elles rendent ces catégories difficiles à définir). Et nous naissons avec une identité sexuée : le sentiment physique de notre corps, accordé à notre sexe.

Quand on est enfant, le plus souvent, tout va bien. Un enfant mâle ou femelle, c’est à peu près la même chose. Mais à l’adolescence, la dissonnance peut devenir bruyante. On parle de sentiment discordant : c’est une impression physique constante, palpable, dérangeante, que notre corps est défectueux, qu’il devrait être plus comme-ci et moins comme-ça. Comment vous le décrire ? Comment vous décrire ce que ça fait d’être en décalage avec son corps ? Vous ne comprendriez pas.

Et c’est parce que vous ne comprenez pas que vous êtes capables de sortir des âneries pareilles.

Vous êtes incapables de vous dire : “c’est quelque chose que je ne peux pas comprendre, parce que je ne suis pas trans”. Vous rattachez ça à d’autres choses que vous connaissez, comme “se sentir gros”, ou “se sentir ridicule avec une jupe”, et vous pensez avoir compris. Et ça vous rassure. Surtout si ça va dans un sens qui vous arrange.

Bien sur, nous autres personnes trans, nous sommes genrées. BIEN SUR que nous adoptons des stéréotypes. Nous sommes comme tout le monde à ce titre ! Nous intériorisons le sexisme et l’oppression. Certaines d’entre nous l’intériorisent d’entrée de jeu comme femmes, et se sentent merdiques toute leur vie ; d’autres comme hommes, et se sentent supérieures jusqu’à leur transition. D’autres arrivent à peu près à passer au travers. (si, si) D’autres apprennent, plus tard, patiemment, à le détricoter.

Le genre est une construction sociale, et nous n’y échappons pas. Mais le genre n’est pas ce qui nous définit en tant que personnes trans. Peut-être certains d’entre nous – je ne saurais parler au nom de tout le monde. Mais ça ne nous définit pas toutes.

Je suis une personnes trans assignée “homme” à la naissance. Je ne me suis jamais considérée ni comme un homme, ni comme une femme. J’ai transitionné à 27 ans. Maintenant, je ne me considère toujours ni comme un homme, ni comme une femme. Mais j’ai à présent un phénotype “femelle” et ça a globalement réglé mes problèmes. Je m’habille chez Camaieu, parce que je me conforme. Comme tout le monde. Si demain je dois m’habiller au rayon homme, ça ne me fera ni chaud ni froid. Je porte des pantalon, je bricole, je joue à des jeux vidéos. Je rigole fort, je fais des blagues nulles. Je ne me reconnais pas dans l’identité de genre “femme” (pas plus que dans “homme”) – et croyez-moi, nous sommes nombreuses dans ce cas.

Je ne suis pas partie pisser le sang un mois en thaïlande pour pouvoir porter des robes ou des jupes.

Vous avez un discours oppressif et incohérent

Vous avez une analyse fine et intelligente de la construction du genre, et je respecte cela. Mais vous pensez que cela vous donne le droit de piétiner d’autres minorités comme bon vous semble. Vous ne travaillez pas pour l’égalité. Vous travaillez pour les femmes ; et plus précisément, pour les femmes cisgenres. Avec ou sans leur avis d’ailleurs. C’est votre vision du féminisme, mais elle n’est pas partagée par tout le monde.

Vous êtes capables de dire dans une phrase que les femmes trans sont privilégiées (ce qui est globalement vrai jusqu’à leur transition), et dans une autre phrase qu’il n’y a pas de raison de les autoriser à abandonner leur privilèges.

Sous prétexte que le genre est une construction sociale, vous vous mettez en tête d’invisibiliser les souffrances qu’il implique. Pourtant, les personnes transgenres ne sont pas coupables de l’existence du genre. Elles sont comme vous et moi : elle font avec ce que la société leur a donné, leur a appris. Toutes les personnes qui souffrent de l’existence du genre – et nous parlons ici de beaucoup d’hommes et de la plupart des femmes – ne sont pas responsables de l’existence du genre. Pas plus que tous les hommes ne sont responsables de l’existence du patriarcat. Vous ne pouvez pas rendre responsable un individu des actes d’un groupe auquel il n’a pas choisi d’appartenir. On peut quitter un parti politique ou un dogme religieux quand il fait de la merde. On ne peut pas quitter le fait d’être gay, noir, trans, ou homme. C’est la raison pour laquelle l’homophobie, la transphobie, le sexisme et le racisme sont des actes hautement problématiques.

Et la transphobie, vous la pratiquez tranquille, décontractés, à la vue de tous.

En sous-entendant que nos problèmes n’ont pas d’importance parce qu’ils sont liés à la “supercherie” de l’identité de genre, vous nous aggressez à deux titres : le premier en invisibilisant notre souffrance, le second en refusant de nous défendre. Oui, le genre est une supercherie, une construction sociale. Non, ça ne vous donne pas le droit de nous laisser mourir.

C’est ça la société que vous voulez ? C’est pour ça que vous vous battez ? Une société ou vous choisissez votre justice à la carte ?

Parce que c’est exactement ce que vous faites. Vous vous fichez du petit garçon qu’on bat parce qu’il a osé pleurer – et qui ne versera plus une larme jusqu’à sa mort. (une fabrique à monstres – ceux-là même que vous dénoncez) Vous vous fichez de l’homme qui aime ses enfants plus que tout au monde et qui se voit retirer leur garde sans raison. Vous vous fichez des femmes qui ont eu le malheur de naître avec un pénis. Vous espérez régler le sexisme en le prenant par un seul bout et par un seul angle. Le vôtre. C’est ce qui vous rend aussi peu populaires et aussi inefficaces.

En quoi êtes vous meilleurs que ce que vous combattez ?

Comment comptez-vous faire pour apprendre aux gens que pleurer “n’est pas un truc de fille”, si vous continuez à laisser les garçons en être privés ? La justice sociale se règle en connectant les luttes. Elle est globale. Sinon elle ne marche tout simplement pas.

La justice n’est pas paramétrable.

Mais nous sommes d’accord sur de nombreuses choses

Je suis très critique. Vous venez de cracher publiquement sur la souffrance de 40 000 ou 50 000 français, hommes trans et femmes trans, juste parce que ça vous semblait normal : ne vous attendez pas à des applaudissements. Mais ça ne m’empêche pas de saluer le reste de votre travail, et l’intelligence de votre raisonnement.

Nous sommes d’accord sur le fait que le genre (ensemble de stéréotypes genrés) est une construction sociale.
Nous sommes d’accord sur le fait que le genre est un outil du sexisme oppressif, aussi appelé patriarcat.
Nous sommes d’accord que la large majorité des individus intériorise l’oppression qu’ils subissent, et qu’il faut le prendre en compte dans notre réflexion et dans notre lutte.
Nous sommes d’accord que la lutte pour l’égalité et la survie des personnes trans ne doit pas se faire au détriment d’autres égalités ou justices, comme celles des sexes.

Au final, nous sommes d’accord sur beaucoup de choses. Presque sur tout.

Et c’est pour ça que votre page facebook est en feu. Parce que vous avez insulté 40 ou 50 000 personnes, dont énormément étaient déjà acquises à votre cause, dont énormément vous avaient déjà mis un petit, voire un gros pouce bleu.

C’est un peu bête, non ?

Et si on essayait de travailler ensemble, plutôt que les uns contre les autres ?

kuraraClara Lehénaff est une poétesse et game designer française, militante féministe et trans.
Social Justice Diplomat, elle pense que la discussion est la révolution la plus efficace.

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25 responses to Meghan Murphy & Osez Le Féminisme : la Transphobie en roue libre

  1. Caroline M. a écrit le 23 juin 2017

    ouah… quel feu, quelle limpidité, quelle verve!

  2. Camille a écrit le 23 juin 2017

    Je suis d’accord avec Caroline, c’est nette et juste.

    As-tu contacté “Osez le féminisme” ?

    • Clara Leh a écrit le 24 juin 2017

      Vu qu’ils supprimment tous les messages en faveur des personnes trans sur leur page, et toutes les critiques de cet article, c’est même pas la peine.

      J’ai posté cette tribune sur leur post, ils ont supprimmé mon message.

  3. Caroline M. a écrit le 24 juin 2017

    @claire
    dans ta tribune, tu exprimes ne te sentir ni femme ni homme. Peux tu expliciter stp le pourquoi d’une transition. Ce que tu as écris a triuvé un écho en moi, et je le. comprends. mais j aimerais ta formulation des choses.
    bise

    • yukarie a écrit le 24 juin 2017

      les articles et leurs commentaires sont en lecture “tout public” 😉

    • Clara Leh a écrit le 24 juin 2017

      Simplement que l’identité de genre (j’aime le rose), l’expression du genre (je porte des robes), et l’identité sexuée (je veux des hormones) ne sont pas nécessairement corrélées.

      Beaucoup de femmes trans sont très masculines autant dans leur identité que dans leur expression, et ça ne les empêche pas de vouloir effectuer une transition parce qu’elles en ressentent le besoin physique.

      Vouloir associer systématiquement les personnes trans au “genre” est une erreur, et c’est au travers de ce genre de discours qu’on en paye le prix.

      • Anne Céline a écrit le 23 juillet 2017

        je suis le T de Trans attesté par le T de Tom Reucher…
        Mais Trans… quoi ?
        – Travesti, je répondrais oui certainement je l’ai été mais aussi il arrive parfois que notre féminité soit moins éphémère, alors notre genre, pouvant être attribué arbitrairement, n’est pas ou plus celui qui nous correspond nous pouvons aller plus loin dans la “Transgenrité” maintenant je suis :
        – Transgenre hormonée vers la Transsexualité je vous propose de lire ou relire cet article :

        http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/etre-transgenre-devenir-176404

        Comme Clara, je ne me reconnais plus dans l’identité de genre “homme” il ne le sera pas plus dans celui de “femme” je resterais T quelque chose à nous toutes et tous de faire avancer cette société binaire.

        “Et si on essayait de travailler ensemble, plutôt que les uns contre les autres”

  4. yukarie a écrit le 24 juin 2017

    Le genre n’est pas une construction sociale, n’en déplaise à Judith Butler et autres féministes !
    Le genre se subdivise en 4 genres : l’identité de genre, le genre exprimé qui comprend une partie innée (oui, oui), une partie acquise et le genre social, c’est à dire les comportements attendus selon le genre ( allumer le barbecue ou faire la vaisselle).
    La construction sociale ne concerne que le genre exprimé acquis et le genre social .
    Les personnes transgenres s’affirment ainsi à partir de leur ressenti donc leur identité de genre.

    Quand je vais sur des sites qui traitent du féminin sacré, du féminin et de la spiritualité, etc, j’y rencontre plein de femmes bio qui non seulement n’abondent pas dans cette idée de construction sociale, mais même sont en recherche de ce qu’est le féminin en elles, et essaient de l’exprimer.

    • Clara Leh a écrit le 24 juin 2017

      En fait, on a des terminologies différentes. Disons les choses comme suit :

      – Il y a la perception de notre corps. Celle-ci semble innée ; en tout cas rien ne semble montrer qu’elle est construite socialement. Je parle personnellement d’ “identitée sexuée” car le terme correspond parfaitement à ce qu’on décrit. On ne le choisit pas.
      – Il y a notre sentiment d’appartenir à un genre social (homme, femme) ; ces genres sont construits socialement, sur la base de stéréotypes de “ce qui est féminin” et “ce qui est masculin”, et d’une vague base comportementale biologique. Aimons nous les enfants, le rose, ce qui est mignon ? Identité de genre. On ne choisit pas ça non plus.

      – Il y a le choix que nous faisons d’exprimer tel ou tel genre au quotidien à travers nos activités ou nos vêtements : expression de genre. Là, il s’agit d’un choix personnel basé sur notre identité de genre (ou non).

      En bref, nous ne choisissons pas notre identité, mais nous choisissons notre expression.
      Les critères “masculins” ou “féminins” sont des ensembles de stéréotypes construits socialement, et notre identité se construit socialement autour de ces critères sociaux. Tout cela est purement social.

      En ce qui concerne l’identité sexuée, on ne sait pas comment elle se construit : ça pourrait être inné ou acquis. Tout ce qu’on sait c’est qu’elle semble avoir des répercussions physiologiques, puisque les femmes trans ont une organisation biologique du cerveau similaire aux femmes cis. Le cerveau étant plastique, il est possible que ce soit aquis, mais la piste de l’inné est quand même privilégiée à mon sens.

  5. Johanne a écrit le 25 juin 2017

    Comme toi Clara, je pense que c’est inné, de même pour l’orientation sexuelle je crois aussi que cela se joue avant la naissance. Ta tribune est très bien et en plus très mesurée, elles sont vraiment très connes de ne pas l’avoir laissée, je suis féministe et très déçue par leurs positions. J’espère qu’elles se sont fait huées à la marche des fiertés hier!

  6. Lise a écrit le 25 juin 2017

    Bien que la Marche des Fiertés de Paris soit passée, il y a une pétition que l’on peut signer pour signifier à OLF qu’une ligne rouge a été franchie: http://olf-et-la-transphobie.wesign.it/fr.

    Je trouve quand même intéressant de noter que le discours TERF, tel qu’il a commencé à se développer dans les années 1970 aux États-Unis, a beaucoup à voir avec une police des mouvements féministes et lesbiens qui refusait toute prise en compte des différences entre les “femmes identifiées aux femmes” (c’est la formule de l’époque, aussi bien chez les Radicalesbians lors de leur zap de NOW en 70 – la fameuse “menace lavande” – que chez Audrey Lorde, des féministes qui elles cependant reconnaissaient précisément ces différences) au nom de la primauté de l’oppression par les “hommes” conçue comme le fait d’un groupe sexuel unifié, sur le modèle des classes sociales “bourgeoise” ou “ouvrière” dans la rhétorique marxiste.

    Pour le dire plus simplement, si l’on accepte que “le” genre “féminin” n’existe pas comme réalité unifiée (pas plus que le “masculin” d’ailleurs) ou comme “énergie” ou quoi que ce soit du même ordre, on comprend alors mieux que c’est justement la conception d’une solidarité exclusive entre “femmes” définies avant tout par leur appartenance à un groupe indifferencié que les TERFS cherchent à substituer à toute politique de coalition, raison pour laquelle leur discours est aussi souvent… rasciste, classiste et validiste. Mary Daly, dont le Gyn/Ecology est un classique TERF, y nie par exemple la réalité du racisme et le vécu, l’engagement féministe et l’héritage culturel des personnes racisées avec la même facilité qu’elle tient un discours transphobe principalement dirigé contre les femmes trans parce qu’elle refuse précisément que l’identite “femme” renvoie à des façons singulière de s’auto-definir ou d’etre identifiée dans la société. Les TERFs dès cette période ont violemment cherché à chasser les personnes trans des mouvements féministes et lesbiens que ces dernières avaient pourtant contribué à fonder, à l’instar de la chanteuse folk Beth Elliott, cofondatrice du club LGBT Alice Toklas de San Francisco et membre des “Filles de Bilitis” (une organisation lesbienne de SF) au début des années 70 – les TERFs sont ainsi apparues d’emblée avec un objectif d’appropriation de ces luttes, au moment même où elles remportaient leurs premières victoires.

    Plus qu’une question de distinction entre identité sexuelle, expression du genre et identité de genre, je me demande du coup si le problème des TERFs n’a pas plus à voir avec une normalisation du “genre” en “sexe” conçu comme marqueur social, qui ne tient pas compte de la diversité des identifications en jeu dans les parcours de vie des personnes qui, à un moment ou à un autre, s’identifient et/ou sont identifié.e.s comme “femmes” dans notre société. Cela ressemble à un appel fatigué à l’intersectionnalité, mais il y a plus en jeu, si l’on accepte que derrière un référent unifié comme “femme” il y a toute une diversité et une multiplicité de manière de genrer et de se genrer.

    Or c’est précisément ce qui échappe lorsqu’on considère la catégorie “femme” comme une entité compacte se résumant à une seule identité, et cela conduit facilement à la pire transphobie par peur et pour policer toute forme d’altérité :)

  7. Caroline M. a écrit le 25 juin 2017

    Il y a un principe en informatique que je trouve nécessaire et suffisant, c’est le KISS pou Keep It Simply Simple. Ce principe s’applique également à soi et est mis en avant par les tenants du slow life et de la simplification de notre vie quotidienne. Il me semble que nous nous perdons dans nos définitions, nos catégorisations, nos combats sémantiques. Soyons juste ce que nous voulons être, si nous le pouvons. Nos perspectives, comme nos expériences ne peuvent être partagées, juste éventuellement partiellement comprises. On ne peut éduquer que le coeur, et c’est le discours du coeur qui peut être partagé.
    bises

    • Lise a écrit le 26 juin 2017

      Désolée pour mon long message, en fait je voulais juste donner un peu de contexte historique – je l’ai corrigé pour faire plus simple, car j’étais un peu fatiguée lorsque je l’ai écrit hier 😉

      • Caroline M. a écrit le 26 juin 2017

        Pas besoin de t excuser Lise :) L’avantage de ce site c est que tu peux exprimer ce que tu veux exprimer, cela enrichit tout esprit ouvert.
        bise

  8. Agnès Jill Robert a écrit le 26 juin 2017

    J’avais téléchargé voici quelques temps un article sur le sujet. Le titre est “transsexualité et privilèges masculins, fiction ou réalité”. Je pense qu’en tapant ce titre on peut le trouver facilement. Il est centré essentiellement sur les trans ftm et il est vraiment intéressant mais j’avoue que plein d’aspects et de concepts de ce vaste sujet me dépassent un peu. Ce qu’il me paraît devoir retenir de tout ça – de façon très simpliste – c’est que les ftm sont des traîtres dont la transition n’aurait d’autre objectif que l’acquisition des privilèges liés à la masculinité. Quant aux mtf ils ne valent guère mieux car ils ont bénéficié durant leur vie pré-transitoire des privilèges masculins. L’article conclut à l’avenir du transféminisme.

  9. Nathaniel a écrit le 3 juillet 2017

    Le site n’est pas “anti-homme”, je suis un homme trans, il y en a quelques autres. Pour ma part on m’a toujours répondu avec bienveillance et on m’a jamais demandé ce que je venais faire là. Le site dit “pas d’hommes cis”, parce que nous sommes dans un espace d’entraide entre personnes concernées dans lequel nous n’avons pas besoin de “police” cisgenre pour nous dicter ce qui est transphobe ou pas, nous dire par quoi nous devons être offensé.e.s ou pas, nous demander de perdre notre temps à les rassurer sur leur qualité d’alliés plutôt que de discuter entre nous et nous dire des conneries du style “je cherche une femme trans non opérée pour coucher”.

    La transphobie ne se limite pas à penser et dire clairement “les trans sont inférieur.e.s”. Comme toute forme d’oppression, c’est tout un mécanisme (pas un complot, mais un mécanisme) qui a un côté visible (le fait de se faire tuer, virer de son travail, chasser de la maison pour les jeunes, insulter etc) et un côté invisible (le fait de ne pas se faire embaucher, de devoir subir un tas de “blagues” à la télé et se faire traiter d’intolérant quand on refuse d’en rire, d’être fétichisé.e par les fantasmateurs qui veulent absolument “une femme à bite”, de s’entendre dire qu’on n’est pas des hommes ou qu’on est pas des femmes ou de subir des questions intrusives à répétition par exemple). Oui, les TERF sont transphobes et le revendiquent. Elles disent que les femmes trans sont là pour imposer des relations hétérosexuelles aux lesbiennes, refusent d’utiliser le bon pronom et le bon prénom, les harcèlent et les qualifient de violeurs et d’hommes infiltrés. La cisphobie n’existe pas, tout comme le racisme anti-blanc, le sexisme anti-hommes et l’hétérophobie. Une personne cis n’aura jamais de mal à trouver un travail ou un logement parce qu’elle est cis, elle ne se fera pas rabaisser par sa famille parce qu’elle est cis, elle ne se fera pas insulter dans la rue parce qu’elle est cis etc.

    Je serai curieux de savoir si tu es une personne trans et si tu te situes sur le spectre masculin, féminin ou neutre.

    • Nathaniel a écrit le 5 juillet 2017

      Si tu dis que les MtF sont supérieures aux femmes cis c’est transphobe dans la mesure où tu dis que les femmes trans ne sont pas des femmes. Parce que c’est une négation de leur identité de femmes. On ne transitionne pas pour être “un.e trans” mais pour être considéré comme étant de notre genre ressenti. Si on nous refuse ça, de quelque manière que ça soit, même en disant que les trans sont supérieur.e.s ça reste transphobe. Sinon les TERF n’épargnent pas les FtM : elles nous voient comme des traîtres qui ont fui leur condition de femmes pour accéder aux privilèges masculins et qui se sont désolidarisés des autres femmes. Après qu’elles nous acceptent aux réunions ne les lave pas de leur transphobie, au contraire nous laisser accéder à leurs réunions sous prétexte qu’on est des femmes est insultant parce que ça veut dire que pour elles on ne sera jamais des hommes. Oui, dire à une personne trans “tu peux faire tout ce que tu veux tu ne seras jamais un.e homme/femme” est transphobe parce que c’est nier son identité.

    • Nathaniel a écrit le 7 juillet 2017

      Oui, eh bien dire que les personnes trans ne sont pas de leur genre ressenti est transphobe. C’est pas parce que toi ça ne te blesse pas qu’on te dise que tu n’es pas une femme que c’est le cas de tout le monde. A partir du moment où on impose notre définition à une personne concernée pour l’invalider et faire passer cette définition au-dessus de son ressenti, c’est oppressif. C’est pas à des gens qui ne me connaissent pas de me dire si je suis un homme ou une femme. Gay n’est pas un genre, la comparaison n’est pas valide. La différence gay/hétéro n’est pas la même que cis/trans. Oui, il y a une différence de parcours mais le ressenti est le même. “Trans” désigne le parcours, pas le genre. Raison pour laquelle on dit rarement “un.e trans” mais “une femme trans” ou “un homme trans”. En tout cas, si t’es ici pour “expliquer” aux femmes trans qu’elles ne sont pas des femmes je pense que tu vas te sentir un peu seul…

  10. Dominique Menezkaer a écrit le 16 juillet 2017

    Je ne vois pas l’intérêt de perdre notre temps avec les Radfem. Cette mouvance (qui existe depuis fort longtemps) est une sorte de mouvement basé sur une théorie très simpliste, très dogmatique et paranoïaque. En gros, d’un côté “les femmes”, les “gentilles”, de l’autre côté “les hommes”, très méchants et qui ne pensent qu’à dominer “les femmes” et à les agresser sexuellement. Tout ce qui ne colle pas bien avec l’une de ces deux catégories “dérange” cette belle théorie bien simpliste et dans ce cas là, comme dans tout les mouvements à tendance sectaire, on en nie l’existence. Donc pour eux, “les trans” n’existent pas: d’un côté il y a les hommes trans qui ne sont en fait que des “femmes” qui ont trahis leur camps pour aller vers celui des “privilégiés”, de l’autre côté il y a des “hommes” qui prennent l’apparence de “femmes” pour mieux les infiltrer et continuer leur travail de domination des femmes.
    Le discours au sénat canadien est “policé” pour ne pas paraître trop agressif, et il a comme prétexte de défendre les espaces réservés aux femmes. Si on étudie ce que sont ces mouvements, on voit que ces personnes sont réellement transphobes. Quand on nie l’existence des trans; il s’agit bien de transphobie…..
    Ces discours rejoignent très bien ceux des éléments les plus radicaux de la manif pour tous ou de Civitas.
    A quoi bon discuter avec ces gens là ?
    Chez Osez le féminisme, la reprise sur leurs sites de cette intervention a suscité des débats. A Rennes nous avons posé la question aux militantes locales d’OLF: elles ne se reconnaissent pas du tout là dedans…. Si c’était un jour le cas, la coopération des assos qui soutiennent la cause trans avec OLF deviendrait impossible.

  11. Alexandra a écrit le 26 juillet 2017

    Les femmes de “Osez le Féminisme !” n’ont aucune envie de travailler avec les autres. Elles restent dans l’entre-soi. Elles ne pratiquent pas l’ouverture. Il ne faut pas oublier qu’elles ont à leur actif les tentatives répétées d’abolition de la prostitution avec des arguments plus que fallacieux. Ce dernier sujet est d’ailleurs très présent chez beaucoup de nos prédécesseuses pour qui c’était pratiquement l’unique planche de salut à une époque pas si reculée que cela, et qui reste toujours pratiquement la seule planche de salut pour les femmes-trans étrangères, ici en France.

    “Osez le Féminisme !” est certainement l’association la plus radicale et qui fait le plus de mal aux féminisme et par rebond à aux personnes trans dans leur globalité.

    J’ai vraiment aimé ton article. Il me rappelle cette époque où on se lâchait très fort. Merci pour cet article !

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